Printemps qui commence

Je n’ai jamais su si le printemps commençait le 20 ou le 21 mars. Tout dépend de l’équinoxe, et si j’en crois les spécialistes, c’était hier aux aurores (http://www.linternaute.com/actualite/societe/1218670-equinoxe-de-printemps-pourquoi-le-printemps-2016-est-si-precoce-19-mars-2016/)

Peu importe, la musique ne s’embarrasse pas d’autant de précision. Les saisons sont un éternel sujet d’inspiration, et les plus célèbres sont connues de tous (Vivaldi, Haydn, 1ere symphonie de Schumann, etc.).

Quelques printemps moins connus que d’autres pour commencer cette dernière semaine de mars.

L’un des grands airs de l’opéra de Saint-Saëns, Samson et Dalila, est un redoutable piège pour toutes les cantatrices qui s’y frottent, puisque la principale difficulté de la langue française pour les non francophones, la prononciation des diphtongues – en/an/in -, s’y trouve concentrée dès les premiers mots : Printemps qui commence, portant l’espérance Chez beaucoup, et les plus illustres, ça donne à peu près : Prê-tâ qui com-mâce !

Evidemment, c’est un reproche qu’on ne peut pas faire à la plus grande Dalila du XXème siècle, la très regrettée Rita Gorr (1926-2012)

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Glazounov, né en 1885 à Saint-Pétersbourg, et mort il y a tout juste 80 ans, le 21 mars 1936… à Neuilly sur Seine, est le type même d’excellent faiseur, qui n’atteint jamais au génie, mais dont l’oeuvre n’est pas négligeable dans l’histoire de la musique russe. Sous la baguette de Svetlanov, son Printemps évoque éloquemment l’éveil de la nature.

Le jeune Rachmaninov a lui aussi dédié au Printemps une cantate beaucoup trop méconnue

Charles Dutoit en a gravé une version de référence à Philadelphie (avec deux autres chefs-d’oeuvre trop peu joués, Les Cloches et les trois chants russes.

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Debussy a quant à lui signé un poème symphonique, Printemps, plutôt rare au concert. Hommage en passant à Pierre Boulez, disparu en ce début d’année 2016 :

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Vus (ou pas) à la télé

Ils ont le même patronyme. L’un est une belle gueule, souvent cantonné aux emplois d’avocat, de magistrat ou de playboy dans les séries qui l’ont rendu populaire à la télévision, l’autre avait fière allure aussi, mais il n’a laissé de traces que dans le coeur des mélomanes.

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François-Eric Gendron (https://fr.wikipedia.org/wiki/François-Éric_Gendron) est bien le fils de son père, le violoncelliste Maurice Gendron (1920-1990)

Il y a quelques semaines, Decca publiait un magnifique coffret, préparé par Jean-Charles Hoffelé qui signe le livret, qui regroupe la quasi-totalité des enregistrements de ce grand musicien, un peu oublié depuis un grave accident de voiture à la fin des années 1970.

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Un travail extrêmement soigné qui restitue parfaitement la grandeur d’un artiste qui est à peu près à l’exact opposé – tenue, pudeur, aristocratie – de son illustre confrère Mstislav Rostropovitch. 

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On appréciera particulièrement les rééditions des premières gravures avec Ansermet, Dohnanyi, Haitink, ou sous la férule bienveillante de Pablo Casals au pupitre de l’orchestre Lamoureux, mais aussi ces moments magiques de musique de chambre avec le frère (Yehudi) et la soeur (Hephzibah) Menuhin, Brahms, Schubert, et les deux sextuors de Brahms captés lors du festival de Bath (naguère parus chez EMI)

On a tout de même souri à la lecture du texte de Monique Gendron, la veuve du violoncelliste, qui contient une étrange coquille, passée inaperçue aux yeux des relecteurs : on a bien compris que ce coffret est là pour perpétuer – et non perpétrer, comme écrit ! – la mémoire de Maurice Gendron. Le problème c’est que la traduction anglaise reprend perpetration ! Le crime orthographique ainsi perpétré est par avance tout pardonné à ceux qui nous offrent une aussi belle occasion de réentendre un violoncelle chaleureux, accordé au sentiment profond de la musique qu’il révèle.

