Pour toute une génération, Nikitac’est le film de Luc Besson. Pour les amateurs d’histoire, c’est le prénom du successeur de Staline à la tête de l’Union Soviétique, au nom imprononçable (six lettres en russe : Хрущёв, deux fois plus en français : Khrouchtchov – relire Comment prononcer les noms étrangers ?)
Pour les mélomanes, Nikita c’est le prénom d’un très grand pianiste, né en 1912 à Saint-Pétersbourg, mort fin 1992 à Vevey, celui dont tant de musiciens d’aujourd’hui parlent encore avec tant de révérence et d’affection, Nikita Magaloff.
J’ai un souvenir encore très vif de sa dernière apparition sur la scène du petit théâtre de Vevey, quelques mois avant sa mort, à l’occasion d’une soirée surprise pour les 90 ans du ténor Hugues Cuénod :Magaloff déjà très affaibli nous avait livré un Impromptu de Fauré comme dans un rêve.
La discographie du pianiste russe n’a jamais été à la mesure de l’immensité de son répertoire, mais on ne peut que saluer le travail d’Universal Italie qui vient de rééditer non seulement la très belle intégrale Chopin gravée par Magaloff pour Philips dans les années 70 (reparue sous le label Newton Classics), mais aussi les quelques enregistrements réalisés pour Decca et Philips, et plus récemment pour la Radio suisse romande.
J’ai toujours beaucoup aimé les Chopin de Magaloff, un grand style droit et sobre, l’art de faire chanter le piano sans mièvrerie.
Magaloff, ce fut aussi le maître admiré, qui ne ménageait ni son temps ni son aide aux jeunes musiciens venus apprendre un peu de lui de la longue histoire du piano du coeur de l’Europe. Michel Dalberto (qui est au côté de Nikita Magaloff dans l’intégrale Chopin pour les pièces à 4 mains), et Philippe Cassard parlent encore aujourd’hui avec effusion de leurs rencontres avec lui.
Le coffret est pour le moment disponible sur amazon.it.
L’un et l’autre sont les géants de la deuxième moitié du XXème siècle : Karajan et Bernstein. Du second on fêtera le centenaire de la naissance en 2018, et on aura raison de célébrer une personnalité aussi incroyablement talentueuse : compositeur, pédagogue, pianiste, chef d’orchestre. On aura maintes occasions d’y revenir…
Pour les fêtes de fin d’année, les éditeurs ont vu très grand pour honorer leurs stars des podiums.
L’éditeur a raison d’insister sur la performance éditoriale : c’est le plus gros coffret de l’histoire du disque, 330 CD, 24 DVD, 2 Blu-Ray audio, la totalité des enregistrements de Karajan parus sous les étiquettes Deutsche Grammophon et Decca, déjà publiés en coffrets séparés. Tous les détails à voir ici : Karajan l’intégrale.
Et un conseil si vous voulez vous (faire) offrir ce coffret-valise (édité à 2500 exemplaires numérotés), il est vraiment beaucoup moins cher (150 € de différence !) sur amazon.it.
J’ai revu, en particulier, les 2 DVD « portraits » de Robert Dornheim et Eric Schulz qui éclairent, sans aucune complaisance, et parfois de manière crue, le personnage public et la personnalité profonde, le passionné d’enregistrement (savoureux et édifiants témoignages de ses anciens producteurs et directeurs artistiques chez Deutsche Grammophon, comme de Brigitte Fassbaender, Christa Ludwig ou Anne-Sophie Mutter)
Pour Bernstein, le même éditeur prépare, pour février, une édition comparable. On en reparlera.
Pour l’heure, c’est l’éditeur historique de Bernstein, Sony, qui, après avoir proposé deux forts coffrets en format 33 tours,
a regroupé en un luxueux coffret, complété par un magnifique ouvrage richement documenté, 100 CD illustrant toute la carrière discographique du chef-compositeur pour le label américain et ses divers avatars. Le remastering est impressionnant, à en juger par les quelques galettes qu’on a écoutées.
Une compilation de plus ? encore un pavé récapitulatif d’un grand fonds de catalogue ? Rien de tout cela.
En dépit d’une présentation austère, et d’un titre passe-partout, ce que Decca nous propose comme DECCA SOUND : THE PIANO EDITION est un très bel objet discographique.
