Que nous annonce l’année 2026 en matière d’anniversaires à fêter, puisque ce sont des repères devenus indispensables dans la programmation des salles de concert et d’opéra ?
L’agenda n’est pas spectaculaire et comporte plus de décès que de naissances à célébrer.
Centenaires
Evoquons déjà des figures qui devraient fêter leurs 100 ans, si tout va bien, la compositrice française Betsy Jolas et le Hongrois György Kurtág.
On essaiera de s’intéresser de plus près à un compositeur qu’on a toujours tenu à distance, l’Allemand Hans Werner Henze (1926-2021), en réécoutant quelques pans de son oeuvre, notamment pour le cinéma…
Falla #150
Manuel de Falla (de son nom complet : Manuel María de los Dolores Clemente Ramón del Sagrado Corazón de Jesús Falla y Matheu !) est né le 23 novembre 1876 à Cadix et mort le 14 novembre 1946 à Alta Gracia en Argentine.
On aura tout loisir de réexplorer sa vie – ses années parisiennes par exemple – et son oeuvre.
Le grand Nelson Freire (1944-2021) n’a jamais enregistré l’oeuvre officiellement, mais il y a plusieurs témoignages enregistrés de ses Nuits dans les jardins d’Espagne. Ici il joue avec un très grand chef, remarquable interprète de la musique française, Ernest Bour, à qui il faudra que je me décide à consacrer enfin un article.
Louis le grand
On n’évitera sûrement pas le 400e anniversaire de la naissance de Louis Couperin (1626-1661). Lors de mes balades parisiennes, je passe toujours devant l’église Saint-Gervais, qui fut celle de Louis Couperin, de son neveu François, et d’une grande partie de sa famille jusqu’à la fin du XVIIIe siècle !
On ne manquera pas non plus de commémorer le bicentenaire de la mort de Carl Maria von Weber, de Juan Crisostomo de Arriaga – mort à quelques jours de son vingtième anniversaire ! – ni le cinquantenaire de celle de Benjamin Britten, puisque c’est un exercice obligé.
L’événement est passé inaperçu en France : c’est la saison du 75ème anniversaire de la fondation de l’Orchestre de chambre de Lausanne. Le label suisse Clavesa eu la bonne idée de publier un coffret de 7 CD composé de beaucoup d’inédits, avec quelques pépites, un coffret que je n’ai pas encore vu chroniqué dans la presse spécialisée, hormis la notable exception de Jean-Charles Hoffelé sur son site Artamag.
Avant de détailler le contenu de ce coffret, quelques souvenirs personnels d’une période de ma vie (1986-1993) qui m’a fait côtoyer les protagonistes de cette publication.
D’abord toutes les blagues qui courent sur les Vaudois – Lausanne étant le chef-lieu du canton de Vaud, riverain du lac Léman –
(Le joli musée de l’Elysée à Lausanne, dédié à l’art photographique)
Parmi les plus connues et répétées, en Suisse romande et évidemment en France voisine:
Qu’entend un voyageur arrivant en gare de Lausanne ? Le chef de gare au début du quai annonce : « Ici Lausanne, ici Lausanne » ! Son adjoint au bout du quai : « Ici aussi, ici aussi »
Comment trinquent les Vaudois ?alors que les autres Suisses lancent un « Santé ! » sonore et chaleureux, eux se souhaitent « Intelligence…. parce que la santé on l’a déjà » !
Il faut aussi ajouter que l’accent vaudois est très prononcé… et savoureux !
Plus sérieusement, un mot du label Claves et de sa fondatrice que j’ai bien connue, Marguerite Dütschler (1931-2006). Il nous arrivait parfois de nous parler en schwzyzerdütsch, mais elle mettait un point d’honneur à parler un français parfait.
Marguerite Dütschler était une passionnée, une amoureuse de la musique et des musiciens, de cette espèce, devenue rare, de producteurs qui ont tout construit par eux-mêmes, une maison de disques, un catalogue, une famille d’artistes, je pense à un Michel Garcin pour Erato ou à Bernard Coutaz pour Harmonia Mundi.
Marguerite travaillait artisanalement, pas d’attaché de presse, pas d’administrateur. Lorsqu’un de ses disques sortait, elle faisait elle-même la tournée des antennes et des producteurs de radio ou de télévision qui pouvaient en parler. Elle emballait elle-même les « services de presse » avec toujours un petit mot gentil pour celui ou celle à qui elle envoyait ses nouveautés. Comme ses collègues déjà cités, combien d’artistes a-t-elle révélés, à qui elle a offert leurs premières gravures – je pense à ce cher Marcello Viotti, ce merveilleux chef vaudois trop tôt disparu (mais son fils Lorenzo, 28 ans, marche à grandes enjambées sur les traces du père) ! On est heureux que Patrick Peikertait repris le flambeau, après avoir administré magistralement… l’Orchestre de chambre de Lausanne de 1991 à 2010.
Quant à l’OCL – comme on dit familièrement – j’ai toujours eu intérêt et affection pour cette phalange qui n’a pas toujours vogué sur des eaux tranquilles. Déjà à « mon » époque – il y a trente ans donc – certains technocrates ou des élus en mal de mauvaises bonnes idées imaginaient regrouper, voire fusionner les deux ensembles romands : l’Orchestre de la Suisse Romande, installé historiquement à Genève, et l’Orchestre de chambre de Lausanne – il n’y a que 70 kilomètres entre les deux villes ! Je me souviens, dans le cadre d’une mission qui m’avait été confiée par la Radio Suisse romande, alors fortement impliquée dans les deux orchestres, avoir planché sur cette hypothèse…. et avoir pu en démontrer l’inanité.
