Du rire aux larmes

On a commencé la semaine tout sourire, on la termine dans les larmes de sang de la Tunisie et de l’Isère

http://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/021167297081-tunisie-attentat-terroriste-a-sousse-1132119.php

Pourtant on a bien aimé la dernière des Mousquetaires au Couvent à l’Opéra-Comique, la dernière pour l’insubmersible Jérôme Deschamps, formidable rénovateur de la Salle Favart, dernière pour l’établissement lui-même avant travaux (et une réouverture prévue au printemps 2017). Dans le public, la bande reconstituée des Deschiens, on a reconnu François Morel, Yolande Moreau, une ribambelle d’anciens ministres et même le Président de la République qui s’est invité discrètement au dernier acte.

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Mercredi fin de saison pour l’Orchestre de Paris à la Philharmonie, dans un programme d’apparence facile, qui a désarçonné une partie du très nombreux public présent. On the waterfront de Bernstein n’a pas la célébrité de West Side Story et les facéties de Heinz-Karl (dit HK) Gruber, même défendues avec talent par Hakan Hardenberger, semblent curieusement datées (https://en.wikipedia.org/wiki/Heinz_Karl_Gruber).

Deuxième partie beaucoup plus dans la tonalité des Prom’s : Fazil Say dans Rhapsody in Blue et une compilation des suites dites « de jazz » de Chostakovitch. Succès garanti.

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(Le parterre de la Philharmonie transformé en « promenade » comme au Royal Albert Hall de Londres)

Hier soir, nettement moins de monde pour un programme a priori plus austère, dans le cadre toujours aussi impressionnant de Saint-Louis des Invalides.

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Dans le cadre de l’exposition du musée de l’Armée De Gaulle-Churchill, l’orchestre symphonique de la Garde républicaine proposait la 2e symphonie (1941) d’Arthur Honegger et l’interminable « saucisson » qu’est le Concerto pour violon (1910) d’Edward Elgar, que l’archet inspiré et virtuose de Daniel Hope a brillamment sauvé de ses longueurs pas vraiment divines.

Pur hasard, trois concertos pour violon, et pas des moindres, Beethoven, Saint-Saëns (le 3ème) et Elgar portent le même numéro d’opus : 61.

Un conseil : réécouter le chef-d’oeuvre d’Honegger dans les versions de référence de Karajan et Munch.

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Triste semaine aussi pour nos amours de jeunesse, Laura Antonelli, Magali Noël et Patrick McNee

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Mais c’est sans doute la mort accidentelle de James Horner, le compositeur de Titanic, qui aura le plus marqué le grand public…

Une fête de la musique

Pas question de relancer le débat sur l’utilité, les modalités, les dévoiements de l’idée lancée par Maurice Fleuret, le directeur de la musique du Ministère de la Culture en 1981.

La Fête de la Musique existe, et dans le monde entier. Et chacun la vit comme il l’entend. J’ai quelques raisons d’aimer la proposition de Liège (http://www.oprl.be/news-article.html?tx_ttnews%5BbackPid%5D=18&tx_ttnews%5Btt_news%5D=2059&cHash=cddfebf918)

Mais tout occupé à l’édition 2015 de Montpellier (http://www.festivalradiofrancemontpellier.com), j’ai failli rater une soirée que je ne pouvais pas manquer : la première rencontre entre la pianiste Beatrice Rana et le quatuor Modigliani dans le cadre du 35e Festival d’Auvers sur Oise. Hier soir dans la petite église rendue célèbre par Van Gogh.

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Ma fête de la musique à moi ! Bonheur à l’état pur : j’avais déjà entendu les Modigliani, je les avais invités à Liège en février 2012 (le quatuor de Debussy), mais hier soir menu de fête, l’un de mes quatuors favoris de Mozart, le Köchel* 421 en ré mineur, et le célèbre 12e quatuor dit « Américain » de Dvořák. Il faut un peu de culot, de la part des organisateurs comme des interprètes, pour aligner deux pareils chefs-d’oeuvre dans une première partie de concert. Tout ce qu’on avait envie d’entendre, on l’a eu : tendresse, douceur même, entente fusionnelle dans Mozart, fougue, liberté, romantisme slave assumé dans Dvořák. 