On avait déjà beaucoup apprécié le coffret consacré aux chanteurs et cantatrices, comme un somptueux résumé de 50 ans de captations des plus belles voix du siècle : Decca Sound : 55 recitals.
Dans cette nouvelle boîte, 55 CD, illustrant près de 70 ans d’enregistrements de piano, des années 40 jusqu’aux plus récents en 2010. Avec pas mal d’inédits en CD, nombre de disques qui n’étaient plus disponibles depuis longtemps (les Préludes de Debussy par Jean-Rodolphe Kars), et pour les stars maison (Richter, Katchen, Curzon, Lupu, Larrocha, Schiff, etc.) un choix très judicieux dans leur discographie. Des minutages très généreux, au risque parfois d’étranges couplages (un Mozart/Bernstein accolé à un récital Michelangeli, un Britten/Richter associé à Messiaen/Ogdon, etc.). Et pour les amateurs de vieilles cires, des rééditions très réussies – pour les quelques extraits qu’on a pu en écouter – des premiers Gulda, Kempff, Lipatti avec Ansermet. Les petits nouveaux ne sont pas oubliés : Valentina Lisitsa, Benjamin Grosvenor…
Une belle opportunité pour cette fin d’année, avec à nouveau d’importantes variations de prix d’un pays à l’autre (la meilleure offre actuelle étant sur amazon.it.
Le hasard des publications a fait que j’ai acheté en même temps deux coffrets qui, l’un de manière avouée, l’autre dans une discrétion regrettable, honorent deux grandes chanteuses françaises.
Voyant annoncé le coffret Warner « Régine Crespin, a Tribute », on se disait qu’on aurait peut-être enfin rassemblée une discographie très dispersée, hors intégrales d’opéras, de la cantatrice française disparue il y a dix ans, Régine Crespin, dont je n’ai jamais été un admirateur inconditionnel. Raté !
Pourquoi les concepteurs de ce coffret qui y ont intelligemment placé des récitals parus sous étiquette Decca (comme les incontournables Shéhérazade et Nuits d’été avec Ansermet), se sont-ils arrêtés en chemin, privant l’acheteur d’autres enregistrements Decca, airs d’opérettes avec Lombard et Sebastian – de très loin le meilleur disque de Crespin ! – extraits de Wertherde Massenet, d’Ascanio de Saint-Saëns ?
En remplissant mieux les galettes, un ou deux CD de plus auraient fait l’affaire, et on aurait eu un portrait complet d’une artiste, dont la discographie reste finalement modeste.
Je n’ai jamais osé dire ni écrire, n’étant pas un spécialiste de la chose lyrique, que la voix de Régine Crespin m’a plus souvent irrité que comblé, même si je lui ai toujours reconnu une supériorité incontestable dans l’art de dire, de chanter le français. J’ai un peu moins de complexes à l’avouer depuis que j’ai lu le texte d’André Tubeuf dans le nouveau coffret : « en ce début d’années 60 qui étaient celles de sa splendide jeune trentaine… la voix encore dans sa première splendeur soyeuse et lumineuse, capable de liquidités » et, plus loin « jusqu’au moment où ce surmenage lié au fait de n’être chez soi nulle part… altéra sensiblement la beauté purement physique de sa voix, et son aigu, lui, irrémédiablement. »
La vraie révélation vient d’un autre coffret de 10 CD qui pourrait passer inaperçu à cause de la banalité et de l’ambiguïté de son titre : Jacques Mercier conducts French Masterworks.
Jacques Mercier, pour nos amis belges, c’est une sorte de Bernard Pivot, la star du Jeu des dictionnairesde la RTBF. C’est l’un de ses homonymes, le chef d’orchestre français Jacques Mercier, qui est ici à l’oeuvre, et ce n’est pas lui faire injure que de constater qu’il n’a pas la notoriété de plus illustres confrères, français ou étrangers. Ensuite le concept de « French masterworks » ? Inadapté pour le moins, s’agissant d’oeuvres rares, trop rares, dont ce sont, pour la plupart, les seuls enregistrements. On va y revenir, pour recommander très chaleureusement l’achat de ce coffret à tout petit prix.
Mais, quand j’évoquais dans mon incipit une « discrétion regrettable », c’est de celle qui est l’héroïne de cinq des dix CD de ce coffret, qu’on a souvent présentée comme l’héritière, à défaut d’en être l’élève ou la disciple, de Régine Crespin, la soprano française Françoise Pollet.
