Don Carlo

Le ténor Carlo BERGONZI est mort hier quelques jours après son 90ème anniversaire. Né en Emilie Romagne le 13 juillet 1924, il s’est éteint à Milan ce 25 juillet 2014.

J’ai un seul souvenir de lui en récital.. à 70 ans, salle Gaveau à Paris, où il proposait un programme de chansons italiennes. Quel coffre, quel souffle, quel style, quelle allure encore à cet âge.

Et ce délicieux chuintement reconnaissable entre tous !

Une carrière exemplaire, une classe, un éclat vocal, une distinction incomparables dans tous les rôles qu’il a abordés avec sagesse : le ténor verdien par excellence

511rdiRW8VL._SY355_.jpg

S’il fallait ne retenir qu’un seul de tous ces enregistrements exceptionnels, ce serait la version insurpassée de Don Carlo dirigée par Georg Solti, avec une distribution éblouissante : Carlo Bergonzi, Nikolai Ghiaurov, Dietrich Fischer-Dieskau, Renata Tebaldi, Grace Bumbry..

616Z8GWGSNL._SY355_.jpg

Au début des années 70, à l’apogée de ses moyens vocaux, Carlo Bergonzi avait réalisé pour Philips une magnifique anthologie d’airs de ténor des opéras de Verdi, heureusement rééditée l’an passé :

51jRdcus3sL._SX355_.jpg

81Sym9fM3-L._SX355_.jpg

Dans plusieurs opéras de Verdi, Bergonzi est un récidiviste. Ainsi dans le coffret Decca le trouve-t-on dans la première Traviata de Joan Sutherland – la plus belle selon certains – . Mais j’ai une affection toute particulière pour la version proche de la perfection de Georges Prêtre dirigeant en 1967 une Montserrat Caballé inégalée :

71mkgHCMSYL._SY355_.jpg

Mais Carlo Bergonzi c’est aussi Puccini, une Bohème, une Madame Butterfly, où il fait couple avec Renata Tebaldi sous la houlette de Tullio Serafin. Solaire, stylé, émouvant.

51Ld6XAxy-L._SY355_PJautoripBadge,BottomRight,4,-40_OU11__.jpg

51EgHOpHUAL._SY300_.jpg
C’est encore un modèle dans des ouvrages où le mauvais goût n’épargne pas tous les ténors à glotte : Cavalleria Rusticana de Mascagni et Pagliacci deLeoncavallo, dans les enregistrements scaligères de référence de Karajan :51thmE0iE2L._SX300_.jpg

612MNYRWQCL.__PJautoripBadge,BottomRight,4,-40_OU11__.gif

 

Inextinguible

Salles combles pour tous les concerts auxquels j’ai assisté depuis que je suis à Montpellier. Il doit bien y avoir une raison à ce succès public !

En réalité c’est un ensemble de facteurs, mais le premier est l’originalité de la programmation. La marque de fabrique du Festival de Radio France Montpellier Languedoc Roussillon depuis ses origines.

L’Orchestre National et Alain Altinoglu jeudi dernier, plusieurs Lieder de Schubert orchestrés par Reger, un jeune ténor qui promet, en troupe à l’opéra de Vienne, encore un peu vert dans ce répertoire. Salle Berlioz du Corum pleine.

Vendredi et samedi l’Orchestre Philharmonique de Radio-France sous la houlette tressautante du fantasque et tout jeune Santtu-Matias Rouvali. Du tout Ravel – un peu en déficit de sensualité – aux trop rares Cloches de Rachmaninov, un festival de sonorités, d’explosions orchestrales et chorales. Le Corum trépidant, ovations interminables.

Hier un programme proposé par l’Orchestre national de Lille et son chef historique, Jean-Claude Casadesus – en rapport direct avec le thème du festival – le centenaire de la Grande Guerre . Adam Laloum jouait pour la première fois le Concerto pour la main gauche de Ravel, des trésors de poésie jamais entendus jusqu’alors, une technique sublimée.

Au coeur de ce programme, la 4e symphonie de Nielsen, dite Inextinguible, composée entre 1914 et 1916. Un flux sonore impérieux, tourmenté, vétilleux même, que les Lillois et leur chef défendent avec ardeur. Une grande symphonie à connaître absolument.