En seconde partie, comme si nous n’étions pas déjà rassasiés, le quintette pour piano et cordes de Schumann – on manque de superlatifs pour le qualifier ! et l’entrée en lice de Beatrice Rana, une musicienne de 22 ans dont j’ai déjà dit et écrit qu’elle a déjà tout ce qui fait d’elle une grande, une très grande artiste. Qui n’a besoin ni d’esbroufe ni de look savamment étudié pour imposer une présence. Au début du Schumann, on la trouvait presque effacée, trop discrète, face à ses compères du Modigliani, et puis on a vite compris que, mine de rien, c’est elle qui menait le train de ces quatre mouvements sublimes et suspendus de musique pure.

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On se dit qu’un éditeur serait bien inspiré d’enregistrer ces cinq là…

En attendant, retour à deux références :

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*Köchel : nom du musicologue qui a, le premier, établi le catalogue (Verzeichnis) des oeuvres de Mozart https://fr.wikipedia.org/wiki/Catalogue_Köchel

Wiener Walter

Je me risque à l’hommage anthume, puisqu’à l’heure où j’écris ce billet, je n’ai pas de confirmation « de source sûre » de la mort du chef d’orchestre Walter Weller, annoncée hier par quelqu’un qui n’en est pas à son coup d’essai en matière de nécrologie prématurée !

Mais l’information ayant été relayée par des amis qui ont travaillé avec et pour ce musicien, je leur accorde mon crédit. Et quoi qu’il en soit, mort ou pas, Walter Weller mérite qu’on s’arrête sur sa carrière et sa discographie.

Un souvenir personnel d’abord : au début des années 90, en charge de certains concerts de l’Orchestre de la Suisse Romande, j’ai eu à gérer la défection d’un grand chef déjà malade, Ernest Bour (1913-2001) qui avait prévu un magnifique programme : le Concerto à la mémoire d’un ange de Berg et une seconde partie tout Debussy. Pour remplacer Bour, Walter Weller est miraculeusement disponible, mais nous fait savoir qu’il n’est pas prêt à diriger Debussy, il faut donc changer la deuxième partie.

Quelques années plus tôt, j’avais acheté au marché aux puces de St Ouen un coffret de 3 33 tours des Symphonies de Rachmaninov et j’avais été fasciné par la 1ere symphonie (plus, à l’époque, que par les 2e ou 3emes) et par la beauté de la version de….Walter Weller et de l’Orchestre de la Suisse Romande, une captation Decca réalisée en 1971 au Victoria Hall de Genève.

Je me dis que jamais plus je n’aurais l’opportunité d’entendre « en vrai » l’oeuvre et les interprètes de ce disque, si je ne demandais pas à Walter Weller de reprendre cette 1ere symphonie de Rachmaninov vingt ans après cet enregistrement. Il fut d’abord très surpris de ma demande – peut-être n’avait il jamais plus redonné l’oeuvre en concert depuis l’enregistrement ?!, moi-même j’ai dû attendre 2007 et l’enthousiasme de Patrick Davin pour la reprogrammer à Liège ! –

Inutile de dire que ce concert genevois de Walter Weller m’est resté en mémoire (d’autant plus que le Berg donné en première partie avait pour soliste un Pierre Amoyal au sommet de ses moyens).

Je pense n’avoir plus revu et entendu en concert Walter Weller avant ses dernières apparitions (quelle traduction détestable de l’anglais !) à la tête de l’Orchestre national de Belgique. La rondeur aimable, cette Gemütlichkeit dans l’art de faire de la musique, de diriger l’orchestre, ne pouvaient être que d’un pur Viennois.

Le reste est légende : entré à 17 ans dans les rangs des prestigieux Wiener Philhamoniker, WW en devient le concertmeister à 22 ans – l’autre s’appelant Willi Boskovsky ! – (https://en.wikipedia.org/wiki/Walter_Weller) et comme tout violoniste viennois qui se respecte, il fonde un quatuor qui laissera un héritage discographique de première importance.

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Dès 1966, il se met à la direction d’orchestre. Decca lui demande d’enregistrer un répertoire qui n’a rien de viennois – Rachmaninov, Prokofiev, Dukas – des disques magnifiques qui font encore référence aujourd’hui, et que le label Eloquence a peu à peu réédités.

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Nombre d’enregistrements de Weller chef d’orchestre ne sont plus disponibles – ou difficilement – Sa disparition donnera, on l’espère, l’idée à ses éditeurs Decca et Chandos de les remettre en circulation.