Pas plus que de Régine Crespin, je n’ai jamais été un inconditionnel de Françoise Pollet, mais elle ne mérite en rien l’oubli d’une carrière, d’une personnalité, d’une voix singulières, même si elle partage sans doute avec son aînée des traits de caractère qui ne l’ont pas toujours servie. Il faut lire ce bel entretien en toute liberté donné à Camille de Rijck sur Forumopera : J’ai souvent dit tout haut ce que les autres pensaient tout bas
J’ai quant à moi un souvenir très fort de l’ouverture du trop bref mandat de LouisLangrée à l’Opéra national de Lyon, en octobre 1998, Ariane et Barbe-Bleue de Dukas: Françoise Pollet y était impériale dans le rôle-titre.
Ce coffret Sony redonne ainsi à entendre la cantatrice dans un récital d’airs sacrés très original (CD 1, 1996), le Requiem et le Psaume XVIII de Saint-Saëns(CD 2, 1989), le Requiem d’Alfred Bruneau (CD 7, 1994), La Lyre et la harpe, Le Déluge, La Nuit de Saint-Saëns (où elle partage l’affiche avec une toute jeune Natalie Dessay – CD 8 & 9, 1993).
Mais, outre l’intérêt de retrouver Françoise Pollet dans ce répertoire français qu’elle a magnifiquement servi, il faut re…mercier (!) Jacques Mercier d’avoir défriché des répertoires oubliés, même d’un Michel Plasson qui a tant fait (et tant enregistré !) pour la musique française. C’est une aubaine de voir reparaître des enregistrements depuis longtemps disparus, dans des versions sans concurrence, où se déploient la fine fleur du chant français des années 90 et un Orchestre national d’Ile-de-France qui a fait oeuvre de pionnier sous la direction de son infatigable animateur durant vingt ans, de 1982 à 2002.
Je m’aperçois que je ne l’ai jamais évoqué sur ce blog, alors que je l’admire depuis si longtemps. J’avais manqué – pour cause de fête de famille (L’eau vive) – un concert que j’avais pourtant contribué à organiser, que France Musique a eu l’excellente idée de diffuser hier soir. Nelson Freirejouait le 4ème concerto pour piano de Beethoven, accompagné – le terme est impropre, tant l’osmose entre soliste, chef et orchestre était évidente – par Louis Langrée et l’Orchestre National de France (qui proposait, en seconde partie, un Pelléas et Mélisande de Schoenberg d’anthologie).
J’ai tant de souvenirs avec ce magnifique musicien. Rien de ce qu’il est, de ce qu’il joue, ne m’a jamais laissé indifférent ou déçu. Il suffit de l’avoir vu, rencontré une fois, il suffit de voir la photo qui orne la pochette ci-dessus, pour entrer définitivement en sympathie avec lui. Et ne plus avoir envie de jouer les critiques, de comparer telle version d’il y a trente ans et un remake plus récent. Ci-dessous, j’ai simplement mis en avant quelques disques de chevet, mais je n’en exclus aucun autre.
Ma première rencontre professionnelle avec Nelson Freire remonte à 1987. Pour célébrer le centenaire de la naissance d’Heitor Villa Lobos, j’avais été chargé de monter un programme un peu exceptionnel avec l’Orchestre de la Suisse romandeau Victoria Hall à Genève. En faisant quelques recherches dans la phonothèque de la Radio suisse romande, je tombe sur une bande copiée d’un disque enregistré dès 1948 par Ernest Ansermet et l’OSR… du 1er concerto pour pianode Villa Lobos, une commande de la pianiste canadienne Ellen Ballon au compositeur brésilien.
Le plus grand pianiste brésilien vivant étant Nelson Freire, je pense immédiatement à lui pour rendre cet hommage à Villa Lobos, dont il a déjà enregistré quelques pièces.
Mais ni lui, ni aucun autre pianiste d’envergure n’a ce concerto à son répertoire. Nelson accepte, sans discuter, d’apprendre l’oeuvre pour le concert – et accepte une diffusion en direct et sur les radios membres de l’UER ! –
Je devrai attendre quelques années pour réinviter Nelson Freire. À Liège il nous offre un mémorable récital Chopin en 2004.
