Wo die Zitronen blühn

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Tout apprenti germaniste a un jour appris par coeur La chanson de Mignon / Mignon’s Lied, l’un des plus célèbres poèmes de Goethe

Kennst du das Land, wo die Zitronen blühn / Connais tu le pays des citronniers en fleurs
Im dunklen Laub die Goldorangen glühn / Et des oranges d’or dans le sombre feuillage
Ein sanfter Wind vom blauen Himmel weht / De la brise soufflant doucement du ciel bleu
Die Myrte still und hoch der Lorbeer steht? /  Du myrte silencieux et des hauts lauriers droits
Kennst du es wohl? / Le connais-tu bien ?
Dahin, dahin / Là-bas, là-bas
Möcht ich mit dir, o mein Geliebter, ziehn! / Je voudrais ô mon amour m’en aller avec toi

Kennst du das Haus? Auf Säulen ruht sein Dach / Connais-tu la maison ? Son toit posé sur des colonnes
Es glänzt der Saal, es schimmert das Gemach / La chambre aux doux reflets, la salle lumineuse
Und Marmorbilder stehn und sehn mich an / Et les statues de marbre qui me regardent
Was hat man dir, du armes Kind, getan / Que t’a-t-on fait, mon pauvre enfant ?
Kennst du es wohl? / Le connais-tu bien ?
Dahin, dahin / Là-bas, là-bas
Möcht ich mit dir, o mein Beschützer, ziehn! / Je voudrais, ô mon protecteur, m’en aller avec toi

Kennst du den Berg und seinen Wolkensteg? / Connais-tu la montagne et le sentier dans les nuées ?
Das Maultier sucht im Nebel seinen Weg / Le muletier cherche son chemin dans la brume
In Höhlen wohnt der Drachen alte Brut / Dans les grottes se cache l’engeance des dragons
Es stürzt der Fels und über ihn die Flut / Le rocher s’y écrase submergé par les eaux
Kennst du ihn wohl? / Le connais-tu bien ?
Dahin, dahin / Là-bas, 
Geht unser Weg / C’est là-bas que va notre chemin
O Vater, lass uns ziehn! Ô père, partons-y*

Depuis quelques jours, je suis dans « ce pays où fleurissent les citronniers« , la péninsule de Sorrenteoù l’on fabrique le fameux limoncello

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Des photos suivront sur Le monde en images.

Mais, arrivant dans le jardin du petit hôtel où j’ai trouvé refuge à l’écart de la foule – ce qui est un exploit dans la région au mois d’août ! -, planté de citronniers et d’orangers, j’ai aussitôt pensé à Strauss, Schubert, Wolf, Duparc et même Ambroise Thomas !

Johann Strauss fils et sa valse Wo die Zitronen blühen op.364 initialement appelée « Bella Italia », créée en 1874 pendant une tournée italienne du célèbre violoniste/chef d’orchestre/compositeur.

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Schubert  bien sûr et sa série de Lieder inspirée des Années d’apprentissage de Wilhelm Meister de Goethe

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Hugo Wolf puise aux mêmes sources, mais l’atmosphère se fait plus sombre.

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Henri Duparc confie une Romance de Mignon (1869)de pure beauté sur un poème de Victor Wilder, beaucoup plus proche du poème de Goethe que les traductions françaises les plus connues (* voir ci-dessous)

 

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On n’est pas obligé d’écouter ni même d’aimer l’opéra d’Ambroise Thomas, Mignon, pour apprécier cet air ravissant, dans la voix fruitée, à la prononciation française délicieusement artificielle, de Frederica von Stade

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Et pourquoi pas se replonger dans ce bouquin, qui m’était, à vrai dire, tombé des mains lorsque j’avais dû le lire pendant mes études d’allemand – mais n’en est-il pas un peu toujours ainsi lorsqu’une lecture est obligée plus que choisie ? –

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* Traduction personnelle du poème de Goethe, au plus près du texte allemand et de sa poétique particulière. Assez éloignée de la traduction/trahison très fantaisiste qui est couramment utilisée depuis le XIXème siècle :

Connais-tu le pays où fleurit l’oranger?
Le pays des fruits d’or et des roses vermeilles,
Où la brise est plus douce et l’oiseau plus léger,
Où dans toute saison butinent les abeilles,
Où rayonne et sourit, comme un bienfait de Dieu,
Un éternel printemps sous un ciel toujours bleu!
Hélas! Que ne puis-je te suivre
Vers ce rivage heureux d’où le sort m’exila!
C’est là! c’est là que je voudrais vivre,
Aimer, aimer et mourir!

Connais-tu la maison où l’on m’attend là-bas?
La salle aux lambris d’or, où des hommes de marbre
M’appellent dans la nuit en me tendant les bras?
Et la cour où l’on danse à l’ombre d’un grand arbre?
Et le lac transparent où glissent sur les eaux
Mille bateaux légers pariels à des oiseaux!
Hélas! Que ne puis-je te suivre
Vers ce pays lointain d’où le sort m’exila!
C’est là! c’est là que je voudrais vivre,
Aimer, aimer et mourir!