Un été Bernstein (VI) : Bernstein at 100

Nous y voilà : le centenaire de Leonard Bernstein c’est aujourd’hui ! France Musique lui consacre une large part de ce samedi, avec notamment ce soir la diffusion de Mass, cette oeuvre-monde donnée en mars dernier à la Philharmonie de Paris, avec laquelle Louis Langrée ouvrait le Mostly Mozart Festival à New York en juillet dernier. La même Mass avait été donnée en première française (!) en juillet 2013 dans le cadre du Festival Radio France.

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Ce n’est sans doute pas l’oeuvre que je préfère de Leonard Bernstein compositeur. Reflet d’une époque, oui, manifeste politique, certainement, témoignage de la versatilité créatrice de son auteur, sûrement.

Bernstein compositeur ? On a le droit de ne pas admirer inconditionnellement le Bernstein « classique », notamment ses trois symphonies qui, de mon point de vue, comportent quelques très beaux moments, mais aussi des longueurs moins inspirées.

En revanche, tout ce qui ressortit au ballet, à la comédie musicale, au jazz, est indispensable.

Au milieu de cette oeuvre profuse, j’ai depuis longtemps distingué comme un diamant pur, les Psaumes de Chichester / Chichester Psalms,

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Le Choeur et la Maîtrise de Radio France, dirigés par Sofi Jeannin en donnaient une très belle exécution en mars dernier à l’Auditorium de Radio France

Des enregistrements de Bernstein se dirigeant lui-même, je préfère les séries faites à New York (pour CBS/SONY) aux remake ultérieurs pour Deutsche Grammophon (plus languides, moins punchy.

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Parmi les documents proposés au public en juillet dernier, dans le cadre de la série Bernstein forever, au Festival Radio France, ce making of étonnant de l’enregistrement de West Side Story avec une brochette de stars d’opéra de l’époque. Bernstein y explique qu’il n’avait jamais dirigé lui-même, a fortiori enregistré, son oeuvre la plus populaire, cette comédie musicale créée en 1957 – dont le premier enregistrement a été fait par Max Goberman… grand spécialiste de Haydn ! – Sauf le respect qu’on doit au chef/compositeur et à ses illustres solistes, le résultat n’est pas très probant !

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En revanche, Candide (1956) fonctionne beaucoup mieux avec un casting tout aussi luxueux (impayable Old Lady de Christa Ludwig !)

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Toute la discographie Sony et DGG de Bernstein à retrouver ici : Bernstein Centenary.

On reparlera dans un prochain billet de nouveautés discographiques (ou de rééditions), et de livres sur Bernstein, comme l’indémodable Bernstein de Renaud Machart.

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Un été Bernstein (V) : America, America

Je suis impatient de disposer d’une connexion internet correcte – les Pouilles sont une région superbe, mais en dehors des villes principales, la couverture numérique du territoire reste très aléatoire ! – pour pouvoir écouter les séries d’émissions que France Musique consacre à Leonard Bernstein, après la modeste contribution que le Festival Radio France a apportée à la commémoration du centenaire de sa naissance.

Indépendamment de ses propres œuvres, Bernstein a été un formidable passeur de la musique de son temps et de son pays. Plus qu’aucun autre chef américain, il aura dirigé et enregistré à peu près tous ses contemporains, comme en témoignent nombre de disques pour l’essentiel parus chez Sony (malheureusement plus guère disponibles en CD séparés) : Elliott Carter, Roger Sessions, William Schuman, Walter Piston, Roy Harris, Lukas Foss, Mark Blitzstein, Gunther Schuller, etc. Voir la discographie de Bernstein ici : Bernstein Centenary

On a une tendresse particulière pour ses portraits de son maître Copland et son exploration – certes modeste – des Latino-Américains (Chavez – pas le dictateur vénézuélien ! – Revueltas, etc…). Bien sûr son disque Gershwin est depuis longtemps une référence (quoiqu’il ait rarement passé l’épreuve de l’écoute à l’aveugle des Tribune et autres Disques en lice !)