Heureusement, le label belge Fuga Libera a eu l’excellente idée de profiter de la présence de Walter Weller à la tête de l’Orchestre national de Belgique pour lui faire graver trois enregistrements marquants, et très originaux pour ce qui est de Martinu et Suk :

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Martinu qui était familier à Weller, qui avait donné de la 4e symphonie une version admirable, récemment rééditée :

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Un regret : que la musique viennoise, la musique « natale » de Walter Weller occupe si peu de place dans sa discographie. Avait-il décidé de laisser son alter ego Willi Boskovsky d’occuper seul le terrain ?

L’ange, la belle et l’académicien

Semaine riche, marquée du sceau de l’amitié.

Janvier 2003, concert de Nouvel An à Liège, un jeune chef belge que j’ai repéré dans la fosse de l’Opéra royal de Wallonie, et une jeune chanteuse qui a fait ses classes à Lyon : Jean-Pierre Haeck et Karine Deshayes dans Mozart et Rossini. Triomphe. Et avec l’une et l’autre une amitié qui s’est nourrie d’années de complicité, de rencontres, de concerts. Karine était le merveilleux Ange du Paradis et la Péri de Schumann (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/06/05/un-petit-coin-de-paradis/), et mardi dernier l’invitée, à la salle Gaveau, du tout nouveau Festival Mezzo, avec deux compères de choix, le pianiste Jeff Cohen et le baryton français Jean-Sébastien Bou. IMG_2818 Pyrotechnies rossiniennes – ce souvenir de LIège ! – pour conclure un programme exigeant, duos et solos, de Mendelssohn à Mozart, de Fauré à Rossini. Une artiste admirable qui a tracé sa route, et pas des moindres, sans jamais cesser d’être musique, simplicité et amitié.

Lundi soir pur plaisir aussi avec la nouvelle Belle Hélène du Châtelet. IMG_2817   Evidemment les critiques professionnels n’ont pas manqué de jouer au jeu des comparaisons avec une autre production mythique du plus populaire sans doute des ouvrages d’Offenbach, donnée sur la même scène en 2000, avec l’impayable Felicity Lott en blonde Hélène, et une distribution d’enfer (Michel Sénéchal !), Marc Minkowski dans la fosse, Laurent Pelly à la manoeuvre. Spectacle repris, enregistré, multi-diffusé.

On est très heureux que Jean-Luc Choplin ait confié à une nouvelle équipe cette éternelle source de jouvence qu’est cette Belle Hélène, dans une version d’ailleurs complétée, révisée par le spécialiste ès-Offenbach, Jean-Christophe Keck.

Bien sûr les procédés de superposition vidéos du duo Corsetti-Sorin ont un air de déjà vu, et pallient parfois une absence de véritable direction d’acteurs. Bien sûr le berger Pâris n’est pas vraiment à son aise ni vocalement ni physiquement (et les dialogues parlés d’Offenbach appris phonétiquement… ça ne le fait pas trop !). Mais Gaëlle Arquez a l’âge, la voix, la beauté du rôle de la blonde Hélène, Jean-Philippe Lafont nous fait un Calchas qualité France, et Kangmin Justin Kim un Oreste qu’on s’attend à tout moment à voir imiter la Bartoli (comme il le faisait dans La Chauve-Souris en décembre dernier à l’Opéra-Comique)

Emotion surtout de découvrir un tout jeune chef dans la fosse, Lorenzo Viotti – émotion parce qu’il y a presque trente ans, j’invitais son père, Marcello, à diriger des concerts de l’Orchestre de la Suisse romande, à l’orée d’une carrière qui allait tragiquement s’interrompre il y a dix ans déjà (http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcello_Viotti). Comme pour une autre lignée suisse (Jordan père – Armin – et fils – Philippe) bon sang ne saurait mentir !