Conspiratif

Normal, l’arrestation du « terroriste le plus recherché d’Europe » (ne chercher ni la nuance ni l’exactitude !), le dénommé Salah Abdeslam, a fait la une de tous les journaux télévisés de ce vendredi soir. Sur France 2, j’ai appris que Molenbeek (écrite Molenbeck !) qualifiée par Marie Drucker de « repère de djihadistes » (toujours le sens de la nuance et de l’exactitude), abritait, selon un expert auto-proclamé du terrorisme, des « appartements conspiratifs« .

Entendant cet adjectif, je me dis que j’avais loupé ou une séance du dictionnaire de l’Académie française ou une circulaire du ministère de l’Education nationale. En fait j’avais manqué cet article d’Emmanuelle Cossé dans La Croix du 3 février dernier :

Le 18 novembre dernier, au soir de l’assaut contre les terroristes retranchés dans un appartement à Saint-Denis, le procureur de la République a épaté le pays. Au cours de sa conférence de presse, cet homme éminent a parlé de l’« appartement conspiratif » de la rue Corbillon. La formule me turlupine. Qu’on me pardonne de relever ce détail des moments dramatiques qu’a vécus et que vit le pays. C’est que le fait n’est pas anodin. Car nous assistons depuis un moment à une épidémie d’adjectifs ainsi incongrus.

Pourquoi s’étonner ? on parle bien d’espace collaboratif, de table ou d’étape gourmande. Puisqu’on a oublié depuis longtemps ce que veut dire : adjectif qualificatif, un adjectif qui qualifie le nom auquel il est accolé. On voit bien que ce n’est pas l’appartement qui conspire, l’espace qui collabore, ou la table du restaurant qui manifeste sa gourmandise…

Mais il faut croire que l’actualité qui menacerait d’être répétitive impose l’invention lexicale, le néologisme qui fait mouche. Remettant du même coup au goût du jour des mots anciens, comme conspiration, qui avaient disparu du vocabulaire courant, au profit de complot ou d’entreprise (terroriste).

Réjouissons-nous que l’organisateur présumé des monstrueux attentats de Paris et Saint-Denis soit désormais sous les verrous. Manifestons une nouvelle fois notre compassion à l’égard des victimes, les morts et les survivants, blessés à vie dans leur chair et leur coeur. Et n’oublions pas qu’au moment même où Abdeslam était transféré de l’hôpital au parquet de Bruxelles, une attaque-suicide se produisait dans la principale rue commerçante d’Istanbul. Quelques jours après les attentats de Côte d’Ivoire et d’Ankara…

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Bernstein again

On ne pourra pas dire que ses éditeurs historiques ont manqué son centenaire ! Sony d’une part, Deutsche Grammophon d’autre part, n’ont pas attendu 2018 pour fêter Leonard Bernstein (1918-1990), celui dont Artur Rubinstein disait qu’il était « le plus grand pianiste parmi les chefs d’orchestre, le plus grand chef parmi les compositeurs, le plus grand compositeur parmi les pianistes ».

Deutsche Grammophon vient de publier le second volume de la monumentale Leonard Bernstein Collection. Détails ici (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2016/03/18/leonard-bernstein-collection-vol-2-8583363.html)

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Magnifique travail, outre le contenu musical, un livret richement illustré et documenté.

Lenny pour l’éternité !

Franglish

Combat d’arrière-garde ? Il semble que l’instance de régulation de l’audiovisuel français, le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) pense le contraire, en prenant la défense de la langue française d’une manière plutôt originale :

Les modes et les jargons ont toujours influé sur l’évolution de notre langue… vivante ! Il vaut souvent mieux en sourire. Et parfois rappeler que les anglicismes qui envahissent notre vie quotidienne sont, à l’origine, des mots français (comme challenge) ou que le français a réimporté d’outre-Manche ses propres expressions transformées par l’usage : une bougette, un petit sac où l’on plaçait ses pièces de monnaie, est devenue budget à Londres, puis à Paris. Idem pour gadget !

