Chopin les maîtres étalons

Je m’étonnais, pour m’en réjouir, que Brahms soit devenu très à la mode chez les jeunes pianistes français (lire Ils aiment Brahms). Chopin est beaucoup plus rare. Peut-être à cause du poids considérable des références du passé ?

C’est pourquoi, d’abord dubitatif (encore un coffret de recyclage de versions connues et reconnues ?), on a vite changé d’avis en consultant le contenu, et surtout en écoutant les précieuses galettes du coffret édité par Deutsche Grammophon – une série « limitée » semble-t-il : The Chopin Masters

Il ne s’agit ni d’une anthologie, ni a fortiori d’une intégrale, mais les surprises abondent. Les discophiles connaissent depuis longtemps les précieux témoignages de Martha Argerich, Benedetti-Michelangeli, Gilels, Pogorelich, Zimerman, Pollini, Pletnev, les moins indispensables Barenboim, Vasary ou Eschenbach. Les plus jeunes talents, Yundi Li, Rafal Blechacz, Seong-Jin Cho y ont toute leur place. Mais les vraies surprises sont nombreuses, en tout cas pour moi.

J’avais oublié le Chopin de Géza Anda, j’ignorais les captations du tout jeune Vladimir Ashkenazy en 1955 (je n’ai jamais aimé son intégrale Decca, extraordinairement mal enregistrée), j’aime que Stefan Askenase (le Chopin de mon enfance) soit dans cette compagnie, qu’on retrouve le pianisme puissant de Lazar Berman et plus encore les Polonaises – que je ne connaissais pas – de l’immense Shura Cherkassky.

Qui connaît encore Michel Block (1937-2003), né à Anvers de parents français, puis devenu Américain de fait, étudiant à la Juilliard School puis enseignant à l’Université de l’Indiana à Bloomington. Son nom est resté lié à un scandale au concours Chopin de 1960 : furieux de son mauvais classement à l’épreuve finale (11ème), Artur Rubinstein, membre du jury, lui attribue un prix spécial à son nom ! Une vraie (re)découverte pour moi que ce disque !

Même question pour Julian von Karolyi (1914-1993), pianiste allemand d’origine hongroise, élève de Dohnanyi et Cortot, qui avait peu à peu disparu des radars (sauf sur les sites de téléchargement).

Les amateurs connaissent depuis longtemps les enregistrements d’ Halina Czerny-Stefanska (1922-2001) et Ruth Slenczynska (96 ans!), que je trouve personnellement irrémédiablement austères, ce qui n’est pas le cas du natif de Chodzie (Pologne), vainqueur du concours Chopin 1955, Adam Harasiewicz.

Mais les bonnes surprises de ce coffret sont ce Chopin somptueux de son et de chant du pianiste brésilien Roberto Szidon, exact contempoain de Martha Argerich, emporté par une crise cardiaque il y a dix ans, et plus encore peut-être un disque de 1960 du pianiste britannique d’origine chinoise, disparu en décembre dernier, Fou Ts’ong. Un dernier mot sur Stanislav Bunin, successivemen lauréat du Concours Long-Thibaud en 1983 (à 17 ans) et du Concours Chopin en 1985. Le petit-fils d’ Heinrich et fils de Stanislas Neuhaus s’est fait rare au concert comme au disque en Europe, il est installé au Japon il y a une dizaine d’années.

CD 1 Géza Anda

Préludes Op. 28 ∙ Polonaise Op. 53

CD 2 Martha Argerich (Chopin Competition Winner 1965)

Préludes Opp. 28, 45 & Op. Posth. In A Flat Major ∙ Piano Sonata No. 2 Op. 35

CD 3 Vladimir Ashkenazy (Second Prize Chopin Competition 1955)

Piano Concerto No. 2 Op. 21

Warsaw National Philharmonic Orchestra, Zdzislaw Gorzynski Conductor

Ballade Op. 38 ∙ Études Opp. 10/1 & 25/3 Mazurkas Opp. 41/4 & 30/4 ∙ Scherzo Op. 54

CD 4 Stefan Askenase

Waltzes Opp. 18, 34, 42, 64, Opp. Posth. 69, 70, Kk Iva/15 ∙ Polonaises Opp. 53 & 40

