13 novembre 2015 / 1er juin 2022 : Croire au matin

France Inter publiait hier soir, sous la signature de Sophie Parmentier, un long compte-rendu des plaidoiries des parties civiles qui ont repris au procès des attentats du 13 novembre 2015.

« Parmi les avocats remarqués au 131e jour de ce procès, celui qui a plaidé sur le voyage dans cette salle d’audience, et l’espoir » :

© / Valentin Pasquier

Et puis, c’est Me Pierre-François Rousseau qui s’est avancé vers la barre, pour une magnifique plaidoirie, tellement juste pour raconter ce procès, que nous avons choisi de la publier quasiment en intégralité.

“Monsieur le Président, Mesdames et Monsieur de la Cour,

« Le 8 septembre il faisait beau et avec nos badges autour du cou, en voyant l’enfilade de portiques de sécurité et les files d’attente, j’ai eu l’impression que le concepteur de ce système nous voyait partir en voyage. Après 9 mois d’audience, force est de constater qu’il avait raison. Comme des voyageurs, nous avons tous, parties civiles, avocats, magistrats, greffiers, laissé nos familles sur le quai, délaissé nos cabinets et formé une communauté particulière avec nos propres références que seuls nous pouvons comprendre. Jamais nous n’aurons autant voyagé qu’assis dans cette salle d’audience. Voyage dans le monde d’abord, de la Syrie à la Suède, du Maroc à l’Allemagne. Désormais nous connaissons les moindres recoins de Molenbeek, chaque détail de la salle de visio du parquet fédéral, nous savons prononcer de la bonne manière Scharbeek, Schiphol. Voyage ensuite dans cette nuit du 13 novembre 2015 que nous avons disséquée minute après minute. Voyage dans l’intime enfin, puisque nous sommes rentrés dans la vie privée de plus de 300 victimes, 300 familles, une version réelle et tragique de “La Vie Mode d’Emploi” de Georges Perec.

La cour a fait une œuvre de bénédictin elle a regardé au microscope chaque goutte de l’océan de douleur, de larmes et de sang que les attentats ont créés. Nous avons vu que chaque goutte de cet océan avait sa propre composition chimique, dosage intime de colère, de tristesse, d’amour et d’énergie voire d’humour. Alors quand s’est posée la question de plaider, mes clients qui n’ont pas voulu déposer eux-mêmes pour les raisons qui vous été exposées hier m’ont demandé de porter leur voix, leur histoire pour qu’ils ne soient pas juste un nom sur un verdict. Je vais donc essayer de vous parler de Léa, Christian et Nicolas, les trois petites gouttes qui m’ont accordé leur confiance. Ils ne se connaissaient pas avant. Leur point commun, c’est le Bataclan. Ils n’ont pas eu de blessures physiques. Pas perdu de proche. Ils souffrent seulement d’un stress post-traumatique, qu’ils arrivent à contrôler. Ils sont devenus des “intranquilles”. Comme l’a dit une partie civile, ils ont ouvert une porte qu’ils ne pourront jamais refermer. Une volonté : comprendre pas se venger. On ne soigne pas les plaies avec du vinaigre mais avec du miel.

Léa est une jeune femme d’une trentaine d’années, avocate. Ce soir du 13 novembre elle veut aller voir les Eagles of Death Metal. Elle a invité Sophie. Elles se placent près de l’estrade à gauche de la scène. Les coups de feu arrivent. Léa et Sophie se couchent à terre. Se serrent l’une contre l’autre. Léa sent que Sophie est touchée car elle sent “l’impact à travers son corps”. C’est dire la puissance du projectile. Léa répète alors comme un mantra “Je ne veux pas mourir, je veux pas mourir, je veux pas mourir”. Sophie lui dira de se taire car pendant ce temps le commando tire au coup par coup. Alors Léa s’est tue et sans doute que Sophie a sauvé Léa à ce moment-là. Juste à côté d’elles un homme tombe à terre, mort, touché par une balle. Léa et Sophie se sont abritées sous cet homme qui est devenu leur couverture de survie. Grâce à l’audience, Léa et Sophie ont découvert que cet homme s’appelait Pierre Innocenti, qu’il avait 40 ans, tenait un restaurant à Neuilly.

