Remarque liminaire : pourquoi les formidables rééditions discographiques du label Eloquence sont-elles si chères en France, alors qu’il s’agit pour l’essentiel d’enregistrements anciens, depuis longtemps « amortis »? Je sais bien qu’il y a tout un travail de recherche dans les archives d’Universal (Westminster, Decca, Deutsche Grammophon, Philips et autres marques associées), de remasterisation, d’édition, et que cela mérite rétribution, mais quand chaque CD coûte près de 10 €…
Cette collection Eloquence est d’autant plus pertinente qu’elle remet au jour des documents dont, parfois, on ignorait même l’existence. Ainsi dans deux coffrets magnifiques sobrement intitulés Piano Library (Bibliothèque du piano), j’ai trouvé quantité d’inédits, d’artistes et de gravures oubliés.
Rien qu’à voir la couverture de ce premier coffret bleu, sur les 10 noms cités, deux ne me disaient rien.
Sur le premier dans l’ordre, Jörg Demus (1928-2019), j’avais déjà déploré (Le piano poète) que sa discographie fût des plus éparses. Le centenaire de la mort de Fauré nous donne l’occasion de retrouver le grand pianiste dans un bouquet ô combien inspiré :
On a bien oublié l’exceptionnelle personnalité de la pianiste hongroise Edith Farnadi (1921-1973) et c’est un bonheur de retrouver ces « viennoiseries » lisztiennes sous ses doigts.
Clara Haskil, Youra Guller, Raymond Lewenthal ne sont pas des inconnus, loin s’en faut, et on est heureux de voir regroupés des enregistrements qu’on avait pu saisir par ci par là. Nina Milkina (1919-2008) était en revanche une parfaite inconnue pour moi, absente de ma discothèque.
Mais mon bonheur le plus intense dans ce coffret est constitué par les trois CD – de complètes découvertes pour moi – du pianiste originaire d’Odessa Benno Moiseiwitsch (lire La Grande porte de Kiev) partagées entre Beethoven, Schumann et Moussorgski
Ce que j’écrivais pour Jörg Demus quant à la dispersion de son legs discographique, vaut plus encore pour la Brésilienne Guiomar Novaes (1895-1979), si chère à Alain Lompech.
Egon Petri (1881-1962) a été un peu mieux documenté (ou alors j’ai eu moins de mal à trouver ses enregistrements), mais les 5 CD qui lui sont consacrés sont de première importance, à commencer par les oeuvres de son maître Busoni
Suite dans un prochain épisode pour le second coffret de cette fabuleuse Bibliothèque, tout aussi passionnant, avec plus d’inédits récents.
Nous y voilà : Gabriel Fauré, né le 12 mai 1845 est mort il y a cent ans exactement, le 4 novembre 1924. En juin dernier j’avais déjà consacré un article au compositeur ariégeois (Le vrai Fauré) en citant quelques disques qui comptent pour moi. Entre-temps sont parues plusieurs nouveautés (au piano) et rééditions, qui ont suscité des critiques très partagées, par exemple sur les disques de Théo Fouchenneret et Aline Piboule
Je connais l’une et l’autre (Ils ont fait Montpellier : En blanc et noir), mais comme je n’ai pas écouté leurs disques, je me garderai bien d’en parler. Je peux seulement les féliciter d’apporter leur pierre à un édifice discographique qui n’a guère évolué depuis une trentaine d’années pour ce qui est du piano seul (relire Le vrai Fauré).
C’est vrai de l’ensemble de l’oeuvre de Fauré, comme en témoigne le coffret récapitulatif que publie Warner/Erato.
Le plus étonnant – à moins que ce ne soit un choix ? – est qu’il ne s’y trouve aucun des enregistrements d’une intégrale de la musique de chambre réalisée, un peu à la va-vite, pour le même éditeur il y a quatorze ans, intégrale aujourd’hui indisponible (à l’exception du Quatuor Ebène)
Une adresse à l’éditeur : en dehors d’un index des oeuvres en anglais, le livret ne donne aucune indication sur le contenu des 26 CD ni sur les interprètes !
Seul apport à une discographie déjà multi-rééditée, la tragédie lyrique Prométhée dénichée dans les archives de l’INA, un « live » réalisé le 19 mai 1961 à l’Orangerie du parc de Sceaux par Louis de Froment dirigeant l’Orchestre national et le choeur de la RTF avec une distribution grand format : Berthe Monmart, Jeannine Collard, Janine Micheau, Emile Belcourt, André Vessières et Jean Mollien. Plus une palanquée d’archives. Et des versions connues et reconnues qui n’ont rien perdu de leur superbe !