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Un été Bernstein (IV) : pas de côté

Il y a une chose que Leonard Bernstein n’a jamais faite : diriger un Concert de Nouvel an à Vienne. Alors que la relation entre le chef américain et les Wiener Philharmoniker a été l’une des plus fécondes qui soient, notamment dans le répertoire typiquement viennois – Haydn, Mozart, Beethoven, Mahler. Mais la dynastie Strauss ? Les valses de Johann père et fils, Josef ou Eduard Strauss ? C’est peu dire que Leonard Bernstein n’avait aucun atome crochu, aucune idée même du rythme très particulier de la valse viennoise. On l’entend ici dans un extrait des célèbres Young People’s Concerts : un Sang Viennois aussi peu idiomatique que possible. Une battue à trois temps égaux… bien prosaïque.

Dans Le Beau Danube bleu rien n’y fait, Bernstein reste étranger à cette musique.

Le pire, peut-être, est l’ouverture du Baron Tzigane, dont je n’ai pas trouvé de vidéo. Un ratage complet, surtout quand on le compare à la légendaire version (en concert) de Carlos Kleiber !

 

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Bernstein a tellement réussi de choses, qu’on ne peut lui en vouloir d’avoir raté son rendez-vous avec l’univers si particulier des Strauss. On imagine que sa maison de disques a dû le solliciter, comme on le faisait avec tous les chefs célèbres de l’époque. Enregistrer au moins un disque de valses et d’ouvertures viennoises était une figure obligée. En l’occurrence, c’était inutile et n’ajoute (ni n’enlève) rien à la gloire d’un chef si souvent et magnifiquement inspiré par tant d’autres répertoires.

Toute la discographie de Bernstein : Bernstein Centenary

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Un été Bernstein (III) : L’Italie

Arrivant ce dimanche en Italie pour quelques jours de vacances, je me suis demandé quel était le rapport de l’Américain Leonard Bernstein avec ce pays d’opéra et de traditions populaires, plus que de musique symphonique.

Si l’on excepte la présence du chef au pupitre de La Scala dans les années 50, pour des prestations restées dans les mémoires du fait de « la » Callas, Bernstein a relativement peu travaillé en Italie.

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Il a plusieurs fois dirigé l’orchestre de l’Accademia nazionale di Santa Cecilia de Rome.

C’est avec cette formation qu’il enregistre une version pas vraiment idiomatique, ni dans la conduite de l’orchestre puccinien, ni dans le format vocal des principaux protagonistes, de La Bohème de Puccini

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Bernstein retrouve l’Accademia à la fin de sa vie pour un cycle Debussy, crépusculaire, plus wagnérien que français de touche.

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Pour les Italiens proprement dits, morne plaine : un disque d’ouvertures de Rossini, très « show off », et deux des poèmes symphoniques qui forment la « trilogie romaine » de Respighi. Rien d’indispensable…

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Discographie complète de Bernstein : Bernstein Centenary

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Post scriptum : Après publication de cet article, un amical lecteur s’étonnait que je ne mentionne pas les deux enregistrements verdiens de Bernstein : son Falstaff avec Dietrich Fischer-Dieskau et l’inévitable Requiem.

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Je fais un blocage sur DFD dans Verdi (et pas que dans Verdi !), est-ce pour cela que je n’ai jamais prêté une oreille plus attentive à ce que fait Bernstein dans l’ultime chef-d’oeuvre de Verdi ?

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Même « oubli » pour cette version londonienne du Requiem. Je vais – peut-être – réviser mon jugement avec le troisième coffret – annoncé pour la mi-août – de la Leonard Bernstein Edition de Sony, regroupant tous les enregistrements vocaux, choraux et lyriques du chef.

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Un été Bernstein (II) : Schumann

 

Après Mendelssohn (Un été Bernstein (I) : Mendelssohn, Schumann le romantique a particulièrement réussi au chef Leonard Bernstein. 

Deux gravures des quatre symphonies, avec New York pour Sony, puis Vienne pour DGG, avec une préférence pour la version new-yorkaise.