L’autopsie a révélé qu’il était mort instantanément, sans souffrir. Sans doute que Pierre a sauvé Léa et Sophie à ce moment-là. Enfin, Léa et Sophie ont couru au signal d’un inconnu qui a crié “maintenant on sort”. Léa et Sophie sont sorties, Sophie a pris conscience de ses blessures. Alors Léa s’est démenée pour trouver un taxi et emmener Sophie aux urgences. Sans doute que Léa a sauvé Sophie à ce moment-là. Puis, Léa a découvert qu’elle avait un lien particulier avec un des assaillants, Foued Mohamed-Aggad : il était de Strasbourg, comme elle.Puis, au fil des conversations avec un de ses frères, elle a découvert que Foued Mohamed-Aggad avait joué avec un ses amis à la Nintendo 64 à Mario Kart des années plus tôt. Alors Léa a voulu savoir comment le gamin de Wissembourg jouant à la Nintendo 64 avec un de ses amis s’était retrouvé à tirer froidement à la kalach sur celle avec qui il aurait pu partager un coca quelques années plus tôt. Mais elle n’aura pas ses réponses. La mère de Foued n’est pas venue.

Christian, c’est un colosse de 55 ans mais au cœur fissuré depuis ce 13 novembre. Comme dit Miossec dans sa chanson, Christian “il faut surtout pas le secouer, car il est plein de larmes”. Car ce 13 novembre, si Christian est sorti indemne physiquement, les terroristes lui ont volé sa vie et un peu de sa fierté. Un peu de sa fierté car Christian n’a pas été un héros ce soir-là. Il n’a sauvé personne. Il s’est sauvé, pour lui, pour sa femme, pour sa fille et pour ça il a écrasé des gens, il a marché sur des mollets, écrasé des bras. Alors il s’en veut, Christian. (…) Mais surtout les terroristes lui ont volé sa vie parce que la scène, la musique, pour Christian c’est toute sa vie. Dans les années 90, Il a été batteur en studio et sur scène. Et puis après avoir accompagné les chanteurs, il a fait tous les métiers de la scène : éclairagiste, poursuiteur pour devenir régisseur c’est-à-dire le chef d’orchestre technique d’un spectacle… Il connaît toutes les salles de France. Sa maison c’est la scène. Alors ça été très difficile pour lui de reprendre après le 13 novembre (…)

Nicolas il ne m’a pas choisi, c’est notre bâtonnier qui me l’a confié il y a un an environ. Je l’ai contacté, et silence pendant plusieurs semaines. Alors j’ai eu peur parce qu’on sait dans ce dossier que même plusieurs années après les faits, on peut mourir du 13-Novembre. J’ai insisté un peu, beaucoup et finalement il m’a répondu, nous avons pu échanger par téléphone car Nicolas habite loin de Paris. Nicolas a presque 30 ans. Avant les attentats, il était étudiant à Sciences Po, voulait devenir inspecteur du travail. Le 13 novembre, il est dans la fosse avec sa petite amie. Quand les tirs commencent, il est à terre sous d’autres gens. Et comme Léa, il sentira la vibration d’une balle touchant son voisin et aura la terrible sensation d’être le suivant. Il raconte qu’à côté de lui, il y avait deux amis et comme Léa et Sophie, l’un disait “Je veux pas mourir, Je veux pas mourir » et l’autre le rassurait. Mais contrairement à Léa et Sophie, Nicolas a entendu une détonation et comme il le dit dans sa déposition “l’individu n’a plus jamais parlé et son ami non plus”. J’ai proposé à Nicolas de retrouver qui étaient ses deux voisins pour mettre un nom sur eux. Mais Nicolas, il est absent de ce procès. Il veut y être mais ne rien savoir. Alors il a poliment écarté ma proposition.

Nicolas depuis le 13 novembre 2015 il fuit, il a fui la salle du Bataclan, puis au Canada, puis dans le cannabis. Et désormais il fuit dans la fiction. Il est libraire. Il se noie dans les livres avec une préférence pour les écrivains catholiques un peu mystiques. Il se noie dans les films. Nicolas, il est aussi très seul. L’attentat a brisé le couple qu’il formait et il n’a plus de nouvelle de sa copine qui était avec lui au Bataclan. Aux commémorations organisées dans sa ville de province pour les victimes d’attentats, il est seul, alors il est gêné. Du coup il n’y va plus. Nicolas n’est pas tout à fait seul, il a trouvé une voix, celle du Seigneur et celle du pardon. Une nuit, il m’a envoyé un SMS avec une citation de Bernanos qui plaira aux accusés car elle s’inspire des termes des condamnations des Tribunaux ecclésiastiques au moyen âge : “Tout est pardonné, toutefois nous te condamnons à demeurer en prison, au pain de tristesse et à l’eau de douleur, afin que tu pleures tes méfaits et obtiennes la miséricorde du Très Haut”.