Mon Fauré
En plus des versions que j’ai déjà signalées (Le vrai Fauré) j’aimerais signaler quelques-uns des disques auxquels je reviens régulièrement
Ai-je besoin de rappeler l’admiration que j’éprouve pour ces deux amis de longue date, Tedi Papavrami et Nelson Goerner ?
Mention aussi de Giulio Biddau, un jeune pianiste sarde, dont j’avais découvert le disque il y a quelques années :
On ne sera pas surpris de trouver ici le nom de Felicity Lott, dont il faut thésauriser les disques, très épars, de mélodie française
Même admiration pour ma très chère Sophie Karthäuser et son merveilleux partenaire Cédric Tiberghien.
Dommage que le coffret Erato/Warner ne reprénne aucun des enregistrements d’Armin Jordan, comme un merveilleux Requiem
Pourtant je passe devant cet admirable bâtiment presque quotidiennement quand je suis à Paris.
Cela doit faire à peu près autant de temps que je n’avais pas vu un spectacle de cirque. J’ai saisi l’occasion d’un nouveau spectacle proposé par le Cirque d’hiver Bouglione – Spectaculaire – pour y emmener mes petites-filles et leur oncle. Je ne sais pas qui de nous quatre a été le plus impressionné…
La première chose que je relève quand je me rends à un spectacle c’est la qualité de l’organisation et de l’accueil (vieux réflexe professionnel !). Tout ici, depuis la réservation sur le site du cirque d’hiver, jusqu’à l’entrée, le contrôle, le placement, est parfaitement réglé. Le personnel est nombreux, disponible, souriant, pas non plus intrusif – on n’a pas l’impression qu’on cherche à tout prix à vous vendre le programme… ou du pop corn ! – A l’entracte, dans le vaste foyer, on apercevra , sur les différents stands, nombre d’artistes – pour beaucoup membres de la famille Bouglione – sans leurs habits et leur maquillage de lumière.
Mais c’est bien le contenu du spectacle qui fait honneur à la grande tradition du cirque, même si depuis une loi de 2021, les cirques ne présentent plus d’animaux dits sauvages.
Et, last but not least, c’est un véritable orchestre d’une dizaine de musiciens, une excellente violoniste, une chanteuse bien en voix, qui rythme, accompagne, l’ensemble du spectacle.
Il faut soutenir, encourager, applaudir ces troupes d’artistes magnifiques : en l’occurrence la publicité faite pour ce spectacle est tout sauf mensongère, elle ne donne qu’une petite idée de la multiplicité des talents exceptionnels qui s’y produisent.
Le requiem d’Abbado
Puisque j’évoque le souvenir d’Abbado dans cette même enceinte du Cirque d’hiver et qu’en ce 2 novembre, nous célébrons les morts, un extrait d’un Requiem de Verdi, donné en janvier 2001 à Berlin qui avait bouleversé les spectateurs/auditeurs et tout le monde de la musique : le grand chef italien y paraissait très amaigri, émacié, et épuisé à la fin du concert. Il avait interrompu son activité plusieurs semaines pour soigner le cancer de l’estomac qui finirait par l’emporter treize ans plus tard.
Je me rappelle encore Roberto Alagna confiant à France Musique l’émotion qui l’avait étreint lors des répétitions et du concert face au courage de Claudio Abbado
Le jour de sa sortie en librairie, la semaine dernière, j’achetais le dernier opus de Renaud Machart.
« Retour aux sources musicologiques, aux instruments d’époque, à des techniques de jeu anciennes : l’ouvrage de Renaud Machart nous plonge dans les cinquante années révolutionnaires qui ont vu le développement et la consolidation d’un mouvement d’interprétation « historiquement informé » de la musique baroque, de Monteverdi à Rameau.
Ce parcours est jalonné par dix-huit chapitres qui s’arrêtent sur la parution d’un disque décisif, un concert marquant ou une production lyrique restée mythique. Ce qui mènera le lecteur de la révélation du contre-ténor britannique Alfred Deller, en 1949, à la sortie, en 2001, d’un disque Rameau au piano, par Alexandre Tharaud, qui fit couler beaucoup d’encre, en passant par le portrait d’immenses interprètes : Gustav Leonhardt, Nikolaus Harnoncourt, Philippe Herreweghe, Jordi Savall, Michel Chapuis, Blandine Verlet, William Christie, Janine Rubinlicht, Scott Ross, etc.
