Sous les pavés la musique (VI) : l’oreille sur le Gidon

On ne pourra pas accuser Deutsche Grammophon de ne pas avoir anticipé le 70ème anniversaire de Gidon Kremerle violoniste letton né le 27 février 1947 à Riga. Et ce pavé de 22 CD est tout simplement exceptionnel. Il ne s’agit pas, comme certains intitulés pourraient le faire croire, de l’intégrale des enregistrements du violoniste pour la marque jaune, mais de tous les concertos ou oeuvres concertantes qu’il a gravés pour Philips et DGG.

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Et sans vouloir être désagréable, ni établir d’inutiles comparaisons, ce coffret n’a pas grand chose à voir avec les pavés récents de DGG consacrés à Ithzak Perlman ou Pinchas Zukerman. Aucun des illustres confrères de Kremer n’a jamais eu cette inlassable curiosité pour les compositeurs de son temps, et cette passion pour le travail d’interprétation « historiquement informée » des grands classiques. Qui se souvient aujourd’hui du choc provoqué par l’intégrale des concertos pour violon de Mozart enregistrée avec Harnoncourt et des Wiener Philharmoniker sacrément bousculés ?

C’est grâce à Gidon Kremer que j’ai  découvert et aimé des oeuvres phares comme Offertorium de Sofia Goubaidoulinapuis les concertos de John Adams ou Philip Glass, plusieurs pièces de Schnittke et d’improbables compositeurs baltes, qu’il fut souvent le premier à « révéler » en Europe de l’Ouest.

J’ai un très beau souvenir personnel de Gidon Kremer, une tournée de l’Orchestre de la Suisse Romande à l’automne 1987 au Japon. Il partageait avec Martha Argerich le rôle de soliste invité d’Armin Jordan. Jamais plus entendu depuis interprétation plus habitée, incandescente, intense du concerto pour violon de Sibelius. Je me rappelle aussi un long entretien passionnant, enregistré dans un train, que j’avais fait pour la Radio suisse romande et qui a dû être effacé presque aussitôt (comme celui que j’avais réalisé – deux heures de bande magnétique – avec Martha Argerich !). Sibelius n’est pas dans ce coffret jaune, mais je conseille vivement ce formidable témoignage du tout jeune Kremer (23 ans) capté à Moscou avant son départ pour l’Occident.

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On l’a compris, pour moins de 60 €, ce coffret est un indispensable de toute discothèque, l’honneur d’un musicien qui a épousé son siècle et ne s’est jamais reposé sur des lauriers précoces.

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Un jeune centenaire

Rappelez-vous, pour célébrer le centenaire de Sviatoslav Richter l’an dernier, Melodiya n’avait pas lésiné : un coffret à tous égards exceptionnel (lire Edition limitée). 

Ce 19 octobre, on célèbre un autre centenaire, celui d’un autre géant du piano russe, Emil Gilels (1916-1985).

Après que ses divers éditeurs occidentaux ont anticipé, de belle manière, ce centenaire, c’est à nouveau le label russe qui propose un somptueux coffret – peut-être moins luxueux dans sa présentation que le coffret Richter – en édition limitée (à 2016 exemplaires).

Ce qui est le plus captivant dans la boîte rouge de Melodiya, ce sont tous les témoignages des jeunes années du pianiste au masque de lion, l’étendue incroyable du répertoire, une technique qui semble sans limites, et l’électricité du concert. Avec un très beau travail de remastérisation, qui n’efface pas cependant toutes les scories inhérentes à des prises de concert.

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Tous les détails et dates à lire ici : Emil Gilels centenaire 

Des bizarreries parfois, comme le Concert champêtre de Poulencécrit pour le clavecin, joué ici sur un piano délicat et enjoué, des oeuvres souvent remises sur le métier – comparaison passionnante au fil des années – des Schubert taillés dans le roc, comme d’époustouflantes Etudes symphoniques de Schumann. Mais tout vaut d’être écouté.

Regrets cependant de trouver peu de témoignages des années de maturité de Gilels en URSS. Comme si le label ex-soviétique ne disposait plus de certaines bandes , publiées par d’autres voies, comme cette intégrale survoltée des concertos de Beethoven, captée à Moscou en 1974 sous la baguette de Kurt Masur.

Ce coffret, en édition limitée, a un prix, sensiblement plus élevé que ceux qui fleurissent cet automne. C’est sur Amazon.it qu’on trouve la meilleure offre (100 € d’écart avec les sites français !).

