Tristesse

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Michel Legrand (24 février 1932-26 janvier 2019)

Il y a trois ans déjà j’écrivais ceci : La mort et la tristesse et en mai dernier : Immortels

Pourquoi pleurer la mort d’un musicien, d’un artiste, d’un créateur ? Pour ses proches, la douleur, la peine, la tristesse sont compréhensibles, mais pour nous autres qui ne les avons connus que de loin ou par le seul truchement d’un média, quel sens notre affliction a-t-elle, surtout si elle s’affiche d’abondance sur les réseaux sociaux ? Comme s’il fallait participer à l’émotion collective obligée…

….En quoi une mort doit-elle nécessairement être triste (ah la formule convenue : « apprend avec tristesse la disparition de… ») ? en quoi et pourquoi devrait-elle nous attrister, nous affecter ?

La perte d’un proche, la mort d’un père, d’une mère, d’un enfant,  d’un être aimé, la tragique réalité de sa disparition de notre existence, de l’obligation qui nous est faite de continuer à vivre sans lui, en son absence, c’est une tristesse infinie, beaucoup plus, une douleur, un chagrin inépuisables. Que vos amis, vos relations, ceux qui vous sont connectés sur les réseaux sociaux, partagent votre peine, vous réconfortent, vous soutiennent, peut sinon atténuer votre douleur, du moins alléger le poids de cette mort. J’aime ce mot  de condoléances qui en rejoint un autre, tout aussi fort, la compassion.

Mais lorsqu’il s’agit de la disparition d’une célébrité de la politique, de la littérature, de la chanson, de la musique, de la scène, il n’y a pas de séparation, d’absence. Notre vie ne s’en trouve pas bouleversée…

Mardi dernier, lorsque j’ai appris l’accident de la route qui avait ôté la vie à un jeune (31 ans) et talentueux photographe de mes amis, j’ai été bouleversé, j’ai éprouvé une infinie tristesse, j’ai partagé la douleur de ses amis, de sa famille. Nous restent les souvenirs des beaux jours et ses photos.

Quand ce matin j’ai appris la mort de Michel Legrandje ne me suis pas cru obligé d’écrire des RIP sur les réseaux sociaux ou d’exprimer mon émotion ou ma tristesse. Ni de reprendre les « nécros » que les médias ont dégainées dès la nouvelle connue.

Sa disparition ne change rien à la célébrité, ni à l’universalité du talent de Michel Legrand. Que les hommages qui lui sont rendus permettent de redécouvrir les aspects moins connus de sa carrière et de sa création, on s’en réjouit.

Michel Legrand est mort, sa musique demeure, vive, vivante.