Après de longues années passées en « résistance », dans le maquis de la musique classique, cette constellation d’artistes a imposé une pratique musicale aujourd’hui plébiscitée, et élargie à tous les répertoires. » (Présentation de l’éditeur)
Avant toute remarque de fond, saluons cette nouveauté qui fait figure d’exception. Le dernier ouvrage de même type, sur cette période, date de 1993, sauf erreur de ma part. C’était ce Guide orienté sur la discographie – alors que l’ouvrage de Renaud Machart a un objet plus large puisqu’au travers de portraits d’interprétes, parfois très personnels, il évoque les critères qui ont présidé à cette nouvelle vague d’interprétations « historiquement informées ».
La lecture de la prose de Renaud Machart est toujours savoureuse – on se rappelle ses critiques souvent piquantes dans Le Monde – Ici l’ex-producteur de France Musique se montre plus académique – dans l’acception scientifique du terme -qu’à l’accoutumée, avec de nombreuses références, citations, bibliographies à l’appui de ses dires.
On ne mesure plus du tout aujourd’hui l’importance des batailles d’arguments, des modes aussi, qui agitaient la sphère musicale, notamment sur l’antenne de France Musique, où un Jacques Merlet n’a jamais été remplacé ! Sans discernement, on applaudissait à tout ce que produisaient Harnoncourt, Gardiner ou Herreweghe, on jetait à la poubelle les Ristenpart, Jean-François Paillard ou même Karl Richter. Il n’était de bon Vivaldi que d’Alessandrini ou Biondi, des ensembles pionniers comme I Musici, I Virtuosi di Roma ou même les Solisti Veneti de Claudio Scimone étant définitivement jugés ringards.
Le temps faisant son oeuvre, on s’éloigne des extrêmes, on retrouve des vertus à certaines gloires du passé. Même s’il y a des versions qu’on ne peut vraiment plus entendre (lire à propos du 1er concerto brandebourgeois de Bach : Menuet brandebourgeois)
Ce qui m’a toujours gêné – au-delà de l’expression même « historiquement informé » qui laisse supposer que les grands interprètes du passé étaient des incultes – c’est la rigidité doctrinale qui s’était emparée de nombre de critiques, de musicologues et même de spectateurs. Il y a ceux qu’il fallait encenser et ceux qu’on ne pouvait que détester. Les jeunes générations ne sont heureusement plus prisonnières de ces querelles.
Qui se rappelle la révolution que constitua la version de 1966 du Messie de Haendel publiée par un Colin Davis tout juste quadragénaire ? Effectifs réduits, vision profondément « dégraissée », contraste revendiqué avec une tradition d’empois victorien illustrée par tous ses aînés (Beecham, Boult, Sargent) enregistrés à la même époque !
On a déjà eu l’occasion de souligner le travail qu’un autre Britannique – Neville Marriner (1924-2016) avait entrepris dès le début des années 60 avec son Academy of St Martin in the Fields.
J’ai consacré nombre de billets sur ce blog à des compositeurs et interprètes dits « baroques » au gré de mes humeurs et surtout de mes inclinations.
Je ne suis pas toujours Machart sur ses choix. Il a logiquement des attachements que je n’ai pas (Philippe Herreweghe par exemple) mais sur nombre de points je le rejoins. Par exemple quant à un interprète magnifique, disparu il y a dix ans déjà, Christopher Hogwood (lire Sir Christopher), que j’avais mis quelques années à découvrir, apprécier, et finalement aimer. Je ne me lasse de me replonger dans une discographie heureusement abondante et dans un art qui, parce qu’il a échappé aux modes, est intemporel.
J’assistais vendredi soir à la première parisienne du dernier ouvrage lyrique de George Benjamin et Martin Crimp – Picture a Day like this -, à l’Opéra-Comique, un an après sa création au festival d’Aix-en-Provence.
Discrètement assise à la corbeille de l’Opéra Comique, une spectatrice attentive – ma chère Felicity Lott (Voisine)
Comme je l’écris dans mon article, deux souvenirs m’ont envahi : celui de la création, à laquelle j’avais assisté, en 2012, de Written on Skin à Aix-en-Provence, qui m’avait durablement bouleversé
et, plus récemment, le 21 juillet 2022 à Montpellier, la formidable interprétation des Sea Pictures d’Elgar que Marianne Crebassa chantait pour la première fois.
