Tout un cinéma

Comme je le rappelais l’an dernier, à pareille époque (Oscars, Césars et Zanzibar) les longs voyages en avion me servent à rattraper mes retards en matière de cinéma. Le lendemain de la dernière cérémonie des Césars – qui pour une fois, se laissa regarder jusqu’au bout, bien rythmée, avec l’amusante et bienvenue séquence du « césar pour ceux qui n’ont pas eu le césar » – je prenais l’avion pour la Tanzanie, et à cause d’un important retard au départ, j’ai eu le temps de voir pas mal de films… dont certains de ceux qui ont été récompensés ce 28 février.

Un p’tit truc en plus

Je n’avais pas fait partie des près de 11 millions de spectateurs qui ont vu le premier film d’Artus, Un p’tit truc en plus.

J’ai compris le succès de ce film. Surtout pour quelque chose d’essentiel, que bien d’autres ont souligné avant moi : le regard porté sur les acteurs handicapés n’est jamais ni dans la bienveillance factice, ni dans le militantisme « inclusif ». On sourit souvent de leurs maladresses, de leurs réactions, de leurs tics et de leurs tocs. Et on finit par oublier complètement la performance qu’a dû constituer le tournage de ce film. On conserve longtemps en mémoire la lumière que dégage cette formidable troupe d’acteurs.

L’histoire de Souleymane

Je savais que le film avait déjà été primé à Cannes et ailleurs, et pourtant j’avais été réticent à aller le voir au cinéma. C’est le césar de la révélation masculine attribué à Abou Sangaré qui m’a finalement décidé à voir le film dans l’avion.

Tout le monde devrait voir ce film, parce qu’il évite tout ce que redoutais, le misérabilisme militant comme la critique manichéenne. Cela m’a rappelé un souvenir de la période Covid, lors d’un de mes séjours à Montpellier, lorsque les restaurants étaient encore fermés et que nous avions recours à la livraison à domicile. Je logeais au centre de Montpellier, dans une rue très facile à trouver, et pourtant ce jour-là le livreur – peut-être un Guinéen ? – n’arrivait pas à me trouver, se faisait engueuler par le restaurateur. Bref il finit par arriver, je l’attendais au bas de l’immeuble, et je vis un garçon qui me semblait très jeune, en pleurs, se confondant en excuses et me disant qu’il allait se faire virer à cause de son retard. Je l’écoutai quelques minutes me raconter son quotidien, la concurrence féroce entre livreurs pour espérer attraper les commandes, et un gain journalier de quelques euros. Je lui promis d’intervenir auprès du restaurateur et de la centrale par laquelle je passais pour mes commandes, pour obtenir de leur part la garantie que non seulement il ne serait pas sanctionné ni évincé, mais qu’au contraire il serait mieux employé et rémunéré. Ce fut le cas, et deux semaines plus tard A. revint me livrer, tenant à monter les deux étages qui accédaient à mon appartement. Un café bu rapidement, parce qu’il avait encore beaucoup de commandes à livrer.

On a dit que le film de Luc Lojkine relevait plus du documentaire que de la fiction. Peu importe. Tout y est juste, et jamais univoque. Les réseaux, les « frères » qui exploitent les réfugiés comme le Souleymane du film, mais aussi les amitiés qui naissent dans le foyer où il est hébergé, montrent l’envers d’un décor bien peu ragoûtant. Je repense toujours à la chanson de Pierre Perret, Lily, qui date de 1977 et demeure d’une saisissante actualité :

On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies, Lily
Dans un bateau plein d’émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris

Le fil

J’avais vaguement vu passer ce film de Daniel Auteuil, Le fil, sans y prêter attention. Un avocat (Daniel Auteuil), sa femme avocate elle aussi (la prodigieuse Sidse Babett Knudsen, l’héroïne de la série Borgen), un père de famille (formidable Grégory Gadebois) accusé du meurtre de sa femme alcoolique. Ça pouvait faire un bon téléfilm du vendredi soir. Et c’est beaucoup mieux que cela, avec une issue surprenante, qu’on ne va évidemment pas dévoiler. Daniel Auteuil prouve, une nouvelle fois, que c’est l’acteur français le plus intense, le plus versatile qui soit. Son rôle dans l’Adversaire, le film de Nicole Garcia en 2002, sur l’affaire Romand, avait déjà donné la mesure de l’immensité de son talent.

