En commençant ce que j’imaginais comme une série (Il y a dix ans : l’annonce), je pensais avoir bien des choses à raconter sur mes années Liège, les gens que j’y ai côtoyés, etc. Et puis finalement je ne l’ai pas fait, ou très peu. C’est loin maintenant, il y a tout juste dix ans justement je refermais définitivement quinze ans de ma vie, après avoir vidé les lieux où j’ai vécu.
Les amis que j’ai gardés n’ont pas besoin que je rappelle ici la fidélité de nos liens, au sein comme en dehors de l’Orchestre. Les bons souvenirs sont infiniment nombreux, tellement plus que les déceptions humaines que l’on éprouve inévitablement quand on est aux responsabilités. Il y a tant de gens qui savent ce qu’il faut faire et qui ne font jamais, et si peu qui font et laissent une trace.
Il y a surtout toute la musique qui reste. Et cette richesse de souvenirs que je continuerai d’évoquer ici.
Parmi ces souvenirs des programmations que nous avons inventées pour élargir les publics de la Salle Philharmonique, il a Lionel Meunier et son ensemble Vox Luminis. Et ce coffret – 20 ans déjà ! – absolument indispensable. Le cadeau idéal pour Noël.
Plutôt sourire que s’offusquer
Elle n’est pas antipathique, mais elle n’est sans doute pas la plus grande pianiste du moment, même si elle bénéficie d’une intense campagne de promotion plutôt rare dans le domaine de la musique classique. Mais pourquoi l’exposer au ridicule et à la caricature ? Le texte qui est paru sur son dernier disque est navrant : n’y a-t-il plus personne dans les maisons de disques qui connaisse la musique et soit capable de relire et corriger cette piètre présentation truffée d’erreurs et d’approximations que même un non-mélomane repère immédiatement ?
Un conseil amical à K.B. : réécouter son aîné Wilhelm Kempff et l’authentique simplicité de Mozart.
ou, dans une autre optique, Vladimir Horowitz…
Encore une pépite
Parmi les pièces entendues – et découvertes – jeudi dernier à la Cité de la musique (lire Quandelles chantent), il y avait ce trop court extrait d’un quatuor avec piano de Louise Héritte-Viardot, qui me met toujours d’excellente humeur, et qui contrebat l’espèce d’état mélancolique qui me saisit toujours à l’approche des fêtes.
D’abord un petit rappel : c’est aujourd’hui, 21 décembre, que Michael Tilson Thomas – MTT pour les intimes – fête ses 80 ans (voir MTT le chef sans âge). Comme c’est aussi le premier jour de l’hiver, merci à lui de nous avoir donné cette 1ere symphonie de Tchaikovski – Rêves d’hiver – magique.
Elles chantent Noël
Lorsqu’il y avait encore des magasins de disques aux Etats-Unis ou en Angleterre, on pouvait encore trouver de formidables compilations de chants de Noël. Pas un orchestre, pas un chef, pas une star du chant n’ont dérogé à l’obligation d’enregistrer leur album. Finalement pas si kitsch que ça, et parfois même émouvant.
En version triple sucre glace cet incunable de l’héritage de Karajan à Vienne avec son héroïne du moment Leontyne Price
Encore plus sophistiqué ce disque de noëls d’Elisabeth Schwarzkopf !
Elles composent
Le dernier concert auquel j’ai assisté cette semaine, c’était jeudi soir à la Cité de la Musique. Une belle initiative, mais comme je l’ai écrit pour Bachtrack – Un jardin féerique trop touffu -, une belle idée ne fait pas forcément un bon concert.
L’idée – vraiment originale – c’est celle qu’ont développée toute une bande d’artistes autour d’Héloïse Luzzatti : une sorte de calendrier de l’Avent où chaque jour est présentée une compositrice. C’est La Boîte à Pépites sur YouTube
Comme je l’ai écrit pour Bachtrack, ma critique porte non pas sur l’idée mais sur la conception d’un concert qui aligne autant de compositrices, d’extraits d’oeuvres… N’en restons pas à ces vignettes, mais explorons plus largement le talent resté trop longtemps ignoré de nombre de ces créatrices.