J’ai d’autant plus de raisons de me rappeler cette soirée, que ce fut la dernière où je vis et entendis notre si regrettée Jodie Devos (lire Jodie dans les étoiles) chanter, malgré quelques péripéties, dans la Première symphonie de Vaughan Williams.
Ce soir-là, Marianne Crebassa nous avait tous convaincus que ce répertoire britannique peut être chanté par d’autres que par les Britanniques. J’ignorais alors qu’elle serait choisie pour créer le quatrième ouvrage lyrique de George Benjamin en juillet 2023 !
J’ai eu la chance de pouvoir inviter Marianne, née à Béziers, restée si attachée à sa région natale, plusieurs fois durant mon mandat de directeur du Festival Radio France de Montpellier.
En 2015, elle « ressuscitait » Fantasio d’Offenbach sous la houlette de Friedemann Layer (1941-2019), en 2018 elle s’associait à Fazil Say pour un récital magnifique, la pandémie et les restrictions sanitaires avaient reporté à 2022 des projets déjà envisagés pour 2020 puis 2021.
J’admire profondément d’abord la personne Marianne Crebassa, qu’on ne peut dissocier de l’artiste hors norme qu’elle est devenue. Elle aurait pu se laisser entraîner sur la voie toute tracée de la « jeune mezzo-soprano française qui monte », de festival en festival, de rôle en rôle dé plus en plus lourd. Il faut réécouter ce qu’elle déclarait au micro de France Musique le 23 octobre dernier. On ne lui souhaite pas une belle carrière, mais une vie de femme, de mère et d’artiste réussie dans toute sa plénitude. :
Elles ont quasiment disparu des concerts classiques, et sont devenues d’absolues raretés au disque. Je veux parler des ouvertures, ces pièces d’orchestre spectaculaires d’abord conçues par les compositeurs d’opéra comme des préludes exposant les principaux thèmes de l’ouvrage, mais de plus en plus souvent comme des morceaux autonomes dans la période romantique.
Tous les grands chefs, tous les grands orchestres se devaient d’enregistrer des disques d’ouvertures, et tout programme traditionnel de concert en comportait généralement une en guise d’apéritif, jusqu’à ce que la mode passe complètement. Depuis quand n’ai-je pas entendu une ouverture de Rossini, Beethoven ou Mozart à un concert parisien ? Trop ringard ?
Heureusement il reste quelques précieux trésors dans une discographie qui ne s’est guère renouvelée.
Au sommet de la pile, l’austère Fritz Reiner et son disque hallucinant (et halluciné) d’ouvertures de Rossini. Personne n’a jamais atteint ce degré de folie, et de perfection orchestrale : écoutez seulement l’accélération finale de cette ouverture de Cenerentola
Avec d’autres moyens, une évidente élégance peut-être plus « italienne » que Reiner, Giulini a lui aussi peu de concurrents.
Avec Weber, on est toujours dans le registre des ouvertures d’opéra. Celle du Freischütz est l’une des plus achevées qui soient, mais les chefs ne réussissent pas toujours à traduire les frémissements de ce premier romantisme. J’ai gardé une admiration intacte pour ce disque de Karajan acheté en 1973.
Plus difficiles encore à réussir, certaines ouvertures de Beethoven, comme celle de la musique de scène d’Egmont, qui sous nombre de baguettes même illustres restent bien placides. Ici, faisons abstraction de cette manière de filmer, et faisons comme le chef, fermons les yeux, en écoutant le torrent de passion qui emporte tout sur son passage
Du « poème dramatique » de Schumann, Manfred, on ne joue plus guère que l’ouverture. Nul, à mes oreilles, n’atteint la fougue, la passion d’un Charles Munch, dès les premiers accords jetés à la face de l’auditeur :
Johannes Brahms compose deux « ouvertures » qui ne sont plus des préludes à un opéra ou une musique de scène, mais des sortes de poèmes symphoniques. Elles datent toutes deux de 1880, et le titre de « tragique » de l’une ne se conçoit que par opposition d’humeur à l’autre (voir ci-après). De nouveau Charles Munch à Boston y est exceptionnel !
