Les bonnes raisons

Mon père, qui aurait eu 95 ans hier, si la grande faucheuse ne l’avait brutalement emporté il y a cinquante ans, me disait toujours quand je critiquais un camarade d’école ou de collège : « Il y a toujours quelque chose de bon à trouver chez chacun, dans chaque situation ». Vision angélique ou naïve ? Je me demande ce que le professeur adoré de ses élèves qu’il était aurait pensé du monde d’aujourd’hui. Mais je n’ai jamais oublié son injonction, qui continue de me guider. Pourquoi perdre son temps et son énergie à détester, combattre, se fâcher? Les bonnes raisons d’espérer existent en ce début d’année 2023. À nous de les préférer à la résignation.

Inutile méchanceté

Mais puisque mon dernier billet – Même pas drôle – a suscité quelques commentaires, je confirme et signe ce que j’ai écrit à propos de Roselyne Bachelot et de son passage plus que controversé au ministère de la Culture. Le Monde (Michel Guerrin) n’est pas moins sévère que moi : « Si Roselyne Bachelot pose une bonne question – à quoi sert une politique culturelle aujourd’hui ? –, ses réponses sont un peu courtes ». Le Point relève : Roselyne Bachelot règle ses comptes avec la culture, ce qui est quand même un comble pour une ministre qui était censée défendre et aider le monde de la culture.

En fait, ce bouquin est la pire des publicités qu’on puisse faire à la Culture, Comme si nous avions besoin de tomber encore plus bas… Imaginons seulement la même chose de la part d’un ancien ministre de l’Intérieur ou de la Justice qui passerait « à la sulfateuse » – c’est l’expression employée par les médias pour Bachelot – les magistrats, policiers, gendarmes, hauts responsables dont il avait la charge. Ce serait un scandale ! Mais puisque c’est la Culture, allons-y gaiement. Non merci Roselyne !

Les jeunes Siècles

L’année musicale a bien commencé pour moi. Il y a une semaine c’était le concert-anniversaire des 20 ans des Siècles au Théâtre des Champs-Elysées. J’ai écrit pour Bachtrack un compte-rendu enthousiaste : Les Siècles ont vingt ans : une fête française.

Le même programme avait été capté le 5 janvier à Tourcoing. A déguster sans modération, surtout pour la première suite de Namouna de Lalo.

Les fabuleux Pražák

Depuis que je suis rentré de vacances, je prends un plaisir non dissimulé à découvrir le contenu d’un fabuleux coffret : celui que le label Praga consacre au plus célèbre quatuor tchèque du siècle dernier, les Pražák (prononcer Pra-jacques)

Une somme admirable, un enchantement sur chaque galette

Même pas drôle

Je me demandais, en refermant le dernier livre de l’ex-ministre de la Culture, si je serais le seul à le trouver nul et non avenu. En dehors de son nombril, la spirituelle et pétulante Roselyne Bachelot – c’est l’image qu’elle donne et veut donner d’elle – déteste tout le monde, balance des méchancetés sans nom sur à peu près tous ses « amis », y compris ceux qui l’ont nommée, hier et avant-hier, à des postes de ministre. Le mépris dans lequel elle tient tous ces braves gens, élus locaux, responsables culturels, qu’elle a dû se farcir pendant son mandat, est abyssal (ces gens-là Madame ne sont capables que de cadeaux « hideux » etc.)

Ministre de la Culture, c’était son rêve, et chacun de complaisamment relayer son goût et sa prétendue expertise pour la chose lyrique. Mardi j’écoutais par hasard Les Grosses têtes sur RTL quand Laurent Ruquier s’avisa, à propos d’une question sur les deux grandes rivales des années 50, Callas et Tebaldi, de tester Roselyne Bachelot en faisant entendre un extrait de Casta diva. On comprit vite pourquoi elle ne voulait pas se soumettre à ce test. Ruquier insista, et n’importe quel amateur d’opéra put reconnaître immédiatement Tebaldi dans le premier extrait diffusé… sauf Bachelot qui, péremptoire, annonça Callas. Fous rires et réflexions désobligeantes de toutes les autres Grosses Têtes.