La catastrophe de Mayotte, les débuts ratés de Bayrou, l’enlisement du débat politique. Rien n’a changé depuis mon dernier billet, alors évitons…
Retour à Notre Dame
Comme je sais qu’il lit ce blog, je veux ici publiquement témoigner de ma reconnaissance et de mon admiration pour François Carbou, fondateur et infatigable animateur avec son épouse Yvette du label FY/Solstice. Il a pu lire ici mon admiration pour Pierre Cochereau, dont il a préservé la fabuleuse mémoire. Plus récemment j’ai eu la surprise de recevoir un disque dont j’ignorais même l’existence, parce que M. Carbou avait lu mes souvenirs d’une date très particulière à Notre-Dame (Ma Notre Dame). Merci Monsieur !
Après avoir vu et revu les cérémonies et messes de réouverture de Notre Dame, avoir pesté contre les insuffisances de France Télévisions (Cherchez le programme), j’étais évidemment impatient d’assister à un vrai concert conçu pour et dans Notre Dame. C’était mercredi soir et on peut en lire le compte-rendu sur Bachtrack: La Maîtrise de Notre Dame retrouve sa cathédrale
On a maintenant hâte de retrouver de grands récitals d’orgue avec Olivier Laury ou Thierry Escaich !
Nelson Goerner magistral
La semaine a bien commencé avec un récital magistral de Nelson Goerner à la Philharmonie. Quel parcours pour un musicien qu’on a la chance de suivre depuis ses tout débuts : je siégeais au jury du Concours de Genève qui lui a décerné, en 1990, un premier prix à l’unanimité !
Il me faut encore évoquer la disparition de l’une des actrices les plus lumineuses du cinéma espagnol, Marisa Paredes, que j’ai aimée dès que j’eus découvert l’univers d’Almodovar.
Citer aussi Marcel Marnat (1933-2024) que j’eus le bonheur de croiser quelquefois et surtout de lire souvent (voir Souvenirs de Ravel)
… du nouveau Premier ministre, François Bayrou, ni de quand et comment je le connais. Réussira-t-il ? Impossible de le dire.
… de la séquence lunaire qui a précédé sa nomination. Ce que j’avais écrit sur le président réélu, en 2022 (Gagnants et perdants), s’est malheureusement confirmé : comment E.Macron a-t-il pu imaginer une seconde nommer premier ministre un jeune homme d’un insondable manque d’épaisseur et d’une absence cruelle du plus élémentaire charisme ?
….de la visite du Pape en Corse, même si j’ai souvent frissonné à écouter les polyphonies si bouleversantes de l’île de Beauté.
….encore moins de toutes les célébrations qui entourent le 80e anniversaire d’un personnage très contesté, très contestable, que je m’abstiens de fréquenter et donc d’applaudir depuis longtemps. Pour être admiré, il faut être respectable.
Je n’évoque pas non plus la catastrophe qui s’est abattue sur Mayotte. Notre compassion est de bien peu de secours pour ces milliers de malheureux !
J’y ai commandé récemment deux coffrets, l’un opportunément proposé pour le bicentenaire de Bruckner
Seiji Ozawa
Symphony No. 1
Paavo Järvi
Symphony No. 2
Herbert Blomstedt
Symphony No. 3
Bernard Haitink
Symphony No. 4
Bernard Haitink
Symphony No. 5
Mariss Jansons
Symphony No. 6
Christian Thielemann
Symphony No. 7
Zubin Mehta
Symphony No. 8
Sir Simon Rattle
Symphony No. 9
Recorded between 2009 and 2019 at the Philharmonie Berlin
Déjà dans ce coffret Bruckner, on repère une rareté : Seiji Ozawa dirigeant la 1e symphonie !
On connaît bien toute la discographie du chef japonais décédé en février dernier (lire La voix des justes)
Un beau coffret d’hommage – c’est aussi un bel objet – nous restitue de vraies pépites. J’ignorais pour tout dire qu’Ozawa fût un invité aussi régulier et aimé des Berlinois, sans doute en raison de sa relation spéciale avec Karajan.