On ne saurait trop conseiller aux Frenchies et à ceux qui aiment notre langue de se plonger avec délices dans deux ouvrages de référence, qu’on a déjà loués ici :

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Je vous laisse à vos lectures, je suis overbooké les jours qui viennent, entre events à manager, meetings de brainstorming et autres teambuilding sessions. Mais je ne veux pas risquer le burn out ! Trop cool non ?

Humeurs

Je n’avais pas bien compris pourquoi Nikolaus Harnoncourt avait accepté de faire un disque Mozart avec Lang Lang. Quelques réponses m’ont été données dans ce documentaire diffusé très tardivement dimanche sur Arte (http://www.arte.tv/guide/fr/053918-000-A/mission-mozart-lang-lang-nikolaus-harnoncourt). Extrait :

Je ne suis toujours pas convaincu par le pianiste dans ce répertoire, mais mon admiration pour le vieux chef disparu récemment n’en est que plus vive. Quelle bienveillance, quelle attention à son jeune partenaire, et quel art exceptionnel de raconter, d’expliciter la musique !

Et puis cette remarque pleine d’humour : « Please don’t call me Maestro ! We should keep this term for hairdressers » . Encore un mot – Maestro – qui désignait jadis légitimement le chef d’orchestre à l’opéra, et en Italie (je me rappelle il y a une vingtaine d’années une ouverture de saison à La Scala, avec Nabucco dirigé par Riccardo Muti, et ce cri surgi de la foule « Viva il Maestro » déclenchant une ovation pour le chef), et qui aujourd’hui est utilisé à toute occasion pour désigner un musicien célèbre, chef d’orchestre ou non d’ailleurs. Harnoncourt avait raison..

Humour, humeur…j’ai envie de cultiver la bonne humeur, malgré l’actualité.

La France est-elle définitivement irréformable ? C’est ce qu’un observateur extérieur doit penser, considérant les aléas du projet gouvernemental sur le travail. Ce n’est même pas un texte déposé et discuté à l’Assemblée Nationale, ni même encore adopté en Conseil des ministres, que tout le monde – à commencer par les moins concernés, les fonctionnaires ou les salariés d’entreprises publiques – le dézingue. Valls et ses ministres avancent leurs propositions, ils sont taxés de rigidité et d’autisme, et quand après avoir réuni les partenaires sociaux, réécrit leur texte, la presse quasi unanime les prend en flagrant délit de reculade ! Belle avancée en effet…Les manifestants de la semaine dernière savaient-ils au moins pourquoi ils manifestaient ? (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/01/25/le-travail-cest-la-sante/).

Autre actualité, venant d’un pays auquel je suis très attaché, la Roumanie (un premier voyage en 1973 !) : (http://www.levif.be/actualite/international/la-villa-de-ceausescu-ouverte-pour-la-premiere-fois-au-public/article-normal-478143.html)Ba

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Gageons que le palais du dictateur et de sa famille va vite devenir une attraction touristique… et puis c’est si loin maintenant…Je suis sûr que cet ensemble décoré avec un extrême bon goût plairait beaucoup à M. Trump ou à son admirateur l’ineffable JCVD

 

Allez, pour éclairer votre journée, un nouveau disque d’un jeune pianiste flamboyant (qui sera à Montpellier l’été prochain), Florian Noack51nP-b5COzL

 

Dans l’ombre

Dans un billet de novembre dernier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/11/30/musiques-climatiques/j’évoquais les figures de deux compositeurs finlandais Leevi Madetoja et Uuno Klami, qui ne sont jamais sortis, sur le plan international, de l’ombre portée de Sibelius.

Ils sont nombreux ces compositeurs (la comparaison vaut pour les autres domaines de la culture) que la postérité a relégués à l’arrière-plan de figures de proue, et singulièrement dans des pays de tradition « nationale » vivace.

Je voudrais évoquer ici la personnalité de Leo Weiner (1885-1960), qui a fait pour la musique et les musiciens hongrois autant sinon plus que ses contemporains Bartok et Kodaly, mais n’a jamais connu leur célébrité, ni même une réelle reconnaissance internationale.