CD 5 Daniel Barenboim

Nocturnes Opp. 9/2, 15, 27/1, 32/1, 37, 48, 55/1, 62/2 & Op. Post. 72/1

CD 6 Arturo Benedetti Michelangeli

Mazurkas Opp. 67/2, 56/2, 67/4, 68/2, 68/1, 33/1, 30/3, 30/2, 33/4 & 68/4 ∙ Prélude Op. 45 ∙ Ballade Op. 23 ∙ Scherzo Op. 31

CD 7 Lazar Berman

Polonaises Opp. 26, Op. 40, 44 & 53

CD 8 Rafał Blechacz (Chopin Competition Winner 2005)

Piano Concerto No. 1 Op. 11 ∙ Piano Concerto No. 2 Op. 21

Royal Concertgebouw Orchestra, Jerzy Semkow Conductor

CD 9 Michel Block (Arthur Rubinstein Prize At The Chopin Competition 1960)

Piano Sonata No. 2 Op. 35 ∙ Polonaise Op. 53 ∙ Prélude Op. 28/17 ∙ Mazurkas Opp. 56/3, 59/2 & 30/4 ∙ Waltz Op. 34/1

CD 10 Stanislav Bunin (Chopin Competition Winner 1985)

Impromptus Opp. 29, 36, 51 & 66 Waltzes Opp. Posth. / Kk Iva/14, Kk Iva/13, Kk Iva/12 ∙ Écossaises Op. 72 ∙ Mazurkas Opp. 30/2, 41/1, 63/3, 56/2, 67/3 & 67/4 ∙ Polonaise-Fantaisie Op. 61

CD 11 Shura Cherkassky

Polonaises Opp. 26, 40, 44, 53 & 61

CD 12 Seong-Jin Cho (Chopin Competition Winner 2015)

Préludes Op. 28 ∙ Nocturne Op. 48/1 ∙ Piano Sonata No. 2 Op. 35 ∙ Polonaise Op. 53

CD 13 Halina Czerny-Stefańska (Chopin Competition Winner 1949)

Mazurkas Opp. 6/2, 63/3, 67/4, 68/2, 17/4 & 33/3 ∙ Ballades Opp. 23 & 52 ∙ Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22

CD 14 Christoph Eschenbach

Préludes Opp. 28, 45 & Op. Posth. In A Flat Major

CD 15 Emil Gilels

Piano Sonata No. 3 Op. 58 ∙ Polonaises Opp. 40 & 53

CD 16 Adam Harasiewicz (Chopin Competition Winner 1955)

Nocturne Op. 62/1 ∙ Mazurkas Opp. 63/3 & 67/4 ∙ Ballade Op. 23 ∙ Études Opp. 25/11 & 25/6 ∙ Mazurka Op. 50/3 ∙ Polonaise Op. 53 ∙ Impromptu Op. 51 ∙ Prélude Op. 45

CD 17 Julian Von Károlyi

Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22 ∙ Piano Sonata No. 3 Op. 58 ∙ Boléro Op. 19 ∙ Mazurka Op. 17/4 ∙ Waltz Op. Posth. / Kk Iva/15 ∙ Ballades Opp. 23, 38, 47 & 52

CD 18 Yundi Li (Chopin Competition Winner 2000)

Piano Sonata No. 3 Op. 58 ∙ Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22 ∙ Études Op. 10/2, 10/5 & 25/11 ∙ Nocturnes Opp. 9/1, 9/2 & 15/2 ∙ “Fantaisie-Impromptu” Op. 66

CD 19 Maria João Pires

Piano Concerto No. 1 Op. 11 *First Release

Royal Philharmonic Orchestra, André Previn Conductor

Nocturnes Op. 9/1, 9/2, 15/2 & 27/2

CD 20 Mikhail Pletnev

Fantaisie Op. 49 ∙ Waltzes Opp. 34/1, 34/2 & Op. Posth. / Kk Iva/15 ∙ Écossaise Op. 72/3 ∙ Impromptu Op. 29 ∙ Études Opp. 10/5, 25/6 & 25/7 ∙ Piano Sonata No. 3 Op. 58

CD 21 Ivo Pogorelich

Piano Sonata No. 2 Op. 35 ∙ Prélude Op. 45 ∙ Scherzo Op. 39 ∙ Nocturne Op. 55/2 ∙ Études Opp. 10/8, 10/10 & 25/6

CD 22 Maurizio Pollini (Chopin Competition Winner 1960)

Études Opp. 10 & 25

CD 23 Ruth Slenczynska

Études Opp. 10 & 25 ∙ Impromptus Opp. 29, 36, 51 & 66

CD 24 Dang Thai Son (Chopin Competition Winner 1980)