Ludwig van Beethoven Leonore Overture No. 2 in C major, Op. 72
Max Bruch Concerto for Violin and Orchestra No. 1 in G minor, Op. 26 Pierre Amoyal, violin
Maurice Ravel Concerto for Piano and Orchestra in G major Martha Argerich, piano
Béla Bartók Concerto for Viola and Orchestra, Sz 120 Wolfram Christ, viola
Joseph Haydn Symphony No. 60 in C major “Il distratto”
Pyotr Ilyich Tchaikovsky Symphony No. 1 in G minor, Op. 13 “Winter Dreams”
Anton Bruckner Symphony No. 7 in E major
Gustav Mahler Symphony No. 1
Paul Hindemith Symphonia Serena
Hector Berlioz Symphonie fantastique, Op. 14
Richard Strauss Eine Alpensinfonie, Op. 64
Richard Wagner Tristan und Isolde: Prelude and Liebestod
Blu-ray (video)
Ludwig van Beethoven Egmont, op. 84: Overture
Ludwig van Beethoven Fantasy for Piano, Chorus and Orchestra in C minor, Op. 80 »Choral Fantasy« Peter Serkin, piano Rundfunkchor Berlin
Felix Mendelssohn Elijah, oratorio, Op. 70 Annette Dasch, Gal James, soprano Nathalie Stutzmann, Nadine Weissmann, contralto Paul O’Neill, Anthony Dean Griffey, tenor Matthias Goerne, baritone Fernando Javier Radó, bass Rundfunkchor Berlin
Anton Bruckner Symphony No. 1 in C minor (Linz version)
Bonus Seiji Ozawa named honorary member of the Berliner Philharmoniker
Documents réellement exceptionnels, souvent émouvants, et pour plusieurs d’entre eux uniques dans la discographie du chef.
On a bien cru qu’il n’atteindrait pas son 80e anniversaire le 21 décembre prochain. Les nouvelles qu’on lit dans le dernier numéro de BBC Music Magazine, sur Radio Classique récemment, et surtout cette vidéo datant d’il y a quelques semaines montrent que le chef américain Michael Tilson Thomas qui souffre d’un cancer du cerveau depuis trois ans semble bénéficier d’une rémission que nous espérions tous.
Je n’ai jamais évoqué longuement sur ce blog la figure, la personnalité, la carrière de l’un des seuls chefs « natifs » des Etats-Unis à avoir, avec son contemporain James Levine (1943-2021), atteint une célébrité internationale.
Pourtant nombre de ses disques, les premiers pour Deutsche Grammophon, puis tous les suivants pour CBS, Sony ou RCA, ont été les premiers à figurer dans la discothèque que je me constituais adolescent.
Mon premier Carmina Burana, partagé avec deux ou trois copains dans ma petite chambre d’étudiant, c’était lui
Mon premier Sacre du printemps c’était lui, et c’était aussi un de ses tout premiers disques avec Boston !
Ses éditeurs historiques ont eu la bonne idée de rééditer la presque intégralité de son legs discographique.
CD 1 TCHAIKOVSKY Symphony No. 1 Boston Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 2 GRIEG · SCHUMANN Piano Concertos Jean-Marc Luisada; London Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 3 DEBUSSY Images; Prélude à l’après-midi d’un faune Boston Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 4 DEBUSSY Violin Sonata; Cello Sonata; Sonata for Flute, Viola and Harp; Syrinx Boston Symphony Chamber Players; Michael Tilson Thomas, piano
CD 5 IVES Three Places in New England RUGGLES Sun-treader Boston Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 6 STRAVINSKY Le Roi des étoiles; Le Sacre du printemps Boston Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 7 PISTON Symphony No. 2 WILLIAM SCHUMAN Violin Concerto Paul Zukofsky, violin; Boston Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 8 SHOSTAKOVICH Cello Concertos Nos. 1 & 2 Mischa Maisky, cello; London Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 9 BERNSTEIN On the Town Frederica von Stade; Tyne Daly; Marie Mclaughlin; Thomas Hampson & supporting cast London Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 10 BERNSTEIN Arias and Barcarolles; A Quiet Place; Symphonic Dances from West Side Story Frederica von Stade; Thomas Hampson London Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 11 ELVIS COSTELLO Il sogno London Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 12 TANGAZO – MUSIC OF LATIN AMERICA Chávez; Copland; Roldán; Revueltas; Caturla; Piazzolla; Ginastera New World Symphony / Michael Tilson Thomas
CD 13 INGOLF DAHL Concerto for Alto Saxophone; Hymn; Music for Brass Instruments; The Tower of Saint Barbara John Harle; New World Brass; Ertan Torgul; Gregory Miller; Tisha Murvihill New World Symphony / Michael Tilson Thomas
CD 14 MORTON FELDMAN Piano and Orchestra; Cello and Orchestra; Coptic Light Alan Feinberg; Robert Cohen New World Symphony / Michael Tilson Thomas
Le coffret Sony est évidemment beaucoup plus important : 80 CD pour 80 ans.
Mais, il y a un gros mais, comment a-t-on pu « oublier » une magnifique intégrale de Casse-Noisette, gravée avec le Philharmonie de Londres, tout comme Le Lac des cygnes qui lui est bien dans le coffret ! Il semblerait que cet « oubli » résulte d’une question de droits… qui n’est explicitée que dans le livret en anglais inséré dans le coffret !