Hier soir ce fut Yann Barthès dans Quotidien sur TMC qui nous régala d’un festival de citations de toutes les vacheries dispensées dans ce bouquin en forme d’auto-justification d’une non-politique culturelle.

J’étais d’autant plus intéressé à lire ce bouquin qu’il est censé relater l’action – ou l’inaction – du ministère de la Culture pendant une période qui a durement éprouvé tous ceux qui travaillent pour et vivent de la culture et que j’ai traversée comme directeur d’un festival. Festival superbement ignoré par la ministre, qui avait trouvé le moyen de se déplacer jusqu’à Montpellier au cours de l’été 2021 – élus prévenus au dernier moment – pour aller se goberger dans le nouvel établissement des frères Pourcel, sans même chercher à rencontrer les responsables des trois grands festivals de Montpellier, ni évidemment assister à un concert…

Ce bouquin compile quantité de notes et bilans écrits par les conseillers de l’ex-ministre, mais à aucun moment ne transparaît la moindre empathie pour les artistes, le milieu culturel en général. Ne parlons même pas des politiques que Madame Bachelot se targue de tutoyer, d’appeler par leurs prénoms, fussent-ils présidents de la République (Jacques, François, Nicolas…). Dès qu’un compliment point, on est sûr que le dézingage arrive dans la phrase suivante. Tout le monde y passe, y compris Brigitte Macron à propos d’un projet de flèche pour Notre-Dame !

D’ailleurs j’aurais dû lire la « présentation de l’éditeur ». Roselyne Bachelot ne craint pas le ridicule !

« 682, c’est le nombre de jours que Roselyne Bachelot a passés au ministère de la Culture sous la présidence d’Emmanuel Macron. Dans ce journal d’une ministre, Roselyne Bachelot fustige le bal des hypocrites, ceux qui n’ont pas voulu reconnaître la culture comme « bien essentiel », ceux qui lui ont mis des bâtons dans les roues alors qu’elle luttait pour garder en vie les salles de spectacles, le cinéma, les troupes de théâtre. Elle n’oublie pas les technos de tout poil et les obsédés de l’ordre sanitaire, qui laissaient circuler les rames de métro bondées mais interdisaient l’ouverture des théâtres et des cinémas. Elle égratigne certains artistes qui ont joué les victimes sacrifiées alors que l’argent public coulait à flot et décrit sans complaisance les complots misérables de politiciens en perdition. Roselyne tire à vue« 

Elle n’a manifestement pas supporté d’être remplacée par la conseillère culture d’Emmanuel Macron. C’était très perceptible lors de la passation de pouvoir. Voici ce que j’écrivais le 23 mai dernier : « Ainsi, à écouter la longue, très longue, litanie d’autojustification de la ministre de la Culture sortante, la si médiatique Roselyne Bachelot, on pouvait avoir le sentiment d’y perdre au change avec l’arrivée d’une conseillère de l’ombre, inconnue du grand public, dotée d’un patronyme qui signale la « diversité », Rama Abdul Malak. Ceux qui ont eu affaire au ministère de la Culture ces dernières années n’ont pas du tout la même perception du bilan de la rue de Valois pendant la pandémie…En revanche, la nouvelle ministre c’est moins de paillettes mais plus de sérieux. Le milieu culturel ne l’a pas encore dézinguée. De bon augure ? »

Madame Bachelot qui aime tant parsemer ses ouvrages de références littéraires, sait d’évidence de qui est cette célèbre phrase : « La vieillesse est un naufrage ».

La musique de la nature

Comme promis dans un précédent billet (Gare aux gorilles), de retour d’une trop courte décade sur le continent africain, avec le souvenir d’une multitude de sons, d’impressions sonores, de ces bruits de la nature.

Aucune pollution lumineuse, sonore, juste la nature qui s’éveille avec le lever du jour, dans l’ouest de l’Ouganda.


Les bruits de la nature encore quand la nuit vient de tomber :


Entendant cela durant de très longues minutes, me revenaient immédiatement à l’esprit deux oeuvres qui, chacune, tentent de restituer ces symphonies magiques.