Même si on redécouvre l’oeuvre du contemporain danois de Sibelius, Carl Nielsen, ses six symphonies sont encore trop rares au concert. Trois versions de référence à mes yeux de la 4e symphonie :

41juqTNv1eL

Colin Davis dont ce fut l’une des dernières apparitions à la tête de « son » orchestre londonien

51aD1Y+eGtL._SY450_

Karajan qui signe avec cette somptueuse 4e symphonie l’un de ses plus beaux enregistrements

.51T1cbs-R1L._SY450_Et puis l’expert Herbert Blomstedt qui s’y est pris à deux fois (pour EMI et DECCA).

Belle interprétation de Paavo Järvi et de l’orchestre de la radio de Francfort

 

 

Un Américain de Paris

On le redoutait, le sachant malade depuis plusieurs mois : Lorin Maazel vient de mourir à 84 ans. Lui qui avait composé un unique opéra intitulé 1984 ! C’est à Paris, à Neuilly plus précisément, que naît le petit Lorin le 6 mars 1930, c’est à Paris qu’il viendra réaliser, à 27 ans, ses tout premiers enregistrements pour Deutsche Grammophon avec l’Orchestre National (à l’époque « de la RTF » puis « de France ») dont il sera l’un des prestigieux directeurs musicaux de 1977 à 1991.

10547238_10202860599810907_4643313155111943073_o

Le seul examen des fonctions qu’il a occupées durant une carrière exceptionnellement longue (le petit Maazel avait commencé à diriger à 11 ans!) donne le tournis : Londres, Munich, Vienne, Berlin, Paris, New York, Cleveland, Pittsburgh, plus récemment Valence, tous les grands orchestres, toutes les grandes scènes d’opéra. La discographie de Lorin Maazel est à l’image de sa carrière, surabondante, trop peut-être, mais avec des réussites exemplaires, parfois insurpassées.

À mes oreilles, le plus grand Maazel se trouve dans ses gravures des années 60 et 70. Plus tard l’effet l’emportera souvent sur l’inspiration, l’emphase sur le style.

Sous réserve d’inventaire, une première sélection, celle du coeur :

41OKtIHGJFL._SY450_

Le titre de ce coffret est partiellement incorrect, puisque c’est avec le National qu’un Lorin Maazel de 28 ans gravait la 1ere et la 41eme symphonies de Mozart, toutes en énergie à défaut de subtilité. Fabuleuses 5eme et 6eme symphonies de Beethoven, juvéniles symphonies de Schubert.

C’est à la même époque, toujours avec le National, que Lorin Maazel grave deux versions jamais dépassées de L’Enfant et les Sortilèges et de l’Heure espagnole de Ravel

61onwlzG4kL

Suivront pour Decca, au mitan des années 60, des intégrales des symphonies de Sibelius et de Tchaikovski, qui sont demeurées des références – même en regard des remakes ultérieurs du même chef – et sont regroupées dans un coffret qui vient de sortir :

51nlt34NQeL._SX450_

Du temps de son mandat de directeur musical de l’Orchestre National de France, Lorin Maazel a réalisé nombre d’enregistrements de musique française, aujourd’hui difficilement trouvables. C’est par exemple lui qui a créé et enregistré avec son dédicataire, Isaac Stern, le concerto pour violon « L’arbre des songes » de Dutilleux

512YTrGdR3L._SX450_

415RcrGIaXL 51iIG2P1UoL._SL500_AA280_ 51VPQzAl+TL._SL500_AA280_51TiFv97mwL._SL500_AA280_

C’est au cours de la décennie 70 que Maazel réalise à Londres une somme exemplaire des opéras de Puccini, où sa direction à la fois précise et sensuelle fait merveille, avec des équipes idéales dans ce répertoire (Brilliant Classics avait naguère publié un coffret très bon marché de ces enregistrements, réédités séparément par Sony)

51xqu70RSTL._SX450_ 51sqvMSHdsL._SX450__PJautoripBadge,BottomRight,4,-40_OU11__ 61-iSZAuTML._SY450_ 51CFNJQ7FTL._SY450_

Pour le fidèle du Concert de Nouvel An de Vienne que je suis, je ne peux oublier que Lorin Maazel en a été l’invité privilégié dès la « retraite » de Willy Boskovsky, de 1980 à 2005, sans toujours laisser une trace impérissable.