Pour ceux qui comme moi pensaient posséder à peu près toute la discographie de MTT, le coffret Sony réserve pas mal de surprises, soit des disques qu’on avait oubliés (suites de Tchaikovski), soit des compositeurs américains, peu ou jamais distribués en Europe (une « intégrale » Ruggles)
Si je devais caractériser d’un mot l’art de ce très grand chef – gageure impossible ! – ce serait l’absence de poids de traditions européennes qu’assumaient, chacun avec leur génie propre, tous les grands chefs du XXe siècle qui ont fait la réputation des grands orchestres américains, la très grande majorité nés sur le continent européen. Même Bernstein en était tributaire. J’ai toujours eu l’impression que MTT se réappropriait le répertoire classique (une intégrale des symphonies de Beethoven, bien oubliée voire méprisée, alors qu’elle renonçait au grand orchestre) ou romantique, voire Debussy, Stravinsky, avec une sorte de fraîcheur, de naturel bienfaisants.
Je découvre sur YouTube, avec une vive émotion, ces captations très récentes de Michael Tilson Thomas avec l’orchestre de jeunes – le New World Symphony, basé en Floride, qu’il a fondé en 1997 et dont il a cédé la direction musicale en 2002 à Stéphane Denève. Dans un répertoire que le chef n’a jamais abordé au disque.
Heureux finalement de pouvoir dire notre admiration et à notre gratitude de manière anthume à celui que nous continuerons de nommer par ces trois lettres MTT !
PS Je signale que le coffret Sony est en France vendu à plus de 200 €, en Italie il est à 159 €… Vive l’Europe !
Je l’ai promis hier : puisque France Télévisions a soigneusement évité de citer les oeuvres jouées durant les cérémonies et messes de réouverture de Notre Dame, et surtout d’ignorer les organistes qui ont « réveillé » le grand orgue, je vais tenter de combler ces lacunes (lire Demandez le programme !)
Pour ce faire, je vais emprunter sans vergogne à Renaud Machart la suite de « twitts » qu’il a publiés sur le réseau X.com, non sans avoir rappelé l’ouvrage de base qu’il a signé il y a quelques années avec l’organiste Vincent Warnier
« J’ai lu des propos assez peu informés sur les interventions des quatre organistes de #NotreDameDeParis, regrettant et moquant le style de leurs improvisations.
1. L’improvisation est la partie la plus essentielle de la liturgie. Ce n’est pas pour rien que nous sont parvenues des messes d’orgue et des hymnes qui alternaient avec le chant. Si Rameau n’avait pas tant improvisé à l’église, on aurait un livre d’orgue de lui probablement… Fantasme suprême.
2. Le style harmonique « moderne » pratiqué samedi soir, qu’on peut ne pas aimer, est absolument le même que celui de Pierre Cochereau (1924-1984) dans les mêmes lieux voici plus d’un demi-siècle.
3. De toute évidence le langage dissonant/consonant utilisé reflète la situation de la cathédrale #NotreDameDeParis, passée du chaos à la lumière. On fait cela depuis la nuit des temps
Les organistes n’ont bien sûr pas été nommés. On a de la chance : les commentateurs de France TV n’ont pas osé parler pendant la musique, d’ordinaire leur grande spécialité. Par ordre d’apparition :
1. Olivier Latry, nommé en 1985 au poste d’organiste titulaire du grand-orgue : Réveil sur accord final solaire de Sol M.
2. Vincent Dubois, nommé organiste titulaire du grand-orgue en 2016, a improvisé une Tierce en taille (qui rappelle la partie ancienne de l’orgue) à la manière de Grigny ou de Marchand.
3. Thierry Escaich, ancien organiste. titulaire de Saint-Étienne-du-Mont à Paris de 1996 à 2024 au côté de Vincent Warnier.Nommé le 24 avril Organiste titulaire du grand-orgue de #NotreDameDeParis. Reconnu comme un des plus grands improvisateurs du temps.
4. Thibault Fajoles, Organiste titulaire adjoint du grand-orgue et de l’orgue de chœur, nommé le 24 avril. Il n’a que 21 ans, est encore étudiant (élève de Latry et Eschaich). Mais très pro: il a improvisé un fond d’orgue dans le style ancien Grigny/Marchand des XVIIe et XVIIIe. siècles et il a eu le privilège d’improviser la sortie dans un style de Toccata festive très traditionnel, lui aussi. Yves Castagnet, en poste depuis 1988, demeure titulaire de l’orgue de chœur de la Cathédrale. » (Renaud Machart sur X.com)
Ceci étant dit et clairement dit, on peut comprendre la frustration, l’incompréhension de nombreux téléspectateurs qui ont été privés de pièces connues, comme celles que grava l’illustre Pierre Cochereau – ce fut mon tout premier disque d’orgue.