Alors ce coffret ? – ma seule réserve porte sur la photo de couverture qui m’évoque plus une couronne mortuaire qu’un bel anniversaire ! – Il porte témoignage d’une belle lignée de chefs, entre le fondateur Victor Desarzens(1908-1986) et l’actuel titulaire Joshua Weilerstein, en passant par les figures si chères à mon coeur, Armin Jordan, Jesus Lopez Cobos, Christian Zacharias
Il faut insister sur la figure fondatrice : Victor Desarzens n’a jamais eu, hors des frontières helvétiques, la notoriété de son illustre collègue genevois, Ernest Ansermet, et pourtant les deux personnages se ressemblent à plus d’un titre : l’incroyable ténacité des bâtisseurs, qui, envers et contre tout et tous, ont construit leurs phalanges et les ont portées, supportées, développées jusqu’à leur mort, l’ouverture à tous les répertoires, le soutien et la promotion de la création contemporaine.
Dans ces rééditions, on relèvera un inédit absolu : un 23ème concerto de Mozart sous les doigts, inattendus dans ce répertoire, de Samson François. Ce « live » n’est pas exempt de scories, mais il est diablement émouvant justement à cause de ces défauts..
CD 1-2 Victor Desarzens Mozart Concerto piano 23 (Samson François), Concerto flûte 1 (Peter-Lukas Graf), Haydn Symphonie 54, Malipiero Hommage à l’OCL, Frank Martin Ballade pour flûte (Edmond Defrancesco), Zbinden Concerto da camera piano (Karl Engel), Hindemith Kammersinfonie 4
CD 3 Armin Jordan Haydn Symphonie 22 « Le philosophe », Berenice che fai, Britten Les Illuminations (Felicity Lott), Brahms Neue Liebesliederwaltzer (Choeur de la radio suisse romande)
CD 4 Lawrence Foster Enesco Symphonie de chambre, Deux intermèdes, Dixtuor pour vents
CD 5 Jesus Lopez Cobos Arriaga ouv. Los esclavos felices, Schubert Polonaise pour violon, Rondo pour violon (Gidon Kremer), Falla Sept chansons populaires espagnoles (Teresa Berganza), Stravinsky Suites pour petit orchestre, Ravel Ma Mère l’oye
CD 6 Christian Zacharias Haydn Symphonie 80, Chopin concerto piano 2, Schubert Symphonie 8 « inachevée »
CD 7 Joshua Weilerstein Haydn Symphonie 60 « Le distrait », Osvaldo Golijov Night of the flying horses, Beethoven Symphonie 4
Passionnante discussion vendredi soir au dîner offert à l’occasion du vernissage de la grande exposition de l’été à MontpellierFrédéric Bazille, la jeunesse de l’Impressionnisme(Le Musée Fabre à Montpellier).
Le dîner avait été organisé dans la demeure familiale du peintre, le domaine de Méric, vendu dans les années 1990 à la Ville de Montpellier à l’instigation du maire d’alors, Georges Frêche. J’avais la chance d’avoir à ma table l’une des descendantes de la famille Bazille, une vieille dame aussi charmante que cultivée, ainsi que l’un des commissaires de l’exposition, un jeune conservateur du Musée d’Orsay, Paul Perrin.
Entre les souvenirs de ma voisine qui me racontait ses années d’enfance et d’adolescence dans cette maison et ce domaine situés sur les hauteurs de Montpellier et les bords du Lez, et les spécialistes qui évoquaient les rapports de Bazille avec ses contemporains, c’était une fête de l’intelligence ! Nous avons cependant tous buté sur la question de savoir pourquoi un jeune homme qui commençait à être comblé, reconnu, en tout cas aimé de sa famille, décida brusquement de partir pour la guerre et le front de l’Est, où la mort l’attendra à Beaune-la-Rolande le 28 novembre 1870, à quelques jours de son 29ème anniversaire. Le mystère demeure.
(Réunion de famille, l’un des grands tableaux de Frédéric Bazille, peint précisément sur les terrasses du domaine de Méric, et visible dans le cadre de l’exposition du Musée Fabre).
La jeunesse interrompue c’est évidemment le sujet qui met la Grande-Bretagne en colère après le vote de jeudi dernier. On comprend, on partage la révolte de la très grande majorité des jeunes électeurs anglais qui a aujourd’hui le sentiment que leurs aînés leur ont confisqué leur avenir européen. L’onde de choc du Brexit (Refonder l’Europe) n’a pas encore produit tous ses effets, mais il est désormais certain qu’il n’entraîne pas simplement un divorce entre l’Angleterre et l’Europe, mais de sévères divisions au sein du Royaume-Uni et de ses populations.
La jeunesse abrégée, comme celle de Bazille, c’est aussi plusieurs destins de compositeurs, Mendelssohn, Mozart disparus avant leurs 40 ans, Schubert à 31 ans, Arriaga à 20, Lekeu à 24, ou Pergolese à 26 ans. C’est son chef-d’oeuvre, son Stabat Mater qu’on se réjouit d’entendre demain soir au Théâtre des Champs-Elysées avec les deux belles voix de Sonya Yonchevaet Karine Deshayes. On en reparlera !