Sous les pavés la musique (V) : tout sur Robert

On a un peu oublié aujourd’hui l’art et la personnalité de Robert Casadesus (1899-1972), le pianiste français préféré des Américains, en tout cas de George Szell.

J’ai déjà raconté, dans une précédente version de ce blog, ce rendez-vous avec Gaby Casadesus qui, à 96 ans, avait tenu à se déplacer à mon bureau de France Musique pour s’assurer que le centenaire de son mari serait bien célébré comme elle entendait qu’il le soit, par les formations et les antennes de Radio France. Elle tenait, en particulier, à ce qu’on joue Casadesus compositeur, ce qui était rien moins qu’évident… La conversation avait été passionnante avec cette dame d’une élégance et d’une courtoisie hors d’âge. Je m’étais dit qu’elle tiendrait jusqu’à ce centenaire, elle est morte six mois après à 98 ans.

Aujourd’hui nous sont restitués quantité d’enregistrements devenus introuvables, ou très partiellement réédités au fil des ans, de Robert Casadesus, de sa femme Gaby et de leur fils Jean, tragiquement disparu en 1972 à 44 ans d’un accident de voiture au Canada.

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On trouvera ci-dessous les détails de ce coffret de 30 CD, des enregistrements qui vont de 1947 à 1972. Des références déjà connues – les Ravel – et rééditées – les concertos de Mozart avec Szell, mais curieusement pas la totalité, qu’on peut avoir dans le coffret très bon marché ci-dessous. Les formidables 1er et 4eme concertos de Beethoven captés à Amsterdam avec Eduard van Beinumla sonate de Bartok pour 2 pianos et percussions (avec le neveu Jean-Claude !), mais surtout des Chopin, Bach, Scarlatti et Rameau absolument admirables. Et puis, enfin disponibles (on les avait déjà dans un import japonais) ces sonates de Brahms et Beethoven avec le complice de toujours, le violon solaire de Zino FrancescattiMais quand donc SONY se décidera-t-il à rééditer le legs américain de ce fabuleux violoniste ?

Béla Bartók (1881-1945)
Sonata for 2 pianos and percussion Sz.110
Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Concerto for piano and orchestra No.4 in C minor Op.44
Carl Maria von Weber (1786-1826)
Konzertstück for piano and orchestra in F minor Op.79
César Franck (1822-1890)
Sonata for violin and piano in A major, Symphonic Variations for piano and orchestra
Claude Debussy (1862-1918)
Arabesques, Children’s Corner, En blanc et noir, pour deux pianos, Estampes, Images Livre I et II, L’Ile joyeuse, Masques, Petite suite (for piano four hands), Préludes Livre I et II, Sonata for violin and piano in G minor, Sonata for violoncello and piano in D minor
Erik Satie (1866-1925)
Trois morceaux en forme de poire
Ernest Chausson (1855-1899)
Concert, Op.21
Franz Liszt (1811-1886)
Concerto for piano and orchestra No.2 in A major
Franz Schubert (1797-1828)
Divertimento « sur des motifs originaux francais » D.823  Andantino varié Op.84 No.1, Fantasia for piano 4 hands in F minor D.940
Frédéric Chopin (1810-1849)
Ballades, Sonata No.2 in B flat minor Op.35
Gabriel Fauré (1845-1924)
Ballad for piano and orchestra Op.19, Dolly Suite Op.56 for piano four hands, Quartet for piano and strings No.1 in C minor Op.15, Sonata for violin and piano No.1 in A minor Op.13,  Sonata for violin and piano No.2 in E minor Op.108, Two Préludes Op.103
Johann Sebastian Bach (1685-1750)
French Suite No.6 in E major BWV817, Italian Concerto in F major BWV971, Partita No.2 in C minor BWV826, Sonata No.2 in A major for violin and piano BWV1015, Toccata in E minor BWV914
Johannes Brahms (1833-1897)
Piano concerto No.2 in B flat major Op.83, Sonatas for violin and piano in A minor Op.100, in D minor Op.108, in G major Op.78 
Manuel de Falla (1876-1946)
Noches en los Jardines de España 
Jean Philippe Rameau (1683-1764)
Gavotte, Le Rappel des Oiseaux, Les Niais de Sologne, Les Sauvages