Le roman de Jim

Autant être honnête, si Karim Leklou n’avait remporté, à la surprise générale, le César du meilleur acteur, je n’aurais sans doute pas regardé le film des frères Larrieu, Le roman de Jim.

Dans de superbes paysages du Jura se déroule une histoire assez simple au départ : Quand, lors d’une soirée, Aymeric rencontre par hasard sa collègue, Florence, celle-ci est célibataire et enceinte. Le jour où elle donne naissance à Jim, Aymeric est à ses côtés et passe des jours heureux avec eux. Un jour, le père biologique de l’enfant ressurgit« .

Je ne sais pas si la prestation de Karim Leklou dans ce film sympathique justifiait sa nomination. Au moins elle aura eu le mérite de l’inattendu. Le personnage qu’il incarne ici (Aymeric) lui va bien : un gentil un peu naïf, qui se fait avoir par les autres, par la vie, par les circonstances, qui fait office de père de substitution, dont on se débarrasse quand on n’a plus besoin de lui. Attachant, touchant, pas le plus grand film de l’année, mais à voir à l’évidence.

Dans le vol du retour deux films seulement – il faut un peu dormir tout de même ! –

En Fanfare

Malgré une rumeur très favorable autour de moi, je n’étais pas allé voir En fanfare, le film d’Emmanuel Courcel qui réunit Benjamin Lavernhe et Pierre Lottin (qu’il serait tout de même temps de considérer autrement que comme l’attardé de la famille Tuche).

Sympathique certes, mais à la limite de la caricature. Au moins Benjamin Lavernhe est crédible en chef d’orchestre, et les musiciens qu’on voit et entend dans le film sont de vrais musiciens, professionnels ou amateurs. Pour le reste gentillet, attendu et souvent tiré par les cheveux.

Edmond

Pas vraiment récent, mais bien ficelé, Edmond d’Alexis Michallik. Intéressant pour comprendre la genèse d’une oeuvre et ce qui se passe dans la tête d’un créateur. Je n’ai cessé de penser à Mozart écrivant dans la nuit précédant la première à Prague, l’ouverture de son Don Giovanni (1787).

Des chefs et des dames

Les Français ne vous oublient pas

Hier spontanément j’ai souhaité un bon anniversaire à Michel Plasson – 90 ans – mais il a fallu qu’un chroniqueur britannique, trop heureux de pouvoir taper sur ce qui n’est pas British, affirme sur son blog que la France avait « oublié » son grand chef. Inutile querelle. Tous les mélomanes, et les musiciens, français savent ce qu’ils doivent à ce grand chef qui a si bien et si longtemps servi la musique de son pays, en particulier à la tête de l’Orchestre du Capitole de Toulouse.

Rattle fait un Mahler

J’ai encore compris hier soir pourquoi je redoute la Sixième symphonie de Mahler, pourquoi je ne l’écoute quasiment jamais au disque. Alors que je ne me lasse de pratiquement aucune autre – la fabuleuse Troisième entendue à Bucarest (lire Le Mahler de Mäkelä), l’étonnante Cinquième du Portugal et la découverte d’un grand chef, Dinis Sousa) pour n’évoquer que les plus récents concerts. Hier donc c’était l’Orchestre de la radio bavaroise – quelle volupté ! – et son nouveau chef Simon Rattle qui inauguraient leur relation.

Même si je ne l’ai pas formulé aussi abruptement dans mon compte-rendu pour Bachtrack (lire Suffocante Sixième symphonie de Mahler par Simon Rattle), je trouve l’oeuvre, et son dernier mouvement en particulier, à la limite de l’inaudible. Mais je ne regrette évidemment pas d’avoir entendu la version/vision plutôt singulière du chef anglais et de son fabuleux orchestre.