Bernstein est plus démonstratif à Vienne, plus enthousiasmant à New York, donnant notamment de la 3ème symphonie dite « Rhénane » une version exaltée et exaltante, de surcroît magnifiquement captée.

Belle version live avec l’orchestre de la radio bavaroise de la 2ème symphonie :

Plus remarquable encore – si c’est possible – l’ouverture de Manfred :

Il se trouve que c’est la première oeuvre que Bernstein dirigea en concert, en 1943, lorsqu’il dut remplacer Bruno Walter, malade, à la tête du New York Philharmonic au Carnegie Hall. Tout y était déjà (l’ouverture « Manfred » est à 3’24 »)

Toute la discographie de Bernstein ici : Bernstein Centenary

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Déceptions

Voilà, ça arrive ! On s’enthousiasme pour des disques, en l’occurrence des coffrets, dont le contenu paraît alléchant, et on sort déçu de quelques heures d’écoute.

Il est mort il y a un peu plus d’un an, au terme d’une « longue maladie ». Supraphon vient d’éditer un coffret – bizarrement constitué – d’hommage au chef tchèque Jiří Bělohlávek (1946-2017).

Dans mon article du 1er juin 2017 (Obituaries), j’écrivais déjà :

Je dois à l’honnêteté de dire que je n’ai jamais été très emballé par les (rares) concerts auxquels j’ai assisté ni par les enregistrements les plus récents de ce chef. Tout est bien fait, bien dirigé, mais – encore une fois c’est un sentiment personnel – je trouve que Bělohlávek est en-deça de ses illustres aînés dans leur répertoire natal (Ancerl, Talich, Neumann mais aussi Šejna ou Košler), moins intéressant que la génération montante (Jakub Hrůša, Tomáš Netopil)

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Aujourd’hui, Jean-Charles Hoffelé sur son blog (lire TOMBEAU DE JIŘÍ) se montre circonspect sur les choix qui ont présidé à ce coffret, mais il trouve de belles qualités au chef disparu dans son répertoire natal. Je suis moins indulgent que lui.

Il n’est que d’écouter le début de la juvénile Sérénade pour cordes de Dvořák, poussif, presque hésitant, alors qu’il s’agit de l’une des plus belles mélodies du compositeur bohémien, la « Nouveau monde » manque de ressort, de relief. La féerie est absente de Ma Mère l’oye de Ravel, inutile d’insister.
Dans aucune des oeuvres (ou extraits ! quelle idée ces mouvements de symphonies de Mahler ?!) Bělohlávek n’emporte l’adhésion ou l’enthousiasme. Un coffret…dispensable !

Autre coffret, à petit prix, au contenu très prometteur :

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Leonard Slatkin est un chef américain pur jus, né en 1944, qu’on connaît un peu mieux en France depuis qu’il a dirigé l’Orchestre National de Lyon (de 2011 à 2017). On l’a vu parfois dans le passé diriger l’Orchestre National de France, mais c’est évidemment aux Etats-Unis qu’il a fait l’essentiel de sa carrière et constitué une discographie importante, en particulier avec l’orchestre symphonique de Saint Louis, dont il a été le directeur musical de 1979 à 1996.

Un tel coffret est une aubaine pour qui veut avoir un panorama de la création américaine de la seconde moitié du XXème siècle. A l’exception de Copland et Ives, les autres noms ne sont pas très familiers aux mélomanes européens.

La musique de John Corigliano – 80 ans cette année – fils du légendaire Concertmaster  du New York Philharmonic du temps de Leonard Bernstein, ne m’a jamais paru revêtir une grande originalité, elle se place dans le sillage d’un Copland, sans l’envergure du modèle.

Slatkin en a assuré plusieurs premières, ce qui explique que 2 CD bien remplis soient consacrés à Corigliano. Pas essentiel, mais pas désagréable non plus et sans concurrence.

Pour tous les autres compositeurs présents dans ce coffret, William Schuman, Walter Piston, Copland, Ives, Bernstein, Leroy Anderson, Leonard Slatkin reste toujours dans une honnête neutralité, là où un Leonard Bernstein, par exemple, exalte la singularité, les rythmes, les couleurs mélodiques de partitions qui ressortissent au genre du tableau symphonique ou du divertissement. Comme cet Incredible Flutist, une ballet de 1938 de Walter Piston.