Pour ce qui est de mes amis Thierry Escaich et Olivier Latry, compagnons d’aventures musicales depuis de longues années, je renvoie aux articles que je leur ai déjà consacrés.
Je suis très attaché à ce disque, le premier consacré à des oeuvres symphoniques de Thierry Escaich (Diapason d’Or 2003) : l’orgue de la Salle Philharmonique de Liège n’était pas encore restauré, et la partie d’orgue du concerto a été ensuite enregistrée… à Notre Dame de Paris.
En 2005, nous avions consacré toute une semaine de fête au « réveil » de l’orgue Schyven de Liège et c’était bien entendu avec Thierry Escaich, qui quelques années plus tard tiendrait la partie d’orgue de la 3e symphonie de Saint-Saëns magnifiquement captée sous la direction de Jean-Jacques Kantorow
Quant à Olivier Latry, c’était l’un des invités de choix de « mon » dernier festival Radio France en juillet 2022. Personne ne se rappelait avoir vu une telle foule pour un récital d’orgue à Montpellier…
Pour en revenir à Notre Dame, il faut réécouter cette formidable improvisation d’Olivier Latry qui se mêle aux cloches de la cathédrale à l’issue de la première messe célébrée dimanche.
Inutile de comparer les talents d’improvisateur des titulaires de Notre Dame : mais Thierry Escaich est toujours surprenant quand il s’empare d’un thème connu et qu’il nous emmène en terre inconnue.
Le 15 avril 2019 je racontais iciMa Notre-Dame, l’épreuve, l’horreur, les souvenirs d’une cathédrale en flammes.
Ce week-end je ne pouvais pas, je ne voulais pas manquer sa réouverture. Au terme de ces festivités, le bilan est mitigé pour user d’un euphémisme.
Félicitations
Commençons par les félicitations. Je suis un lève-tôt et un fidèle de Télématin sur France 2 depuis des années. Des présentateurs, des chroniqueurs, compétents, sympathiques, parfaitement intégrés à une formule qui a fait ses preuves, et surtout, surtout, grâce sans doute à la brièveté des journaux qui rythment l’émission toutes les demi-heures, quasiment pas de ces micro-trottoirs ridicules qui ont envahi les JT de 13h ou 20 h (je n’ai pas compté le nombre de fois où le mot « émotion » a été prononcé ce week-end !).
Samedi et dimanche les équipes de Télématin étaient devant Notre-Dame, avec des invités, des reportages, des « sujets » tous remarquables sans exception. Factuels, informatifs (qui savait ce qu’était un taillandier ? l’origine du nom du personnage de Victor Hugo Quasimodo ? même moi qui fus enfant un pratiquant assidu, je ne me rappelais plus qu’il s’agissait du dimanche qui suit Pâques). Bref un modèle de « matinale » informative et divertissante.
Ratage international
On ne doute pas que la diffusion des différentes cérémonies et messes du week-end a représenté pour France Télévisions un effort sans précédent. C’était une occasion exceptionnelle de montrer au monde le savoir-faire du service public.
Occasion ratée malheureusement. Tout le monde se souvient des grandes cérémonies qui rythment la monarchie britannique, pour ne prendre que les plus récentes les obsèques de la reine Elisabeth ou le couronnement de Charles III : la musique y tient une place considérable (voir La Playlist de Charles III). A tout moment, pour qui suit la cérémonie à la télévision, la BBC donne de l’information sur ce qui se passe, met les titres des morceaux joués, donne le nom des interprètes. Là RIEN, pas la moindre indication, tant pendant la cérémonie de réouverture que pendant les messes de dimanche, RIEN. Même quand retentit l’Alleluia du Messie de Haendel par le choeur et la maîtrise de Notre Dame, RIEN !
J’exagère ? Il n’est que de regarder la cérémonie inaugurale sur une chaîne comme NBC…
Ce n’est pas comme si ces cérémonies avaient été décidées au dernier moment, comme si leur déroulé avait été ignoré des équipes de télévision.
Certes il ne manquait pas de commentateurs pour citer les personnalités politiques, ou ressasser à l’envi l’histoire de cette résurrection. Il y avait naguère un excellent journaliste, très versé dans la chose liturgique, Philippe Harrouard, personne pour le remplacer ?