Catherine est Bernadette

Comme antidote à la déprime mahlérienne, rien de mieux ce matin que le nouveau film de Léa Domenach, Bernadette !

Je craignais qu’après toute la promo qui avait été faite, les multiples interviews des acteurs et surtout de Catherine Deneuve qui incarne Bernadette Chirac, je ne sois finalement déçu par un film qui a sinon divisé, du moins partagé la critique. SI j’en juge par le nombre de spectateurs présents en matinée dans une salle du centre de Paris, le film ne devrait pas connaître un gros succès de fréquentation. Nulle déception, mais le plaisir d’un bon cinéma, qui aurait gagné à un peu plus de nerf.

Peu importe, ce Bernadette évite à peu près tous les pièges du genre : le personnage qu’incarne formidablement une Catherine Deneuve souveraine – qui n’est jamais dans l’imitation ou la parodie – est souvent sympathique, tandis que tous les machos qu’elle côtoie (à commencer par son président de mari, formidable Michel Vuillermoz, l’inénarrable Sarkozy de Laurent Stocker), à l’exception de l’attendrissant conseiller Bernard Niquet si bien joué par Denis Podalydès, frôlent souvent le ridicule. Sara Giraudeau est une étonnante et très crédible Claude Chirac. Plusieurs jolis moments d’émotion et une bande-son des plus inattendues, qu’on ne divulgâchera pas…

Les raretés du confinement (fin)

Rappelez-vous, le (re)confinement de tous les lieux accueillant du public, c’était le 30 octobre 2020 ! Le 11 novembre je commençais une série : Les raretés du confinement, dont je n’imaginais pas qu’elle durerait six mois…

Quoi qu’il en soit, je ne regrette pas cette chronique musicale d’un confinement inédit, d’une période que nous mettrons du temps à analyser, digérer, dépasser.

Retour sur la dernière décade.

13 mai : l’Ascension de Gardiner

Une oeuvre qui s’impose en ce jour de l’Ascension : la cantate BWV 11 de Jean-Sébastien Bach « Lobet Gott in seinen Reichen » (Louez Dieu dans ses royaumes) est créée et dirigée par le compositeur le 19 mai 1735 à Leipzig pour l’office de l’Ascension.Ici dans une version exaltante de John Eliot Gardiner

Je reparlerai très bientôt du chef anglais qui bénéficie d’un somptueux coffret rééditant l’ensemble de ses enregistrements pour Deutsche Grammophon et Archiv Production (de Bach.. à Lehar !

14 mai : mes années disco

Tandis que je revenais sur les lieux de mon enfance et de ma famille paternelle (Retour aux sources) j’apprenais la disparition d’un homme de la nuit, Jean-Yves Bouvier, que j’avais bien connu pendant mes années disco. Ces quelques mois, au tournant des années 70/80, où l’on pouvait danser jusqu’au bout de la nuit sur les pistes de discothèques aujourd’hui disparues.

15 mai : il pleut sur Nantes

Visitant Nantes ce matin – où je n’étais pas revenu depuis 2015 – j’avais oublié le terrible incendie survenu il y a moins d’un an, le 18 juillet 2020, à la Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul (L’incendie de la cathédrale de Nantes) qui, à la différence de l’incendie de Notre-Dame de Paris, a ravagé les grandes orgues Girardet de 1621.

Il pleuvait sur Nantes ce jour-là, les magasins étaient encore fermés. Et je ne pouvais empêcher l’entêtante et bouleversante chanson de BarbaraNantes – de se replacer dans une partie de ma mémoire dont elle n’est jamais partie.