Mahler et son Naturlaut

Gustav Mahler intitule le premier mouvement de sa Première symphonie : Wie ein Naturlaut, Comme le son de la nature

Ici une interprétation mémorable, lorsque le géant Neeme Järvi dirigeait l’Orchestre national de France il y a trois ans :

https://www.youtube.com/watch?v=jT6qWac6rRw



De cette première symphonie de Mahler, je garde très précieusement dans ma discothèque un disque rare, pour moi proche de l’idéal, Paul Kletzki dirigeant le philharmonique de Vienne.

Ravel et le lever du jour de Daphnis.

Plus encore peut-être que Mahler, Ravel réussit à traduire cette miraculeuse impression sonore au début de la troisième partie de son ballet Daphnis et Chloé, précisément intitulé Lever du jour.

L’enregistrement de Pierre Boulez avec les Berliner Philharmoniker est lui aussi miraculeux. Manière de rendre hommage au compositeur et chef disparu il y a sept ans…

Je ne vais pas me livrer à une recension exhaustive des oeuvres et compositeurs qui ont tenté, et souvent réussi, à reproduire ou imiter les bruits de la nature. Ils sont légion.
Je me suis brièvement demandé, l’autre jour, contemplant cette nature africaine au petit matin, si avec les systèmes d’intelligence artificielle, un compositeur pourrait aujourd’hui reproduire exactement pour un orchestre symphonique ces bruits de la nature… Mais dans ma réflexion il y a un mot de trop : artificiel. Restons-en donc à la nature princeps.

Les perles du 1er janvier

Je verrai et j’entendrai – peut-être – le concert du Nouvel an avec un différé de quelques jours.

En attendant, sorties de ma discothèque, quelques perles parfois rares.

Les frères Krips

Les mélomanes connaissent bien Josef Krips (lire Krips le Viennois), né à Vienne en 1902 et mort à Genève en 1974. En revanche, son petit frère, né Heinrich Josef dix ans plus tard, en 1912 toujours à Vienne, En 1938 Heinrich émigre en Australie, anglicise son prénom – Henry – et développe son activité de chef d’orchestre dans l’hémisphère sud

Les deux frères laissent des interprétations d’anthologie des valses de Strauss, l’aîné Josef mélange de rigueur et de douceur, le cadet Henry osant parfois sortit du cadre avec un talent fou.

Comparer leurs deux versions de la Kaiser-Walzer, mal traduite en Valse de l’Empereur

La libellule de Carlos K.

Une fois qu’on aura répété que nul n’a jamais égalé Carlos Kleiber à la tête des concerts de Nouvel an en 1989 et 1992, se laisser à nouveau éblouir par cette pure merveille : la polka Mazur de Johann Strauss, Die Libelle (La libellule).

L’or et l’argent de Sir John

Jusqu’à ce que je découvre cette version dans le gros coffret Warner consacré au chef britannique le plus emblématique du XXème siècle, je pensais que Rudolf Kempe avait signé la version définitive de la valse L’Or et l’Argent de Lehar. John Barbirolli rejoint le chef saxon sur les sommets.

Le Prêtre viennois

Les Wiener Philharmonie avaient fait le cadeau au vieux chef français Georges Prêtre – qui fut de 1986 à 1991 le chef de l’autre phalange viennoise, les Wiener Symphoniker – de l’inviter à diriger les concerts de l’An en 2008 et 2010. Par-delà quelques cabotinages, Prêtre se fait plus Viennois que nature.

Même si on peut le trouver trop pressé dans cette Napoleon Marsch (allusion à Napoléon III et non à Bonaparte !)

Sur la lagune

J’ai salué comme il fallait la publication d’un formidable coffret consacré à Willi Boskovsky, l’incontournable maître des 1er janvier viennois mais aussi violon solo des Wiener Philharmoniker. Parmi tous ces trésors, j’ai une tendresse particulière pour une valse, la Lagunen-Walzer, qui reprend des thèmes de l’opérette Une nuit à Venise. Parce que ce fut l’un de mes premiers coffrets en 33 tours, et qu’immédiatement j’ai entendu l’élégance, la sensualité, des mélodies de Strauss et de la baguette de Boskovsky.