Un mot de cette ouverture « académique » qui n’a rien d’académique, dans l’acception péjorative du terme, mais a tout à voir avec un événement universitaire, donc académique, puisque écrite par Brahms en 1880 à l’occasion de sa nomination comme Docteur honoris causa de l’université de Breslau (aujourd’hui Wroclaw en Pologne). Brahms y cite quelques chansons estudiantines et conclut l’ouverture par l’hymne des étudiants Gaudeamus igitur
J’ai fait jouer une fois à Liège, à l’occasion d’une présentation au public de la saison, une autre ouverture, beaucoup moins connue – le bibliothécaire de l’orchestre avait eu bien du mal à trouver la partition ! – d’une opérette de Franz von Suppé, Flotte Bursche (littéralement « Des jeunes gens bien« ) qui reprend le même thème (à 3’15)
Les seules exceptions à cette disparition des ouvertures en concert ou au disque sont peut-être les ouvertures de Berlioz (en général Le Carnaval romain ou Le Corsaire)
Avec Tchaikovski, le terme « ouverture » prend plus la forme d’un poème symphonique, qu’il l’assortisse ou non d’un complément comme pour l’ouverture-fantaisieRoméo et Juliette. Même si on l’entend peu au concert, elle reste assez présente au disque (comme dans la récente publication de l’orchestre philharmonique de Strasbourg et de son chef Aziz Shokhakimov)
Kirill Kondrachine mieux qu’aucun autre dit tout ce que cette musique révèle et recèle :
En vrac, réactions et humeurs, mes j’aime, j’aime pas des derniers jours.
Postures, impostures
Je supporte de moins en moins les postures, qui sont le contraire des incarnations, et qui riment presque toujours avec imposture. C’est vrai de quelques musiciens, de chefs d’orchestre (mais cela nécessiterait plus d’un bref billet !), mais c’est particulièrement dans le monde politique et médiatique. Je ne regarde pas assez Darius Rochebin, j’ai tort parce qu’il est l’un des rares à poser les bonnes questions et à écouter vraiment les réponses de celui ou celle qu’il interroge. Je vais, en revanche, cesser de regarder le pendant hebdomadaire de la quotidienne de France 5 (C à vous), C l’hebdo, animé depuis quelques mois par une insupportable péronnelle, qu’on est allé chercher dans le privé, qui, voulant sans doute singer ses aînés sans avoir le dixième de leur talent et de leur culture, surjoue l’agressivité et le piquant. L’interview qu’Aurélie Casse a faite du nouveau ministre de l’Economie, Antoine Armand, samedi dernier, en était ridicule. Elle avait décidé de se faire le jeune ministre (invraisemblable et longuissime séquence sur la « réprimande » infligée par Barnier à son ministre…il y a plus d’un mois! ) en n’écoutant jamais ses réponses, en ne rebondissant jamais sur celles-ci, puisqu’elle avait décrété à l’avance que ce qu’il avait à dire sur le budget, sur Sanofi, sur les sujets du moment, n’avait aucun intérêt pour les pauvres téléspectateurs que nous sommes. Et puis cette arrogance…
La campagne américaine
Comme en 2016, je mets sur pause. J’ai décidé de ne plus regarder aucun sujet, aucun reportage sur la campagne présidentielle américaine. D’abord parce que tous les quatre ans, les médias français ressortent exactement les mêmes images, les mêmes « arguments », les mêmes conclusions (« le scrutin sera très serré », « tout va se jouer dans les swing States« ). Mais comme personne ne prend la peine d’expliquer les spécificités de ce scrutin, qui, à plusieurs reprises dans les cinquante dernières années, a abouti à ce que l’élu à la Maison-Blanche ait moins de voix que son adversaire, je n’ai aucune envie d’entendre les pronostics, voire les prévisions ou prédictions de « spécialistes » ou de journalistes qui ne peuvent tout simplement pas préjuger de l’issue d’une élection à plusieurs étages. Le pire étant de prendre ses désirs pour des réalités. Je me suis ici réjoui de l’accession à la candidature de Kamala Harris (Yes We Kam), j’espère qu’elle sera la prochaine présidente des Etats-Unis, mais comme mon opinion ou mon souhait n’ont aucune chance d’influer sur le résultat, je ferme les écoutilles, et j’attendrai sereinement le 6 novembre.