Comme tout voyage nous connaissions le point de départ, nous savions la destination : votre verdict, mais ce 8 septembre nous ne savions pas comment se passerait la traversée. Et les premières minutes ont finalement indiqué la météo de cette audience : Salah Abdeslam s’est proclamé soldat de l’Etat islamique et nous avons eu des frissons, Monsieur le Président. Vous avez répondu calmement : “moi j’ai intérimaire sur ma fiche”, et nous avons ri. L’audience ça a été ça : l’effroi et le discours de l’Etat islamique, un président tenant son cap (un peu trop parfois peut-être) et des éclats de rires salutaires de temps en temps. On pourra s’interroger aussi sur l’aide précieuse qu’ont joué les accents bruxellois, marseillais, béarnais pour la sérénité des débats. Je retiens surtout qu’il n’y aura pas eu de haine durant cette longue audience (…)

Votre verdict marquera la fin de cette traversée dans la nuit du 13 novembre . Cette fin du procès angoisse beaucoup de parties civiles pour qui l’arrêt du procès marquera un grand vide. Alors vous devez, Monsieur le Président, Mesdames et Monsieur de la Cour, montrer que votre verdict n’est pas la fin mais un début, une promesse, la promesse de l’aube suivant cette nuit terrible. Notre confrère Henri Leclerc, sans doute le plus jeune d’entre nous, a conclu ses mémoires par cette phrase “Je crois au matin”. Si nous portons la robe, peu importe la couleur et que nous faisons le métier de défendre ou celui de juger c’est que nous croyons au matin et que la nuit, cette nuit du 13 novembre n’est pas définitive.

Alors votre verdict doit nous faire croire au matin pour celles et ceux qui sont encore englués dans cette nuit du 13 novembre, votre verdict doit nous faire croire au matin pour les enfants, ceux qui étaient dans la salle du Bataclan, les orphelins, ceux nés après avec des parents blessés au corps ou à l’âme, mais aussi ceux nés en Syrie, dans un camp qui subissent aussi une situation qu’ils n’ont pas choisie. Enfin, votre verdict doit nous faire croire au matin pour les accusés, ceux qui encourent les plus lourdes peines. Il faut espérer qu’en détention les accusés fassent le vrai djihad. Celui si bien décrit par Madame Mondeguer, le djihad qui veut dire Effort et pas Guerre. Le djihad intérieur. Cet effort est possible, Monsieur Zagury nous l’a dit et nous l’avons entrevu concernant Messieurs Abrini et Abdeslam. Cet effort qui pourrait leur faire admettre l’horreur des crimes commis et les faire s’incliner devant cet océan de malheur dont ils ont été les artisans. Alors quand enfin le matin se sera levé sur chacun, alors nous en aurons fini avec le 13 novembre 2015. »

Questions diverses

« Questions diverses » c’est la mention qu’on trouve en fin d’ordre du jour d’une assemblée, d’une réunion, quand on ne souhaite pas s’appesantir sur tel sujet, ou l’aborder rapidement sans creuser le raisonnement. C’est ce que je vais faire avec ce qui suit.

Réac ?

Pasolini et son sulfureux Salo dans la Tosca que j’ai vue à Montpellier le 11 mai dernier ? Je n’avais rien compris au propos du metteur en scène Rafael Villalobos, et je n’étais visiblement pas le seul. Forumopera se fait l’écho du clash survenu du fait du refus de Roberto Alagna et Alexandra Kurzak de participer aux représentations du Liceu à Barcelone : Passe d’armes entre Peter de Caluwe et Roberto Alagna autour de la Tosca pasolinienne .

Forumopera toujours – une mine d’informations ! – n’y va pas de main morte pour dézinguer La Forza del destino présentée à Francfort : Déconstruction à marche forcée.

J’avoue que je me range sans vergogne du côté des réacs, si respecter une oeuvre, la servir plutôt que s’en servir, respecter un auteur, un compositeur – ce que je considère comme une valeur cardinale pour ceux qui prétendent faire oeuvre de culture – doit vous placer dans ce camp.

Un Tarfuffe à Montpellier

Toujours à Montpellier la semaine dernière, je ne voulais pas manquer le début du Printemps des comédiens, qui de l’avis général est devenu le grand frère du Festival d’Avignon sous la conduite de Jean Varela.

A Paris, je ne réussis pratiquement jamais à avoir des places à la Comédie française, soit à cause de la complexité du système de réservation, soit parce que certains spectacles sont vite complets. C’est bien sûr le cas des Molière programmés pour les 400 ans de la naissance de Jean-Baptiste Poquelin. C’est donc à l’Amphithéâtre du Domaine d’O que j’ai pu voir Tartuffe ou l’hypocrite mis en scène par Ivo Van Hove. La critique du Monde, Fabienne Darge, qui, elle, ne passe pas pour une réac, dit pourtant clair et net que : En ouverture de la saison Molière, le Belge Ivo van Hove s’empare de la version non censurée de la pièce dans une mise en scène efficace mais sans mystère à force d’effets faciles. « Un Tartuffe plus choc et chic que moderne ».

