Giscard et la princesse

A force d’avoir été longtemps présenté comme le plus jeune ministre, le plus jeune président, on a fini par oublier que Valéry Giscard d’Estaing avait atteint un âge canonique : 90 ans le 2 février dernier. Avec 48 heures de retard, Happy Birthday Mr. President !

C’est si loin la présidence de Giscard, si flou aussi, injuste souvent.

Du coup, j’ai regardé les deux longs entretiens que l’ex-président a accordés au neveu de son successeur, Frédéric Mitterrand plutôt bon dans cet exercice inédit :

Vraiment étonnant, à voir absolument. D’abord parce qu’ils sont devenus rares les personnages de cette envergure qui ont traversé le siècle dernier, et que VGE reste d’une vivacité intellectuelle étonnante. Ces deux entretiens ont pour titre : Sans rancune, sans retenue. Voire…

Les circonstances de la vie m’ont fait approcher Giscard à quelques reprises, sans que je l’aie souhaité. Trois souvenirs me reviennent, dont un, étrange et récent.

1982, je suis jeune attaché parlementaire d’un nouveau député de Haute-Savoie, à Thonon-les-Bains. Pour je ne sais plus quelle raison, le président battu l’année précédente s’est annoncé dans la sous-préfecture des bords du Léman. D’abord un petit déjeuner avec quelques élus locaux, Giscard était l’invité la veille d’une émission de télévision suisse, les participants sont pétrifiés quand la haute stature de l’ancien président pénètre dans la salle à manger du bistrot où une table a été dressée. J’essaie de dérider l’atmosphère en félicitant VGE pour sa prestation de la veille…Le petit déjeuner sera à peine plus animé, personne n’osant engager la conversation avec quelqu’un qui ne suscite pas vraiment la familiarité ! Nous rejoignons ensuite à pied l’Hôtel de Ville tout proche où le Maire – élu en 1980 -a prévu de recevoir Giscard en compagnie de son prédécesseur Georges Pianta, qui avait été élu à l’Assemblée Nationale en 1956 la même année que l’ex-président. S’ensuit un dialogue extraordinaire. Georges Pianta pour montrer sa grande proximité avec son ancien collègue s’adresse à Giscard en le tutoyant d’abondance – je perçois une certaine crispation dans le visage impassible de l’interpellé – Giscard lui répond en commençant par : « Georges, je crois que nous nous tutoyons… » L’impertinent était renvoyé dans ses cordes… (Cela rappelle une anecdote tout aussi célèbre concernant Mitterrand : un obscur secrétaire fédéral de province accueillant le patron du PS à sa descente de train lui demande « Camarade je peux te tutoyer n’est-ce pas ? » Réponse : « Vous faites comme vous voulez » !)

1985, je suis en Auvergne l’été pendant une semaine politique. Impossible de ne pas inviter le député du coin, Giscard lui-même, qui, en toute chimplichité (!) arrive au volant de sa voiture pour déjeuner avec les jeunes présents et une brochette d’élus ruraux. Je surprends à la fin du repas un dialogue entre le maire d’une petite commune et l’ancien président, l’élu évoque un petit problème à régler, le député de lui répondre : « Vous me faites une petite note sur le sujet ? »… On ne se refait pas !

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2012, 31 octobre au Théâtre des Champs-Elysées à Paris. Liège a décidé un déploiement en force – un concert exceptionnel avec les forces de l’Orchestre philharmonique de Liège, et celles de l’Opéra royal de Wallonie, choeur et orchestre, sous les baguettes de leurs directeurs musicaux Christian Arming et Paolo Arrivabeni. Pour promouvoir la candidature de la Cité ardente à l’organisation d’une Exposition internationale en 2017 – quelques semaines plus tard c’est la capitale du si démocratique Kazakhstan, Astana, qui sera choisie – !

Plusieurs personnalités sont attendues, dont l’ancien président de la République et son épouse. Le hasard fait que je me trouve sur le trottoir devant le théâtre de l’avenue Montaigne, lorsqu’arrive la voiture de Giscard, et en dehors d’un chargé de protocole de la Mairie de Paris, personne n’est présent pour accueillir et prendre en charge quelqu’un qui a droit à certains égards protocolaires. Je comprends d’un regard que je vais devoir me transformer pour quelques longues minutes en « accompagnateur » du couple Valéry-Anne Aymone. Je les conduis au premier étage du théâtre dans un petit salon réservé aux hôtes de marque, en sa qualité de plus haute personnalité française présente c’est à VGE que reviendra d’accueillir le Prince Philippe de Belgique (il ne deviendra Roi que l’année suivante à l’abdication de son père Albert) et sa femme la Princesse Mathilde. Pour passer le temps, j’explique à Giscard Liège, le programme du soir, César Franck, etc. Il fait mine de s’intéresser à ce que je lui raconte. Arrive bientôt le couple princier, Giscard retrouve tous les réflexes du grand séducteur qu’il a été, et fait un numéro de charme incroyable à Mathilde, il lui explique le programme du concert, le grand intérêt qu’il éprouve pour César Franck (!) et la jeune princesse de lui répondre qu’elle et son mari ont beaucoup aimé le spectacle de réouverture de l’opéra de Liège, quelques semaines plus tôt : un opéra de jeunesse du père Franck, Stradella. Preuve que les grands de ce monde peuvent parfois échapper aux banalités d’usage. La future reine de Belgique et le vieux président dissertant sur Franck, c’est un souvenir que je ne suis pas près d’oublier…