Domenico Scarlatti (1685-1757)
Sonata in A major K.533, Sonata in B minor K.27, Sonata in D major K.23, Sonata in D major K.430, Sonata in E major K.380, Sonata in G major K.14
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Concertos for piano and orchestra No.1 in C major Op.15, No.4 in G major Op.58, No.5 in E flat major Op.73 « Emperor », Sonatas No.1 in D major Op.12 No.1, No.10 in G major Op.96, No.14 in C sharp minor Op.27 No.2 « Moonlight », Sonata No.2 in A major Op.12 No.2, No.2 in A major Op.2 No.2, No.23 in F minor Op.57 « Appassionata », No.24 in F sharp major Op.78 « A Thérèse », No.26 in E flat major Op.81a « Les Adieux », No.3 in E flat major Op.12 No.3, No.31 in A flat major Op.110, No.4 in A minor Op.23, No.5 in F major Op.24 « Spring », No.6 in A major Op.30 No.1, No.7 in C minor Op.30 No.2, No.8 in G major Op.30 No.3, No.9 in A major Op.47 « Kreutzer », 
Maurice Ravel (1875-1937)
A la manière de Borodine (valse), A la manière de Chabrier, Berceuse sur le nom de Gabriel Faure, Gaspard de la nuit, Habanera, Jeux d’eau, Le Tombeau de Couperin, Ma mére l’Oye, Menuet Antique, Menuet sur le nom d’Haydn, Miroirs, Pavane pour une infante défunte, Piano concerto « for the left hand », Prélude in A minor, Sonatine, Valses nobles et sentimentales
Robert Casadesus (1899-1972)
Toccata Op.40, Sextet for piano and wind instruments Op.58, Sonata No.2 for violin and piano Op.34, Three Mediterranean Dances for 2 pianos Op.36
Robert Schumann (1810-1856)
Carnaval Op.9, Dichterliebe Op.48 (from the « Lyrisches Intermezzo » by H. Heine), Fantasia in C major Op.17, Papillons Op.2, Romance Op.28 No.2 in F sharp major, Symphonische Etüden, Waldszenen Op.82
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Andante and Variations for piano four hands in G major K.501, Concerto for 2 pianos and orchestra No.10 in E flat major K.365, Concerto for 3 pianos and orchestra No.7 in F major K.242, Concertos for piano No.12 in A major K.414, No.18 in B flat major K.456, No.20 in D minor K.466, No.21 in C minor K.467, No.22 in E flat major K.482, No.24 in C minor K.491, No.26 in D major K.537 « Coronation », piano No.27 in B flat major K.595, Concerto in F major for 3 pianos KV.242, Quintet in E flat major for piano and winds K.452, Sonata for 2 pianos in D major K.448 (K.375a), Sonatas for piano No.13 in B flat major K.333, No.14 in C minor K.457, No.17 in D major K.576
Robert Casadesus, Gaby Casadesus, Jean Casadesus, pianos, Jean-Claude Casadesus, percussions
Zino Francescatti, violin
Maurice Marechal, cello
Jean-Pierre Drouet, percussions
Pierre Bernac, barítono
André Sagnier, flute – Lucien Debray, oboe – Marcel Jean, clarinet – Gérard Tantôt, bassoon
J. de Lancie, oboe – A. Gigliotti, clarinet – B. Garfield, bassoon – M. Jones, French horn
Joseph Calvet, violin – Léon Pascal, Alto – Paul Mas, cello
Guilet Quartet
Columbia Symphony Orchestra, Dir. George Szell
Cleveland Orchestra, Dir. George Szell
Concertgebouw Orchestra, Dir: Edward van Beinum
Philadelphia Orchestra, Dir. Eugene Ormandy
Orchestre National de France, Dir. Carl Schuricht
Orchestra della RAI di Torino, Dir. Fernando Previtali
New York Philharmonic, Dir. Leonard Bernstein
New York Philharmonic, Dir. Dimitri Mitropoulos

Un conseil d’achat : pour une fois éviter les magasins et les sites en ligne qui proposent ce coffret à 100-120 €.  En le commandant directement à l’éditeur Scribendumrecordings.comil vous en coûtera 60 £ (env. 67 €), et vous le recevrez dans les huit jours par la poste.

 

La reine dans ses oeuvres

Quand on la voit sur scène, à son piano, on a peine à imaginer qu’elle a tourné les trois quarts de siècle en juin dernier (Martha A.). En classant des photos l’autre jour, je suis tombé sur celles-ci, prises en novembre 2001 à Liège, lorsque Martha Argerich avait répondu à mon invitation pour deux concerts dirigés par Armin Jordan.