Une première pour Dudamel

Il m’est arrivé d’être prisonnier de quelques clichés, comme celui qui consiste à enfermer un artiste dans un répertoire ou à penser que tel chef n’est pas fait pour telle musique. Lorsque j’ai appris que Gustavo Dudamel allait diriger le concert du Nouvel an 2017, j’ai douté… et j’ai eu tort. Le chef vénézuélien a administré la preuve que la musique des Strauss n’était pas enfermée dans les traditions de la capitale autrichienne.

Rappelons que Sony qui avait déjà sorti une édition prétendument complète des concerts de Nouvel an, a publié l’an dernier une « extended edition » qui comprend des extraits des tout derniers concerts (Dudamel, Thielemann, Muti)

Nuit transfigurée

En cette veillée de Noël, plus que les habituels chants traditionnels, européens ou américains (lire White Christmas), j’ai eu envie de réécouter la Nuit transfigurée de Schoenberg. Le poème de Dehmel qui a inspiré ce chef-d’oeuvre au jeune Schoenberg n’est finalement pas si éloigné que cela de l’histoire de la Nativité, Marie et Joseph: « J’ai porté un enfant, mais pas de toi (Ich trag ein Kind, und nit von Dir), et un peu plus loin « Que cet enfant que tu accueilles Ne soit pas une charge pour ton âme » (Das Kind, das Du empfangen hast, sei Deiner Seele keine Last) »

J’ai découvert il y a peu de temps une version saluée unanimement par la presse musicale française et anglaise. Une absolue merveille.

Matthieu Herzog rejoint Karajan au premier rang de mes versions favorites de cette oeuvre. Ici Karajan, plus encore que dans enregistrement de studio de 1973, est phénoménal en public à Londres lors de sa dernière tournée avec les Berlinois.

Noël russe

Je l’ai déjà évoqué, mais j’ai une affection particulière pour la « Nuit de Noël« , un opéra bien méconnu de Rimski-Korsakov, que l’opéra de Francfort a eu la très bonne idée de monter l’an dernier.

Un peu plus courante au disque est la suite d’orchestre qu’en a tirée le compositeur lui-même, ici dans la version magique de Neeme Järvi.

En pensant très particulièrement à tous ceux qui ne vont pas fêter ce Noël dans la joie, les Ukrainiens agressés, envahis depuis 10 mois ces petits bijoux enregistrés par une modeste chorale suédoise il y a trente ans :

La reine des neiges

C’est une tradition avant Noël, on prévoit une sortie avec les petits-enfants. Ce dimanche on avait réservé un spectacle très couru de la Comédie-Française au théâtre du Vieux-Colombier, la Reine des Neiges. On ne pouvait pas savoir alors que la finale de la coupe du monde de football aurait lieu au même moment… Quel calme dans les rues de Paris !

Il y a trois ans, avant la longue parenthèse pandémique, nous étions allés, avec les mêmes, dans une grande salle des Champs-Elysées, voir La reine des neiges 2, qui ne m’avait pas laissé un grand souvenir (j’en suis resté aux premiers Disney !)

Mais trois ans après, G. et L. avouent avoir préféré le théâtre, la performance « en vrai » sur scène (le garçon fait partie d’un atelier-théâtre). Nous partageons l’avis du Monde : La Reine des neiges à la Comédie-Française délivrée de Disney : Pour leur adaptation du conte initiatique d’Andersen, Johanna Boyé et Elisabeth Ventura ont restitué toute l’ambivalence et le mystère du texte originel. Un retour aux sources très éloigné du blockbuster du studio américain.

La reine des neiges en musique

Le conte d’Andersen ne semble pas avoir beaucoup inspiré les compositeurs « classiques ».

En 1913 le Slovène Lucijan Marija Škerjanc écrit un opéra qui sera perdu et jamais joué ! En 1980 le Russe Sergei Banevitch raconte « l’histoire de Kay et Gerda », créée au Marinski le jour de Noël. En 1993 le Canadien John Greer compose une Snow Queen pour la Canadian Children’s Opera Company. En 2010 c’est une version italienne du conte, due à Pierangelo Valtinoni qui est créée à la Komische Oper de Berlin !. Le Suédois Benjamin Staern s’y met à son tour et sa Snödrottningen est donnée le 17 décembre 2016 à l’opéra de Malmö. La plus récente version est due au compositeur danois (le premier compatriote d’Andersen à s’en emparer !) Hans Abrahamsen (70 ans dans trois jours!), créée d’abord en octobre 2019 à l’Opéra de Copenhague, puis en décembre à Munich et en première française à l’Opéra national du Rhin à Strasbourg et à Mulhouse à l’automne 2021.