Leonard Slatkin s’est appliqué, depuis quelques années, à graver ce qui ressemble à une intégrale du compositeur de musique « légère », arrangeur hors pair, Leroy Anderson (lire Leroy et Jerry). Un répertoire qui ne supporte pas l’application justement, le sérieux, qui doit pétiller, épater. Comme l’incomparable Arthur Fiedler savait le faire avec ses Boston Pops. 

Dans cette pièce de genre – Bugler’s Holiday – destinée à faire briller le pupitre de trompettes d’un orchestre, la comparaison est édifiante : Fiedler 1 – Slatkin 0.

71gi6tqdpvl-_sl1500_La meilleure compilation des tubes de Leroy Anderson : Arthur Fiedler et les Boston Pops

 

 

Picasso et la musique

IMG_6056Ce jeudi avait lieu le vernissage de l’exposition d’été du Musée Fabre de Montpellier : Picasso, donner à voir

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Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est la première fois, dans l’histoire du musée montpelliérain, qu’une grande exposition est consacrée à Picasso, comme l’ont rappelé Michel Hilaire, le directeur du Musée Fabre, et Laurent Le Bon, le président haut en couleurs du Musée Picasso de Paris. Ce n’est évidemment pas dans la cohue d’un vernissage qu’on peut apprécier la qualité des oeuvres rassemblées et leur mise en espace. On y reviendra au calme…

Comme nous l’avons déjà fait les années précédentes, l’occasion était trop belle de nouer un partenariat entre cette exposition et le Festival Radio France, placé sous l’égide de la Douce France. 

Le lien entre Picasso et la programmation du Festival ? Une oeuvre, Le Tricorne, une commande des Ballets russes  à Manuel de Falla, créée en 1919 par Ernest Ansermet. dans des décors signés Picasso ! Les deux suites du Tricorne sont au programme du concert du 16 juillet 2018, que donnera une formation que je connais bien (!) pour exceller dans la musique française, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège et son chef, mon cher Christian Arming (avec une soliste d’exception qui m’est tout aussi chère, Beatrice Rana). 

C’est d’ailleurs à Liège que j’ai pu voir les esquisses de Picasso pour ces décors du Tricorne, dans la grande exposition parrainée par Anne Sinclair à l’automne 2016 pour l’inauguration de La Boverie.

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Je ne surprendrai personne en disant que la version du créateur de l’oeuvre est depuis toujours une référence, et occupe une place à part dans ma discothèque. J’attends avec impatience ce que les Liégeois nous offriront dans un mois.

La collaboration de Picasso avec les Ballets russes ne s’est pas limitée au Tricorne, comme le rappelle une exposition au MUCEM de Marseille, qu’il faut se dépêcher d’aller voir (elle se termine le 24 juin).

En 1917, c’est le scandale Parade de Satie. Collaboration renouvelée en 1924 pour Mercure.

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Un an après le Tricorne, toujours dans l’incroyable floraison créatrice des Ballets russes, Ansermet retrouve Picasso pour la création le 15 mai 1920, à l’Opéra de Paris, de Pulcinella de Stravinsky

 

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Un an plus tard, au théâtre de la Gaité lyrique à Paris, l’Espagne natale du peintre et du compositeur du Tricorne revient en force avec Cuadro Flamenco, une suite de danses populaires andalouses arrangée par Manuel de Falla

Le sujet Picasso et la musique ne s’arrête évidemment pas à ces collaborations remarquées à l’époque trépidante des Ballets russes. Je ne sais combien de toiles la musique et les musiciens ont inspirées à Picasso…

64e5cfc6bf767b9343a79e24af90e02d(Picasso, Trois musiciens, 1921)

Le label Naïve avait réalisé, il y a une dizaine d’années, une intelligente compilation des musiques qui ont inspiré et nourri le peintre.

