Italie 2020 (VI) : Urbino, Raphaël, Castiglione

Joseph Macé-Scaron – une amitié de plus de 40 ans ! – écrivait, il y a quelques heures, sur Facebook :

« Il y a toujours dans l’Histoire, des lieux protégés.
Ce fut le cas du duché d’Urbino, ce confetti de principauté, joyau de la Renaissance qui fut l’Athènes de l’Italie.
Le grand Bélisaire a conquis la ville, Montaigne l’a visitée…
Elle est la capitale secrète de la péninsule, bien davantage que Sienne, Rome, Florence etc. Et puis, c’est à Urbino que Castiglione, plus utile à lire que Machiavel (là aussi travers français), nous dit ce que doit être un gentilhomme »

Et d’apostropher les intellectuels français, Debray, Sollers, qui ne jurent que par Naples ou Venise !

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Je n’ai passé que quelques heures à Urbino, sur le chemin de Pesaro (lire Rossini à PesaroAssez pour ressentir cette intense impression d’être dans une cité – modeste par la taille – où tous les murs, les palais, les églises disent l’intelligence, la science, l’art qui les ont vu éclore.

On confirme les termes de Montaigne – dans son Journal de voyage en Italie (1581) – qu’  Urbin est.sur le haut d’une montagne de moyenne hauteur, mais se couchant de toutes parts selon les pentes du lieu, de façon qu’elle n’a rien d’égal, et partout il y a à monter et à descendre.

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IMG_2192L’arrivée au pied du monumental Palazzo Ducale, l’ascension par une scala en pente douce pour déboucher sur la place principale, constituent une expérience fascinante pour le visiteur.

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Malheureusement, le jour de notre visite, cathédrale et palais ducal étaient fermés pour cause de fêtes traditionnelles dans la ville. 

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Raphaël

Quand on visite Urbino, le nom qui vient en premier à l’esprit est celui du peintre Raphaël, né le 6 avril 1483 à Urbino, mort le 6 avril 1520 à Rome, Raffaele da UrbinoOn se console de n’avoir pu visiter le musée du palais ducal, l’essentiel des oeuvres de Raphaël ayant été dispersées dans les grands musées du monde.

On se rappelle notamment le choc et les longues minutes passées à Dresde (voir Les musées de Dresdedevant la Madone Sixtineet les deux angelots les plus célèbres du monde.

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Piero della Francesca

En revanche, la fermeture du musée nous a privés de quelques-unes des toiles célèbres de celui qui a travaillé plus de quatre ans au service du maître d’Urbino, Federico III da Montefeltro, seigneur de la cité de 1444 à 1482, grand protecteur des arts, des lettres et de la science. Piero della Francesca (lire Les fresques de Pieroréalise un double portrait fameux du seigneur et de son épouse Battista Sforza, visible au musée des Offices à Florence.

1024px-Piero_della_Francesca_044Deux toiles du maître d’Arezzo sont conservées à Urbino, dont cette exceptionnelle Flagellation du Christ qui révèle une maîtrise absolue de la perspective et de la complexité géométrique de la part de son auteur.

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Le Livre du courtisan

Au début du XVIème siècle, Baldassare Castiglione (1478-1529) fréquente la cour d’Urbino, la plus brillante et raffinée d’Europe. 

800px-Baldassare_Castiglione,_by_Raffaello_Sanzio,_from_C2RMF_retouched(Le portrait de Castiglione réalisé en 1519 par Raphaël – Musée du Louvre)

C’est très certainement à partir des joutes intellectuelles, des « discussions » entre les habitués et les visiteurs de la cour d’Urbino, que Castiglione va concevoir son Livre du courtisan, qui, dès sa parution en 1528, et sa traduction en français en 1537, est un bestseller dans toute l’Europe !