La figure de l’héroïne légendaire existe dans d’autres littératures nordiques, on pense évidemment à la Snegourotchka, La fille des neiges, la pièce du dramaturge russe Alexandre Ostrovski, pour laquelle Tchaikovski avait écrit une musique de scène, et qui a donné son nom à l’opéra de Rimski-Korsakov, qu’on avait tellement aimé à l’Opéra Bastille il y a cinq ans (lire La fille de neige)

Indémodables

J’avais un peu de temps mercredi dernier avant – non pas la demi-finale ! – la Lakmé proposée en version de concert au Théâtre des Champs-Elysées (compte-rendu à lire sur Bachtrack : Sabine Devieilhe à son acmé) et je me suis rappelé que l’ancien siège de la maison Saint Laurent devenu musée Yves Saint Laurent était situé tout près, au 5 avenue Marceau.

Saint Laurent en or

Emotion certaine quand on pénètre dans l’hôtel particulier, somme toute de taille plutôt modeste, où le couturier s’installa dès 1974.

L’exposition Gold – à voir jusqu’au 14 mai 2023 – explore « les touches d’or qui ont traversé la création du couturier ».

Musée Yves Saint Laurent Paris / Exposition « Gold »

Outre les nombreux modèles exposés, les photos, documents, lettres, dessins, on a la chance de pénétrer dans ce qui fut le mythique « studio » du couturier, reconstitué en l’état.


On n’apprend rien de neuf sur Yves Saint Laurent et Pierre Bergé avec le livre que vient de publier Christophe Girard, longtemps adjoint à la Culture à la Mairie de Paris, auprès de Bertrand Delanoé puis dAnne Hidalgo.

L’intérêt de l’ouvrage réside dans le témoignage de celui qui fut d’abord le secrétaire général puis le directeur général adjoint de la maison Saint-Laurent et les nombreux documents – photos, écrits, lettres – qui donnent une idée plus précise du génie créatif du couturier, du rôle de Pierre Bergé… et des relations chaotiques du « couple ». Pas indispensable mais recommandable !

Belle époque ?

La nostalgie est toujours ce qu’elle était : c’était il y a un siècle et on l’appelle la « belle époque ». Sans doute a-t-on idéalisé l’entre-deux-guerres et son foisonnement créatif.

Deux bons guides – et deux idées de cadeaux ! – pour mieux connaître cette période :

 » Ma passion pour le début du XXe siècle s’est éveillée très jeune en écoutant Debussy et Duke Ellington, en regardant Claude Monet et Raoul Dufy, en lisant Alphonse Allais et Maurice Leblanc, puis Apollinaire et les surréalistes… 
C’est donc tout naturellement que je me suis plongé dans ce dictionnaire où j’ai voulu souligner la continuité entre Belle Époque et Années folles, telles deux  » mi-temps  » séparées par le gouffre terrible de la grande guerre. Malgré tout ce qui les oppose, les années 1920 seront, par maints aspects, l’accomplissement de cet esprit moderne qui germait en 1900. On y retrouve souvent les mêmes protagonistes à deux âges de leur vie, tels Guitry, Colette, Ravel, Stravinski, Picasso… 
Face à un sujet immense, j’ai privilégié la France comme théâtre emblématique de ce temps où Paris fut le cœur battant du monde artistique. Sans négliger pour autant les riches échanges qui se développèrent avec New York, Vienne, Londres, où se produisaient des évolutions comparables, j’ai tenu à remettre à l’honneur une certaine légèreté française. Enfin, même si la civilisation toute entière est présente avec ses hommes politiques, ses scientifiques, ses expositions universelles ou ses villégiatures, ce sont d’abord les arts qui figurent au cœur de ce panorama : poésie, théâtre, peinture, une place privilégiée revenant par goût personnel à la musique. 
Portraits, bons mots, petite et grande histoire se mêlent dans ces pages consacrées à des personnages, mais aussi à des lieux comme le Moulin Rouge et le Chat Noir, à des genres oubliés comme le café-concert, sans oublier les décors des brasseries, gares et jardins publics… Tout ce qui fait que la Belle Époque et les Années Folles sont toujours parmi nous et continuent à faire rêver aux quatre coins du mond
e. » (Benoit Duteurtre)