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Grand écart

D’un lundi à l’autre, j’ai vécu, comme spectateur/auditeur, le grand écart en matière de concert classique : programme, lieu, contenu, format, présentation, public, tout distinguait les soirées du 19 et du 26 mars derniers.

Révélations classiques de l’ADAMI au théâtre des Bouffes du Nord d’une part, trio de stars – l’orchestre symphonique de la Radio Bavaroise, Mariss Jansons et Dmitri Matsuev – dans le cadre douillet du Théâtre des Champs-Elysées d’autre part.

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Dans l’un des quartiers les plus populaires et bigarrés de Paris, les Bouffes du Nord sont un lieu de culture unique, irremplaçable qui porte encore l’esprit de celui qui lui a redonné vie il y a une quarantaine d’années, Peter Brook, et qui, aujourd’hui, propose une programmation comme je les aime, comme j’essaie de le faire par exemple au Festival Radio France, une programmation qui fait confiance au public, à son goût de la découverte.

Je craignais – à tort – que la soirée des Découvertes classiques de l’ADAMI ressemble à un défilé de jeunes musiciens genre concours de fin d’année, un peu gauche, maladroit. Ce fut tout le contraire grâce à une mise en espace intelligente, un déroulé fluide et habile du programme qui a permis de se faire une juste idée du talent des huit musiciens, quatre chanteurs, quatre instrumentistes. J’en ai repéré quelques-uns qu’on invitera à Montpellier, ils ont ce quelque chose de plus qu’une belle voix ou un beau jeu. Adrien Boisseau relègue définitivement aux oubliettes les mauvaises blagues sur l’alto (lire Le mal aimé de l’orchestre, Blaise Rantoanina a la lumière de Mozart dans sa voix de ténor, Jonathan Fournel fait sonner son piano (une Etude de Debussy somptueuse, un Jésus que ma joie demeure impérial) comme on se souvient avoir entendu Nicholas Angelich tout jeune le faire…

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Lundi dernier, c’était une tout autre ambiance, celle des grandes soirées chic du Théâtre des Champs-Elysées, la présence de l’un des meilleurs orchestres d’Europe, un chef charismatique, qui vient de fêter ses 75 ans, et un pianiste volcanique.

IMG_4832Public d’abonnés, et d’invités des sponsors du concert ou des ambassades. Certains manifestement ne savaient pas ce qu’ils venaient entendre. Juste derrière moi dans la file des spectateurs qui attendaient d’être placés au parterre, j’entends un homme jeune faire remarquer à sa compagne… qu' »il y a aussi un orchestre qui joue ce soir » (!).

Programme finalement moins conventionnel que d’ordinaire surtout pour un orchestre en tournée : 1ère symphonie « Le printemps » de Schumann en première partie, Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov, et l’une des dernières oeuvres – pas la plus essentielle, de Leonard Bernstein – centenaire oblige – son Divertimento pour orchestre.

C’est une pure jouissance que d’écouter un orchestre à la sonorité si fondue, chaleureuse,   méridionale si on ose le cliché – mais Munich et la Bavière ont toujours été le « sud » des terres germaniques. Surtout quand Mariss Jansons gomme les aspérités de partitions qu’il dirige comme de vastes paysages élégiaques, un traitement qui convient à Schumann, nettement moins à Bernstein qui prend un coup de sérieux que l’auteur de West Side Story n’imaginait sans doute pas (l’ouverture de Candide en bis confinait au contre-sens). Dmitri Matsuev est égal à lui-même : capable de démonstrations spectaculaires de virtuosité, mais aussi de véritable poésie dans un Rachmaninov plutôt tenu que débridé.

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Christa Ludwig fête aujourd’hui ses 90 ans, en pleine santé, sans rien avoir perdu de son humour et de son franc-parler, comme en témoigne l’interview qu’elle a donnée au Monde : Je suis une vache sacrée.

