L’illumination Britten (IV) : les amis russes

Dans le troisième épisode de cette série consacrée au grand Benjamin Britten (1913-1976) on annonçait : « On reviendra dans un prochain épisode sur les oeuvres consacrées par Britten au quatuor et bien sûr au violoncelle de son ami Mstislav Rostropovitch« .

Dans le second (The Performer) on évoquait ses duos au piano avec Sviatoslav Richter.

Benjamin Britten a cultivé une belle et longue amitié avec les deux figures proéminentes des interprètes russes, le violoncelliste Mstislav Rostropovitch (1927-2007) et le pianiste Sviatoslav Richter (1915-1997).

Il en est résulté quelques enregistrements mémorables mais surtout un bel accroissement du répertoire du violoncelle, dont on sait ce qu’il doit à l’activisme forcené de « Slava ».

Il y a d’abord en 1961 cette sonate pour violoncelle et piano que Britten compose durant un séjour en Grèce, en pensant au violoncelliste russe qui allait l’inspirer et devenir son ami.

Puis suivit la Cello Symphony créée en mars 1964 à Moscou

De retour de ce voyage en URSS, Benjamin Britten va écrire d’abord 2 suites pour violoncelle seul, la première est créée par son dédicataire au festival d’Aldeburgh le 27 juin 1965, la seconde en 1968 toujours lors du même festival. Une troisième suivra en 1971, et attendra 1974 pour être créée par Rostropovitch qui, en revanche, ne l’enregistrera jamais.

Rostropovitch et Britten furent plusieurs fois partenaires d’enregistrements de disques.

Quand Rostro enregistre les concertos de Haydn à Londres, il le fait avec les cadences que Britten lui a écrites.

Je ne peux que conseiller la série proposée par Diapason et l’ami Thomas Deschamps Un été avec Britten, qui explore les oeuvres importantes du compositeur britannique, aujourd’hui son Concerto pour violon

Quant aux liens de Benjamin Britten avec Sviatoslav Richter, je renvoie à Britten the Performer pour les captations miraculeuses qui en ont résulté. Mais je ne résiste pas à ces deux merveilles :

et « la » version dé référence de l’unique concerto pour piano de Britten.

Enfin, pour les humeurs du moment, j’invite à suivre mes brèves de blog et leur actualité triste ou amusante.

Britten l’illumination (III) : à pleines cordes

Troisième volet de notre série consacrée à Benjamin Britten, disparu il y a cinquante ans (le 4 décembre 1976), le plus grand compositeur britannique du XXe siècle et encore si méconnu de ce côté du Channel.

Dans ses Illuminations, ce cycle de mélodies admirable sur des poèmes de Rimbaud (lire Britten l’illumination I), il n’utilise qu’un orchestre à cordes. Il fait de même dans la Sérénade (pour ténor avec cor solo).

Britten a laissé quelques chefs-d’oeuvre pour cette formation.Et il en est souvent le meilleur interprète !

Simple Symphony (1934)

Oeuvre d’un jeune homme de 20 ans, cette partition dit tout de la personnalité si singulièrement britannique de son auteur, ne serait-ce que dans les titres de ses quatre mouvements :

  1. Boisterous Bourrée (Bourrée turbulente)
  2. Playful Pizzicato (Pizzicato taquin)
  3. Sentimental Sarabande (Sarabande sentimentale)
  4. Frolicsome Finale (Final enjoué)

Variations sur un thème de Frank Bridge (1937)

L’oeuvre est plus longue, plus ambitieuse et aussi plus difficile (pour les interprètes). Je me rappelle une formidable version/vision en concert de Paul Daniel avec l’Orchestre philharmonique de Liège le 27 novembre 2008. Ici, de nouveau, la version de référence est celle du compositeur.

Prélude et fugue (1943)

Pour célébrer les dix ans du Boyd Neel Orchestra, qui a tant fait pour la création contemporaine, Britten lui dédie une pièce plus brève que les Variations Bridge, avec un prélude et une fugue divisée entre 18 cordes !

Pour la reine Elizabeth

En 1953, Britten participe à une oeuvre collective Variations on an Elizabethan Theme à l’occasion du couronnement d’Elizabeth II.

Young Apollo (1939)

L’oeuvre est écrite juste après l’arrivée de Britten aux Etats-Unis en 1939, pour piano, quatuor et orchestre à cordes.

Lachrymae (1950/1977)

En 1950, Britten dédie au grand altiste William Primrose une oeuvre pour alto et piano inspirée de John Dowland Lachrymae. Il en réalise une version pour alto et orchestre à cordes qui sera créée en 1976 lors du festival d’Aldeburgh par Cecil Aronowitz (et publiée après la mort de Britten en 1977)

Très belle version récente du très talentueux Timothy Ridout :

On reviendra dans un prochain épisode sur les oeuvres consacrées par Britten au quatuor et bien sûr au violoncelle de son ami Mstislav Rostropovitch.

Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs et bonheurs du temps !