Mercredi c’était un autre genre de réjouissances, que j’aurais à vrai dire évitées s’il ne s’était agi là encore d’un ami et surtout d’un compositeur génial : Thierry Escaich, à tout juste 50 ans, était reçu sous la Coupole à l’Académie des Beaux Arts. Impressionnante cette assemblée chenue, très chenue, d’hommes (et de deux ou trois femmes seulement) en habit vert – peu de personnalités (sauf une vieille dame qui s’est fait semble-t-il une spécialité de l’impolitesse de ses arrivées tardives ). Humour dans le discours d’accueil de Laurent Petitgirard, habileté du nouvel académicien pour honorer son prédécesseur et dresser en filigrane une sorte d’autoportrait modeste. Et surtout une présence musicale peu classique, celle du Quatuor Ellipsos

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Cette vidéo n’existe pas

Thierry Escaich, c’est évidemment le souvenir du début d’une aventure musicale et amicale ininterrompue depuis ce premier disque : 41WFW9NJ2NL

Jeudi, cap sur Perpignan pour une journée de rencontres, interviews, présentations de l’édition 2015 du Festival de Radio France Montpellier Languedoc Rousslllon. Tout ce que j’aime finalement et l’impatience, comme toute l’équipe, de commencer cette aventure de près de 200 concerts… IMG_2834 IMG_2824 IMG_2826 S’agit-il du même Grétry ? http://fr.wikipedia.org/wiki/André_Grétry IMG_2827 IMG_2828

Un petit coin de paradis

J’aurais aussi pu intituler mon billet Mélanges. Les Anglais écriraient : Various.

Pour consigner ici des faits, des rencontres, des événements, que j’ai aimés ces dernières semaines.

Je lis ce matin que Vincent Lindon ouvre ce vendredi le Brussels Film Festival – en français dans le texte ! – J’aime cet acteur, je suis heureux qu’il ait eu le Prix d’interprétation à Cannes. Comme quelques grands avant lui – Ventura, Gabin – il ne cesse jamais d’être Lindon dans tous les personnages qu’il incarne, un sacré bonhomme. Je dois aller voir La loi du marché.

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Grâce à l’excellente émission de Benoît Duteurtre sur France-Musique (Etonnez-moi Benoît) j’ai constaté, une fois de plus, que certains sont animés d’une passion monomaniaque pour un personnage, une période, un style. Je ne pourrais pas, donc j’admire ! Par exemple Bernard Lonjon qui aime Piaf et n’en est pas à son coup d’essai avec Edith et ses hommes

81cldtO+EmLAutant prévenir, ceux qui s’attendent à du croustillant façon Voici ou Closer seront déçus, il y a peu de chances que Bernard Lonjon atteigne les scores de vente de Valérie T..

Comme le précise l’auteur ; Elle a beaucoup aimé les hommes dont elle fut tour à tour pygmalion, amoureuse, maîtresse, amante d’un soir. Elle a aimé l’amour avant tout. Ce parcours d’une vie hors normes retracées au rythme de ses hommes, ses amis, ses amants, ses managers, ses musiciens, ses paroliers, permet de mieux cerner la personnalité de Piaf, la môme au cœur d’artichaut. Au détour de ce récit mêlé de chansons autobiographiques, on croise Yves Montand, Georges Moustaki, Charles Aznavour, Jean Cocteau, Sacha Guitry, Eddie Constantine, Bruno Coquatrix, Charles Dumont, Michel Simon, Jacques Canetti, Gilbert Bécaud, Georges Brassens, Paul Meurisse… mais aussi son père, son frère, son confident Jacques Bourgeat avec qui elle échangea plus de mille lettres. Les hommes ont aidé Édith Piaf à traverser ses nuits peuplées de morts vivants et de cauchemars insondables. Ils l’aident à combler ses vides et taire ses angoisses. Comme elle le chantait :  » J’ai le cœur trop grand pour un seul gars, c’est pour ça que j’écris l’amour sur toute la terre ». Passionnant !

Etonnant le succès de cette chanson, qui a failli ne pas voir le jour (lire Lonjon !). Clin d’oeil à ces artistes amis qui se lancent dans une aventure magnifique, et qu’il faut aider parce qu’ils le valent bien : http://www.kisskissbankbank.com/oh-la-la-au-fringe-festival-d-edimbourg-2015?ref=selection

Et puis cette réjouissante déclaration : « ….pour être honnête, le rajeunissement des publics, on s’en fout complètement. D’abord parce que je trouve ça insultant à l’égard des vieux, qui sont nombreux à nous suivre, et dont je ne comprends pas pour quels motifs ils devraient être tenus pour des spectateurs de seconde zone. Ensuite parce que nous ne cherchons pas un nouveau public pensé comme une catégorie à conquérir et éduquer… » On croirait du Rousseau dans le texte, mais de qui ces fortes paroles ? Réponse dans mon prochain billet…

Un indice : il sera bientôt à l’affiche de la manifestation qui s’est ouverte hier avec un chef-d’oeuvre dont, là encore, on se demande pourquoi il est si rarement donné : Le Paradis et la Péri de Schumann. Je ne veux pas me livrer à la critique du concert d’hier soir dans la Basilique de Saint-Denis, on a entendu de très belles choses, d’excellents solistes. Juste féliciter le Festival de St Denis d’avoir fait ce choix, approuvé par une nef comble !