61Ftaco8Q4L._SL500_AA280_

La collection Decca Eloquence australienne a réédité ces derniers mois nombre d’enregistrements réalisés à Cleveland, notamment de musique française. Lorin Maazel à son meilleur !

51EXYc9leEL._SY450_

51IN-IIvIZL._SY450__PJautoripBadge,BottomRight,4,-40_OU11__51rDMYkX5PL._SY450_ 51Q3DRTHNoL._SY450_

Impossible de parcourir une aussi riche discographie d’une traite. Il faudra y revenir, pour rendre hommage à l’un des chefs les plus incroyablement doués de sa génération, qui a parfois donné le sentiment de se laisser aller à la routine ou à la facilité, alors qu’il pouvait instantanément retrouver la fougue et l’élan de sa jeunesse.

Je garde le souvenir, il y a plus d’une vingtaine d’années, au Victoria Hall de Genève, d’un concert de tournée du Pittsburgh Symphony, dont Maazel était alors le chef. Figurait au programme la 3e symphonie « Héroïque » de Beethoven. Avec les amis de la Radio Suisse romande qui m’accompagnaient, nous craignions une lecture luxueuse mais banale, nous eûmes droit à l’une des plus magistrales et fulgurantes Eroica jamais entendues en concert…

 

Centenaires

Beaucoup de centenaires à commémorer cette année, à commencer par le début de la Première Guerre mondiale comme nul ne peut l’ignorer !

Dans le domaine musical, la liste est assez impressionnante, mais tous les centenaires n’ont pas été célébrés de la même manière, tant s’en faut.

Carlo Maria Giulini (1914-2005)a eu droit à tous les honneurs – et c’est justice – (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/04/26/vieux-sages/)Image

En revanche, rien d’organisé ni de cohérent pour Kirill Kondrachine (1914-1981). Quelques rééditions Melodia, mais rien de prévu du côté de Decca (ex-Philips) notamment une série de « live » fabuleux parus jadis dans une édition « Collector ». Lire : https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/03/06/centenaire-russe/

Pour Rafael Kubelik (1914-1996), un coffret symphonique bienvenu chez DGG (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/06/15/kubelik-symphonique-8214333.html)

Image

Rien ou si peu, en revanche, pour le grand chef polonais Witold Rowicki (1914-1986), à part une belle intégrale des Symphonies de Dvorak

Image

Félicitations en revanche à Deutsche Grammophon pour la réédition complète annoncée des enregistrements réalisés pour le label jaune par l’un des plus grands artistes du XXème siècle, le chef hongrois Ferenc Fricsay né le 31 juillet 1914, mort beaucoup trop jeune après une terrible maladie le 20 février 1963.

Image

Trois grands pianistes, nés en 1914, ont eu droit à un hommage discographique bienvenu, sinon exhaustif. Annie Fischer, Witold Malcuzynski, Jorge Bolet.

ImageImageImage

Et puis petit clin d’oeil à la doyenne d’une prestigieuse famille, Gisèle Casadesus, à son fils Jean-Claude, et à ses arrière-petits-fils les très doués musiciens de jazz David et Thomas Enhco

Image

 

 

Châteaux normands

Image

ImageImage

Retour sur une récente escapade normande, et deux étapes littéraires et historiques. À Vascoeil d’abord (ci-dessus) la belle demeure d’un personnage que plus personne ne lit aujourd’hui : Jules Michelet  (http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Michelet). Auteur pourtant d’une monumentale Histoire de France, très lié aux philosophes des Lumières.

Puis à Miromesnil, où est né Guy de Maupassant  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_de_Maupassant).

ImageImage

ImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImage

Pour ceux que cela intéresse, le château propose des chambres d’hôtes (http://www.chateaumiromesnil.com)

 

 

Sur les falaises de craie

Très mauvaise idée que de vouloir entrer dans Étretat un dimanche de Pentecôte. Un peu surpris même que la municipalité laisse le flot de voitures pénétrer jusqu’au coeur de la cité, alors que d’évidence il n’y a aucune possibilité de parcage. On contourne la difficulté en empruntant la route côtière et un discret chemin vicinal avant une longue et vivifiante balade à pied sur le haut des falaises de craie.

ImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageFoulant cette lande, on se prendrait presque pour un personnage de Maurice Leblanc… ou d’Agatha Christie… On comprend pourquoi Maupassant, Flaubert, Gide ont fréquenté et aimé les lieux, pourquoi Monet, Courbet, Boudin et bien d’autres y ont trouvé inspiration à satiété.ImageImageImageEt puis pour toute une génération – la mienne – Étretat et son aiguille creuse, c’est Arsène Lupin et celui qui l’incarnait, Georges Descrières, dans cette série très seventies qui a fait les beaux soirs de la télévision française (et le succès d’une chanson de Jacques Dutronc) :

Port de mer

Décompression bienvenue et nécessaire après une intense première semaine à Radio-France, belles rencontres, parfois inattendues au détour des couloirs ou dans les ascenseurs. Une période passionnante. Et déjà deux beaux concerts, la Maîtrise mardi, le Choeur et l’Orchestre National jeudi à Saint-Denis.

On a donc improvisé une escapade en Normandie, pas celle du Débarquement, plus au nord vers Dieppe. Il y a bien vingt ans qu’on n’était pas passé par ici. Quelques images de DIeppe et de Fécamp… ce « port de mer, qui entend le rester et le restera« , pour reprendre l’une de ces formules creuses (juillet 1960) dont le général de Gaulle avait parfois le secret.ImageImageImageImage

ImageCi-dessus Dieppe , ci-dessous Fécamp et notamment son étonnant Palais Bénédictine, la fameuse liqueur créée par un enfant du pays Alexandre Le Grand -sic- ImageImageImageImageImageImageImage

 

Heureux

François Hudry a bien fait de le rappeler : http://www.qobuz.com/info/Editoriaux/Francois-Hudry-Cum-grano-salis/N-oublions-pas-Gluck175553.

2014 est une aubaine pour les marchands d’anniversaires, dans le désordre Rameau, Richard Strauss, Carl Philip Emanuel Bach… et Gluck – liste non exhaustive. On ne parle même pas des commémorations historiques, les 70 ans du Débarquement aujourd’hui, dans quelques semaines le centenaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Dans la masse des publications et rééditions que suscitent ces anniversaires, une mention spéciale à Decca qui propose une des plus intéressantes et intelligentes compilations des grands ouvrages lyriques de Christoph Willibald von Gluck :

Image

Contenu de cette précieuse boîte :

1. Orfeo ed Euridice, version viennoise en italien (1762) / McNair, Ragin, Sieden, Gardiner

2. Orphée et Eurydice, version parisienne en français (1774) / Croft, Delunsch, Harousseau, Minkowski

3. Alceste, version parisienne (1776) / Groves, Otter, Henschel, Beuron, Tézier, Testé, Gardiner

4. Paride ed Elena / Kozena, Gritton, Sampson, Webster, McCreesh

5. Armide / Delunsch, Naouri, Le Texier, Workman, Beuron, Kozena, Minkowski

6. Iphigénie en Aulide / Otter, Van Dam, Dawson, Aler, Cachemaille, Laurence, opéra Lyon Gardiner

7. Iphigénie en Tauride / Montague, Allen, Aler, Alliot-Lugaz, Argenta, Borst, opéra Lyon Gardiner

 

Retour et départ

C’est un retour, et c’est un nouveau départ.

Image

Retour dans une maison quittée il y a quinze ans, mais dans une fonction nouvelle. Et à dire vrai un sentiment étrange. D’abord les formalités. A l’entrée B de la Maison Ronde, les huissiers filtrent les auditeurs qui attendent d’accéder aux studios d’émissions, je serais passé inaperçu sans doute si je ne m’étais pas spontanément présenté à l’un d’eux. Mon nom n’est sur aucun registre, inconnu au bataillon, normal c’est mon premier jour.. On me laisse néanmoins accéder à l’étage de la Direction de la Musique, on m’explique qu’il faut me faire des badges, m’enregistrer dans le système. Retour au rez-de-chaussée dans les locaux de la Sécurité (qui n’ont pas changé depuis 15 ans !), certains agents semblent me reconnaître, mais on m’explique qu’il faut remplir un formulaire, l’envoyer à tel service, récupérer une photo, etc.. Autre question piège, l’usage du parking de la Maison ronde, c’est un autre service. Je passe le reste, la connexion au réseau, le téléphone, bref les outils de base…l’impression d’un retour en arrière !