Je n’étais donc pas le seul, là encore, à ne pas bien comprendre pourquoi ce Tartuffe s’ouvre une scène d’effeuillage d’un joli garçon à qui l’on fait prendre un bain, pourquoi la superbe Dominique Blanc est distribuée en Dorine, accoutrée en surveillante générale d’un pensionnat de jeunes filles (le « cachez ce sein que je ne saurais voir » fait flop puisque de poitrine il n’y a pas, et qu’elle est soigneusement cachée !), pourquoi, à l’inverse, Marina Hands (Elmire) et Christophe Montenez (Tartuffe) nous font du porno soft, comme si nous n’avions pas compris le sujet de la pièce !

Je ne déteste pas Ivo Van Hove, loin de là. Mais Molière lui résiste. Il a résisté à tout, même au passage du temps. C’est pour cela qu’il se suffit à lui-même.

No foot

Je n’ai pas de honte à l’avouer : j’ai dû assister quatre ou cinq fois dans ma vie à un match de football dans un stade, parce que j’y étais invité. J’ai, un peu plus souvent, regardé quelques grands matchs à la télévision. Ce ne sont pas les incidents de samedi soir au Stade de France – dont on parle toujours trois jours après – ni tous ceux qu’on nous relate à longueur de journaux télévisés, ce ne sont pas les montants faramineux payés aux stars si bien pensantes (on l’aime bien Kylian Mbappé, mais à ce prix-là il peut l’aimer la France et le PSG !), rien de tout cela ne va me convaincre de changer d’avis. Encore moins la coupe du monde au Qatar, dans des stades climatisés au moment où la planète est en péril. Plus personne ne proteste, plus un seul politique pour dénoncer cette absurdité. C’est le foot…

L’archet et la baguette : le roi Heinrich

C’est un patronyme porté par plusieurs grands artistes : Schiff, comme Andras, le pianiste anglais d’origine hongroise, ou comme Heinrich, le violoncelliste et chef d’orchestre allemand, disparu en 2016 à 65 ans.

Un beau (et cher) coffret Universal est récemment paru, pour un hommage mérité mais univoque puisqu’il se concentre sur l’activité d’instrumentiste de Heinrich Schiff.

Je n’ai pas toujours prêté attention à ce violoncelle généreux, qui sonne comme un orgue, à cette personnalité extravertie, aventurière dans ses choix interprétatifs et ses partenaires.

Sur un site allemand (jpc.de), j’ai trouvé un coffret qui reflète beaucoup mieux le musicien qu’était Heinrich Schiff, violoncelliste certes, mais aussi chef d’orchestre inspiré ! Et à un prix qui défie toute concurrence (voir détails ici)

De J.S.Bach à Zimmermann ou Friedrich Gulda, Neos – qui reprend en partie des enregistrements du coffret Decca – propose plusieurs « live », des duos fascinants entre Schiff et Gulda ou Christian Zacharias. Et surtout Heinrich Schiff chef d’orchestre : Beethoven, Mozart, une phénoménale 2ème symphonie de Schumann captée à Oslo, une Quatrième de Bruckner qui vaut le détour…

Depuis que j’ai reçu ce coffret, je vais de surprise en émerveillement.

Ascension

Je ne suis pas sûr qu’à part son fameux « pont », synonyme de long week-end et d’éventuels congés, l’on sache encore ce qu’est l’Ascension et le pourquoi d’un jour férié un jeudi !

Le calendrier chrétien

Rappelons donc que l’Ascension est une fête chrétienne célébrée le quarantième jour à partir de Pâques. Elle marque la dernière rencontre de Jésus avec ses disciples après sa résurrection et son élévation au ciel. Elle exprime un nouveau mode de présence du Christ, qui n’est plus visible dans le monde terrestre, mais demeure présent dans les sacrements. Elle annonce également la venue du Saint-Esprit dix jours plus tard et la formation de l’Église à l’occasion de la fête de la Pentecôte. Elle préfigure enfin pour les chrétiens la vie éternelle.

L’Ascension est un élément essentiel de la foi chrétienne : elle est mentionnée explicitement, tant dans le Symbole des apôtres que dans le Symbole de Nicée-Constantinople et donc partagée par les catholiques, les orthodoxes (l’Ascension du Seigneur est une des Douze grandes fêtes), les protestants et les fidèles des Églises antéchalcédoniennes.

Le jeudi de l’Ascension est jour férié dans plusieurs pays et célébré chaque année entre le 30 avril et le 3 juin pour le calendrier grégorien. Pour les catholiques et les protestants, en 2022, l’Ascension est le jeudi 26 mai et en 2023 elle aura lieu le 18 mai. Pour les orthodoxes, c’est respectivement le 2 juin et le 25 mai. (Source Wikipedia).