16 mai : Martinon à Chicago

Un tube tellement ressassé, le Boléro de Ravel. Et pourtant on tend l’oreille, on est porté, transporté par l’extraordinaire version – trop peu connue – de Jean Martinon (lire : Martinon enfin. Jean Martinon fait briller le Chicago Symphony Orchestra de tous ses feux. Ravel plus sensuel que jamais

17 mai : encore un peu de Martinon

Après mon marché du week-end (Marché de printemps) quelques pépites ajoutées à ma discothèque ou redécouvertes, comme cette extraordinaire série d’enregistrements de Jean Martinon à Chicago.une version superlative (et quelle prise de son !) de la 2ème suite de Bacchus et Ariane de Roussel

18 mai : les sept instruments de Frank Martin

Dans la série Martinon à Chicago (lire : Marché de printemps) une vraie rareté, le concerto pour 7 instruments à vent du Suisse Frank Martin (1890-1974), et l’occasion d’entendre les fabuleux souffleurs du Chicago Symphony Orchestra

19 mai : Déconfinement`

Fin, je l’espère définitive, de cette rubrique #Confinement3 avec, en écho de mon billet matinal (lire: Déconfinement/) cette version de plein air, pleinement déconfinée, des Royal Fireworks de Haendel tirés par Hervé Niquet et son Concert spirituel (à retrouver cet été au Festival Radio France Occitanie Montpellier :www.lefestival.eu)

20 mai : Le musée a rouvert

Bonheur rare de pouvoir à nouveau déambuler en toute tranquillité dans les belles salles du Musée Fabre de Montpellier, d’y retrouver en particulier les Soulages qu’on aime tant et qui nous ont tant manqué…

Catherine, Rudolf et le maire

L’avantage des longs voyages en avion c’est de pouvoir voir des films qu’on a manqués à leur sortie, qu’on ne serait peut-être pas allé spontanément voir en salle.. ou qu’on découvre dans la sélection proposée.

Ainsi mon récent périple africain (La beauté du mondem’a-t-il permis de voir trois films d’inégal intérêt qui ont en commun de constituer des portraits plutôt réussis.

Noureiev l’exilé

81WYqmVoFXL._AC_SL1500_Malgré la réputation de son auteur, je n’avais pas vraiment repéré ce Noureiev (en anglais The White Crow) de Ralph Fiennes.

Les biopics sont assez rarement réussis, la comparaison entre l’acteur/actrice incarnant le personnage portraituré et son modèle étant inévitable et souvent au désavantage de la fiction. Ralph Fiennes, lui, réussit son pari, avec le choix d’un jeune acteur, qui est aussi un excellent danseur, Oleg Ivenko, qui, d’emblée, « est » le Noureiev vibrant, insoumis, audacieux, que biographies et autobiographie nous ont décrit.

Le film se concentre sur une période décisive de la vie du danseur russe, le séjour à Paris, en 1961, de la troupe du Kirov de Leningrad, qu’il a intégrée non sans mal en 1958, et son spectaculaire passage à l’Ouest, à l’aéroport d’Orly, le 16 juin 1961.

Noureiev (j’écris à dessein Noureiev, et non Noureev comme le voudrait l’orthographe internationale d’usage pour les noms russes, puisque Нуреев se prononce Nou-ré-i-eff) a lui-même raconté ce tournant capital de sa vie d’homme et de danseur.

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Politique fiction ?

À de très rares exceptions près (comme Quai d’Orsay de Bertrand Tavernierles films ou séries télévisées traitant de la vie politique et/ou de personnages publics, versent dans la caricature ou sonnent faux.

La réussite du dernier film de Nicolas Pariser tient à ce que Alice et le Maire évite ces deux écueils, à ce que les acteurs qui incarnent les deux personnages principaux – Fabrice Luchini en maire de Lyon et Anais Demoustier en jeune conseillère – sont, de bout en bout, crédibles, justes (Luchini ne fait pas du Luchini !) et vraisemblables.

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Le maire de Lyon, Paul Théraneau, va mal. Il n’a plus une seule idée. Après trente ans de vie politique, il se sent complètement vide. Pour remédier à ce problème, on décide de lui adjoindre une jeune et brillante philosophe, Alice Heimann. Un dialogue se noue, qui rapproche Alice et le maire et ébranle leurs certitudes

Pour qui a vécu ce type de situations – ce qui est mon cas – rien dans ce qui est montré dans ce film, personnages, contexte, entourages, ambitions, n’est invraisemblable, exagéré ou caricatural. Le réalisateur connaît bien son monde, l’a observé de l’intérieur, et le restitue avec une justesse qui force l’admiration.