Pauvre Lucie
Ce n’est pas que je n’en ai pas été démangé, mais je me suis abstenu jusqu’à présent d’évoquer le plus mauvais feuilleton politique du dernier semestre : la « candidate » première ministre Lucie Castets, venant après les épisodes Huguette Bello et Laurence Tubiana. Je n’en suis toujours pas revenu de l’attitude quasi unanime des médias, qui n’ont, sauf erreur de ma part, jamais questionné, a fortiori contesté l’invraisemblable processus dicté par le Nouveau Front populaire et son inspirateur J.L. Mélenchon. Il paraît que c’est l’idée du premier secrétaire si charismatique du PS d’avoir été dénicher une fonctionnaire municipale parisienne (sans en parler d’ailleurs à la Maire de Paris!) ! Et on n’a entendu aucun député, aucun sénateur, ni même un ancien président de la République redevenu député, s’insurger contre une méthode totalement contraire aux institutions de la Ve République, et surtout si méprisante à leur égard, puisque pour une fonction aussi essentielle les brillants leaders des formations de la NFP estimaient apparemment qu’il ne se trouvait dans leur rang aucun élu, aucune élue, capable de l’assumer. Quand on voit ce que Barnier endure depuis sa nomination, on frémit à l’idée que la dame Castets eût été nommée.
Mais j’ai de la compassion pour cette jeune femme, à qui on a fait jouer un rôle – l’idiote utile -, qui s’est prise au jeu et qu’on a purement et simplement laisser tomber, en rendant impossible son éventuelle candidature à l’élection législative partielle de Grenoble. Les masques sont tombés !
Un film d’automne
Le cinéma a vraiment des couleurs d’automne : après François Ozon et son dernier film Quand vient l’automne, qu’on a bien aimé (lire Humeurs d’automne), on est reparti à la cueillette aux champignons avec Miséricorde, le dernier opus d’Alain Guiraudie. Comme Ozon, mais avec plus d’ampleur encore, Guiraudie filme les paysages, les arbres, l’automne, comme personne, la nature étant un personnage à part entière de ce polar étrange et souvent savoureux, voire drôle. On n’en dira pas plus pour ne rien divulgâcher. Juste redire une évidence : Catherine Frot, applaudie au théâtre il y a peu (lire Malentendus) y est d’une justesse sidérante.
Une première
Je me suis risqué, en milieu de semaine dernière, à une expérience que je n’avais jamais faite : la visite du Salon de l’Auto à la Porte de Versailles.
Je n’ai pas, comme d’autres, la passion des voitures, au sens où j’aurais une connaissance pointue de la mécanique, des performances, de la carrosserie, etc. Mais j’aime conduire, j’aime les voitures que j’ai conduites depuis mes 18 ans, et je ne manque jamais une occasion de visiter un musée de l’automobile, de me rendre à un rassemblement de voitures anciennes, et au Salon de l’auto j’ai été heureux de voir une exposition des modèles français les plus emblématiques des 80 dernières années, agrémentée d’explications grand public très bienvenues. Pour la DS 19 par exemple, on n’est pas allé jusqu’à reproduire le célèbre texte de Roland Barthes, dans ses Mythologies, mais le visiteur aura pu mesurer le concentré d »innovations techniques que comporte le modèle exposé de 1964.
Ce Salon était logiquement dévolu à la voiture électrique :
La nouvelle R5… et la nouvelle R4
Avec des quantités de constructeurs et de marques asiatiques dont j’ignorais même l’existence :
Mais en sortant une impression terrible d’uniformité, déjà si sensible sur nos routes. Tous les modèles semblent (et sont sûrement !) dessinés par une intelligence artificielle, avec, pour les distinguer un tant soit peu, des calandres, des blocs de phares, de plus en plus agressifs et vulgaires.
Un sentiment d’uniformité qui n’épargne pas le monde de la musique : je réfléchis depuis longtemps à un article sur un phénomène qui a gagné toutes les sphères de l’interprétation musicale. Il faut vraiment que je m’y colle.
Un exemple, cette viennoiserie tirée de l’opérette Le bal de l’opéra de Richard Heuberger. Deux immenses interprètes qu’on reconnaît à la première note :
Tout est parti d’un dossier réalisé par Hugues Mousseau, dans le dernier numéro de Diapason, sur la 9e symphonie de Bruckner.