L’Ascension en musique

De manière certes moins abondante ou spectaculaire que Noël ou la période pascale, l’Ascension a inspiré les compositeurs.

On pense en premier lieu à Jean-Sébastien Bach et à sa cantate BWV 11 Lobet Gott in seinen Reichen, souvent nommée Oratorio de l’Ascension (17 mai 1735)

L’un des fils Bach, Carl Philip Emanuel (1714-1788), écrit un oratorio qui réunit deux épisodes : la Résurrection (à Pâques) et l’Ascension du Christ (1774)

Le prolifique Telemann (1681-1767) avait fait de même en 1770, quelques années avant C.P.E.Bach, sur le même livret de Karl Wilhelm Ramler.

et écrit plusieurs cantates pour ces fêtes religieuses du printemps.

Incontournable Messiaen

Au XXème siècle, le plus religieux des compositeurs français, Olivier Messiaen (1908-1992) consacre à l’Ascension deux recueils, en 1932 pour orchestre symphonique, puis en 1933 pour orgue, composés de quatre mouvements :

  1. Majesté du Christ demandant sa gloire à son Père
  2. Alleluias sereins d’une âme qui désire le Ciel
  3. Transports de joie d’une âme devant la gloire du Christ qui est la sienne
  4. Prière du Christ montant vers son Père
Deutsche Grammophon a eu la bonne idée de réunir en un coffret anniversaire (Olivier Latry vient de fêter ses 60 ans) les enregistrements de l’organiste à la tribune de Notre Dame de Paris, en particulier une intégrale de l’oeuvre d’orgue de Messiaen qui fait référence.

J’en profite pour rappeler qu’Olivier Latry est l’un des invités prestigieux de l’édition 2022 du Festival Radio France pour un récital sur les orgues de la Cathédrale Saint-Pierre de Montpellier le 20 juillet prochain, qui rendra, entre autres, hommage à César Franck à l’occasion de son bicentenaire : lefestival.eu.

Bienveillance

Est-ce un effet de l’âge ou de l’expérience singulière traversée il y a six mois ? Plus les années passent, moins je ressens la nécessité de m’indigner, de m’insurger, de critiquer. Non pas que les motifs de le faire aient disparu, on serait plutôt sur une tendance exponentielle inverse.

Tenez prenez le nouveau gouvernement ! J’ironisais gentiment vendredi sur l’attente insupportable que nous faisaient subir le président de la République et la nouvelle Première ministre (En attendant Borne I). Depuis qu’il a été annoncé, c’est le déferlement. Pas un seul, journaliste, observateur, commentateur, pour dire que, peut-être, avant de leur tomber dessus, on pourrait juste attendre de voir ce que vont faire les nouveaux nommés ! Pas beaucoup plus pour creuser un peu plus les portraits de celles et ceux qui font figures de proue de ce gouvernement, à commencer par la Première ministre – une « techno » on vous dit !

Que c’est fatigant ces caricatures ! Dans un sens ou dans l’autre… Ainsi, à écouter la longue, très longue, litanie d’autojustification de la ministre de la Culture sortante, la si médiatique Roselyne Bachelot, on pouvait avoir le sentiment d’y perdre au change avec l’arrivée d’une conseillère de l’ombre, inconnue du grand public, dotée d’un patronyme qui signale la « diversité », Rama Abdul Malak. Ceux qui ont eu affaire au ministère de la Culture ces dernières années n’ont pas du tout la même perception du bilan de la rue de Valois pendant la pandémie…En revanche, la nouvelle ministre c’est moins de paillettes mais plus de sérieux. Le milieu culturel ne l’a pas encore dézinguée. De bon augure ?

Les belles bretelles

Envie de parler d’un disque qui a peu de chances de faire le gros des ventes : ce n’est pas la première fois que l’accordéon – affectueusement désigné comme « piano à bretelles – s’empare de la musique classique.

Bogdan Laketic est un musicien né en 1994 en Serbie, aujourd’hui installé à Vienne. Il publie ces jours-ci un disque absolument enthousiasmant, comportant notamment deux grandes sonates de Haydn :

Un artiste qu’on va suivre assurément !

23 mai 1927

Il y a cinq ans, nous n’étions pas sûrs de pouvoir fêter ses 90 ans. Aujourd’hui, elle fête son 95ème anniversaire. Elle aura dans quelques jours autour d’elle tous ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ! Bon anniversaire Maman !