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Vraiment une oeuvre à (re)découvrir, une grande fresque vocale et chorale du plus pur romantisme, du grand Schumann. Et la version de mon coeur – parce que j’ai assisté au concert et à une partie de l’enregistrement – même si on peut avoir d’autres références.

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Enfin, un coup de chapeau à un blog aussi précis que précieux : http://wunderkammern.fr/author/admin/.

Pour tout apprendre de ce qu’on ne connaît pas. Le guide est passionné et passionnant.

Luxe, fougue et volupté

Hier soir au Théâtre des Champs-Elysées, tout semblait n’être, pour paraphraser Baudelaire, qu’ordre et beauté, luxe, fougue et volupté.  10629754_10152877901613202_306024264946485697_n

On n’a pas le souvenir de longtemps d’un concert aussi pleinement et continûment réussi. L’affiche ne pouvait décevoir, mais il est arrivé que les plus belles promesses ne soient pas tenues. C’était, de surcroît, la première fois que j’entendais l’orchestre de Philadelphie « live », dirigé évidemment par son directeur musical, le pas encore quadragénaire Yannick Nézet-Seguin. Un soliste excellent, mais qui est si souvent à Paris, qu’on finirait par l’écouter distraitement : Emanuel Ax était au contraire à l’unisson de cette soirée, exceptionnel !

D’abord cet orchestre, ce son légendaire – le Philadelphia Sound – celui forgé par Stokowski, surtout Eugene Ormandy pendant près de 50 ans, soigneusement cultivé par leurs successeurs Riccardo Muti et Wolfgang Sawallisch… et aujourd’hui le jeune chef canadien Yannick Nézet-Seguin. Des cordes parmi les plus denses, onctueuses, sensuelles du monde, un hautbois si caractéristique, doux, rond, fruité, comme on le dirait d’un grand bordeaux – des vents et des cuivres qui ne claquent ni ne clinquent pas.

Dès les premières notes de la Troisième symphonie de Brahms, ces deux accords ascendants donnés à pleine puissance et qui peuvent plomber tout le reste du mouvement si l’impulsion initiale n’est pas déterminée, on a su que le chef allait nous raconter un Brahms passionnant. 3527fb261fd3dd254bcf13a44e0209b5bd06ad8a

Quatre mouvements enchaînés, comme Brahms l’avait imaginé, une incroyable souplesse des phrasés, ces fameuses doublures, qu’on a tant reprochées au natif de Hambourg, et qui ne sont qu’alliages précieux de timbres. Une sorte de perfection, pour une symphonie si difficile à réussir en concert (et rare aussi, pour une autre raison que peu de chefs osent avouer : à la différence de ses trois soeurs, la 3e symphonie de Brahms s’achève dans la pénombre, presque le silence, comme si elle se refusait aux vivats de l’assistance !).

On comprend tout lorsqu’on écoute Yannick Nézet-Seguin parler de ce « jardin secret » de Brahms :

Après l’entracte, Beethoven et son 3e concerto pour piano – mon préféré depuis toujours, j’expliquerai une autre fois ! – On aime le musicien et l’homme Emanuel Ax, mais le hasard des tournées et des engagements  a fait qu’on l’a beaucoup entendu ces derniers mois (Brahms avec Haitink et l’orchestre de chambre d’Europe à Pleyel en novembre dernier). On craint la routine, on est heureusement détrompé, même si les débuts du concerto sont un peu laborieux du côté des doigts. Le reste ne sera que fougue et poésie, et quelle présence de l’orchestre et du chef qui sont tout sauf de simples accompagnateurs. On attend un bis, on aura droit à un pur moment de musique : Yannick revient avec Emanuel Ax se mettre au piano. Il explique : « Au moins vous allez pouvoir entendre mon accent canadien…Entre Beethoven et Richard Strauss, saturé de valses, nous nous sommes dits qu’une valse de Brahms serait une transition idéale. ». La salle exulte après la 15e valse de l’opus 39 comme chuchotée, émue sous les quatre mains du chef et du soliste.