A sa manière, sans manières justement, le critique taille des croupières à des valeurs supposées sûres, élimine sans barguigner des versions considérées comme des références, en oublie surtout pas mal qui eussent largement mérité d’être au moins citées et mises en confrontation. D’où un débat comme Facebook les aime, dont je suis un peu responsable puisque c’est moi qui l’ai lancé en regrettant qu’Hugues Mousseau ait oublié Carl Schuricht comme l’un des chefs qui comptent dans la discographie de l’ultime symphonie de Bruckner.
Comme pourSchubert (Une affaire de tempo ) et bien d’autres partitions, je m’aperçois que je suis, depuis toujours, très sensible au respect du caractère d’un mouvement, singulièrement dans une oeuvre symphonique : le troisième mouvement est très souvent… à trois temps, un menuet, un scherzo, voire une valse. C’est moins affaire de tempo métronomique que d’esprit. En l’occurrence, dans la 9e symphonie de Bruckner, c’est le 2e mouvement qui est un scherzo dont le compositeur précise les contours : Bewegt, lebhaft, qu’on peut traduire par « Animé, vivace ». Le plus important, parce que c’est la partition qui le commande, c’est de respecter la pulsation de ce 3/4 qui prend appui sur le premier temps.
Le moins qu’on puisse dire est que les conceptions des (grands) chefs qui ont dirigé et enregistré cette symphonie divergent du tout au tout, surtout dans ce passage.
Commençons par les caricatures :
Je n’ai jamais compris la fascination qu’exerce encore Sergiu Celibidache sur les auditeurs de ses disques (en concert, la gestique, la posture pouvaient faire illusion).
Quant à Leonard Bernstein, le champion de Mahler, il n’a jamais enregistré de Bruckner que la seule 9e symphonie, à New York d’abord, à Vienne ensuite (quelques mois avant sa mort). Les deux fois, il est vraiment à côté de la plaque.
Carlo-Maria Giulini que nul plus que moi ne révère – j’ai eu la chance d’assister à ses derniers concerts à Paris – prend un parti étonnant dans sa gravure à Chicago. Dès que le scherzo est lancé, il ralentit le mouvement, l’enserre dans une tenaille incompréhensible, c’est raide et sans ressort.
Christoph von Dohnanyi (lire Authentiques) à Cleveland n’est pas très viennois dans son approche, mais au moins c’est un scherzo « bewegt » et « lebhaft » C’est l’un des plus rapides de toute la discographie.
Approchons-nous des versions chères à nos oreilles.
J’ai toujours admiré la liberté d’Eugen Jochum dans ses deux intégrales Bruckner. Il n’édifie pas d’impressionnantes cathédrales sonores, immuables, intangibles, il anime toujours, bouscule parfois, chaque partition. Ici personne mieux que lui ne rend ce scherzo aussi poussé dans ses retranchements, accélérant, retardant, relançant le discours.
Karajan en 1966, souvent cité comme une référence au sein même de sa propre discographie, c’est vraiment quelque chose :
On ne sera pas étonné que j’achève ce trop bref tour d’horizon par ma version de chevet, « oubliée » par Hugues Mousseau, qui la considère comme « médiocre », découverte lors d’un Disques en Lice il y a plus de trente ans, qu’au terme d’une écoute à l’aveugle nous avions de loin placée en tête : Carl Schuricht (81 ans) dirigeant l’Orchestre philharmonique de Vienne en 1961 dans une superbe stéréo.
Et puisque, dans cette confrontation, figurait l’un des tout premiers disques de Zubin Mehta avec le même Orchestre philharmonique de Vienne, enregistré il y a 60 ans, je ne résiste pas au plaisir d’en faire entendre cet extrait : le tempo est retenu mais le jeune Mehta respecte l’esprit et la lettre de la partition !
Post-Scriptum : j’ai pris connaissance du commentaire (voir ci-dessous) de Patrice Merville, et je m’apprêtais à lui répondre d’abord que je ne m’attribuais aucune compétence particulière de « Brucknérien », ensuite que dans cet article je ne prétendais à aucune exhaustivité. Mais je dois aussi reconnaître mes torts… ou mes travers : je n’ai jamais aimé ces tribunes, ces discographies comparées, où l’on ramène toujours tout à Furtwängler ou Toscanini. J’ai donc « zappé » le Bruckner de Furtwängler, et j’ai eu bien tort, tant cette version par exemple, et le scherzo central, sont proches de l’idéal que je décris au début de mon article, la fureur, la noirceur en plus. Prodigieux oui vraiment !
