Etape obligée quand on visite le Sri Lanka, le parc national d’Udawalawe. Au petit matin, les 4×4 sont déjà présents par dizaines à l’entrée du parc. Le business est juteux pour toute la région.
Et les promesses seront à peu près tenues, malgré le bruit et l’odeur des moteurs mal réglés des Jeep qui n’ont pas l’air de trop indisposer les mastodontes qui promènent leurs petits…
ou ceux qui barrent le chemin !
A vrai dire, on avait déjà eu un avant-goût de rencontre inattendue avec ce prodigieux animal qui nous semble si familier, dont la démarche tranquille est marquée par la grâce. Au bord de la route, à plusieurs kilomètres du parc, ces deux-là avaient l’air de nous dire : On sait bien que vous ne pouvez pas nous donner à manger ni même nous serrer la trompe…
Des oiseaux par milliers, des paons sauvages qui ne se font pas prier pour se montrer.
Au bord d’une onde pure, un marabout surveille le crocodile solitaire…
PS J’ai appris cette nuit la disparition d’André Previn,qui a manqué de quelques semaines son 90ème anniversaire. Je lui avais en quelque sorte rendu un hommage anthume à l’occasion de la publication d’un beau coffret Sony/RCA : Génération Bernsteinet André Previn l’éclectique
Tandis que je m’apprête à quitter la Roumanie à la fin de mes vacances, vous y arrivez ce jeudi et serez vendredi en Bulgarie.
Permettez-moi d’abord de vous féliciter d’avoir choisi ces deux pays, parmi les derniers à avoir intégré l’Union européenne, pour la première tournée des capitales européennes que vous aviez annoncée dès votre élection. La Bulgarie, et plus encore peut-être la Roumanie, nous aiment nous, la France, les Français.
Savez-vous que, lorsque je suis venu pour la première fois en Roumanie, à l’âge où vous découvriez tout à la fois l’amour et le théâtre, la plupart des adultes que je rencontrais parlaient tous français, qu’ils professaient tous une passion pour De Gaulle (c’était trois ans après sa mort, cinq ans après sa visite historique) ? Aujourd’hui les jeunes Roumains parlent à peine l’anglais… Mais Paris, la France, les fait toujours rêver.
Je sais que vous venez à Bucarest et à Sofia y évoquer la réforme de la directive européenne dite « des travailleurs détachés » (Le Monde : Macron mise sur les divisions des pays d’ex-Europe de l’Est) et qu’ici beaucoup redoutent votre idée, et craignent que le développement économique que l’arrimage de ces deux vieilles nations à l’Europe a entrainé – la Roumanie a l’une des plus fortes croissances de toute l’Union – ne soit compromis, voire ruiné par de nouvelles règles. Vous avez certainement raison et vos raisons de déclarer ce que vous avez dit dans la ville natale de Mozartil y a quelques heures : « La directive travailleurs détachés telle qu’elle fonctionne est une trahison de l’esprit européen dans ses fondamentaux. Le marché unique européen et la libre circulation des travailleurs n’a pas pour but de favoriser les pays qui font la promotion du moindre droit social »
Monsieur le Président, même si votre visite est évidemment beaucoup trop courte et ne vous permettra pas de percevoir les réalités de ces deux peuples frères et cousins, dites leur, je vous prie, combien la France leur est attachée.
Aux Roumains, parce que les liens de culture, de langue – le roumain est une langue latine, si proche de la nôtre – sont de toute éternité. Bucarest était même surnommée le Petit Paris durant l’entre-deux-guerres. Tant de créateurs, d’interprètes ont fait le voyage Paris-Bucarest dans les deux sens, Enesco, Ionesco, Cioran, Istrati… Parce qu’on roule encore beaucoup français dans les villes et sur les routes du pays (Renault et sa filiale Dacia, Peugeot tiennent la dragée haute aux constructeurs allemands). Parce qu’aux abords des centres urbains, ce sont les enseignes françaises – Auchan, Carrefour – qui équipent les nouvelles zones commerciales.
Aux Bulgares, qui ont élu en novembre 2016, un président manifestement plus porté vers la Russie que vers l’Europe, parce que la France représente pour toute une jeunesse en quête d’idéal un phare, une idée d’avenir. C’était évident à chaque fois que l’on me demandait d’où je venais. Paris ville lumière !
La Roumanie, j’y suis venu à quatre reprises depuis 1973. Malgré la fuite des cerveaux, des médecins, des mathématiciens, des chercheurs, qui a suivi la chute de Ceausescu le 22 décembre 1989, ce pays a fait des progrès considérables. Sans renier son histoire, le charme de ses traditions – oui, il y a encore des voitures à cheval en Moldavie, en Transylvanie ! – la Roumanie s’est puissamment modernisée. Des villes, encore en triste état, au début des années 2000 se sont refait une beauté. Les infrastructures routières, touristiques et hôtelières ont fait des pas de géant. C’est un élan qu’il faut encourager, soutenir. Pour le bien des Roumains eux-mêmes.