Cadeau pour elle.. et pour nous cet extrait d’un récital à Buenos Aires de Montserrat Caballé, une chanson populaire suisse Gsätzli. Je connaissais la version d’Elisabeth Schwarzkopf, je n’aurais jamais imaginé la cantatrice espagnole nous donner des frissons en suisse allemand !

En attendant Borne I

Qu’est-ce que c’est agaçant ce président, cette nouvelle première Ministre, qui s’obstinent à faire durer le supplice ! Que, dans les pays voisins – Belgique, Allemagne – il ait fallu plusieurs semaines voire mois pour constituer le gouvernement fédéral, peu nous chaut à nous les Français.

Qu’accessoirement l’on tienne compte des erreurs du passé – des ministres obligés de démissionner sitôt nommés, parce que en délicatesse avec les règles de transparence de la vie publique ou avec les impôts, voire cités dans des procédures – qu’on prenne donc du temps pour vérifier que les nouvelles/nouveaux ministres sont blancs comme neige, et voilà que la machine médiatique s’emballe et reproche à l’exécutif tout à la fois indécision, procrastination, voire mépris pour le peuple français !

Mais, à l’heure où j’écris ces lignes, on nous annonce cela pour cet après-midi !

Les chariots de Vangelis

Peut-être moins célèbre que son contemporain Jean-Michel Jarre, Vangelis Papathanassiou est mort hier à 79 ans. J’ai comme beaucoup d’autres écouté sans déplaisir ses bandes son de films comme Les Chariots de feu ou 1492, qui sont la signature d’une époque, ce qui n’est déjà pas si mal pour laisser une trace dans l’histoire !

Une demoiselle rajeunie

Heureux de saluer, sur Forumopera, un disque bienvenu, qui témoigne d’affinités électives évidentes entre Debussy et le chef finlandais de l’Orchestre philharmonique de Radio France : Lignes claires

Le piano irlandais

Je n’encombre pas mon blog de pub pour le prochain Festival Radio France, ça viendra peut-être ! Pourtant je suis fier que, pour parler comme les techno, dans un contexte budgétaire contraint, on offre au public une édition 2022 très British : lefestival.eu

Fier en particulier du récital qu’y donne l’un des pianistes les plus intéressants, l’Irlandais Barry Douglas, le 16 juillet prochain.

Cannes #75

J’ai dû aller à Cannes deux ou trois fois, jamais pendant le festival de cinéma. Pas de raison ni d’envie. La foire aux vanités ?.

Grâce au service public, France Télévisions, le festival de Cannes est désormais accessible au plus grand nombre. Pouvoir suivre la cérémonie d’ouverture ce mardi 17 mai en direct sur France 2, c’était le bonheur.

Une cérémonie parfaitement réglée, interventions judicieuses de Virgine Efira, les paroles justes de Forest Whitaker, et l’admirable adresse au public d’un artiste qu’on aime décidément beaucoup, le président du jury Vincent Lindon

Et puis le discours du président ukrainien – « encore? » se sont exclamés certains sur les réseaux sociaux, comme si on l’avait assez vu, comme si finalement on voulait/pouvait s’abstraire de la guerre et de ses horreurs à nos portes. Et pourtant qu’on écoute bien ce que dit Volodymyr Zelensky, et son formidable message.

Dimanche soir, je découvrais la Palme d’or du festival 2019 « Parasite ». On comprend pourquoi Cannes, et une année après, les Oscars, s’étaient emballés pour ce film.

Les palmarès de Cannes ne sont pas toujours compréhensibles, ni compris. C’est aussi ce qui fait la richesse de ce festival.

Teresa et Narcisse

Berganza l’unique

La disparition, à l’âge respectable de 89 ans, de Teresa Berganza, a suscité un légitime flot de louanges. La presse spécialisée rappelle les grands rôles qui ont marqué sa carrière sur scène et au disque. Pour ma part, j’ai un seul souvenir d’elle au concert. C’était l’été, au début des années 90, un concert au Victoria Hall, avec l’Orchestre de la Suisse romande dirigé par le regretté Jesus Lopez-Cobos. J’ai le souvenir d’un programme original – y avais-je contribué ? ma mémoire est floue. En première partie la symphonie n°60 « Il Distratto » de Haydn, en seconde partie des airs de zarzuelas chantés par… Teresa Berganza.

Teresa Berganza n’avait plus chanté depuis longtemps à Genève. A la sortie du concert, les terrasses autour du Victoria Hall étaient pleines. Lorsque nous passâmes devant pour aller dîner avec le chef et la chanteuse, nombre de gens se levèrent et l’applaudirent. Elle en fut bouleversée, pensant que les gens l’avaient oubliée…

Narcisse en son miroir

Il y a exactement huit ans Mathieu Gallet, qui avait pris ses fonctions de PDG de Radio France le 12 mai 2014, me nommait directeur de la musique de Radio France avant de m’en écarter un an plus tard parmi une quinzaine de hauts cadres de la Maison ronde qui devaient, semble-t-il, payer la longue grève du printemps 2015.