La vraie Catherine Deneuve ?

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« Fabienne, icône du cinéma, est la mère de Lumir, scénariste à New York. La publication des Mémoires de cette grande actrice incite Lumir et sa famille à revenir dans la maison de son enfance. Mais les retrouvailles vont vite tourner à la confrontation : vérités cachées, rancunes inavouées, amours impossibles se révèlent sous le regard médusé des hommes. Fabienne est en plein tournage d’un film de science-fiction où elle incarne la fille âgée d’une mère éternellement jeune. Réalité et fiction se confondent obligeant mère et fille à se retrouver.. »

Comment dire ? Comme Jérôme Garcin dans L’Obs : Ce n’est pas le meilleur film du cinéaste d’« Une affaire de famille », palme d’or au dernier Festival de Cannes, mais c’est (avec « Elle s’en va », d’Emmanuelle Bercot) le meilleur portrait, en biais, de Catherine Deneuve.

Pour reprendre la comparaison de Jérôme Garcin, j’ai, de loin, préféré le film d’Emmanuelle Bercot. Dans La Vérité, tout paraît téléphoné, même l’auto-dérision dont fait preuve Catherine Deneuve, comme si Hirokazu Kore-eda avait été intimidé par son actrice. Le film n’est pas désagréable, et se laisse voir, mais il n’est pas de ceux qui laissent une empreinte durable dans la mémoire.617QMe-6fGL._AC_SL1000_

Cadeaux de Noël

Je suis, au choix, ou resté un enfant ou devenu un vieux ronchon, mais je ne supporte plus la marchandisation, qui me paraît chaque année plus accentuée, de la fête de Noël. Début novembre, le rayon « décos de Noël » était déjà installé chez mon pépiniériste, et à la mi-novembre, la plupart des villes étaient déjà « enguirlandées » !

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IMG_7353(Place de la Comédie à Montpellier)

J’aime me rappeler que, dans ma famille – avant le sinistre hiver 1972 (Dernière demeure)  le sapin de Noël et la crèche n’étaient installés, décorés, qu’au tout dernier moment, pour la veillée du 24 décembre, et que mes soeurs et moi les découvrions émerveillés, avec l’odeur des bougies et un disque de Christmas carols sur l’électrophone du salon.

Mais c’était il y a longtemps…

À un ami qui m’interrogeait il y a une semaine sur mes courses de Noël, je répondis que, comme chaque année, j’avais refusé de me prêter à cette course à la surconsommation dans des magasins bondés, et que je trouverais en temps utile les petits cadeaux qui feraient plaisir à mes proches.

Ce que j’ai fait avec un peu d’anticipation ce samedi pour mes petits-enfants, qui avaient émis le voeu – par écrit ! – d’assister à une représentation du Lac des cygnes.

Billets réservés depuis quelques semaines, au prix (très) fort – les organisateurs de spectacles de fin d’année « pour enfants » savent très bien comment plumer les parents et grands-parents ! – pour un spectacle décevant.

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Mon premier Lac des cygnes au théâtre Mogador à Paris est présenté comme « un spectacle conté et dansé en deux actes de 40 minutes entrecoupés par un entracte, où l’histoire du « Lac des Cygnes » a été simplifiée pour devenir accessible aux plus jeunes.
Il est interprété par une troupe de danseurs professionnels emmenée par Karl Paquette, ancien danseur étoile de l’Opéra National de Paris. » 

Spectacle conté ? En voix off (!!) le comédien-français Clément Hervieu-Léger fait une très brève introduction au début de chaque partie, sans aucune explication du déroulement de l’histoire et des scènes qui vont se succéder. Ma petite-fille, 4 ans et demi, qui, elle, connaît par coeur l’histoire du Lac des cygnes, faisait remarquer qu’on s’était moqué de nous !