Nocturnes Opp. 15/2 & 27/1 ∙ Waltz Op. 34/2 ∙ Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22 ∙ Mazurkas Opp. 24/2 & 67/2 ∙ Ballade Op. 52 ∙ Scherzo Op. 31

CD 25 Roberto Szidon

Scherzi Opp. 20, 31, 39 & 54 ∙ Impromptus Opp. 29, 36, 51 & 66

CD 26 Fou Ts’ong (Third Prize Chopin Competition 1955)

Mazurkas Opp. 6/3, 7/2, 17/2, 17/4, 24/1, 24/2, 24/4, 30/1, 30/2, 33/4, 41/1, 50/3, 56/3, 59/1, 67/4, 68/2, 68/4 & Op. Posth. / Kk Iib/4 ∙ Préludes Op. Posth. / Kk Ivb/7 & 45 ∙ Berceuse Op. 57

CD 27 Tamás Vásáry

Waltzes Opp. 18, 34, 42, 64, Opp. Posth. 69 & 70, Kk Iva/15, Kk Iva/12, Kk Iva/13, Kk Iva/14 ∙ Mazurkas Op. Posth. / Kk Iva/7, Opp. 67/3, 68/2 & 7/1 ∙ Polonaise Op. 53 ∙ Introduction And Variations On The Song “Der Schweizerbub” Op. Posth. / Kk Iva/4

CD 28 Krystian Zimerman (Chopin Competition Winner 1975)

Ballades Opp. 23, 38, 47 & 52 ∙ Barcarolle Op. 60 ∙ Fantaisie Op. 49

La petite histoire (IV) : déjeuner royal

En Belgique, le Concours Reine Elisabeth est une institution que nul ne peut ignorer. Chaque année, des moyens publics et privés très importants sont mobilisés pour assurer à ce concours un rayonnement médiatique dont ne bénéfice aucune autre entreprise culturelle – orchestre, opéra, festival – du pays. Je me suis déjà exprimé sur le sujet : De l’utilité des concours.

Chaque année, le Concours organise (organisait ?) à Bruxelles un déjeuner pour ses généreux donateurs, pour les membres du jury de la discipline concernée et ses partenaires, sous la présidence d’un membre de la famille royale. J’ai eu le privilège (!), comme directeur de l’orchestre philharmonique de Liège, qui assume certains concerts des lauréats, d’être invité deux ou trois fois à ces déjeuners. Ils étaient alors présidés par la Reine Fabiola (prononcer : la Rhin-ne !), la veuve du Roi Baudoin, brutalement décédé au cours de l’été 1993 dans sa résidence d’été en Espagne.

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Nous prenions place autour de tables rondes, au Palais d’Egmont, selon un plan de table soigneusement revu par le protocole de la Maison du roi. Les invités devisaient debout près de leur table, attendant que la Reine paraisse, vêtue de mauve, de pourpre ou de rose ancien, coiffure bouffante. Le rituel était immuable : Fabiola était accompagnée par le comte Jean-Pierre de Launoit, inamovible président du Concours jusqu’à sa mort en 2014 et intime de la famille royale de Belgique, elle saluait d’un discret signe de tête les personnes qu’elle reconnaissait et, plus rarement, elle tendait une main fine et molle à ceux que Jean-Pierre de Launoit lui indiquait. J’eus ainsi le privilège d’être distingué et de m’entendre dire de la royale bouche : « J’aime beaucoup votre orchestre » !

Inutile de dire que, ce jour-là, je bénéficiai soudain d’une attention soutenue de la part de mes voisines de table (nous n’y étions que deux représentants de l’espèce masculine) qui, jusque là, m’avaient soigneusement ignoré, ne faisant même pas semblant, comme on le fait d’ordinaire chez ces gens-là, de manifester un tant soit peu d’intérêt pour ma fonction ou ma personne. Je n’en avais cure – j’ai toujours fui les mondanités et les mondains ! – parce que l’occasion m’était donnée de parler avec l’un des plus grands chanteurs de l’époque, l’un de ceux que j’avais entendus et admirés si souvent au disque (Istvan Kertesz à Vienne), le grand baryton-basse finlandais Tom Krause (1934-2013)

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Cette année-là, les épreuves du Concours étaient réservées au chant, et lors de ce déjeuner, j’apercevrais aussi Joan Sutherland et Grace Bumbry !