Quelques mois plus tard, pour un concert de gala, il remplace Maria Joao Pires qui a annulé pour je ne sais plus quelle (mauvaise) raison, et nous fait entendre le plus beau « Jeunehomme » – le 9ème concerto pour piano de Mozart – que j’aie jamais entendu en concert !
Longtemps erratique, sa discographie s’est heureusement enrichie depuis quelques années grâce à Decca. Quantité de disques admirables, où rayonne suprêmement l’art d’un musicien singulier. Un coup de coeur peut-être pour celui-ci
Mais on ne m’en voudra pas de revenir à une série d’enregistrements plus anciens, que j’avais patiemment collectionnés, dès que je les trouvais, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, plus rarement en France, et qui sont aujourd’hui tous réédités. Ils sont tous indispensables !
Et bien sûr ces 2 CD miraculeux… ou quand deux amis se rejoignent sur les cimes du génie !
Je l’avais annoncé hier (Un orchestre royal), l’un de mes premiers disques fut, un peu par hasard, un disque Philips de Bernard Haitink dirigeant l’orchestre du Concergebouw d’Amsterdam.
Dans ces années d’adolescence, l’argument décisif du choix de tel ou tel disque était.. son prix. Je ne pouvais pas me permettre d’acheter au prix fort, je profitais des souscriptions par correspondance, des collections économiques (Fontana, Musidisc) et des soldes. Ce qui me vaut quelques savoureux souvenirs.
Une fois que je furetais dans le rayon disques de la.. Librairie des Etudiants (aujourd’hui disparue) rue Gambetta à Poitiers, que tenait un homme charmant, toujours en blouse blanche, affligé d’un chuitement systématique (il prononçait Giulini : Gü-i-li-ni !), je vois un double album de L’estro armonico de Vivaldi par Paul Kuentz – qui faisait alors les beaux jours du catalogue Deutsche Grammophon français. Je m’apprête à l’acheter – petit prix – un jeune homme à côté de moi m’interpelle : « Non franchement il y a bien mieux que cela pour Vivaldi ! Si vous voulez, j’habite tout près, je vais vous montrer ma collection ». Surpris par cette intervention et cette proposition inattendue, je bredouillai une excuse et sortis prestement les mains vides de tout achat. Quelques mois plus tard, je découvris l’identité de mon conseiller ès-Vivaldi, c’est lui qui signe la plupart des chroniques consacrées au Prêtre roux dans Diapason, Roger-Claude Travers !
Pour en revenir à mon disque Haitink/Concertgebouw, ce fut l’occasion d’une quintuple découverte. Cet orchestre magnifique, que je n’avais – et pour cause – jamais entendu en vrai, un chef que je ne connaissais pas, deux oeuvres de Tchaikovski, son Capriccio italienet le poème symphonique Roméo et Julietteet le Scherzo capriccioso de Dvořák. J’aimai immédiatement ces pages romantiques et colorées. Je découvrirai bien des années après que le grand Bernard Haitink n’est pas le chef le plus doué de fantaisie ni le plus expansif dans ce répertoire. Mais l’absence d’effets a aussi ses vertus.
C’est finalement Karajan qui me semblera plus proche de l’idée que je me faisais de Tchaikovski
C’était il y a des lustres, du temps des concerts de la série « Prestige de la Musique. » à la Salle Pleyel. Présentés par l’inimitable Jean Fontaine, longtemps, très longtemps, inamovible animateur des soirées dominicales de France Inter. C’était la première fois que j’entendais l’Orchestre philharmonique tchèque et son chef d’alors Vaclav Neumann.
En ouverture d’un concert dont je suis incapable de me rappeler le reste du programme, une pièce qui m’a durablement marqué. C’est par cette suite du ballet Le Boulon que je suis entré dans l’univers de Chostakovitch…
Il m’a fallu attendre près de quarante ans pour avoir une chance de la réentendre en concert. Ce sera chose faite le 25 juillet prochain, puisque je l’ai programmée dans un concert vraiment extra-ordinaire que dirigera l’un des vétérans de la direction d’orchestre russe, Vladimir Fedosseiev, à la tête des forces réunies du Choeur et de l’Orchestre philharmonique de Radio France.
Un Chostakovitch jeune – il a 25 ans lorsqu’on lui commande ce qui devait être un ballet – insolent, encore plein d’illusions mais d’une lucidité totale sur les dérives d’un régime qui finira par étouffer toute critique. De loin le meilleur serviteur de ce Chostakovitch politiquement incorrect est et reste Guennadi Rojdestvenski, le seul avoir gravé l’intégrale de la musique de ballet, et à plusieurs reprises, la suite d’orchestre qu’en avait tirée Alexandre Gaouk.