Bouquet final avec la grande suite du Chevalier à la rose de Richard Strauss. Là où tant d’autres en rajoutent dans l’orgie orchestrale, YNZ éclaire la partition de tendresse, de nostalgie et de ce chic viennois si subtil qu’on le croit d’ordinaire réservé aux natifs des bords du Danube. À dire vrai on ne se rappelle pas avoir entendu cette suite aussi parfaitement jusqu’à hier soir… En plus d’être un grand musicien, on soupçonne Yannick Nézet-Seguin d’être un fin gourmet : à la salle qui l’ovationnait, il expliqua qu’après avoir servi (pour l’orchestre) et dégusté (pour l’auditoire) un saint-honoré, il n’y avait plus de place pour une sucrerie supplémentaire… You’re right Maestro !

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Sir Roger et Papa Joseph

Ce n’était pas la foule des grands soirs mais le programme autant que les interprètes justifiaient qu’on soit présent au Théâtre des Champs Elysées ce mardi soir. Très british indeed !

Roger Norrington, Ian Bostridge, Purcell (la suite Abdelazer or the Moor’s Revenge, dont le rondeau a servi de thème à Britten pour son fameux Young person’s guide to the orchestra), Britten justement et son Nocturne, pour ténor et orchestre, d’un accès moins aisé que la Sérénade antérieure, la sublime Fantaisie de Vaughan Williams sur un thème de Thomas Tallis, et last but non least la 103eme symphonie de Haydn qui s’ouvre par un spectaculaire « roulement de timbales »

On est heureux de constater la grande forme de l’Orchestre de Chambre de Paris, qui se plie avec une souplesse confondante aux exigences stylistiques, aux facéties parfois de l’illustre chef britannique, qui comme son compatriote John Eliot Gardiner, comme chef de choeur d’abord, puis chef d’orchestre a tant fait pour nous faire redécouvrir tout le répertoire classique et pré-romantique.

Jubilation particulière pour moi à l’écoute de l’une des symphonies les plus parfaites de Haydn – mais pourquoi les entend-t-on si rarement au concert?  ! Deux souvenirs personnels liés à cette oeuvre et ce chef.

Je ne me rappelle plus pourquoi un 33 tours Mercury, comportant les symphonies 94 et 103, par Dorati et le Philharmonia Hungarica, était présent dans cette bergerie glaciale que mes parents avaient louée dans les Pyrénées non loin de La Mongie en cet hiver 1970. On avait apporté l’électrophone pour passer quelques disques de Noël, et ce Haydn m’était-il destiné pour mon anniversaire ? Je me rappelle l’avoir passé en boucle et n’avoir jamais faibli depuis dans l’affection que je porte à ces deux symphonies.

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En cherchant sur Youtube, je suis tombé sur cette version plutôt inattendue de … Pierre Boulez (à Chicago en 2006)

L’autre souvenir est lié à l’émission Disques en lice, fondée en décembre 1987 sur Espace 2, la chaîne musicale et culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry, à laquelle j’ai participé sans interruption jusqu’à mon départ de la Suisse pour France Musique (à l’été 1993).

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(Roger Norrington et François Hudry / Photo F.H.)

La grande affaire de ces années-là avait été l’intégrale très admirée et très controversée des symphonies de Beethoven que Roger Norrington avait réalisée pour EMI avec les London Classical Players. Norrington avait devancé Harnoncourt et Gardiner dans cette entreprise, il prétendait se fier strictement aux indications métronomiques de Beethoven lui-même. Quel décrassage, quel dégraissage pour nos oreilles ! Et voici qu’un jour (pour la centième de l’émission ?) François Hudry avait invité Norrington à venir lui-même parler de ses interprétations, en l’occurrence de la 6e symphonie « Pastorale » de Beethoven.

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Et l’émission et le repas qui suivit furent bien trop courts… Sir Roger étant un formidable personnage, savant, gourmand, jouissant de la musique comme des farces qu’il fait aux musiciens et au public.