J’eusse aimé être placé à table à côté de Tom Krause, mais le protocole avait placé entre nous une dame sans doute très importante qui nous assomma durant tout le repas des soucis de son mari banquier. À ma droite était assise une autre dame qui avait dû être très belle dans sa jeunesse, qui débitait banalités et fadaises sur la musique et les musiciens avec une telle bonne humeur que je l’aurais presque remerciée d’égayer cette sinistre tablée.

Heureusement les déjeuners « royaux » ne durent jamais longtemps. Sitôt le café servi, les convives se levaient de table et se saluaient avant de prendre congé. Je pris encore un peu de temps pour converser avec Tom Krause, nous fûmes évidemment interrompus par ces dames qui ne voulaient pas être impolies avec celui qui avait été distingué par la Reine Fabiola (« Vous devez être quelqu’un d’important ! » me dit l’une d’elles) et accessoirement avec l’autre homme de la table, qu’aucune n’avait reconnu ni identifié (« Et vous Monsieur vous êtes musicien? », « Vous êtes professeur ? vous enseignez quoi? »).

La honte m’étreignait, j’eus beau essayer de rattraper les bêtises entendues (« Vous aurez bien sûr reconnu l’un des plus grands chanteurs de notre temps, Tom Krause »), c’était peine perdue, et le premier à s’en amuser était Tom Krause lui-même.

J’ai fait allusion à un autre de ces déjeuners dans un récent billet : Demandez le programme !

Difficile de faire une sélection dans la discographie considérable de Tom Krause. Quelques-uns de mes disques préférés :

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Des nuances de noir et blanc

D’abord ce beau coffret commandé avant les vacances, arrivé le jour de mon retour, et depuis dégusté à petites doses, comme des retrouvailles avec quelqu’un qu’on avait un peu perdu de vue ou d’oreille.

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Faut-il rappeler qui est Rudolf Serkin ? Peut-être pas le plus grand pianiste, si l’on s’en tient à des critères techniques, mais l’un des musiciens les plus emblématiques du XXème siècle. Sa vie, ses origines, sa destinée épousent tous les cahots, les horreurs comme les lumières d’un siècle qui ne fut pas avare de fortes personnalités.

On redécouvre, dans ce coffret, dans un son largement amélioré, d’immortelles gravures de Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, et, plus rares, Bartok (1er concerto), Prokofiev (4ème concerto), Reger, Chopin (Préludes), et ces trésors de musique partagés à Marlboro avec les Busch, Casals, Schneider, Fleisher et tant d’autres.

Voir détails de ce coffret ici : Rudolf Serkin complete Columbia recordings

Decca honore, pour son 80ème anniversaire, l’un de ses artistes maison, stakhanoviste de l’enregistrement tant comme pianiste que comme chef : Vladimir Ashkenazy

 

71KYkoPzRUL._SL1200_Dans le dernier numéro de Gramophone le pianiste est évoqué, par euphémisme, comme « peu soucieux de couleurs ». Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites..  Virtuose certes, chez lui dans Rachmaninov ou Prokofiev, avare de poésie et de fantaisie dans le répertoire romantique (Beethoven, Brahms, Schumann, Chopin), je n’ai jamais accroché à Ashkenazy pianiste, surtout lorsqu’il est enregistré dans des acoustiques de salle de bain ou sur des pianos ferraillants qui durcissent un jeu qui n’est déjà pas très varié. J’ai toujours trouvé mieux, plus intéressant, plus idiomatique ailleurs.

Ashkenazy chef d’orchestre est souvent beaucoup plus pertinent que le pianiste. Decca serait bien inspiré (c’est peut-être prévu ?) de regrouper ses gravures comme chef, dans son répertoire natif (somptueux Rachmaninov avec le Concertgebouw) mais aussi dans des registres plus surprenants (Sibelius, Richard Strauss, Mahler…)

Happy Birthday

Il a soixante-dix ans aujourd’hui et on a l’impression d’avoir toujours vécu avec lui. Comme l’écrit Renaud Capuçon dans les notes de présentation de l’un des deux considérables coffrets qui lui sont consacrés.

Happy birthday Mister Perlman !

Comme son contemporain Daniel Barenboim, Itzhak Perlman a beaucoup, énormément enregistré pour tous les grands labels, surtout EMI (devenu Warner) et Deutsche Grammophon.

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Je laisserai aux critiques patentés le soin de caractériser par les mots idoines l’art et le jeu de Perlman. 