Le Livre du courtisan n’est pas un livre théorique. C’est une conversation pleine d’esprit, de grâce et de désinvolture (les trois plus grandes qualités de l’homme de cour selon Castiglione), de poésie aussi, qu’échangent des amis dans le cadre de la cour du palais ducal d’Urbino, une des plus raffinées d’Italie à l’aube du XVIe siècle. Pendant quatre soirées, on danse, on écoute de la musique, on plaisante, et surtout on discute des « manières », bonnes ou mauvaises, des princes, dont il faut attirer les faveurs, des femmes, de l’amour.

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Italie 2020 (V) : les fresques de Piero

C’est par la musique que j’ai découvert les fameuses fresques de Piero della Francesca (1420-1492), celles qui décorent le choeur de la basilique Saint François d’Arezzo.

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Les fresques de Martinů 

Par la musique, en écoutant, il y a très longtemps, une oeuvre qui me fascinait (le titre sans doute ?), la première qui m’a fait aimer son auteur Bohuslav Martinů (1890-1959), ses Fresques de Piero della Francesca écrites en 1955, après une visite à Arezzo, et créées à Salzbourg le 25 août 1956 par l’orchestre philharmonique de Vienne et Rafael Kubelikà qui l’oeuvre est dédiée..

J’ai raconté, dans un autre billet Neeme le Russe , comment j’étais parvenu à programmer cette oeuvre en concert : 

« Je me rappelle encore cette séance du comité de programmation de l’orchestre, présidé par Armin Jordan, lors duquel j’avais suggéré un programme qui me semblait original et cohérent, avec Les Fresques de Piero della Francesca de Martinu, les Chants et danses de la mort de Moussorgski (interprétés par Paata Burchuladze), et la 6ème symphonie de Chostakovitch. Plusieurs membres dudit comité de se récrier, pas assez « grand public », deux oeuvres du XXème siècle ô horreur, même avec un soliste vedette ! Armin Jordan, qui devait diriger ce programme, trancha : « Je ne connais ni le Martinu, ni le Chostakovitch, mais si Jean-Pierre le propose, je suis son idée et je dirigerai ce programme ».  Point final ! Et le jour venu, devant un Victoria Hall comble (preuve que le public est toujours plus intelligent que les programmateurs frileux !), Armin Jordan dirigea l’un de ses plus beaux concerts »

L’oeuvre a continué de me fasciner, je crois bien en avoir toutes les versions disponibles dans ma discothèque. Celle de Karel Ancerl et de la philharmonie tchèque est mon premier choix, juste devant Kubelik !

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La Légende de la vraie Croix

IMG_2462À Arezzo, inutile d’espérer entrer dans la basilique San Francesco sans avoir au préalable réservé par internet : conséquence (avantage ?) de la crise sanitaire, jamais plus de dix personnes en même temps dans l’église, et l’obligation de réserver pour un jour et un créneau horaire précis.

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Déjà, à l’approche du choeur, l’émotion vous prend à la gorge. Magnifiquement restaurées et éclairées, cette série de fresques, commencées par Bicci di Lorenzo,poursuivies, à la mort de ce dernier, par Piero della Francesca de 1452 à 1466, illustrent en douze « épisodes » la légende de la Vraie Croix et s’inspirent de la Légende dorée de Jacques de Voragine.

Comme pour Theodora et les mosaïques de Ravenne (lire Italie 2020 : les mosaïques de Ravenne), on ne peut que remercier et féliciter les rédacteurs de l’imposante notice proposée par Wikipedia sur cette Légende de la Vraie Croix

Martinů se serait inspiré, quant à lui, de deux scènes en particulier :

IMG_2490Le songe de Constantin

IMG_2496La reine de Saba et le roi Salomon

Mais pas un « épisode », pas un recoin de ces fresques n’est négligeable. Si la visite n’était limitée, on passerait des heures à détailler chaque élément, même si du sol de la chapelle on ne peut que deviner les figures supérieures.

IMG_2515Détail glaçant dans le coin bas à gauche de la vaste scène la bataille entre Héraclius et Chlosroes

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Arezzo monumentale

Focalisé sur la basilique Saint François, je n’ai fait qu’un rapide tour de la ville, omettant sans doute d’autres richesses. Un retour s’imposera…