Quant aux danseuses et danseurs, emmenés par Karl Paquettedanseur étoile tout frais retraité de l’Opéra de Paris, on ne peut pas dire qu’ils se signalaient par leurs qualités d’ensemble et leur homogénéité. Je ne sais ce que l’ancienne directrice de la danse de l’Opéra de Paris qui était dans la salle en a pensé…

IMG_7672Pour oublier ce Lac médiocre, nous nous en fûmes découvrir les Champs-Elysées (question du garçon « Il n’y a pas de gilets jaunes aujourd’hui? » « Ils font grève? »).

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Alors quid des cadeaux de Noël cette année ?

Je veux d’abord signaler l’initiative du Festival Radio France Occitanie Montpellier qui met en vente dès maintenant des places – les meilleures ! – pour deux des événements  lyriques de son édition 2020, via le site de la FNAC (les billets sont donc accessibles partout !).

D’abord Fedora, l’opéra de Giordano, en version de concert, le 17 juillet 2020, qui marquera le retour à Montpellier de Sonya Yoncheva et de son mari, le chef Domingo Hindoyan (billets en vente ici)

I-FRFM-2016-309(Domingo Hindoyan eSonya Yoncheva en juillet 2017 à Montpellier après Siberia de Giordano)

Et comme c’est la spécialité du festival depuis l’origine, une résurrection, l’un des derniers ouvrages de Massenet, son opéra Bacchus (1909), le 25 juillet 2020, sous la houlette de Michael Schonwandt, avec, en tête de distribution, Catherine Hunold et Jean-François Borras (billets en vente ici)

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Si vous êtes encore en panne d’idées, quelques conseils de livres ou de disques qui ne devraient pas décevoir…

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Ils sont de retour. Encore mieux habillés, encore plus déconnectés. Mais attention : «  Tu crois que je suis à côté de la plaque mais ce n’est pas toi qui décides où est la plaque  »  ! Les poètes du hors-sol. Les timbrés du premier rang des défilés de mode. Tout un monde souvent parisien, toujours à la pointe, jamais épuisés. Loïc Prigent revient avec le dernier bulletin de santé de ses petits camarades du monde de la mode. 

On avait adoré le précédent opuscule, dont Catherine Deneuve avait donné un savoureux aperçu sur scène.

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Deux ans après sa mort, on lira avec gourmandise le portrait nuancé, fourmillant d’anecdotes, que Sophie des Déserts avait dressé de Jean d’Ormesson. Qui vient de paraître en poche.

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Pendant près de trois ans, « le dernier roi soleil » ouvre ses portes à la journaliste Sophie des Déserts. Elle s’approche. Il s’habitue. Ils s’apprivoisent. Une amitié
se noue, dans la vérité des derniers temps. Sophie des Déserts voit aussi ses amis, son majordome, sa famille, les femmes de sa vie. Avec l’approbation de
« Jean », tous lui parlent. Se livrent. Racontent. Ainsi apparaît Jean d’Ormesson, dans toutes ses facettes, au fil de ces pages lumineuses et sombres parfois,
piquantes, drôles, tendres, où se révèle enfin l’homme.

On se précipitera aussi sur le dernier Plantu.

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On reste fidèle à Blake et Mortimer et à leurs dernières aventures :

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Quant à offrir de la musique, deux propositions qui sortent des sentiers battus.

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Le Point du 19 décembre fait, sous la plume du vétéran André Tubeuf, l’éloge d’un musicien de 23 ans, Valentin Tournet, « beau et grand garçon, d’un blond tirant sur le roux, qui déjà, de sa taille (1m94) domine le champ de bataille où son arrivée fait quelque bruit ». Laurent Brunner lui a ouvert grand l’opéra et la chapelle de Versailles, et ça donne un premier disque enthousiasmant !

Avant que le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven ne déferle sur 2020empressez-vous d’acquérir ou d’offrir la moins chère (env. 20 €) des intégrales des symphonies du maître de Bonn, due au plus méconnu des grands chefs est-allemands du XXème siècle, Herbert Kegel.

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Second rôle

 

Je suis sûr que si l’on avait interrogé les téléspectateurs qui ont appris la nouvelle de sa mort hier, la plupart auraient répondu que cette tête leur était familière… mais qu’ils avaient du mal à lui accoler un nom.