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(Sur ces photos, prises au bord de la Meuse dans ce qui était le restaurant L’Héliport on aperçoit, outre Armin Jordan et Martha Argerich, le pianiste Mauricio Vallina et le chef d’orchestre Louis Langrée, alors directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Liège).

EuroArts sort un coffret de 7 DVD pour célébrer les 75 ans de la reine Martha.

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La compilation est plutôt bien faite et le minutage généreux (et le prix très raisonnable !). On retrouve le singulier documentaire, Bloody Daughter réalisé par la benjamine des filles de Martha Argerich, Stéphanie, dont le père est le pianiste américain Stephen KovacevichAinsi que le film de Georges Gachot Evening Talks, contemporain des concerts liégeois de la pianiste argentine (on y voit d’ailleurs le même jeune pianiste cubain Mauricio Vallinaqui vaut surtout pour les extraits de répétitions du concerto de Schumann.

Beaucoup d’échos de concerts récents, à Verbier, à Buenos Aires. Et deux archives tout simplement époustouflantes : le 1er concerto de Tchaikovski capté à Preston (une ville du Lancashire au nord de Liverpool) – ah la robe très seventies de Carnaby street !! – et le 3ème concerto de Prokofiev donné, la même année (1977), à Croydon. La performance de la pianiste dépasse l’entendement, l’extrême virtuosité des deux oeuvres est comme transcendée par un jeu qui semble ignorer toutes les difficultés techniques sans l’ombre d’un effort apparent. Proprement hallucinant !

En revanche, le texte de présentation aurait pu d’abord être mieux rédigé (un recopiage de la notice Wikipedia !), et surtout relu et corrigé dans ses traductions allemande et française. Le Concours international de Genève (Geneva Competition), devient ainsi soit Genua, soit Gênes.

Un généreux coffret pour tous les amoureux de la reine Martha !

 

 

Sous les pavés la musique (III) : le grand Charles

Sony s’est fait une spécialité de la réédition exhaustive du prestigieux fonds de catalogue du label américain RCA. Après Arthur Rubinstein, Vladimir Horowitz, Jascha Heifetz et – pour les chefs – Pierre MonteuxFritz Reiner, c’est Charles Munch qui en bénéficie. 71eiyyffknl-_sl1200_

Le coffret est imposant, il aurait pu compter moitié moins de galettes (86 CD) si l’on n’avait pas strictement respecté les minutages (et la couverture) des LP d’origine. Livret trilingue de grande qualité, très bien documenté.

Peu d’inédits, les enregistrements mythiques de la grande époque Munch/Boston ont souvent été réédités, surtout les Berlioz, la musique française. On admire au passage la splendeur des prises de son, notamment les toutes premières en stéréo (1954/1955 !) malgré l’acoustique confinée (donc non trafiquée artificiellement) du Boston Symphony HallIl y a évidemment plusieurs doublons (Ravel, Berlioz), des déceptions (une Inachevée de Schubert étonnamment prosaïque), mais beaucoup de bonnes surprises (Milhaud, Martinů – la 6ème symphonie dont Munch est le dédicataire et le créateur en 1955), des curiosités, et pour les amateurs les plus anciennes gravures new-yorkaises excellemment remastérisées.

Un coffret indispensable, qui ne fera pas oublier que Charles Munch était un chef de l’instant, capable comme personne d’enflammer musiciens et public. On aimerait une réédition – aussi soignée que l’édition d’origine – de tous les live de Munch avec l’Orchestre National au Théâtre des Champs-Elysées…

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Détails du coffret RCA à lire ici : Bestofclassic : le grand Charles

Le ténor magnifique

Il est mort il y a cinquante ans, le 17 septembre 1966, né trente-six ans plus tôt, le 26 septembre 1930. Une carrière abrégée par un accident domestique. Mais un éclat jamais oublié. Le ténor Fritz Wunderlich portait bien son nom.

Ses disques n’ont jamais quitté les bacs, tous – notamment le répertoire léger germanique – n’ont pas toujours été disponibles en France. EMI devenu Warner lui avait déjà consacré un beau coffret, avec pas mal de raretés.

Deutsche Grammophon avait aussi proposé un coffret patchwork.