Je me rappelle alors lui avoir demandé s’il comptait graver Haydn. Il se tâtait encore, connaissant la difficulté de l’entreprise. La réponse vint quelques années plus tard, pour ce qui est des symphonies « londoniennes » et tout récemment pour le cycle des « parisiennes« . Evidemment indispensable !

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Un coup des Anglais

Une fois de plus, on peut dire merci aux Anglais !

Certes on ne s’attendait pas à pareille surprise en voyant la couverture du dernier numéro de BBC Music Magazine, consacrée aux 25 ans de l’aventure des Trois Ténors

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Mais si vous lisez les autres titres, puis vous rendez à la page 60, vous constatez que le prestigieux magazine musical de la BBC a choisi comme « Composer of the Month » (Compositeur du mois), « the French composer Albéric Magnard, whose bad luck has left him almost totally unknown ». Si l’on cherche la petite bête, on pourrait reprocher à nos amis britanniques d’avoir loupé le centenaire de la mort de Magnard, survenue dans les premiers jours de la Grande Guerre, le 3 septembre 1914 (http://fr.wikipedia.org/wiki/Albéric_Magnard)

Mais comme on n’a pas le souvenir que la presse française ait consacré quatre pleines pages aussi bien documentées et illustrées à cet élève de Vincent d’Indy, fauché dans la fleur de l’âge (il avait 49 ans) après une vie parsemée de tragédies, on ne peut que rendre grâce à Roger Nichols et à la rédaction de BBC Music Magazine pour leur réhabilitation.

À vrai dire, on ne comprend pas qu’on puisse encore parler, un siècle après sa mort, d’un compositeur « totally unknown« . On sait que les programmateurs de concerts, les orchestres, les chefs, ne sont pas toujours des foudres d’imagination, et en France, on continue de faire une sorte de complexe de promouvoir, de faire jouer, d’évoquer même la musique française (quoique les mauvaises habitudes commencent à s’estomper…).

Il a fallu quelques personnalités plus hardies que d’autres, Ernest Ansermet, Michel Plasson, Jean-Yves Ossonce, Thomas Sanderling, pour faire découvrir un symphoniste audacieux. Je me rappelle, avec l’orchestre philharmonique de Liège, une Première symphonie dirigée par Alexandre Dmitriev (Harry Halbreich n’en revenait pas d’entendre dans sa chère salle des Beaux Arts de Bruxelles cette… création belge !), et à plusieurs reprises l’extraordinaire Hymne à la Justice, avec Louis Langrée notamment, un authentique chef-d’oeuvre inspiré à Magnard par l’affaire Dreyfus.

(Ici dans la version de Michel Plasson et du Capitole de Toulouse)

On regrette qu’aucun éditeur n’ait proposé une intégrale de l’oeuvre de Magnard. Il faut se contenter de coffrets et de CD séparés, mais tous de belle facture. Mon choix est plus subjectif que celui de Roger Nichols, mais rien que de l’indispensable !

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Plasson n’est malheureusement plus disponible séparément – ni en téléchargement ! Une réédition s’impose d’urgence !

Les versions Ossonce et Sanderling sont l’une et l’autre disponibles et intéressantes.

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Il faut connaître l’admirable Troisième symphonie dirigée par Ansermet, l’un de ses tout derniers enregistrements (1967)

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L’unique ouvrage lyrique d’Albéric Magnard, Guercoeur, a bénéficié d’une splendide réalisation, dominée par José Van Dam

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Belle intégrale de la musique de chambre en 4 CD chez Timpani – « le » label musique française –

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Et bien sûr le seul ouvrage de référence sur Magnard est de la plume de l’infatigable Harry Halbreich :

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Pour les curieux, une version, à tous égards historique, de l’Hymne à la Justice figure dans le coffret anniversaire de l’Orchestre National de France : le 26 septembre 1944 – trente ans après la mort de Magnard, Manuel Rosenthal ouvre le premier concert du National reconstitué (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2015/03/25/orchestre-national-de-france-80-ans-8409262.html)

Retour de Bombay (III) : la vie devant soi

Il y avait tout de même une raison personnelle à ce voyage à Bombay, il y a tout juste une semaine. Ma mère qui fête aujourd’hui ses 88 printemps est la dernière d’une fratrie de huit, et parmi mes oncles, sans doute le frère préféré, un jésuite qui voua toute sa vie à enseigner et à construire puits, école, maisons dans un village du Maharashtra (l’Etat dont Bombay est la capitale). Je l’ai vu deux fois seulement, à l’occasion de voyages qu’il faisait dans sa Suisse natale pour récolter des fonds et parler de sa « mission », j’ai manqué son dernier voyage, dernier à tous égards : opéré à Bombay d’une tumeur au cerveau, détectée par hasard, et trop tard, il était venu se soigner parmi les siens en Suisse, et sachant l’issue inéluctable, avait demandé à être ramené parmi ses frères en pauvreté et en amour pour être inhumé dans cette terre indienne qu’il avait tant labourée.