Félicitons Benjamin Levy et sa belle équipe de jeunes – ou moins jeunes – chanteurs de réhabiliter un répertoire qui n’était plus guère fréquenté

Soirs de fête

Week-end chargé et heureux, placé sous le signe de la fête.

42nd Street

C’était le spectacle qui avait marqué la fin – triomphale – de l’ère Choplin en novembre 2016 au théâtre du Châtelet : la comédie musicale 42nd Street.

La même production est reprise pendant ces fêtes sur la même scène. Je l’ai revue jeudi dernier et j’en ai écrit tout le bien que j’en pense sur Forumopera : Plein la vue sur Broadway.

Un spectacle indispensable et irrésistible !

Sombre Starmania

On avait beaucoup parlé dans les médias de la reprise de Starmania, l »opéra-rock » de Michel Berger et Luc Plamondon, dans la nouvelle mise en scène de Thomas Jolly. On est donc retourné à la Seine Musicale là où, une semaine plus tôt, on avait assisté à un concert plutôt décevant (lire Du magique au banal), mais cette fois dans la « Grande Seine », voir ce Starmania 2022. En attendais-je trop ? Sans doute.

D’abord – signe que j’ai vieilli ! – je ne supporte plus l’outrance des décibels, comme si les publics modernes n’étaient. composés que de sourds, ensuite – et c’est ce qui m’a heurté, déçu, la violence, la noirceur extrêmes des premiers tableaux : dans la séquence « Quand on arrive en ville » on voit des hordes armées de Kalachnikov littéralement massacrer ceux qui se trouvent sur leur passage. Je me demande ce que les enfants présents dans la salle ont pu garder comme impression de ces images atroces. Et puis l’ordre des séquences a été chamboulé par rapport aux premières versions de Starmania, et à part le très émouvant Alex Montembault qui joue le rôle de Marie-Jeanne et chante « Ziggy » je n’ai pas vraiment accroché aux autres interprètes. Il ne faut jamais avoir trop de souvenirs (Fabienne Thibeault, Maurane…)

Encore jeunes à 40 ans

Dimanche c’était, dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris, le concert anniversaire des 40 ans de l’Orchestre français des jeunes. Je n’avais pas entendu cette formation, par définition changeante (puisque les membres en sont recrutés/renouvelés chaque année) depuis six ans et un concert mémorable (lire Les jeunes Français sont musiciens).

On était en terrain de connaissance question chef, puisque c’est le cher Michael Schønwandt qui a repris la direction musicale de l’OFJ l’an dernier. On s’attendait à entendre Adèle Charvet annoncée dans le Poème de l’amour et de la mer de Chausson, et ce fut finalement Marie-Laure Garnier qui la remplaça au pied levé… et avec panache !

Pour le reste, lire mon compte-rendu ici : Un fringant OFJ fête ses 40 ans à la Philharmonie de Paris (Bachtrack.com)

César Franck #200

C’est aujourd’hui le bicentenaire de la naissance, le 10 décembre 1822 à Liège, de César Auguste Franck.

En dehors de sa ville natale, et de quelques concerts parisiens, on ne peut pas dire que cet anniversaire ait bénéficié de grandes célébrations. Pas très vendeur sans doute le père Franck.

Après le point fait sur la discographie – lire Ave César -, mes choix purement subjectifs, et quelques pépites bien cachées ou oubliées.

Symphonie

L’unique symphonie, en ré mineur, de César Franck, achevée en 1888 et créée le 17 février 1889, bénéficie d’une discographie pléthorique. J’ai déjà ici souvent exprimé mes préférences, corroborées par la critique.

Je ne peux évidemment pas revoir, sans une profonde émotion, ces deux vidéos pourtant si différentes : l’Orchestre national de France exalté par le geste conquérant de Leonard Bernstein, l’Orchestre de la Suisse romande et Armin Jordan si authentiques.