La nouveauté de cet automne c’est la réédition dans un magnifique boîtier, et à tout petit prix, de tous les enregistrements de studio réalisés par le ténor allemand pour le célèbre label jaune (et ses sous-marques comme Polydor). 

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Aucun inédit, mais enfin rassemblés des enregistrements légendaires, où la voix solaire, virile et lumineuse de Wunderlich transcende des versions parfois un peu datées (les Bach avec Karl Richter) ou restées insurpassées (comme la première Création de Haydn due à Karajan, que Wunderlich n’eut pas le temps d’achever), les opéras de Mozart avec Karl Bôhm, les quelques cycles sublimes de Lieder de Schubert ou Schumann.

Détails de ce coffret de 32 CD :

Bach : Oratorio de Noël (K.Richter), Passion selon St Matthieu (Münchinger), Oratorio de Pâques (Couraud), Magnificat + cantate 41 (Couraud) /

Beethoven : Missa Solemnis (Karajan)

Haydn : La Création (Karajan)

Berg : Wozzeck (Böhm)

Monteverdi : Orfeo (Wenzinger)

Mozart : L’enlèvement au sérail (Jochum), La flûte enchantée (Böhm)

Lortzing : Zar und Zimmermann

Tchaikovski : Eugène Onéguine, extr. en allemand (Gerdes)

Verdi : La Traviata, extr. en allemand (Bartoletti)

Airs de Haendel, Gluck, Bellini, Rossini, Verdi, Puccini, Lortzing, Bizet, Maillart, Kreutzer, Mozart, Kalman, etc.

Schubert : La belle meunière

Schumann : Dichterliebe + Mélodies de Beethoven, Schubert

Chansons populaires allemandes et italiennes, chants de Noël, opérette viennoise.

PS Je me demande ce qui justifie une différence de 20 € sur le prix de ce coffret selon qu’on l’achète en Allemagne (Amazon.de) ou en France (Amazon, Fnac ou Gibert)

 

 

Julius le Grand ou le piano enchanté

Je l’ai évoqué brièvement hier (Légendes vivantes) mais je me dois de revenir en détail sur l’inestimable cadeau que représente pour tous les mélomanes la réédition par Decca de tous les enregistrements réalisés par le pianiste Julius Katchen, qui aurait eu 90 ans le 15 août dernier s’il n’avait eu la très mauvaise idée de mourir d’un cancer à 42 ans en 1969.

On a toujours du mal à trouver des qualificatifs qui ne soient ni exagérés ni convenus pour des musiciens de cette trempe. Katchen c’est comme un idéal de piano (le mien en tout cas) : une virtuosité sans limite, un son charnu, profond, un ambitus infini de nuances, et un sens poétique exceptionnel. Son intégrale Brahms est depuis toujours citée en référence, et tout, en effet, y est admirable, parce que conjuguant toutes les qualités que je viens de décrire. Mais plus encore que la musique pour piano ou les concertos, le miracle absolu réside dans les tout derniers enregistrements du pianiste américain : les sonates pour violon et piano avec Josef Suk, la 2e sonate seulement pour violoncelle avec Janos Starker, et surtout les trois trios. Indépassables. Ecoutez simplement le tout début de l’opus 8…La poésie à l’état pur.

Mais ses Mozart, ses Beethoven ne sont pas moins admirables, les concertos bien sûr et deux versions prodigieuses des Variations Diabelli.

Les discophiles chérissent depuis longtemps – j’ai eu le CD sous divers couplages et rééditions – la version stéréo (1958) du 2e concerto de Rachmaninov qu’un Katchen tendu, électrique – et immense poète dans le second mouvement – a gravé avec son alter ego à l’orchestre, Georg Solti. Je crois bien connaître la discographie de ce tube, j’en reviens toujours à ce disque qui me comble, me touche, me met en effervescence à chaque écoute. Même constat pour la Rhapsodie sur un thème de Paganini survoltée et romantique en diable de 1954 avec Adrian Boult. La surprise du coffret c’est une version antérieure (1951) du 2e concerto avec Anatole Fistoulari. S’attendre au meilleur.

Et puis encore des concertos de Schumann, Grieg, Prokofiev (3), Bartok (3), Gershwin parfaits de galbe, de nerf et de projection, la plupart avec le jeune István Kertész.

Toutes les oeuvres et versions à lire ici : Julius Katchen l’édition Decca. Plusieurs inédits en CD. Indispensable évidemment.