C’est dire si j’étais impatient de lire ce qui était annoncé comme un recueil de souvenirs de l’ex-PDG limogé par le CSA en janvier 2018, un an avant le terme normal de son mandat.

Les années passées par Mathieu Gallet à la tête de Radio France, de 2014 à 2018, semblent avoir été écrites pour un scénario de série. Coups tordus, trahisons : tous les ingrédients d’une intrigue qui s’est jouée dans le monde impitoyable des médias et de la politique se trouvent ici réunis. À quoi s’est ajoutée, pour pimenter le tout, la rumeur tenace d’une liaison cachée entre le futur chef de l’État, Emmanuel Macron, et le président du premier groupe radiophonique de France. Après s’être imposé une longue période de silence, Mathieu Gallet évoque pour la première fois publiquement cette histoire retentissante dans laquelle divers protagonistes ont essayé de l’impliquer en l’instrumentalisant à ses dépens. 
Des ors de la République jusqu’aux bancs du palais de Justice en passant par la Maison de la radio, ce livre retrace le parcours d’un jeune provincial qui réussit son ascension dans la société parisienne en accédant à de hautes fonctions dans le domaine de l’audiovisuel, avant de payer le prix d’un succès qui a heurté les intérêts de certains et dérangé les calculs des autres. 
Mathieu Gallet rappelle son action à la tête de Radio France, marquée par un profond mouvement de transformation qui, après des débuts chahutés, a permis à l’entreprise de se mettre en ordre de marche pour se trouver aujourd’hui dans la situa tion enviable de leader. À l’heure où les médias publics sont mis en cause et fragilisés, il dessine des perspectives pour que ce bien commun soit préservé et renforcé. 
Cette période de sa vie a correspondu au temps d’une relation amoureuse, étrangère à celle que la rumeur lui prê tait. Elle aura beaucoup compté dans la prise de conscience de ce qu’il doit à ses origines sociales et à sa vie personnelle : la capacité de tout affronter dans un univers où règne trop souvent la violence des jeux de pouvoir.
(Présentation de l’éditeur)

En ce qui concerne le domaine dont j’étais chargé, l’ex-PDG de Radio France se met à son avantage et révèle à tout le moins une naïveté, d’autres diront candeur (Lire : Ma part de vérité).

« Forcément autocentrées, pleines de détails intimes dont l’auteur aurait pu se passer, ces Illusions perdues à la première personne décrivent avec un certain cran un petit monde politico-médiatique, dont le jeune provincial fut un temps un des rois éblouis pour en devenir, selon lui, une victime expiatoire » (Le Point, 12 mai 2022)

Dans un livre de 324 pages qui aurait pu aisément tenir en cent, si l’auteur avait évité de très longues et inutiles digressions sur sa famille, ses parents, ses grands-mères, et nous avait épargné les voyages et week-ends en amoureux qui rythment son récit, on en apprend finalement peu sur la réalité et le contenu des missions dont Mathieu Gallet avait été chargé à la tête de l’INA et bien sûr de Radio France. En revanche, l’auteur s’y entend en name dropping, et les people avec qui il dînait ou festoyait ne seront peut-être pas très heureux de retrouver tant de détails personnels.

Et bien sûr le livre tourne et retourne autour de la fameuse « rumeur » de sa liaison supposée avec le futur (et l’actuel) président de la République. Tout a été dit depuis 2017 sur le sujet, le seul reproche que MG puisse se faire c’est d’avoir alors traité le sujet avec la désinvolture qui fait une partie de son charme.

Le livre a un mérite : celui de prouver qu’un provincial, peu diplômé, qui n’est passé par aucune grande école ni la fonction publique, peut accéder à des postes importants – les quatre années qu’il a passées à la tête de Radio France peuvent vraiment être mises à son crédit -, de prouver aussi que, faute d’appartenir aux grands corps, aux réseaux puissants qui tiennent les lieux de pouvoir, on peut se retrouver du jour au lendemain déchu de tout.

Le baryton oublié

Dans un article de 2017 – Blocs de bonheur – j’avais déjà évoqué ce baryton allemand qui fête ses 70 ans, qui n’a jamais eu la notoriété d’un Mathias Goerne, ou a fortiori d’un Fischer-Dieskau.

Le label australien Eloquence a – une fois de plus – la très bonne idée de republier en un coffret de 13 CD ce que Wolfgang Holzmair a enregistré dans les années 80 pour Philips.