J’ai fait le compte, j’en ai 43 versions dans ma discothèque (en CD) sans compter les téléchargées. Dont les trois enregistrées par Carlo-Maria Giulini, à Londres, à Berlin et à Vienne. On admire immensément ce chef, mais sa lecture hiératique, chargée d’intentions, statufie un peu plus le père Franck !

La sonate pour violon

Définitivement le duo Christian Ferras – Pierre Barbizet dans leurs deux versions EMI (1958) et DG (1965)

Psyché avec ou sans choeur

Déjà écrit (Ave Cesar), pour ceux qui voudraient sortir de la Symphonie, la trop justement méconnue symphonie qui ne dit pas son nom, le « poème symphonique avec choeur » Psyché.

Malheureusement pas grand chose à tirer ni à entendre de la toute récente et bien banale version des Liégeois dirigés par leur actuel chef, mais tout à redécouvrir grâce à la réédition d’un enregistrement de 1976 avec le même orchestre de Liège et son chef de l’époque, l’Américain Paul Strauss, pour la version complète avec choeur :

Et pour la version sans choeur, un enregistrement que j’écoutais hier dans un taxi – c’est rare un taxi branché sur France Musique ! – et qui m’enthousiasmait sans que je parvienne à le reconnaître. Lorsque j’entendis, à la fin de l’extrait, « désannoncer » Armin Jordan et l’orchestre symphonique de Bâle. (et pas, comme je l’entendis jadis sur cette même chaîne, l’orchestre Basler !!), je n’en fus pas surpris. Comme dans la symphonie, Armin Jordan est un chef qui a tout saisi du caractère de la musique de Franck, né au carrefour des cultures germanique et latine.

Le chasseur maudit

Sans doute l’oeuvre la plus « romantique » de César Franck, un poème symphonique d’une quinzaine de minutes où rodent les ombres de Berlioz, de Weber et du premier Wagner.

Michel Plasson et « son » Capitole de Toulouse en donnent une vision frémissante :

Piano et orchestre

Franck a écrit plusieurs pièces pour piano et orchestre, un concerto notamment (on les retrouve dans le coffret anniversaire OPRL/Fuga Libera. Seules restent jouées les Variations symphoniques – en réalité un concerto bref en trois parties – et Les Djinns.

J’ai longtemps été rebuté par le début empesé, lourd, de beaucoup de versions des Variations symphoniques, malgré l’excellence des pianistes et des chefs. Et à chaque fois je reviens à mon tout premier disque, inégalé, inégalable : Artur Rubinstein en 1957 et un chef Alfred Wallenstein qui ne se croit pas obligé d’embrumer Franck.

Pour le reste, je renvoie à l’esquisse de discographie déjà dressée dans Ave Cesar.

Petit cadeau pour cet anniversaire, une version vraiment inattendue de l’une des mélodies (genre qu’il a peu cultivé) de Franck, son Nocturne :

Des chefs sur le Rocher

Forumopera signale aujourd’hui le passionnant numéro de l’Avant-Scène Opéra consacré à l’Opéra de Monte-Carlo (lire L’opéra de Monte-Carlo en majesté)

Dans cet ouvrage si richement documenté et illustré – qui ne s’adresse pas, loin s’en faut, aux seuls spécialistes et lyricomanes avertis – j’ai repéré le formidable article de l’ami Christian Merlin – celui qui nous plonge chaque dimanche sur France Musique Au coeur de l’orchestre – : Entre fosse et orchestre, l’Orchestre philharmonique de Monte Carlo et ses chefs.

Premier constat : difficile d’identifier l’orchestre à un chef en particulier (comme Karajan à Berlin, Ansermet à Genève, Bernstein à New York ou Ormandy à Philadelphie). La phalange monégasque n’a jamais gardé très longtemps ses chefs, malgré un niveau de rémunération souvent très avantageux. Pas assez d’enjeux artistiques ? Une activité symphonique longtemps considérée comme accessoire par rapport à la saison lyrique ? Christian Merlin ne tranche pas, même s’il éclaire parfaitement des situations qui ont, heureusement, bien évolué ces dernières années.