Mes oreilles se sont habituées depuis l’adolescence à un son pur et chaleureux, à un très beau violon toujours sensuel, jamais vulgaire. Et dans les partitions très techniques (Paganini, Wieniawski) une virtuosité qui ne vise pas l’épate.

Se livrer au jeu des comparaisons serait aussi ridicule que fastidieux.

Cela étant, on n’est pas obligé de souscrire à la totalité de ces propositions, tout n’est pas de la même eau, en partie à cause des accompagnateurs. Quand Giulini sert Beethoven et Brahms aux mêmes hauteurs que son soliste, cela donne des versions de référence. Quand Previn, Foster ou Barenboim sont à la manoeuvre, on n’est pas toujours dans l’élan, la souplesse et la légèreté, parfois même on entend la rapidité de la mise en boîte.

Dans le coffret DG, peu de doublons avec la somme EMI – sauf les concertos de Mozart – plutôt des compléments, Berg, Stravinsky, Lalo, et un couplage inattendu du concerto de Tchaikovski et du 1er concerto de Chostakovitch où Perlman dirige le jeune Ilia Gringolts. Mais surtout deux intégrales que j’ai toujours beaucoup aimées des Sonates pour violon et piano de Beethoven avec Vladimir Ashkenazy, naguère parues chez Decca, et des Sonates pour violon et piano de Mozart avec Barenboim.

Bel hommage à un artiste rayonnant, de ceux qui donnent envie d’aimer la musique.

Le printemps

La Tribune des critiques de disques de France Musique avait mis à l’honneur ce dimanche Beethoven et l’une de ses oeuvres les plus célèbres : sa 5eme sonate pour violon et piano dite « Le printemps« .

http://www.francemusique.fr/emission/la-tribune-des-critiques-de-disques/2014-2015/sonate-violon-piano-printemps-beethoven-10-05-2014-20-30

Excellente idée de faire le point sur la surabondante discographie de cette sonate, qui est toute allégresse, bonheur simple, tournée vers Haydn et Mozart. Le risque ou le piège d’une écoute morcelée, à l’aveugle, qui est le propre de ce genre de tribune, est de détruire les mythes, d’abîmer les versions dites « de référence ». En l’occurrence, tel n’a pas été le cas, et on a plutôt aimé redécouvrir une version qui avait fait sensation à sa parution il y a 40 ans : Perlman/Ashkenazy.

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J’imagine que Jérémie Rousseau a reçu quantité de messages de protestation : pourquoi n’avoir pas retenu, ou avoir oublié telle ou telle version légendaire, ou toute récente ? Les mélomanes, et cette espèce particulière de mélomanes que constituent les discophiles, ont leurs exigences, leurs préférences, leurs propres références !

Pour compléter le beau panorama offert par la dernière Tribune, quelques-unes de mes versions favorites.

La toute récente intégrale des sonates pour violon et piano de Beethoven captée en concert au Wigmore Hall de Londres par un duo qui fonctionne à merveille, Alina Ibragimova et Cédric Tiberghien

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Après sa légendaire partenaire Clara Haskil, Arthur Grumiaux a réenregistré six des dix sonates pour violon et piano de Beethoven avec Claudio Arrau (en 1975/1976). Cet enregistrement nous a été restitué dans la collection Eloquence. Un grand duo !

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Dans les grands anciens, impossible de passer à côté du charme et du rayonnement solaire de deux de nos plus grands violonistes français, Christian Ferras et Zino Francescatti (et de leurs formidables partenaires respectifs, Pierre Barbizet et Robert Casadesus)

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La dictée verte de Cendrillon

J’aime m’amuser avec les subtilités de la langue française (lire : https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/01/17/au-courant/). C’est en lisant sur le mur Facebook d’un ami cette faute malheureusement très fréquente – la pantoufle de verre de Cendrillon – que j’ai eu l’idée de cette nouvelle dictée… écologiste, puisque le Vert et tous ses homonymes y sont à l’honneur !