Britten l’illumination (II) : the Performer

On commémore les 50 ans de la mort du plus grand compositeur britannique du XXe siècle, Benjamin Britten (1913-1976). Suite du premier épisode Britten l’illumination quant à une discographie raisonnée du compositeur autant que de l’interprète.

Britten chef

Comme beaucoup de compositeurs, Benjamin Britten a souvent été le meilleur interprète de lui-même, mais comme chef il est loin de s’être limité à sa seule oeuvre. Il est souvent passionnant quand il dirige Bach, Mozart, voire des compositeurs plus tardifs.

Dans le répertoire baroque et classique, il est clairement du côté des « modernes » si le mot a un sens.

Benjamin Britten dirige la version de référence des rares Scènes de Faust de Schumann

Britten pianiste

Tout mélomane a depuis longtemps ces précieux documents captés à Aldeburgh. La musique à l’état pur entre Benjamin Britten et Sviatoslav Richter

Il y a aussi l’amitié féconde entre Britten et Mstislav Rostropovitch – dont le fruit le plus spectaculaire est cet ensemble de trois suites pour violoncelle seul.

On garde pour d’autres épisodes le Benjamin Britten accompagnateur de son chanteur de prédilection, son compagnon Peter Pears, et interprète de ses compatriotes (Elgar, Grainger, Holst…)

Mais pour terminer ce billet, ce bijou immortel : Kathleen Ferrier et Benjamin Britten en 1952

Kathleen Ferrier a fait ses débuts à la scène en créant le Viol de Lucrèce de Britten en 1946. On y reviendra bien sûr quand on abordera les grandes oeuvres lyriques du compositeur !

Et toujours bonheurs et humeurs du moment dans mes brèves de blog

23 mai 1927 – 24 décembre 2025

Je l’espérais autant que je le redoutais, cet appel de ma sœur ce matin tandis que j’étais sur la route pour les dernières courses de Noël. Ma mère est morte paisiblement, dans la nuit, à une heure du matin, sans que l’une ou l’autre d’entre nous ait eu le temps de la rejoindre à Nîmes où elle résidait.

Ma mère le jour de son 95e anniversaire, en mai 2022.

Le 26 décembre 2024, j’écrivais : Ce matin je n’ai pas été réveillé par le coup de fil matinal qui me rappelait ma naissance un 26 décembre dans une clinique de Niort. Pas plus que l’an dernier. Je ne suis ni le premier ni le dernier à éprouver l’inexorable éloignement de celle qui m’a donné le jour et qui désormais me reconnait à peine, quand elle ne me confond pas avec un fantôme du passé…Puisse-t-elle être bientôt délivrée ! C’est le seul voeu que je puisse désormais formuler pour elle…

Délivrance

Autant on ne se remet jamais vraiment du choc d’une disparition brutale, celle de mon père en décembre 1972 (Il y a cinquante ans), autant, dans le cas de ma mère, j’ai eu tout le temps de me préparer à cette nouvelle, depuis qu’elle m’avait confié, en juin 2023, ses dernières volontés, son souhait de partir rejoindre au plus vite le seul amour de sa vie, mon père.

Mais il ne faut pas regretter le chemin parcouru, par elle, par nous ses enfants (essentiellement l’une de mes soeurs qui a été d’une présence exceptionnelle), depuis ces temps incertains, où le lent travail de dégénérescence, l’extrême vieillesse, ont commencé à faire leur oeuvre.

En novembre dernier, j’ai pensé qu’elle me reconnaissait encore quand elle s’est accrochée à mon bras pour un tendre câlin, un geste que je ne lui avais jamais connu.

Nous allons maintenant faire le tri dans nos souvenirs, les petits-enfants et arrière-petits-enfants aussi. Effacer ce qu’il ne sert à rien d’encombrer nos mémoires, ne laisser à la surface des souvenirs que les bribes de bonheur, les plus importantes.

Et puisque ma mère se rappelait si fort la période qu’elle a passée à Londres entre 1949 et 1954 (lire L’eau vive), elle sera peut-être heureuse, là où son âme s’est envolée, de réentendre Elisabeth Schwarzkopf (entendue au Wigmore Hall); Peter Pears et Benjamin Britten (aperçus quelques dimanches chez les personnes qui l’hébergeaient à Londres en tant qu’étudiante infirmière et nurse des enfants), ou encore les musiques jouées à l’occasion du couronnement d’Elizabeth II, auquel elle se rappelait avoir assisté en 1953.

et le mouvement lent du concerto pour clarinette de Mozart, qui émouvait tant mon père.

À 96 ans, elle était fière de pouvoir encore fêter son anniversaire avec ses arrière-petits-enfants…

Merci Maman !

PS Ma mère a été incinérée à l’issue d’une petite cérémonie familiale au Crématorium de Nîmes le 6 janvier 2026 et ses cendres ont été déposées le 13 juillet 2026 conformément à sa volonté, dans le caveau où mon père Jean-Paul Rousseau (1928-1972) repose depuis le 9 décembre 1972 au cimetière de la Cueille à Poitiers.

(Article actualisé en août 2026)