L’orgue de Notre-Dame était heureusement à la fête ! Oui mais qui a parlé des quatre organistes qui se sont succédé à la tribune ? on n’a aperçu que leur crâne. Jamais un mot sur ce qu’ils faisaient, jouaient, créaient. Les téléspectateurs ont pu être désarçonnés de n’entendre aucune pièce d’orgue connue, et on a vu nombre de commentaires désobligeants.. et compréhensibles puisque personne n’a eu droit à la moindre explication…
Franchement lamentable !
Le concert inutile
Je préfère ne pas savoir qui a fait le programme du « grand concert », ni qui en a choisi les interprètes… mais je n’ai malheureusement pas été surpris.
Je connais les équipes de production et de réalisation de ce genre d’événements – ce sont les mêmes qui font le concert du 14 juillet sous la Tour Eiffel
Le 14 juillet 2014 : seule la Maire de Paris Anne Hidalgo est encore en fonctions ! De gauche à droite : Anne Hidalgo, Bruno Julliard, François Hollande, JPR, Manuel Valls (Photo Présidence de la République)
Il se trouve que Radio France est très engagée dans ce type de concerts : moyens techniques, forces musicales. Mais tout récemment nommé directeur de la Musique j’avais découvert, il y a dix ans, que nous n’avions pas eu notre mot à dire sur le programme, le choix des interprètes, accessoirement le montant des cachets versés aux artistes… Sans parler de certaines pratiques dénoncées un an plus tôt par le Canard enchaîné.
Pour la préparation du concert du 14 juillet 2015 je comptais bien remettre les choses en ordre, et reprendre la main sur la conception, la programmation et l’organisation d’une soirée qui serait dirigée par Daniele Gatti, avec l’Orchestre national de France, le choeur et la maîtrise de Radio France. C’est ce qui fut fait : je me rappelle une réunion que j’avais provoquée, avec son plein accord, dans le bureau même du chef d’orchestre à Radio France, en présence de toutes les parties prenantes, notamment de France Télévisions. On évita le défilé de stars lyriques, on chercha et on trouva des oeuvres en rapport avec la circonstance : je crois – mais je n’en suis plus sûr – que Gatti retint l’idée de diriger l’ouverture 1812 de Tchaikovski avec choeur. Autour de la table, sans vouloir vexer personne, je pense qu’à part le chef et moi, personne ne savait que Tchaikovski cite la Marseillaise et pourquoi il le fait.
Mais je n’étais plus en fonction pour assister à ce concert ni aux suivants.
L’obsession des organisateurs de ce type de concerts, comme celui de Notre-Dame, est de ne surtout pas dépasser les 5 minutes (8 étant le très grand maximum) par séquence. Il paraît qu’on peut perdre ou lasser le spectateur… Ce qui est tout de même extraordinaire c’est que jamais on ne se permettrait de telles exigences avec des chanteurs de variétés (même si le format habituel d’une chanson est de l’ordre des 3 minutes), mais pour le classique tout est bon, y compris caviarder ou « arranger » un morceau pour que ça tienne… (l’autre soir, il ne suffisait pas que Lang Lang massacre le 2e concerto de Saint-Saëns, mais on avait coupé dans le finale !).
Réaction d’un vieux ronchon que la mienne ? Assurément non, parce que je revendique d’avoir fait ce beau métier d’organisateur et de programmateur durant près de quarante ans, sans jamais me moquer ni des artistes ni du public, au contraire. Relire en tant que de besoin tous les articles que j’y ai consacrés sur ce blog (comme Le grand public).
Le dernier événement que j’ai contribué à organiser était la finale du Concours Eurovision des jeunes musiciens en 2022 à Montpellier. De nouveau débat avec la production – la même que celle qui assume les Victoires de la Musique et autres rares émissions classiques à la télévision – sur la longueur des extraits et le choix de ceux-ci. Je ne dirai rien sur le résultat final, la « mise en scène » d’un spectacle calqué une soirée de variétés, mais je peux dire que les jeunes finalistes ont tous été respectés et que nous avons choisi avec eux les oeuvres qu’ils allaient jouer, sans coupure ni caviardage. Quasiment pas de supposés « tubes » grand public, mais des musiciens et des compositeurs que beaucoup ont dû découvrir ce soir-là. Je me rappelle la réaction des équipes présentes quand, déjà en répétition puis au concert, ils entendirent le vainqueur de ce concours – Daniel Matejca – jouer la cadence et le finale du 1er concerto de Chostakovitch…
Comme l’orgue et les organistes ont été les grands oubliés de ce week-end, même si on les a heureusement beaucoup entendus, je leur consacrerai tout un billet demain.