En second choix, la version somptueuse – trop – et moins impertinente de Chailly avec l’orchestre de Philadelphie.
Une version économique, qui manque de sel et de piment :
L’amateur de raretés lyriques est gâté en ce mois de juin à Paris. Entre Versailles, le Théâtre des Champs Elysées, l’Opéra Comique, impossible (pour moi) de céder à toutes les tentations.
On attendait évidemment avec curiosité l’ouvrage de jeunesse de Saint-Saëns Le Timbre d’argent, exhumé par François-Xavier Roth et son orchestre Les Siècles, à l’instigation du Palazzetto Bru Zane.
On avait déjà eu la chance de redécouvrir la Salle Favart, l’Opéra Comique, dans sa splendeur retrouvée. La fosse nous semble plus sonore que par le passé, parfois à la limite de la saturation.
LE TIMBRE D’ARGENT drame lyrique en quatre actes de Camille Saint-Saens livret de Jules Barbier et Michel Carre cree en 1877 au Theatre National Lyrique de Paris derniere version creee en 1914 a La Monnaie de Bruxelles direction musicale Francois-Xavier Roth mise en scene Guillaume Vincent decors James Brandily creation video Baptiste Klein costumes Fanny Brouste lumieres Kelig Le Bars choregraphie Herman Diephuis magicien Benoit Dattez assistant direction musicale Jordan Gudefin assistant mise en scene Celine Gaudier assistant decors Pierre-Guilhem Coste assistante costumes Peggy Sturm chef de chant Mathieu Pordoy chef de choeur Christophe Grapperon Circe / Fiammetta Raphaelle Delaunay Conrad Edgaras Montvidas Helene Helene Guilmette Spiridion Tassis Christoyannis Benedict Yu Shao Rosa Jodie Devos danseurs Aina Alegre, Marvin Clech, Romual Kabore, Nina Santes choeur accentus orchestre Les Siecles production Opera Comique coproduction Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique francaise
Que dire de ce Saint-Saëns de jeunesse ? Ce Timbre d’argent a précisément les qualités et les défauts d’un premier jet. Trop long sans doute, une histoire à dormir debout – que le metteur en scène Guillaume Vincent transforme habilement en spectacle de music-hall -, plein de jolies trouvailles d’orchestration – même si l’ouverture est un tunnel – et, ce qui explique sans doute l’oubli qui a recouvert l’ouvrage, quasiment pas d’air, de mélodie ou d’ensemble facile à mémoriser. Une équipe de chanteurs inégale, mais parfaitement francophone. Et un maître d’oeuvre tout à son affaire avec un orchestre pulpeux, s’adaptant avec une souplesse époustouflante aux incessants changements d’atmosphères et de rythmes d’une partition patchwork, sans oublier l’excellent choeur Accentus.
Autre soirée, autre bonheur dans le mélange des timbres de deux belles artistes, dans le cadre du 37ème Festival d’Auvers-sur-Oise, samedi dans la bibliothèque du château de Méry-sur-Oise.
Erreur
Cette vidéo n’existe pas
Bonheur d’entendre Karine Deshayes, comme un prélude au #FestivalRF17 – l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier – dans lequel elle chantera le 15 juillet, le rôle-titre des Puritains de Bellini, puis le 24 juillet dans L’Opéra imaginaire conçu par Hervé Niquet ! Bonheur d’entendre sa voix mêlée à celle de Delphine Haidan, dans un magnifique programme de duos de Mendelssohn, Schubert, Offenbach, Humperdinck…
Et puisque j’évoque les timbres, plaisir toujours renouvelé de retrouver ceux, uniques, doux et soyeux, du Philharmonique de Vienne, capté par les micros de Decca dans les années 60, dans une quasi-intégrale bien oubliée des Symphonies de Schubert. due à Karl Münchinger.
Et puisque j’évoque l’or et l’argent, je ne résiste pas à donner à entendre ici la célèbre valse de Lehar, dans l’enregistrement que le grand Rudolf Kempeconsidérait comme son plus réussi, avec les sonorités capiteuses (ces cors de légende !) des Wiener Philharmoniker. L’esprit viennois à son plus subtil !