La poupée de verre

Lors de ma mise au vert, n’ayant ni le physique d’un vert Adam ni l’aura d’un ver luisant, j’ai fait des vers pour séduire la poupée de verre qui représente Cendrillon derrière la façade toute en verre de l’Opéra Bastille. Des vers, de la poésie quoi, pas des vers de terre, ni des vers solitaires, ni des verres à double foyer…

J’adore Cendrillon et son soulier de vair. J’aime quand elle s’habille de vert, envers et contre toutes les traditions du théâtre. Le vert porte malheur sur une scène, paraît-il, mais on dit bien : « Un vert ça va, trois verts bonjour les dégâts! » Mais je m’égare, ça c’était une plaisanterie d’un ancien ministre à propos des écologistes…

Charles Perrault, le père de Cendrillon, n’était ni d’Auvers, ni d’Anvers, pas plus d’ailleurs que de Vers (dans le Lot ou en Bourgogne), de Vers-sur-Méouge, de Vers-en-Montagne ou de Vers-sur-Selles, j’ai vérifié, il n’a visité ni l’imposant château de Vayres en Dordogne

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ni celui qui m’était beaucoup plus familier, tout près de Poitiers, le château de… Vayres !

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Je me consolerai d’avoir perdu la trace de Cendrillon et de son géniteur en buvant un bon verre de graves-de-vayres. Nu comme un ver, comme il se doit (pour un vert Adam)…

Et je reverrai avec bonheur la chorégraphie de Noureiev et réécouterai l’enregistrement d’Ashkenazy de la célèbre Cendrillon de Prokofiev !

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La victoire en chantant

Depuis la nuit des temps, le résultat d’une guerre ou d’une bataille se traduit par la victoire pour les uns, la défaite pour les autres. C’est ce que m’a opportunément rappelé ma visite de l’Ermitage à Saint-Petersbourg il y a une semaine, quand j’ai découvert cette impressionnante galerie :

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Dans cette Galerie 1812 ou Galerie Militaire – c’est son nom – sont accrochés 329 portraits, réalisés par le peintre anglais George Dawe, de généraux, maréchaux, soldats russes, héros de la Guerre patriotique de 1812.

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1812 ça ne vous rappelle rien ? Cet autre tableau, toujours accroché à l’Ermitage de Saint-Petersbourg, vous rafraîchira la mémoire

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(Peter von Hess, La traversée de la Berezina le 17 novembre 1812)

C’est évidemment l’un des épisodes les plus marquants des guerres napoléoniennes, et selon certains, le début de la fin des rêves de grandeur de l’Empereur. Pour les Russes, c’est une des grandes victoires de leur Histoire, pour les Français, ce n’est pas exactement le souvenir qu’ils en ont gardé !

Cette année est aussi synonyme d’une oeuvre musicale célèbre : l’Ouverture solennelle « L’année 1812 » op.49 – pour reprendre son titre exact et complet – de Tchaikovski. C’est en prévision de l’inauguration de la Cathédrale du Saint-Sauveur de Moscou, en 1882, pour célébrer la victoire de la Russie sur la Grande armée de Napoléon soixante-dix ans plus tôt, que cette oeuvre de circonstance a été commandée à Tchaikovski.

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Le compositeur qui n’imagine pas la célébrité posthume, et universelle, de l’œuvre, se montre assez lucide : « L’ouverture sera très explosive et tapageuse. Je l’ai écrite sans beaucoup d’amour, de sorte qu’elle n’aura probablement pas grande valeur artistique. »

De fait, on a connu Tchaikovski plus raffiné et surtout plus inspiré. De quoi se compose cette Ouverture 1812 comme on l’appelle maintenant ?

L’Ouverture solennelle 1812 commence par le chant militaire russe Dieu, sauve ton peuple, annonçant l’entrée en guerre de la Russie contre la France. Celui-ci est suivi de chants solennels évoquant la victoire pour la Russie. Ensuite vient le thème des armées en marche annoncé par les cors. La victoire française à la bataille de la Moskova et la prise de Moscou sont représentées par l’hymne national français : La Marseillaise. Ensuite, deux thèmes issus de chants populaires russes annoncent les futurs revers de Napoléon. Un diminuendo représente la retraite de Napoléon hors de Moscou (octobre 1812). Arrivent enfin les coups de canon représentant l’avancée russe à travers les lignes françaises. Puis, les cloches et les salves de canon célèbrent la victoire de la Russie et la défaite française. Dieu sauve le tsar, l’hymne impérial russe, retentit alors, en opposition avec La Marseillaise entendue précédemment. Durant la période soviétique, le thème de l’hymne Dieu sauve le tsar fut souvent remplacé par celui du chœur final de l’opéra Une vie pour le tsar de Mikhaïl Glinka.

Deux versions incontestables au disque, toutes deux avec choeurs (même si la version purement orchestrale est la plus fréquemment jouée) :

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