La Bulgarie, je l’ai découverte cet été. J’y ai vu des paysages et des campagnes magnifiques, des sites abandonnés aussi, mais des villes fières, propres, écologiques – Paris et bien d’autres villes françaises pourraient en prendre exemple – Des bords de mer exceptionnels comme à Burgas ou Varna. Et une envie évidente de mettre en valeur un patrimoine archéologique et historique encore largement inexploité, inexploré, comme ces centaines de tombeaux thraces. Qui mieux que la France, en Europe, pourrait y contribuer ?
Monsieur le Président, ce soir vous aurez la chance d’assister au concert que donnent Martha Argerich et Daniel Barenboim dans le cadre du Festival de Salzbourg.
Vous n’aurez évidemment ni le temps ni même l’opportunité de prendre connaissance de mon message.
Je compte cependant sur vous pour dire haut et fort à nos amis roumains et bulgares qu’ils ne sont pas un problème, ni pour la France ni pour l’Europe, que leurs travailleurs « détachés » ne sont pas de mauvais citoyens européens, que ce qui nous unit à eux est plus fort, beaucoup plus fort qu’une directive mal appliquée ou détournée de ses fins initiales.
Donnez-leur toutes les raisons de croire à l’Europe fraternelle et solidaire que vous avez promue et défendue pendant votre campagne électorale !
On a oublié aujourd’hui la sinistre expression, le parapluie bulgare, une méthode mise au point par le KGB soviétique et ses alliés bulgares dans les années 70, pour éliminer discrètement les opposants ou les dissidents, comme Georgi Markov. La Bulgarie était alors le plus sûr allié de l’URSS dans le bloc de l’Est, au point que la tentative d’assassinat du pape Jean Paul IIen 1981 fut longtemps attribuée aux services secrets bulgares.
J’avais toujours eu de la Bulgarie la représentation d’un pays peu avenant, destination bon marché – qui l’est restée ! – proposée par les comités d’entreprise liés au Parti Communiste ou à la CGT, concentrations touristiques sur les bords de la Mer Noire. Bref j’avais tout faux.
Une douzaine de jours à parcourir une partie du pays m’a fait découvrir des cités, des contrées, des paysages, une histoire, des populations bien loin des clichés encore véhiculés par certains guides touristiques.
Une fresque commémorative de l’amitié Plovdiv-Leningrad (1980)
Dans le vieux Plovdiv, une belle maison mal entretenue où Lamartine a séjourné au retour de son voyage d’Orient en 1833 , visitée par François Mitterranden 1989.
Très vertes, couvertes de forêts les routes du nord et du centre laissent place, dans la plaine de Thrace, à des paysages plus secs.
(Burgas)
Sozopol, au sud de Burgas, est l’une des plus anciennes cités bordant la Mer Noire. Moins toutefois qu’à Nessebar, la présence historique des colonies successives est visible dans les monuments (ou leurs ruines), les maisons de bois.
En remontant la côte de la Mer Noire vers le nord, on arrive à Varna, dont les alentours sont sans grâce particulière, mais qui recèle quelques belles églises et palais (voir les photos ici)
Cabines de bain et farniente au programme… Varna n’est pas repliée sur son passé.
J’ai particulièrement aimé Burgas (lire Une Turandot bulgare) plus encore que Varna, une authentique station balnéaire de bord de mer : pas d’urbanisation concentrationnaire comme sur la côte d’Azur, un immense parc maritime, traversé de familles se rendant sur de longues plages bien entretenues. Une belle ambiance dans les rues piétonnes du centre, très propres et bien entretenues – c’est une caractéristique de toutes les villes traversées, Paris pourrait venir s’en inspirer !
Douze jours c’est trop peu pour s’imprégner de la culture et des moeurs d’un pays fier de n’avoir pas renoncé à sa langue, à son alphabet cyrillique, qu’il vaut mieux savoir pratiquer si l’on veut circuler facilement dans le pays !
Etant peu versé dans les têtes couronnées et très peu assidu aux Secrets d’histoire et autres portraits royaux dont Stéphane Bern s’est fait une spécialité, j’avais certes noté que l’hôtel que j’avais réservé dans cette petite station balnéaire de la Mer Noire était tout proche du Palais de la Reine Marie, mais j’ignorais tout de cette reine et de sa résidence de bord de mer… Et ce n’est pas grâce à un guide du Routard plus lacunaire et imprécis que jamais que je m’en serais débrouillé.
Une matinée nuageuse et ventée – la première depuis le début de ces vacances – et ce fut l’occasion de combler mes lacunes sur les royautés des Balkans et de découvrir, entourant sur huit hectares ce palais d’été, l’un des plus beaux jardins botaniques d’Europe.