Comme Mathias Goerne, la voix, le timbre de Wolfgang Holzmair peuvent déranger, voire déplaire. Et pourtant, dès la première fois où je l’ai entendu, j’ai aimé ce chanteur qui vivait, incarnait de l’intérieur, d’abord les trois grands cycles de Lieder de Schubert (Winterreise, Die schöne Müllerin, Schwanengesang) cherchant moins la beauté du chant que la vérité du texte.

J’ai un souvenir très précis d’une émission Disques en Lice dont l’invité était le pianiste allemand Christian Zacharias. François Hudry avait mis en comparaison – à l’aveugle – plusieurs versions de La belle meunière de Schubert (lire Holzmair à la grange de Meslay) Lorsque Zacharias entend la version de Holzmair, il s’exclame qu’il n’a jamais entendu quelque chose de plus juste, de plus « schubertien ». A la fin de l’émission, il demandera les coordonnées de ce chanteur qui l’a bouleversé, Wolfgang Holzmair. Ils feront plusieurs concerts ensemble.

Plus récemment, le pianiste et producteur de France Musique, Philippe Cassard, s’est attaché avec le même enthousiasme à faire entendre ce chanteur si amoureux de la mélodie française.

On chérit particulièrement le récital de mélodies françaises, notamment des Duparc de toute beauté, enregistré avec le pianiste suisse Gérard Wyss. On est moins convaincu par le disque plus tardif qu’on ne connaissait pas avec la pianiste Maria Belooussova.

De nouveau, grâce à Cyrus Meher-Homji, le patron du label australien, on dispose d’un merveilleux ensemble qui honore un artiste qui ne cesse d’émouvoir.

La grande porte de Kiev (X) : du piano d’Ukraine

Plus d’un mois après ma dernière chronique – La grande porte de Kiev – consacrée à Sviatoslav Richter, en ce 9 mai qui devrait fêter l’Europe unie, libre et pacifique, à l’heure où j’écris ces lignes, des chaînes d’info en continu s’apprêtent à satisfaire la curiosité morbide et malsaine de certains en diffusant le défilé militaire de Moscou. L’Ukraine résiste toujours à l’invasion décrétée le 24 février par Poutine, les héros ne seront pas sur la Place rouge ce matin.

L’Ukraine à Bruxelles

Au hasard de mes souvenirs et de mes écoutes, deux pianistes originaires d’Ukraine me reviennent, qui sont liés à la Belgique et à son Concours Reine Elisabeth.

Vitaly Samoshko est ce grand garçon au sourire rayonnant qui a gagné le Premier prix du concours en 1999 et dont j’ai fait la connaissance quelques semaines après ma nomination à la direction générale de l’Orchestre philharmonique de Liège. Il est né en 1973 dans cette ville tristement placée dans l’actualité de ces dernières semaines, Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine. Il a été de plusieurs de mes aventures liégeoises (par exemple un triple concerto de Beethoven, le 14 septembre 2002, au festival de Besançon, sous la direction de Louis. Langrée)

Sergei Edelmann est, lui, né en 1960 à Lviv. Il a figuré au palmarès du concours Reine Elisabeth en 1983 (6ème prix) et a, dans la foulée, enregistré une série de disques pour RCA à New York, un coffret jadis acheté à Tokyo !

J’avoue ne pas avoir suivi les carrières de l’un et de l’autre, que je ne vois plus guère sur les affiches des concerts ou des festivals que je suis.

L’Ukraine à La Roque

Vadym Kholodenko est né à Kiev en 1986. Il remporte en 2013 le Grand Prix du concours Van Cliburn de Fort Worth (Texas) aux Etats-Unis. Trois ans plus tard il figure à la rubrique « faits divers » de la presse à sensation, victime d’un épouvantable drame familial.

À la différence de ses deux aînés, cités plus haut, Kholodenko poursuit une carrière active. C’est notamment un fidèle du festival de piano de La Roque d’Anthéron, où il jouera de nouveau cet été, le 24 juillet, à l’invitation de mon ami René Martin.

Marie-Aude Roux écrivait dans Le Monde du 26 juillet 2021 : Le jeu de Kholodenko est fluide et clair, profond, un toucher qui multiplie couleurs et dynamiques, de la percussion à cette ligne de legato perlé que couronne la délicatesse d’un trille. Si la ferveur et la tension de l’orchestre sont permanentes, l’absence d’efforts du pianiste est olympienne. L’Ukrainien, qui a donné son premier concert à 13 ans aux Etats-Unis, où il a remporté le prestigieux Concours international de piano Van Cliburn, en 2013, au Texas, fait sans conteste partie du superbe vivier de l’école russe, dont il a suivi l’enseignement au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou dans la classe de la réputée Vera Gornostaeva.