Chef émérite

C’est une distinction plutôt rare en France, assez fréquente dans les pays anglo-saxons pour dire la reconnaissance qu’on éprouve à l’égard d’un chef d’orchestre qui a une longue histoire avec un orchestre.
Riccardo Muti a été nommé chef émérite de l’Orchestre national de France le 18 juin dernier, à l’occasion de ses retrouvailles avec l’orchestre lors d’un concert dont on lira la chronique sur Bachtrack : Le bel aujourd’hui de Riccardo Muti avec l’Orchestre national

La notice qui accompagne cette nomination rappelle le premier concert que le chef napolitain a dirigé à la tête du National. C’était le 13 mars 1980 au théâtre des Champs-Elysées, et il se trouve que j’y assistais – alors que je n’étais alors pas du tout investi ni dans la radio ni dans la musique – Et je me rappelle ce concert comme si c’était hier : la 34e symphonie de Mozart, la suite du Tricorne de Falla, et la 4e symphonie de Schumann. Un programme « signature » en quelque sorte, Muti n’ayant jamais par la suite proposé du tout venant.

Il y a malheureusement très peu de documents vidéo qui documentent ce concert et les suivants, en dehors évidemment des enregistrements audio de Radio France. Mais on sait que Riccardo Muti est très attentif à ce qui est diffusé, à ce qu’il laisse diffuser.

Il y a surtout, en dehors du disque, peu de témoignages filmés du jeune Muti, qui à 39 ans faisait ses débuts avec le National

Dans le cadre des 80 ans de l’Orchestre national en 2014, j’ai pu participer à l’édition d’un coffret anniversaire dans lequel on avait choisi d’illustrer l’apport du chef par la 39e symphonie en sol mineur de Haydn.

Pour le reste, et notamment la discographie recommandée (et recommandable) de Riccardo Muti, je renvoie à l’article que j’ai publié il y a cinq ans lorsque le chef a fêté ses 80 ans : La quarantaine rugissante

A quoi il faut rajouter si on le trouve encore un coffret « italien » plein de raretés

On y trouve, entre autres, la pièce de Catalani que dirigeait Riccardo Muti jeudi soir.

Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog !

La Diva inconnue

Tous les matins du monde d’Alain Corneau, à partir du roman de Pascal Quignard, avait révélé au grand public tout ensemble la viole de gambe, M. de Sainte-Colombe, Marin Marais et Jordi Savall.

On peut en dire autant du film Diva (1981), le premier long-métrage du réalisateur Jean-Jacques Beineix, qui vient de disparaître à 75 ans.

Soudain, grâce à la voix de Wilhelmenia Fernandez, le public se prit de passion pour un air d’un opéra jusqu’alors connu des seuls initiés à l’art lyrique, La Wally, d’Alfredo Catalani (1854-1893)

On mesure mal aujourd’hui l’engouement (et la détestation de la part de certains critiques) que suscitèrent le film d’abord, l’actrice/.chanteuse américaine qui concurrença vite en termes de notoriété sa compatriote Barbara Hendricks, sur tous les plateaux de télévision, et l’opéra italien.

Mais on en resta à peu près là quant à approfondir nos connaissances sur le compositeur et l’opéra. Catalani né quatre ans avant Puccini dans la même ville de Lucques, mort de la tuberculose à 39 ans à Milan, n’a écrit que six opéras, dont deux seulement, inspirés de légendes germaniques, ont connu une certaine notoriété (Loreley en 1890 et La Wally en 1892)

Ce n’est pas faire injure au joli filet de voix de Wilhelmenia Fernandez, que de dire qu’elle n’aurait pas pu chanter le rôle sur scène, celui-ci requérant une ampleur, une couleur, qui ne sont pas les siennes, mais qu’illustrent au disque Renata Tebaldi – même captée sur le tard (1970) – ou Eva Marton;

Mais qui pourrait surpasser Maria Callas dans cet air ?

On ne va pas résumer la carrière de Jean-Jacques Beineix à ce premier film fondateur, on a beaucoup aimé la suite de son parcours cinématographique.

On trouve sur YouTube une représentation (tyrolienne à souhait !) de la Wally donnée au théâtre de Piacenza, avec une distribution plus qu’honnête.