Je suis désormais incollable sur cette reine Marie de Roumanie(1875-1938) petite-fille de la reine Victoriapar son père et du tsar Alexandre IIpar sa mère. Lorsque son mari Ferdinandaccède au trône de Roumanie en 1914, la princesse britannique devient reine consort. C’est au lendemain de la première Guerre mondiale, que Marie jette son dévolu sur Baltchik/Balčik, un petit port au pied de falaises de craie et entreprend d’y édifier un vaste ensemble de jardins et de petites maisons.
C’est une reine écolo avant la lettre puisque l’électricité et le chauffage sont produits par une station alimentée par deux sources.
La villa de la reine Marie est de style ottoman, le minaret étant purement décoratif, et d’une simplicité extrême quant à son aménagement intérieur.
Si l’on en croit certaines sources, la reine Marie a été très liée à la danseuse et chorégraphe Loïe Fuller.
Plusieurs autres villas ont été construites dans l’enceinte du »Palais », accueillant les hôtes ou les membres de la famille.
Le jardin botanique s’enorgueillit d’héberger la plus belle collection de cactées au monde.
Mais inutile de jouer au jeu des superlatifs, le lieu est beau, harmonieux, sans tape-à-l’oeil.
Une modeste chapelle, et dans tous les jardins, plusieurs signes rappellent que Marie de Roumanie n’était pas une dévote au sens habituel du terme, une femme que révoltait l’injustice, mais qui tenait son rang quoi qu’il advienne
Et pour les amateurs de destins extraordinaires, le récit de sa propre vie par Marie de Roumanie est à lire, si l’on en juge par la critique enthousiaste qu’en fit Virginia Woolfà sa sortie.
On ne s’attend à rien, sauf au pire, lorsqu’on voit des affiches pour une représentation d’un opéra aussi spectaculaire que Turandot de Puccini dans une station balnéaire bulgare. Pourtant, à 10 € la (très bonne) place, on ne risquait pas grand chose, une heureuse surprise peut-être ?
Le théâtre d’été est situé au milieu d’un immense parc qui surplombe la mer – c’est ainsi que les longues plages de sable de Burgas ville ont été préservées de toute urbanisation intempestive –
Dix minutes avant le début de la représentation, le théâtre est loin d’afficher complet. A l’entracte on constatera une demie jauge. Désintérêt d’une population pourtant naguère largement éduquée à la musique, à l’opéra, au théâtre ?
Je crois bien que, plus encore que La Bohème, Tosca, Manon Lescaut ou Madame Butterfly, Turandot est l’ouvrage de Puccini que j’ai vu le plus souvent en scène (la saison dernière encore à Montpellier – lire Remaniement, amour et cruauté), l’un des opéras que je connais par coeur, et qui m’a toujours fasciné par son écriture orchestrale et chorale, plus que par les performances purement vocales, même si elles sont impressionnantes, des rôles principaux.
Eh bien cette Turandot bulgare, sans prétendre à l’originalité dans la mise en scène – des plus convenues – n’avait rien à envier à des productions plus prestigieuses. Le rôle-titre parfaitement assumé par une belle et large voix, celle de Gabriela Georgieva
Calaf était chanté vaillamment par un pilier de l’opéra de Sofia, Boiko Tsvetanov– qui a quand même craqué son Nessun Dorma. Belle révélation avec la Liu de la jeune Maria Tsvetkova, Des choeurs pas toujours homogènes, des voix parfois ingrates pour les ministres Ping, Pang, Pong, le reste de bon niveau et un orchestre tout ce qu’il faut de sensuel et rutilant sous la baguette experte de Grigor Palikarov.
Au disque j’en reviens toujours à deux versions, l’une – Karajan – pour la pure somptuosité orchestrale et chorale, malgré les erreurs de casting pour Turandot et Liu – l’autre – Leinsdorf -justement pour une distribution inégalée
Puis, au sud de Shipka, on aperçoit quelques tumulus, tombeaux des rois thraces, comme celui de Seuthes III. On est frappé par le fait que la découverte de ces tombes est toute récente (2004)…
Plovdiv est la plus ancienne cité d’Europe encore peuplée, la deuxième ville de Bulgarie, et accessoirement le lieu de naissance de Boris Christoff… et Sonya Yoncheva!
(Avec Sonya Yoncheva le 22 juillet dernier à Montpellier)
Les traces de cette histoire millénaire sont très présentes dans toute la cité, même si leur exploration et leur exploitation archéologiques sont encore loin d’être achevées… La perspective pour la ville d’être Capitale culturelle européenne en 2019 va peut-être accélérer et améliorer le processus ?
Et bien sûr au plus fort de la canicule on se réfugie dans le vaste Musée d’art de la Roumanie, où les oeuvres de belle qualité ne manquent pas (voir Les cousins au musée)
J’aurai vraiment l’impression – paysages, ambiance, villages – de passer de SyldavieenBordurie,en franchissant le Danube qui marque la frontière entre Roumanie et Bulgarie à Roussé.