Je ne sais pourquoi, j’ai toujours préféré l’anglais Obituaryau françaisNécrologie(qui m’évoque trop la nécrose ?)
C’est l’une des rubriques que je consulte avec intérêt lorsque je reçois le mensuel britannique Gramophone
Dans le numéro de juin reçu hier, ce n’est pourtant pas cette rubrique qui a attiré mon attention mais des photos récentes et la métamorphose d’un chef d’orchestre qui n’annonçaient rien de bon.
Pressentiment confirmé aujourd’hui par le même magazine : Jiří Bělohlávek* est mort ce matin des suites d’un cancer qui l’avait conduit à renoncer à ses engagements ces derniers mois.
Jean-Charles Hoffelé s’enthousiasmait pour le tout dernier enregistrement du chef tchèque disparu à 71 ans, sa troisième version du Stabat Mater de Dvořák.
Je dois à l’honnêteté de dire que je n’ai jamais été très emballé par les (rares) concerts auxquels j’ai assisté ni par les enregistrements les plus récents de ce chef. Tout est bien fait, bien dirigé, mais – encore une fois c’est un sentiment personnel – je trouve que Bělohlávek est en-deça de ses illustres aînés dans leur répertoire natal (Ancerl, Talich, Neumann mais aussi Šejna ou Košler), moins intéressant que la génération montante (Jakub Hrůša, Tomáš Netopil).
Ce coffret Dvořák n’est pas indispensable.
et si l’on veut se rappeler l’indéniable talent de ce chef, on trouvera de bien meilleures versions (par exemple le Stabat Mater) dans ces belles anthologies Supraphon
Autre disparition cette semaine, celle de la claveciniste Elisabeth Chojnacka*
La musicienne avait un peu disparu des scènes et des écrans depuis une vingtaine d’années, mais elle les avait occupés avec un panache, une ardeur irrésistibles dès son installation en France (lire Une longue série de créations). Je me rappelle sa visite à mon bureau de France Musique il y a au moins vingt ans : rien dans son allure, sa tenue, sa coiffure ne pouvait laisser indifférent. Je l’avais sentie un peu triste de ne plus être la star de la musique contemporaine qu’elle avait été à juste titre. Je l’avais découverte, et du coup aimé sa manière de toucher un instrument qui ne m’a jamais beaucoup séduit, le clavecin, lors de concerts des Jeunesses Musicales de France dans ma bonne ville de Poitiers.
Dans le récent « grand débat »la Pologne, qui s’était déjà illustrée de manière spectaculaire en 2005 lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, avec son plombier polonais, s’est à nouveau invitée dans la campagne présidentielle française.
(Détournement réussi de la fameuse affiche du faux plombier polonais par l’Office du Tourisme polonais)
Imaginons que les arguments utilisés par certain(e)s pour interdire l’immigration de citoyens européens en France aient été en vigueur dans la France romantique du XIXème siècle ou un siècle plus tard au début du XXème, deux des plus grands Polonais de l’histoire n’auraient jamais enrichi le patrimoine culturel français, notre culture commune. Je veux parler du compositeur Frédéric Chopin(1810-1849) et du pianiste Arthur Rubinstein(1887-1982)… En l’occurrence, pour Chopin, c’était peut-être un retour aux sources, puisque son père était d’origine lorraine !
Ce détour par l’actualité pour évoquer la part la moins spectaculaire, la plus secrète, de l’oeuvre de Chopin, ses Mazurkas.
Lorsque j’ai un peu de temps pour me remettre devant mon piano, c’est toujours vers ce corpus que je reviens, au hasard des humeurs du moment, tant il y a de coins et de recoins de l’âme à explorer, beaucoup plus que l’aspect « national », voire folklorique, de danses stylisées à l’extrême.
Je suis incapable – et je n’ai pas envie – de faire un classement parmi cette cinquantaine de condensés de poésie, de dire mes préférences, d’en trouver certaines plus « faibles » que d’autres. Je ne me lasse pas de les écouter et réécouter dans les visions aussi différentes qu’Arthur Rubinstein, Jean-Marc Luisada, Nikita Magaloff, Pietro di Maria.
Et pourquoi ne pas se replonger dans les belles pages que le regretté Dominique Jameuxet le cherJean-Jacques Eigeldingeront consacrées à notre immigré polonais préféré ?