Dans l’oeuvre de Tan Dun, les musiciens brandissent leurs téléphones portables sur lesquels sont enregistrés les bruits de la nature…
Si vous ne savez pas ce qu’est le suona, voici la démonstration que nous en a faite Mlle Liu Wenwen. Impressionnant non ?
J’ai été content de retrouver Lise Berthaud, que je n’avais plus entendue depuis longtemps – souvenirs d’enregistrements Fauré avec Eric Le Sage à la Salle Philharmonique de Liège ! – et la chaleur de son alto, auprès de Liya Petrova dans la symphonie concertante de Mozart.
En bis elles jouaient une pièce étonnante, que j’avoue avoir découverte lundi soir, un arrangement pour violon et alto du Norvégien Halvorsen de la passacaille de la suite en ré mineur pour clavier de Haendel.
Lundi toujours je recevais deux coffrets commandés en Allemagne (www.jpc.de). Le 2e coffret – vendu à prix réduit – des Rendez-vous de Martha Argerich (un 3e vient de paraître à prix fort, on attendra un peu pour l’acheter !). Après de longues années à Lugano, la pianiste argentine a migré vers Hambourg où, depuis 2018 – avec l’interruption Covid – elle rassemble ses amis en juin. Ici ce sont les échos de la session 2019, et j’y découvre des pépites comme cette bouleversante Fantaisie en fa mineur de Schubert où Gabriela Montero tient la 1e partie.
ou cette sonate « à Kreutzer » de Beethoven avec le violon impérial de Tedi Papavrami
Comme la grande majorité des compositeurs centre- ou sud-américains, le compositeur cubain Ernesto Lecuona (1895-1963) reste très largement méconnu. Le pianiste (nord) américain Thomas Tirino s’en est fait le héraut et a gravé l’intégralité de son oeuvre pour piano, y compris les pièces concertantes. Pour une dégustation à petites doses, les soirs de spleen…
Nana 90#
Je n’ai pas vu l’émission que France 5 lui consacrait hier soir à l’occasion de son 90e anniversaire
mais je peux l’avouer ici – enfin ! – J’ai depuis toujours une passion pour Nana Mouskouri, ses premiers disques en grec, ses incursions dans le jazz. On lui pardonnerait presque de ne pas s’être arrêtée avant que sa voix ne soit plus que l’ombre de ce qu’elle fut.
Si l’expression existait, je désignerais « Pauvre Ruteboeuf » comme ma chanson de chevet.
Et ce n’est pas cette version, ce duo improbable, qui me fera changer d’avis
Ubu sans musique
Il faut sans conteste aller au théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet voir le nouveau spectacle proposé par les Frivolités parisiennes: Ubu Roi d’Alfred Jarry. Mais j’y allais jeudi dernier, missionné par Bachtrack, pour faire la critique d’un spectacle musical, puisqu’on nous annonçait la reconstitution de la musique composée par Claude Terrasse (1867-1923) pour une représentation de 1908. Mais de musique il y a bien peu (lire Ceci n’est pas une opérette) Donc pour ce théâtre de l’absurde et de la dérision, avec une excellente troupe, un spectacle à voir.
Relire Pompidou
Lorsque le livre était paru… il y a 50 ans, je l’avais dévoré.
Je suis en train de relire cette sorte de testament politique du deuxième président de la Ve République. C’est absolument fascinant d’actualité ! On pourrait en extraire des passages entiers qui n’ont absolument rien perdu de leur acuité, de leur pertinence, notamment sur l’éducation (l’analyse que fait Pompidou de Mai 68 est un modèle), les moeurs, les extrêmes en politique…
J’évoquais dans mon précédent billet la disparition du chef et compositeur finlandais Leif Segerstam (lire Authentiques). Au sein de son abondante discographie, on trouve bien sûr une majorité d’enregistrements dédiés à ses compatriotes, à commencer par Sibelius. Mais en fouillant bien notamment dans ce qu’il a enregistré avec l’orchestre de Rhénanie-Palatinat, on déniche d’authentiques raretés de musique française. Dans mon billet d’hommage, je citais le disque consacré à Louis Aubert, mais il y en a bien d’autres tout aussi rares et passionnants. Souvent les seules versions au disque de compositeurs et d’ouvrages ignorés des grandes maisons de disques… et des chefs d’orchestre !
Version 1.0.0
Heureusement, la plupart de ces disques sont disponibles sur les plateformes d’écoute/ téléchargement classiques.