La visite il y a une semaine exactement du plus grand « slum » de Bombay (et d’Asie), Dharavi – 1,2 millions d’habitants – a pris valeur d’une sorte d’hommage à cet oncle, et je n’ai pas regardé ceux que j’ai vus, tous ces visages d’hommes, de femmes, d’enfants, sans penser à chaque instant à Dominique.

Oui, on peut maintenant « visiter »un bidonville. J’avoue que je répugnais à cette perspective, mais quand j’ai su que notre guide avait lui-même grandi dans ce « quartier » de Bombay et y vivait toujours, et proposait ces visites avec d’autres de ses camarades pour financer ses études à l’Université, alors toutes mes réticences ont été levées.

J’ai pris le moins de photos possible, je n’étais pas là en touriste ni en voyeur de la misère humaine, j’avais envie de croiser des regards, des sourires, de m’attarder sur ces ruelles, ces échoppes, ces ateliers, ces minuscules demeures, grouillants de vie.

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L’impression d’une gigantesque usine de récupération… et de transformation. Une fonderie d’aluminium au milieu d’une ruelle. Des billes de plastique après transformation.

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Plusieurs centaines de temples, mosquées, églises, des commerces, des dispensaires, tout ce qui fait vivre la ville, des camions de livraison qui ne reculent devant aucun obstacle !

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Et c’est vrai, des familles entassées dans de minuscules réduits, à 7 ou 8, les enfants dormant à même le sol, des normes d’hygiène et de pollution, qui feraient frémir le plus obscur fonctionnaire européen, et en même temps l’impression d’un système parfaitement organisé, d’une économie autonome, et d’une population industrieuse, pauvre, très pauvre, mais pas miséreuse.

Surtout ne pas avoir la prétention de comprendre et d’analyser quand on n’a passé qu’une matinée au milieu de cette ville dans la ville. Garder espoir en une jeunesse qui ne se résigne pas, et qui semble vouloir participer au formidable développement de la plus grande ville indienne.

Contraste absolu quand on revient au sud de la mégapole, dans les quartiers jadis britanniques…

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Retour de Bombay (II) : Bollywood, Dolan et Bresson

Cannes et son festival, figures obligées, très peu pour moi. En revanche, Bombay et Bollywood, la première industrie cinématographique du monde, et pourtant tellement méconnue. IMG_2841 IMG_2842 Fascinante plongée dans un univers où les stars sont rares, et unanimement adulées, mais où les acteurs de séries populaires ont une célébrité sans équivalent à Hollywood ou dans le cinéma européen IMG_2849 IMG_2850 IMG_2853 IMG_2854 http://fr.wikipedia.org/wiki/Bollywood L’Europe n’importe qu’au compte-gouttes les productions de Bollywood. Les succès mondiaux comme Slumdog Millionaire sont encore rares. On a vu dans l’avion du retour un très remarquable film à sketchs qui reflète avec beaucoup de justesse le Bombay d’aujourd’hui : Bombay Talkies (2013). À voir !

Comme le montre une des séquences du film, les maisons des stars de Bollywood attirent les curieux, qui attendent des heures dans l’espoir d’apercevoir quelques secondes leur acteur préféré. Ici devant la maison de Sharukh Khan. l1012353 Très loin de Bombay et de Bollywood, mais coïncidant avec mon voyage : la vision de Mommy de Xavier Dolan – quel choc ! on comprend le Prix du Jury de Cannes 2014, quelle leçon de cinéma ! – et la lecture du premier volet d’une sorte d’autobiographie d’Anne Wiazemsky, la petite-fille de Mauriac, choisie par Bresson pour être l’héroïne de Au hasard Balthazar (1965). Une écriture limpide, une belle langue, la justesse des faits et des émotions.

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