Naxos publie – enfin – une intégrale du grand ballet Le prince Csongor et la Cobolde (Csongor és Tünde), dont je ne connaissais que quelques extraits grâce à Georg Solti

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Qui était Leo Weiner ? D’abord un prodigieux pédagogue : la liste de ses élèves est impressionnante (http://www.musicologie.org/Biographies/w/leo_weiner.htm). Annie Fischer, Fritz Reiner, Antal Dorati, Georg Solti, Bela Siki, Ferenc Fricsay, György Kurtag…le meilleur de ce que la Hongrie a produit au XXème siècle.

Il est vrai qu’à la différence de Bartok et surtout de Kodaly, Weiner s’est peu intéressé aux sources populaires de la musique de son pays natal, il n’a pas non plus suivi le mouvement de la Seconde école de Vienne. Et puis il lui manque sans doute ce qui fait la stature des plus grands, si ce n’est du génie, au moins une originalité avérée dans son discours musical. Ce qui ne signifie en rien qu’il manque d’inspiration, ou d’invention mélodique. Au contraire, Leo Weiner prolonge ce courant romantique si typique de l’Europe centrale, qui nourrissait tous les compositeurs viennois du XIXème siècle, en intégrant les rythmes et modes traditionnels. Comme un autre de ses exacts contemporains, Ernö Dohnanyi (1875-1960), à qui je consacrerai un autre billet.

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Musique contemporaine

Réaction de Renaud Capuçon qui donnait hier soir, sous la direction du compositeur,  la première suisse de Mar’eh, le concerto pour violon de Matthias Pintscher : « Ce n’est pas de la musique contemporainec’est de la musique tout court, comme lorsque Bach, Beethoven, Brahms créaient ou faisaient créer leurs oeuvres devant leurs contemporains ».

IMG_2325Mille fois raison, Renaud, et il sait de quoi il parle, puisqu’il fait partie de cette génération d’artistes qui arpente avec autant d’ardeur et de bonheur les sentiers très battus du répertoire comme les chemins plus mystérieux de la création.

J’écrivais ceci (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/01/29/personnalites/) il y a un an : Lundi c’était la première française du Concerto pour violon de Pascal Dusapin, toujours à la Philharmonie. Qui nierait au compositeur – bientôt sexagénaire sous son allure juvénile – une place singulière dans le paysage musical mondial ? Dusapin n’est pas consensuel, ni conforme, il met même quelque volupté à se distinguer des courants dominants. Et nul parmi les milliers d’auditeurs qui ont réservé une longue ovation à l’interprète (Renaud Capuçon) et au compositeur, et qui n’appartiennent pas, loin s’en faut, au public initié à la musique contemporaine, n’a douté une seconde d’avoir assisté ce soir-là à l’éclosion d’un chef-d’oeuvre.

Hier soir au Victoria Hall, c’était ce même public, réputé traditionnel, conservateur, qui écoutait, découvrait, dans un silence éloquent, suspendu à l’univers onirique de Pintscher, une partition certes redoutable de difficulté pour l’orchestre comme le soliste, mais si libre d’apparence, d’une transparence toute française. Personne, j’en suis sûr, ne s’est en effet posé la question de savoir si c’était ou non de la « musique contemporaine »…le débat est obsolète.

 

Admiration

« alors admiration »… comme le chante Alain Souchon. « J’aime admirer », c’est ce que répète Jean d’Ormesson dans Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

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C’est bien cela, le ressort, la raison de mon métier, du métier que j’ai embrassé il y a bientôt trente ans à Genève, à la radio suisse romande, avec l’Orchestre de la Suisse romande : l’admiration pour les créateurs, les compositeurs, les interprètes.

Qu’a-t-on reproché finalement à certains communiqués officiels consécutifs à la disparition de Nikolaus Harnoncourt  ?(https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/08/hommages-dommages/). Des erreurs factuelles certes, mais surtout l’absence d’une expression personnelle d’empathie, d’admiration !

Je n’ai pas honte à l’avouer, j’ai besoin d’admirer. À commencer par ceux que j’aime. L’amour ne dure et ne perdure au-delà de l’attraction initiale que s’il se nourrit de l’admiration pour ce qu’est l’autre, pour qui est l’autre, et qui n’est pas un simple miroir de soi-même.(surtout pas !).

J’ai une chance incroyable de travailler pour ceux que j’admire, pour ces musiciens qu’adolescent je révérais non comme des idoles, mais comme des idéaux.