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Au milieu de tous les hommages qui lui ont été ou seront rendus (notamment par France Musique), juste un souvenir, celui d’une très belle journée de radio, en juin 1998, sur France Musique précisément… pour les 70 ans de la chanteuse allemande. Un bonheur de tous les instants, la dernière sortie publique de Rolf Liebermann, déjà très fatigué, mais qui avait tenu à venir témoigner son affection et son admiration à sa chère Christa. La présence évidemment du second mari de Christa Ludwig, Paul-Emile Deiber. Et dans ma discothèque, une précieuse dédicace signée sur le livret d’un « live » auquel la chanteuse tient particulièrement.

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Il sera temps de reparler plus tard des hommages discographiques, de leur qualité ou de leur pertinence. Pour l’heure souhaitons le plus heureux des anniversaires à notre Kammersängerin préférée !

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Debussy : de la belle ouvrage

Les anniversaires sont les meilleurs palliatifs au manque d’imagination des organisateurs…et des éditeurs (cf. tout ce qu’ont suscité les…40 ans de la disparition de Maria Callas !)

En 2018 nous allons être gâtés : deux centenaires – la naissance de Leonard Bernstein (voir Les géants), la mort de Claude Debussy, un bicentenaire – la naissance de Charles Gounod.

Dès lors que l’anniversaire est plus qu’un prétexte à une opération de recyclage, mais l’occasion d’approfondir notre connaissance de l’oeuvre et de l’interprétation d’un  compositeur, d’un artiste en général, on l’accueille plus volontiers.

Le coffret de 33 CD que Warner vient de publier – Claude Debussy, The Complete Works – mérite, de ce point de vue, tous les éloges. En tous points, de la très belle ouvrage.

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Depuis que je l’ai acheté jeudi dernier, je vais de découverte en émerveillement.

Une édition extrêmement soignée, ce qui n’est plus si fréquent : les pochettes des 33 galettes illustrées, comme la couverture du coffret, de superbes estampes d’Hokusai

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Un livret trilingue (français, anglais, allemand) érudit, mais fuyant le jargon, de Denis Herlin :

Une iconographie de même niveau, un luxe de détails sur les oeuvres, les artistes, les lieux et dates d’enregistrements.

On imagine l’embarras de ceux qui se sont attelés à la confection de ce coffret : comment choisir dans les fonds considérables des labels désormais regroupés sous l’étiquette Warner (EMI, Teldec, pour l’essentiel), les interprétations « de référence » ? S’en tenir à des versions « légendaires », qui, à force d’être tenues pour des références, finissent par ne plus susciter qu’un intérêt poli, et ne représentent plus grand chose pour l’auditeur novice ou le mélomane d’aujourd’hui ?

Je trouve que les partis qui ont été pris témoignent d’abord d’une authentique connaissance et d’une recherche très fine dans les catalogues existants, même si on pourra toujours préférer tel interprète à tel autre. Ensuite beaucoup d’enregistrements récents, empruntés à d’autres labels (Actes Sud, Palazzetto Bru Zane…), ou réalisés pour précisément compléter le catalogue des oeuvres à 4 mains ou 2 pianos, comme les transcriptions que Debussy avait faites de Schumann… ou Saint-Saëns (sa 2ème symphonie, les airs de ballet d’Etienne Marcel !). Il y a donc plusieurs premières mondiales dans ce coffret !

Pour Pelléas et Mélisande, c’est le choix de la version d’Armin Jordan qui a été fait, et c’est justice ! Pour l’oeuvre symphonique, on ne s’est pas arrêté à Martinon ou Cluytens, mais on nous restitue les magnifiques lectures de La Mer et des Nocturnes par Giulini avec le Philharmonia des grandes années, ou les Images vues par Rattle à Birmingham.

Un coffret qui doit figurer dans toute discothèque, assurément !

Et puisqu’on marquait, le 5 janvier, les deux ans de la disparition de Pierre Boulez, j’ai retrouvé un document qui m’avait échappé, enregistré quelques mois avant sa mort : Pierre Boulez s’exprime sur l’édition critique de Debussy, et de manière plus générale, sur les partitions, le « matériel » des compositeurs. Très émouvant.

Tous les détails des 33 CD du coffret Warner à lire ici : Debussy Complete Works