Pourtant Michel Aumont, c’était « un sourire et un regard bienveillants/…./Il avait 82 ans. Acteur populaire et élégant, grand comédien de théâtre, il fut aussi un second rôle prolifique du cinéma chez Chabrol, Tavernier, Lelouch, Zidi encore ou Veber. Les planches étaient toute sa vie, sa passion première -il reçut quatre Molière au cours d’une carrière de plus de soixante ans, dont près de quarante à la Comédie-Française dont il était sociétaire honoraire-, mais les écrans, petit et grand, surent utiliser son grand talent. Souvent commissaire, homme de loi ou politique, son visage était connu de tous. Il avait tant tourné aussi pour la télé, comme « les Dames de la côte », feuilleton culte de la fin des années 1970. » (Le Parisien, 30 août 2019).

J’ai eu la chance de le voir, au théâtre, incarner Richard Strauss dans la pièce de Ronald Harwood Collaboration face à Didier Sandre qui jouait Stefan Zweig.

Admirables performances de ce phénoménal duo, dans une pièce tout aussi admirable, dont Didier Sandre décrit parfaitement le sujet et l’écriture :

Le fruit de cette collaboration entre Strauss et Zweig sera cet opéra Die schweigsame Frau (La femme silencieuse) , créé le 24 juin 1935 à Dresde sous la direction du jeune Karl Böhm.

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L’un des personnages importants de la pièce… et de la vie du compositeur est sa femme Paulinequi a en partie inspiré la Sinfonia Domestica

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Mais la présence de Michel Aumont au théâtre, à la Comédie-Française en particulier, fut innombrable et magnifique. Il est pour l’éternité l’Harpagon de l’Avare

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La filmographie de Michel Aumont au cinéma et à la télévision n’est pas moins importante.

J’avais adoré le film de Valérie Lemercier, Palais Royal, à sa sortie en 2005. Michel Aumont y incarne le conseiller/amant cauteleux à souhait de la reine Catherine Deneuve.

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La dernière fugue

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« C’est fou comme Maurane suscite des réactions personnelles, des souvenirs précis et précieux, avec cette impression si rare qu’elle était proche de nous, avec nous dans nos vies ». 

C’est exactement cela – merci à Séverine M. pour ces mots parfaits – le sentiment qui nous étreint après l’annonce de la mort soudaine de Maurane.

En 2002, j’ai eu l’occasion d’approcher la chanteuse dont j’admirais déjà la chaleur de la voix, la douce nostalgie des chansons. Nous avons partagé de savoureux moments, autour d’une bonne table, et bien sûr plusieurs concerts avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège. 

Maurane m’avait confié sa fascination pour la musique classique, son complexe aussi de n’être qu’une chanteuse « de variété » – je me rappelle un débat animé sur la position de Gainsbourg, lui aussi fasciné par la musique classique, qui considérait la chanson comme un art mineur, Maurane n’était pas loin de penser la même chose, alors que je pensais – et continue de penser – tout le contraire – Maurane était si fière de son père Guy Luypaerts (prononcer L’oeil-parts), mort en 1999, directeur estimé et aimé de l’Académie de Musique (Conservatoire) de Verviers.

La cheffe d’orchestre Claire Gibault me rappelait ce matin qu’elle avait eu la chance de travailler avec Maurane, grâce à l’Orchestre philharmonique de Liège, au cours de trois concerts en juin 2002 dans le cadre du Festival de Wallonie sur le thème de Ainsi soient-elles. 

Je n’ai plus guère revu Maurane après cette rencontre de 2002. Nous avions tenté, elle et nous, de retrouver des dates, les choses ne se sont pas faites.

Quelques années plus tard, j’ai aimé retrouver Maurane, actrice, donnant la réplique à Catherine Deneuve dans le délicieux Palais Royal de Valérie Lemercier.

Et puis restent la générosité, les fêlures, les engagements, les souvenirs, comme ce duo inoubliable lors d’une soirée des Enfoirés en 1996…

Un drôle de paroissien ou les saisons de Jean-Pierre M.