Le 6 décembre c’est autre chose qu’un jour à jamais triste pour moi (Il y a 52 ans) ou la Saint-Nicolas fêtée dans tous les pays germaniques et nordiques (lire Saint-Nicolas en musique), c’est aussi Itsenäisyyspäivä, la fête de l’Indépendance, la fête nationale de la Finlande.
(Mon dernier voyage en Finlande en novembre 2018 – ici à Tampere – pour préparer l’édition 2019 du festival Radio France)
Le 6 décembre 1917, la Finlande conquérait enfin son indépendance après des siècles de tutelle tour à tour suédoise ou russe.
Seiji Ozawa avait enregistré tout un disque d’hymnes nationaux, dont celui de la FInlande
Mais bien avant la proclamation officielle de son indépendance, la Finlande avait trouvé son héraut, à l’occasion de la célébration de la Presse en 1899 : Sibelius compose une musique en plusieurs tableaux, dont le dernier L’Eveil de la Finlande débouchera bientôt sur ce qui est depuis considéré comme le véritable hymne national des Finnois, Finlandia. Lire toute la genèse de l’oeuvre ici : Finlandia.
La version orchestrale est la plus fréquemment donnée : ici dans la version par laquelle, adolescent, j’ai tout à la fois découvert l’oeuvre et le concerto pour violon de Sibelius (lire Sibelius m’était conté)
Mais la version avec choeur est plus impressionnante et plus… patriotique ! Hommage ici au chef finnois récemment disparu, Leif Segerstam (1944-2024)
Il y a une bonne quinzaine d’années que je connais l’actuel chef de l’orchestre de Liverpool, que je l’avais invité à plusieurs reprises (à l’instigation d’un impresario – Pedro Kranz – aujourd’hui disparu en qui j’avais grande confiance) à diriger l’Orchestre philharmonique royal de Liège (lire Hindoyan dirige à Liège). Pour ma première édition en 2015 comme directeur du Festival Radio France à Montpellier, c’est tout de suite à lui que j’avais pensé pour le concert d’ouverture avec un programme particulièrement festif avec l’orchestre de Montpellier. Les musiciens comme le public se rappellent encore un fameux Boléro !
Et puis il y eut en 2016 Iris de Mascagni, en 2017 Siberia de Giordano, avec Sonya Yoncheva, et en 2021 une glorieuse soirée de clôture avec ce couple aussi heureux sur la scène que dans la vie.
Ecoutez ce que disait Christian Merlin, mon cher confère du Figaro, à propos du travail du chef et de la chanteuse, alors qu’on prévoyait de donner avec eux, en juillet 2020, Fedora de Giordano. Projet évidemment abandonné pour cause de pandémie…
Ici à Bordeaux, après une superbe représentation du Démon de Rubinstein dirigée par un autre ami cher, Paul Daniel (à droite) et avant un concert que devait diriger Domingo Hindoyan (à gauche) en janvier 2020.
Soirée de clôture du festival Radio France 2021 : la fête retrouvée après la longue parenthèse de la pandémie, avec Sonya Yoncheva et Domingo Hindoyan.
Oui ou non
Je me pose toujours la question de la pertinence pour un chef d’orchestre d’aller au bout de ses limites. Pour un Bernard Haitink qui, à 90 ans, un an avant sa mort, a mis fin à sa carrière, après quelques concerts où il n’était déjà plus que l’ombre de ce qu’il avait été, on a le contre-exemple éloquent de Charles Dutoit, 88 ans depuis le 7 octobre, qui ne ralentit ni ses voyages (on se demande quels pays il lui reste à visiter dans le monde !), ni ses concerts. Dans le nouveau numéro de Classica, Olivier Bellamy livre une interview-fleuve, qui aurait mérité un meilleur découpage et un vrai travail de décryptage d’un entretien où tout se mêle et s’emmêle parfois : Charles Dutoit est bavard et il a tant à dire d’une vie foisonnante. A lire tout de même !
En revanche, quel intérêt y a-t-il pour le public, ses admirateurs, et le grand musicien qu’il a été, de documenter l’inexorable décrépitude de Daniel Barenboim ? Je trouve presque indécent d’assister à cette déchéance. La critique n’ose pas écrire ce qui pourtant saute aux oreilles des derniers disques de Barenboim chef : qu’on ne devrait même pas les publier. Dernier triste exemple en date : la Symphonie de Franck avec l’orchestre philharmonique de Berlin ! Emouvant diront certains, infiniment triste diront tous les autres…
Barenboim avait gravé il y a presque cinquante ans une magnifique version de la dite symphonie avec l’Orchestre de Paris au tout début de son mandat. En rester à ce souvenir lumineux !