Dans l’ascenseur, dans les couloirs, visages connus, qui m’abordent avec beaucoup de sympathie, d’autres moins connus que je soupçonne de s’être opportunément placés sur mon parcours, en demande d’un rendez-vous… le plus tôt possible évidemment.

Garder la tête froide, rester concentré sur les objectifs qu’on s’est fixés, dès ce premier jour avec les cadres de la Direction de la Musique écouter, rencontrer, tracer les perspectives. Répondre aux urgences bien sûr, mais pas dans la précipitation.

L’agenda se remplit à très grande vitesse, mais je ne veux pas en être prisonnier. Garder intactes ses réserves d’énergie et d’enthousiasme.

Même programme intense toute cette semaine, mais d’abord la musique, ce soir déjà au Festival de Saint-Denis, un concert très original de la Maîtrise de Radio-France et de sa cheffe Sofi Jeannin.

Et puis garder un oeil attentif – et affectueux – sur Liège, qui vient de lancer l’appel à candidature pour pourvoir à mon remplacement (avis aux amateurs !).

 

De l’utilité des concours

Le Concours international de musique Reine Elisabeth vient de s’achever à Bruxelles, cette année il était dévolu au chant. L’année dernière c’était le piano, l’année prochaine ce sera le violon (http://www.cmireb.be/cgi?lg=fr&pag=1692&tab=87&rec=70&frm=0&par=secorig1677).

À Paris, on a un peu de mal à saisir l’engouement que suscite ce concours en Belgique – la radio, la télévision suivent quasiment toutes les épreuves, les concerts des lauréats déplacent les foules, et les passions se déchaînent (lire par exemple : http://camillederijck.over-blog.com/2014/06/cmireb2014-les-regrets-et-les-joies.html )

Image

Depuis que je suis dans le métier, je n’ai cessé de m’interroger sur l’utilité, voire la pertinence de ce genre de compétitions. Je ne sais plus quel grand pianiste (Claudio Arrau ?) aurait déclaré que les concours c’était bon pour les chevaux… pas pour les musiciens !

J’ai moi-même siégé plusieurs fois (et avec beaucoup de bonheur) dans des jurys de grands concours (Genève, Besançon par exemple). Mais là n’est pas la question…

Les concours sont-ils utiles pour les musiciens, pour le public, pour la musique ?

Trois questions, trois réponses qui ne concordent pas nécessairement.

1. Le grand concours de réputation internationale est-il nécessaire pour un jeune artiste qui veut se lancer dans la carrière ? Réponse à la normande : oui et non. Je suis sûr qu’on arriverait à dresser des listes d’importance équivalente d’une part des grands musiciens qui n’ont jamais eu besoin de concours pour réussir, d’autre part d’autres grands musiciens qu’un (ou des) concours ont mis sur l’orbite d’une grande carrière.

Je ne sache pas que Richter, Arrau, Rubinstein ou Horowitz aient dû leur réputation et leur carrière à un concours. En revanche, l’incroyable succès d’une adolescente argentine à Genève puis à Varsovie (Martha Argerich) a agi comme une révélation pour toute l’Europe mélomane.

Le concours est aussi, malheureusement, un miroir aux alouettes pour des dizaines, voire des centaines, de jeunes talents qui ne survivent pas à l’épreuve et à la notoriété éphémère qui en résulte.

2. Le concours est-il utile pour le public ? Sans doute, la mention d’un prix, d’une distinction, d’un concours prestigieux dans la « bio » d’un artiste, a-t-elle une petite influence sur le public. En tous cas, en Belgique, l’estampille « Lauréat du Concours Reine Elisabeth » pèse d’un poids non négligeable dans la notoriété d’un musicien, et durablement (des pianistes comme Frank Braley ou notre regrettée Brigitte Engerer peuvent en attester).

Un concours (comme le Reine Elisabeth qui fait salles et audience combles chaque mois de mai) a-t-il des effets positifs sur la vie musicale, la fréquentation des salles de concert ou d’opéra ? J’ai beaucoup plus de doutes.