 

Légendes vivantes

Demain, peut-être, je commenterai l’actualité politique de ce week-end. Mais en cette fin de dimanche après-midi pluvieuse, je veux plutôt faire partager mes enthousiasmes… pianistiques. J’ai acheté trois magnifiques coffrets, dont je reparlerai en détail, et en ai profité pour ressortir de ma discothèque des disques que je n’avais plus écoutés depuis longtemps. Et quelles (re)découvertes !!

Grâce à François Hudry, j’ai eu la chance de faire la connaissance, il y a maintenant un bon quart de siècle, d’une merveilleuse musicienne, la pianiste espagnole Teresa Llacuna, qui a enregistré quelques trop rares disques, dans les années 70, pour EMI. Je me rappelais ses  Falla de référence, mais je n’avais prêté qu’une oreille distraite à ses Granados, qui m’ont littéralement scotché sur mon fauteuil cet après-midi. Warner serait très inspiré de republier ces enregistrements, surtout en cette année centenaire de la mort de Granados !

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Honte à moi, je n’avais jamais écouté Elisabeth Leonskaia dans Schubert, alors que je l’admire depuis longtemps dans Brahms, Chopin ou Schumann. Mais, allez savoir pourquoi, je n’associais pas spontanément la grande pianiste russe à l’univers schubertien. Et j’avais grand tort. On ne peut que remercier Warner de publier ce magnifique coffret, sur lequel je reviendrai.

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Qui se rappelle aujourd’hui les débuts, couvés par le grand Artur Rubinstein, d’un tout jeune pianiste français François-René Duchâble ? Et d’admirables disques Chopin, comme une intégrale des Etudes que je ne suis pas loin de considérer comme une référence.

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Enfin une fabuleuse réédition, tout le legs discographique du pianiste américain, parisien d’adoption Julius KatchenOn y reviendra avec gourmandise, tant il y a de trésors dans ce coffret.

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Et puis, pour illuminer définitivement ce dimanche soir, cet écho d’un tout récent concert des Prom’s. Phénoménal en effet…

Disques d’été (IV) : éternels présents

Le disque est heureusement là pour préserver et entretenir la mémoire de ceux qui sont morts trop tôt, emportés par la maladie. Je citais Lipatti dans mon billet du 2 août. Je voudrais évoquer  les pianistes Daniel Varsano et Youri Egorovdisparus à 35 ans au printemps 1988 à quelques semaines d’intervalle

Le premier n’a guère eu le temps de construire une discographie digne de son talent. Le sesquicentenaire de la naissance d’Erik Satie a été l’occasion de rééditer l’un des plus beaux disques qui aient été consacrés au compositeur d’Arcueil.

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Sony serait bien inspiré de rééditer ses versions aussi originales que passionnantes des Variations Goldberg de Bach – jamais éditées en CD à ma connaissance – et des Variations Diabelli couplées à la sonate Waldstein de Beethoven fugitivement disponibles en CD.

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Quant à Youri Egorov, on doit à ses amis proches, sa famille d’adoption et de coeur qui l’a accompagné jusqu’au bout de ses souffrances aux Pays Bas, de nous avoir offert une magnifique collection, d’abord d’enregistrements de studio pour EMI ou la radio néerlandaise essentiellement, puis de « live » tous plus émouvants, prodigieux, radieux les uns que les autres.

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Et juste avant l’été à nouveau un double CD qui porte si tristement son titre de Chants d’automne.

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Quelques mois avant sa mort, Youri Egorov se confiait à Schubert. La tendresse avait ce soir-là un visage. Pour l’éternité.

 

Disques d’été (I) : so french

Avant de partir en vacances, j’ai fait un maximum de provisions musicales en téléchargeant plusieurs coffrets, sortis ces derniers mois, et qui sortent du lot. Partagerez-vous mes enthousiasmes ?

Premier à l’honneur, le chef d’orchestre français Jean Martinonqui a fait l’objet de plusieurs publications, sans doute à l’occasion du quarantième anniversaire de sa mort : lire Martinon enfin.

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Malgré les réserves déjà faites sur le contenu, ou plutôt certaines absences, ce coffret est une véritable mine, en même temps qu’une formidable illustration de la richesse et de la diversité de la musique symphonique française, hors des sempiternels Berlioz, Debussy ou Ravel. Martinon et les orchestres qu’il dirige, pour l’essentiel l’Orchestre National, chantent dans leur arbre généalogique. Quelle poésie des timbres, quelles couleurs !

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