Rota : le match des Riccardo

Sort ces jours-ci un disque promis à un beau succès, d’un minutage très généreux (81 minutes), dont le titre est tout un programme: The Fellini Album

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Riccardo Chailly dirige la formation symphonique de la célèbre scène lyrique de Milan, la Filarmonica della Scala, les suites d’orchestre de quelques-unes des musiques de film que Nino Rota(1911-1979) a écrites pour le grand Federico FelliniLa Dolce Vita, Amarcord, 8 ½, Les ClownsCasanova.

Vingt ans plus tôt, avec le même orchestre, Riccardo Muti entreprenait un hommage plus large au compositeur fétiche de Fellini, disparu il y a 40 ans.

On retrouve dans ces deux albums, depuis réédités dans un indispensable coffret très bon marché (Sony)

81cfRe2-rjL._SL1500_des musiques de films de Fellini bien sûr (comme Chailly, La Dolce Vita, 81/2, Amarcord),  Prova d’orchestra, La Strada mais aussi Visconti (Rocco et ses frères, Le Guépard), Francis Ford Coppola (Le Parrain)

Inévitablement, la comparaison se fait entre Chailly et Muti. Surtout avec le même orchestre !

Il suffit d’écouter ce célèbre passage de Huit et demi, La passerelle des adieux, cette scène finale qui nous tire des larmes.

Quelque chose me gène chez Chailly, outre une prise de son moins détaillée, plus clinquante que celle de Muti, peut-être un côté un peu racoleur, premier degré (comme à la reprise du thème à 3’33 »)

Chez Muti, la poésie, l’inexorable nostalgie qui parcourt toute cette musique, me paraissent infiniment mieux restituées.

Et puisqu’on évoque les films de Visconti, pour qui Nino Rota a écrit certaines de ses plus belles pages, je voudrais parler d’un livre que j’ai sur ma table de chevet depuis un certain temps.

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« Enfant solitaire, il jouait dans une cour de prison, non loin de la cellule où Genet écrivait Le Condamné à mort. Quelque 87 films plus tard, dernière star française, son œuvre d’acteur, les figures, les passions, les époques qu’il porte en lui, son panthéon intérieur, lui confèrent une dimension proustienne. Venu de nulle part, doté du don de plaire et de déplaire, Alain Delon a triomphé, mais aussi payé cher son éclat, sa personnalité, ses convictions, certaines de ses amitiés, sa fidélité à lui-même. La beauté n’est rien sans la liberté qui l’anime.
Dans un récit vif-argent, une fresque à rebours des clichés et des fantasmes, Jean-Marc Parisis peint un caractère, une exception, un destin. Delon comme on ne l’avait jamais vu, écrit. »

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La Dolce vita

IMG_7681(Santa Maria de Leuca)

J’ai choisi le sud de l’Italie pour cette pause estivale (voir Le talon de la botte).

Les paysages que je traverse, les cités que je visite, les bords de mer où je m’arrête, m’évoquent irrésistiblement des musiques, légères, doucement teintées de nostalgie.

38875521_10155906743217602_236441329784061952_n(Gallipoli au couchant)

Comme celles qu’un magnifique coffret, à petit prix, réédite sous la houlette la plus pertinente et élégante qui soit, celle de Riccardo Muti – bon sang napolitain ne saurait mentir ! –

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Je reviendrai plus longuement sur l’une des figures centrales de ce coffret, Nino Rota, je serai dans quelques jours tout près de la ville de Bari, dont il fut le directeur du Conservatoire de 1950 à sa mort en 1979. Et sur les autres compositeurs illustrés par Muti.

Ce n’est pas avec Muti que j’ai entendu pour la première fois ces musiques qui chavirent, mais avec ce disque d’intermèdes d’opéras, où Karajan raconte mieux que quiconque la langueur, la mélancolie.

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Peut-on imaginer plus nostalgique que ce passage d’Adrienne Lecouvreur de Cilea ?

La légèreté, l’insouciance, l’atmosphère si typiques d’une certaine Italie, c’est chez un drôle de compositeur, Ermanno Wolf Ferrari, et toujours avec ce disque de Karajan, que je les ai aimées la première fois.

Puis par un CD plutôt inattendu de Neville Marriner

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L’excellent Gianandrea Noseda a déjà constitué chez Chandos une impressionnante collection de musique symphonique italienne, dont ce double album consacré à Wolf-Ferrari.

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