C’était jeudi soir, des places prises il y a plusieurs semaines, et un retour dans ce théâtre du Châtelet où l’on n’a que de bons souvenirs.
Je me rappelais vaguement la production anglaise des Misérables d’Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg, au printemps 2010 dans ce même théâtre.
Ce qui est proposé cet hiver est bien une nouvelle version en français, dans une nouvelle mise en scène de Ladislas Chollet, qui a fait l’unanimité de la critique (Un retour en majesté, Le souffle lyrique des Misérables)
La performance des auteurs est déjà d’avoir réussi à « résumer » cette oeuvre-monde de Victor Hugo dans une suite de tableaux immédiatement compréhensibles et celle du metteur en scène de n’avoir jamais chargé la barque, ni recouru à des effets spectaculaires comme on les aime souvent du côté de Broadway ou du West End à Londres (où le musical tient l’affiche depuis plus de quarante ans !). Trois heures de beau et grand spectacle.
C’est évidemment la partie musicale qui m’intéresse le plus. Plus qu’une succession d’airs qu’on mémorise, C.M. Schönberg a conçu ces Misérables comme un flux, un continuum, qui donne certes lieu à des solos, des duos, et des ensembles qu’on attend, qui nous émeuvent, nous touchent. C’est admirablement écrit pour les voix et l’orchestre d’une quinzaine de musiciens, dirigé en alternance par deux cheffes, Alexandra Cravero et Charlotte Gauthier, est exceptionnel.
« Sur scène, chacun se consume dans des rôles plus dramatiques que burlesques – à l’exception des exécrables époux Thénardier qui offrent à Christine Bonnard et David Alexis matière à exceller dans la mesquinerie. La Fantine de Claire Pérot tire les lames par sa fragilité, même si son célèbre « J’avais rêvé d’une autre vie » mériterait un peu plus d’ampleur. Le Javert de Sébastien Duchange est d’une sublime brutalité, terrible et vulnérable dans son grandiose serment aux étoiles comme dans sa scène de suicide. Les jeunes gens sont tous impeccables, habités d’un idéalisme sans borne, que ce soit la Cosette de Juliette Artigala, le Marius de Jacques Preiss, l’Eponine d’Océane Demontis, l’Enjolras de Stanley Kassa. Dans ce concert de louanges, n’oublions surtout pas les gamins (Gavroche, Cosette et Eponine enfants) issus de la Maîtrise des Hauts-de-Seine.Celui qui remporte la plus incontestable victoire, c’est cependant et comme il se doit Benoît Rameau, ténor souvent entendu dans nos théâtres lyriques, qui incarne ce soir un Jean Valjean atypique par sa tendresse juvénile, mais d’un bout à l’autre bouleversant. Avec dans ses phrasés des éclats, des demi-teintes, une irrésistible poésie – en particulier dans sa touchante prière (« Comme un homme ») qu’il n’hésite pas à chanter en voix mixte. » (Diapasonmag, 28/11/24)
La renaissance de Notre Dame
Jeudi après-midi, je repassais devant Notre-Dame, comme je l’ai fait souvent depuis le 15 avril 2019.
(La façade de Notre-Dame de Paris dans l’après-midi du 28 novembre 2024)
Le lendemain, j’ai suivi, fasciné, la visite présidentielle.
Mais j’avais eu comme un avant-goût de cette redécouverte de Notre-Dame, en visitant une autre Notre-Dame, celle de Chartres, il y trois semaines (voir album photo ici), qui bénéficie depuis plusieurs années d’une restauration impressionnante, et où le contraste entre avant et après est saisissant :
Le bonheur d’un film
Rien à voir avec cette fin de semaine parisienne, mais ce fut l’un des bonheurs de cette fin novembre, ce film de Gustave Kervern, diffusé par Arte. Un peu de Groland, beaucoup de Deschiens, un duo d’actrices Yolande Moreau, Laure Calamy, impayable, deux flics déjantés (Raphael Quenard, Anna Mouglalis), une directrice d’Ehpad – géniale Alison Wheeler – qui ressemble à l’assistante stressée d’un patron du CAC 40, et tout un tas d’autres qu’il faudrait citer.