Je garde à jamais gravée dans ma mémoire ma première rencontre physique avec Armin Jordan, en septembre 1986. Je venais tout juste d’être recruté par la radio suisse comme « producteur responsable de la musique symphonique » (ça ne s’invente pas !), ignorant à peu près tout du milieu de la musique, avec mon seul enthousiasme comme viatique. Lorsque je vis s’approcher de moi un chef que j’admirais depuis longtemps en secret, et qu’il me dit très simplement : « Alors bienvenue ! on va travailler ensemble… » je sus qu’il me faudrait désormais être à la hauteur de ces personnages magnifiques et complexes qui peupleraient mon univers professionnel.

Trente ans plus tard, je n’ai pas changé. Je masque moins mes sentiments sans doute, j’ai dû côtoyer, parfois travailler avec des musiciens pour qui je n’éprouvais aucune admiration – surtout quand la réalité est si contraire aux apparences, quand la personnalité profonde est à l’exact opposé de l’image qu’on veut donner !- mais j’ai eu, et j’ai encore, tant et tant d’occasions de manifester mon enthousiasme, mon admiration, que je ne m’embarrasse plus de précautions et de convenances. Notre vie musicale ne peut pas être un filet d’eau tiède. Comment susciter l’adhésion d’un public de festival ou d’une saison de concerts si on n’est pas porté par un enthousiasme conquérant, une admiration explicite pour les artistes, les musiciens, les créateurs qu’on programme ?

Qu’a fait d’autre Ernest Ansermet, infatigable bâtisseur, créateur de l’Orchestre de la Suisse romande, que de convaincre son public de le suivre dans ses aventures, ses découvertes ?

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Hommages, dommages

Et rebelote !

« C’est la dictature de l’émotion, ajoutée à celle de l’hyperbole. Tout disparu devient immédiatement le plus grand, le plus mythique, le plus célèbre » (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/01/11/la-dictature-de-lemotion/)

Nikolaus Harnoncourt avait à peine rendu son dernier souffle (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/06/pour-leternite/) que les hommages déferlaient. Tout à fait justifiés s’agissant d’une personnalité de ce calibre. Mais pas n’importe comment.

Gaëtan Naulleau (Diapason), qui est intervenu avec beaucoup de justesse et de compétence sur l’antenne de France Musique, écrit cet après-midi sur Facebook : « Peut-on écrire d’un interprète, même réformateur de génie comme le fut Nikolaus Harnoncourt, qu’il fut un « créateur de génie ». Vaste débat (lui aurait bien sûr refusé l’expression, sans appel), invité impromptu dans l’hommage de la Ministre. 
Maladroit aussi, le détour pro domo par la « démocratisation culturelle », qui n’était vraiment pas le credo d’Harnoncourt. Et laborieuse, que la première phrase est laborieuse (« incarnait le sommet d’une culture et d’un esprit. »). C’est à un communiqué de la ministre française de la Culture qu’il fait allusion. On n’ira pas plus loin…

Mais on se demande à qui et à quoi servent ces déclarations officielles, qui sont comme des figures obligées après le décès d’une personnalité ? Déclarations certes calibrées en fonction de l’exposition médiatique des personnalités concernées. Pas une voix n’avait manqué pour marquer la disparition de Michel Delpech en début d’année, Pierre Boulez aussi, mais on se rappelle que la mort de Dutilleux n’avait suscité aucun hommage présidentiel ou ministériel…

On a dû penser que bien qu’autrichien, né à Berlin et non à Graz comme le dit le communiqué ministériel, Harnoncourt avait une célébrité suffisante pour qu’on se fende d’un compliment.

Mais le manque de discernement ou de mesure n’est pas l’apanage des officiels, tout le monde se croit obligé de réagir en termes dithyrambiques à une disparition qui émeut justement ceux qui admiraient le grand chef. L’exagération ou la surenchère sont les ennemis du respect et de la révérence. Bref, rien de nouveau…

Heureusement, on peut réécouter Harnoncourt, sans perdre son sens critique, aimer passionnément ou rejeter tel ou tel parti interprétatif. Et puis lire ou relire le dernier opus du chef qui était aussi un penseur de la musique, dans la pertinente traduction de Sylvain Fort.

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