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Souvenirs mêlés

Ce blog va prendre le rythme des vacances qui approchent. Avant une échappée ibérique, quelques souvenirs en vrac, tout récents ou plus anciens.

J’apprends la mort ce matin du pianiste tchèque  Ivan Moravec. J’ai beaucoup de ses disques, des Chopin, Brahms, Beethoven, Mozart, il faudra que je les réécoute pour me convaincre que c’est mieux et plus que du grand piano sérieux, ce qui n’est déjà pas si mal !

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Je l’avais invité à la fin des années 80 au studio Ansermet de la Radio Suisse Romande à Genève, sur la recommandation d’un agent artistique. Une allure de fonctionnaire soviétique d’un roman de John Le Carré, une prestation plutôt ratée du 20ème concerto (le ré mineur) de Mozart, la pression du direct ? Mais quand Tom Deacon l’avait retenu dans sa monumentale collection des Grands Pianistes du XXème siècle, j’avais redécouvert un interprète attachant sinon transcendant.

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Etrange comme Montpellier et ce festival 2015 m’ont ramené à mes années suisses. Un soir au concert assis à ma droite l’ex-grand boss radio de l’UER, celui qui a eu la bien curieuse idée de me recruter en 1986 comme « producteur responsable de la musique symphonique » – c’était l’intitulé exact du poste, ça ne s’invente pas ! – de la Radio Suisse Romande. Ni lui ni moi n’aurions imaginé alors ce que serait la suite du parcours…

Dans les couloirs du Corum avant hier, un ancien proviseur du lycée de Thonon-les-Bains,  dans la salle, un autre ancien proviseur genevois celui-là, venu pour François-Frédéric Guy et son intégrale des concertos de Beethoven…

Sur Facebook, une info glanée au vol : la réédition, avec une couverture pas vraiment sexy, mais tellement dans la ligne austère, on allait dire calviniste, du label suisse fondé par Marguerite Dütschler, Claves, d’une intégrale des symphonies de Schubert, passée inaperçue à sa publication : mon cher Marcello Viotti, bien trop tôt disparu d’une crise cardiaque à 50 ans en 2005, avait enregistré ces Schubert à Sarrebrück. Je me suis précipité pour les télécharger, et j’ai retrouvé le chef fougueux, romantique, si proche de l’esprit de Schubert, que j’avais connu pendant mes années romandes.

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Et pour achever le tableau, je me repose ce lundi des (belles) fatigues montpelliéraines  chez un ami rencontré à la Radio Suisse Romande, avec qui j’ai partagé tant d’aventures radiophoniques et musicales, qui s’est établi sous des ciels jadis chers à Henri Dutilleux, à l’exact confluent des Deux-Sèvres, de la Vienne et du Maine-et-Loire et je m’apprête à découvrir un tout jeune pianiste de sa famille qui travaille auprès de Nelson Goerner… la boucle est bouclée.

Dernière recommandation : consulter toutes les photos, magnifiques, de Marc Ginot sur http://www.festivalradiofrancemontpellier.com.

Le mur

Deux souvenirs de la chute du Mur de Berlin.

Tout juste rentré des Etats-Unis où j’avais accompagné une tournée de l’Orchestre de la Suisse Romande, un peu décalé, je regardais la télévision avec ma petite famille à Thonon-les-Bains. Impossible de décrocher de ces images incroyables. Et de ne pas penser aux amis roumains qui nous avaient rendu visite à l’automne 1987 et qui attendraient encore quelques semaines pour accomplir leur propre Révolution.

Le lendemain je repartais pour Barcelone, et son extraordinaire Palau de la Musica, Armin Jordan devait diriger avec ses musiciens romands et l’Orfeo Catala une oeuvre qui prit ce jour-là un relief tout particulier, cette vaste fresque humaniste, en refus de la guerre, des guerres, le War Requiem de Britten.

25 ans ont passé, il en faudra plus pour effacer les traces dans les esprits, les comportements, et même les coeurs, de ceux qui ont subi ce Mur de la honte.

Il reste aujourd’hui cette sorte de musée à ciel ouvert réalisé sur des pans de l’ancien Mur, qu’on peut voir après la monumentale Karl Marx Allee

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