Précisons que la dénomination de l’orchestre a changé deux fois au XXème siècle : en 1953 Rainier le rebaptise « Orchestre national de l’Opéra de Monte-Carlo », puis, en 1980, par un nouveau décret, lui donne sa dénomination actuelle « Orchestre philharmonique de Monte-Carlo ». Comme l’écrit Christian Merlin « il s’agit désormais d’un orchestre symphonique jouant de l’opéra, plus que d’un orchestre d’opéra jouant du symphonique ».

Paul Paray deux fois

De 1928 à 1933, c’est à un fougueux quadragénaire, Paul Paray, que la principauté fait appel pour redonner lustre et tonus à une formation encore chétive. Le chef revient sur le Rocher pendant la guerre (1941-44) pour éviter de se soumettre à l’occupant. L’inoubliable patron de l’orchestre de Detroit (Eloquence a réédité tous ses miraculeux enregistrements réalisés pour Mercury)

y reviendra s’installer à la fin de sa vie, laissant quelques enregistrements qui ne peuvent laisser supposer l’âge avancé du chef.

Le compositeur Henri Tomasi fait à peine une saison après-guerre, et l’orchestre reste jusqu’en 1956 sans chef permanent.

Frémaux sans frisson, un Belge furtif et le prince Igor

Un autre chef français prend la relève, de 1956 à 1965, « plus élégant et raffiné que charismatique » selon Christian Merlin ! Lire à ce sujet l’article que je lui ai consacré, à sa mort en mars 2017 : Louis Frémaux (1921-2017)

Le Belge Edouard van Remoortel y fait un petit tour, Un peu plus long, mais compliqué, sera le quinquennat d’Igor Markevitch (1967-1972). Markevitch est déjà atteint d’une forme de surdité, qui lui fera réclamer aux orchestres qui l’invitent toujours au nom de son prestige passé, de jouer toujours plus fort.

Le chef d’origine russe enregistre à Monte-Carlo une série de disques consacrés aux Ballets russes, la plupart repris aujourd’hui dans les compilations Warner ou Deutsche Grammophon. Il faut bien reconnaître que l’orchestre est alors en piètre forme, on a les oreilles plus d’une fois heurtées par la justesse très approximative notamment des vents.

Une décennie pour rien, des intérims

Vont suivre des années et des chefs qui n’ont guère laissé de traces, même si l’Américain Lawrence Foster détient le record de longévité à ce poste, une décennie de 1980 à 1990. Quelques disques oubliables, à l’exception de la seule intégrale de l’opéra de Georges Enesco Oedipe (avec le formidable José Van Dam dans le rôle-titre).

Succèdent à Lawrence Foster, Gianluigi Gelmetti (de 1990 à 1992, qui reviendra de 2012 à 2016 !), James DePriest (1994-1998) et l’ombrageux Marek Janowski qui, après un règne de seize ans à la direction de l’Orchestre philharmonique de Radio France, ne fera qu’un court quinquennat à Monaco (2000-2005).

Le météore Kreizberg, l’aventure Yamada

Après trois années d’incertitude, Monaco est persuadé d’avoir enfin trouvé la perle rare, le demi-frère de Semyon Bychkov, le chef américain d’origine russe, Yakov Kreizberg. Sa nomination, puis ses premiers concerts lui valent l’unanimité de la critique et du public. L’orchestre reprend le chemin des studios.

L’embellie sera de courte durée : 18 mois après avoir pris ses fonctions de directeur musical de l’OPMC en septembre 2009, Yakov Kreizberg meurt le 15 mars 2011, à 51 ans, des suites d’un cancer qui ne lui aura laissé aucun répit.

A la suite de ce choc, il faudra encore se remettre en quête d’un chef capable d’entraîner l’orchestre vers les sommets auxquels Kreizberg l’avait habitué. Gelmetti revient faire un intérim, il entretient la flamme.

Depuis 2016, c’est le chef japonais Kazuki Yamada qui officie sur le Rocher. De lui, et de ce que j’ai entendu de lui, je pourrais dire, reprenant la formule de Christian Merlin à propos de Louis Frémaux : élégant, raffiné, à défaut de mieux.