Je suis un piètre cinéphile, Jean-Pierre Mocky je n’en connaissais que quelques titres (Le Miraculé, Les Saisons du plaisir, Un drôle de paroissien, L’Ibis rouge…) et la réputation de vieil anar qu’il a soigneusement cultivée.

Je me suis dit qu’un dimanche de Toussaint n’était pas le jour le plus mal choisi pour lui rendre l’hommage tardif que je lui dois après avoir lu d’une traite ce qui s’apparente à une autobiographie : Je vais encore me faire des amis

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À 82 ans, le père du directeur du Théâtre national de Strasbourg, Stanislas Nordey, ne manque pas une occasion de nous rassurer sur sa forme mentale et physique. Vieux con sans doute, mais un sacré parcours tout de même, comme le rappelle la 4ème de couverture du bouquin, sans excès de modestie :

Jean-Pierre Mocky n’est pas seulement une légende du cinéma français : inclassable et rebelle, il ressemble aux personnages de ses films. Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, il troque sa caméra contre une plume bien affûtée… et tout le monde y passe ! Famille, amours, réalisateurs, acteurs : la mémoire vive et le verbe haut, il nous livre une savoureuse galerie de portraits, riche en coups de cœur, coups de gueule et coups de sang. Amateurs de révélations, réjouissez-vous. Adeptes du politiquement correct, s’abstenir. Enfant, Mocky est figurant chez Marcel Carné, puis Jean Cocteau. À 20 ans, Michelangelo Antonioni fait de lui une vedette. Pourtant, l’emploi d’acteur sied mal à sa soif de liberté : passé derrière la caméra, ce disciple de Fritz Lang et de Luis Buñuel saura toujours attirer les plus grandes stars, leur réservant d’audacieux contre-emplois dans des films insolites et satiriques. « Langue de bois, connais pas ! », telle est la devise de Mocky l’indomptable, dont la longue filmographie illustre ses nombreuses révoltes et indignations : scandales politiques et religieux, crimes sexuels, abus de faiblesse… Ennemi juré de la bien-pensance, il a souvent payé cher son indépendance et son franc-parler. S’il a su nouer des amitiés durables dans le métier, sa route est semée de fâcheries d’un soir et de brouilles définitives. Bourvil, de Funès, Delon, Deneuve, Visconti, Chaplin, Serrault, Godard, Eastwood et bien d’autres jalonnent son parcours atypique, pour le meilleur et pour le pire. Qu’importe ! Son amour du cinéma prévaut sur le reste : après quelque soixante ans de carrière, il tourne plus que jamais et fourmille de projets. Mais au fond, qu’est-ce qui fait courir Mocky ? On le découvre au fil d’un récit truculent, sulfureux, drôle et nostalgique, où l’auteur, évoquant sans fard ses blessures de jeunesse, nous dévoile une part de sensibilité inattendue.

Comme souvent, Mocky vaut mieux que sa caricature, et le personnage qui se découvre dans ces pages est plus qu’attachant. En témoignent les portraits quasi amoureux qu’il dresse des cinéastes, des acteurs qui l’ont marqué, forgé, soutenu, et qu’il a aimés sans réserve, au prix parfois de longues brouilles, et lui l’iconoclaste, l’anticlérical, avouant une forme de foi en un au-delà qui nous échappe…

Du coup, j’ai acheté tout Mocky, pour me refaire une éducation cinéphilique. Bien sûr la critique n’est pas très tendre pour les films les plus récents, comme le dernier de ce gros coffret, Le Renard jaune (2013).

Je viens de le regarder quelques heures après Un drôle de paroissien (1963).

Cinquante ans séparent ces deux films, et pourtant j’y ai reconnu immédiatement la patte du cinéaste, un savoir filmer ses personnages, un sens de la mise en scène, même avec des bouts de ficelle, un amour de ses acteurs, et puis une attention rare portée à la musique de ses films. Des tics et des trucs évidemment, comme Woody Allen avec qui il partage cette régularité boulimique de la production de longs-métrages.

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