Un accident de santé avait contraint l’infatigable Stanislaw Skrowaczewskià interrompre son activité. Le vieux chef est mort hier, dans sa 94ème année, quelques semaines après son contemporain Georges Prêtre.
Je n’ai pas connu, ni jamais vu diriger Skrowaczewski, en revanche c’est un nom qui m’est familier depuis mes premiers disques, comme les concertos de Chopin où, logiquement, deux Polonais, un tout jeune chef et un pianiste star, avaient été réunis pour le premier en studio à Londres
C’est de nouveau lui qu’EMI avait sollicité pour une autre star maison, Alexis Weissenberg
Mais le nom de Skrowaczewski est lié à l’orchestre symphonique de Minneapolis, devenu Minnesota Orchestra, dont il a été le chef pendant près de 20 ans, de 1960 à 1979, et avec lequel il a gravé, pour le glorieux label Mercury et sa série pionnière Living Presence, un large répertoire concertant et symphonique, aujourd’hui heureusement réédité. Y paraît l’art d’un chef qui déjà refusait les épanchements sentimentaux, brillait par la précision de sa direction, et les couleurs qu’il infusait au répertoire du XXème siècle, et qui se révélait un accompagnateur hors pair.
A l’occasion de ses 90 ans, le label Oehms avait réédité une somme prodigieuse, un peu passée inaperçue en France, rien de moins que des intégrales Beethoven, Bruckner, Brahms, Schumann gravées ces quinze dernières années avec l’orchestre de la radio de Sarrebrück.
Tout ce qui a fait la grandeur et la singularité de Stanislaw Skrowaczewskiest magnifiquement exposé dans cette captation bouleversante – l’adagio final ! – de la 9ème symphonie de Bruckner.
Le seul hasard a réuni sur ma table d’écoute du week-end deux forts pavés, pourvoyeurs d’intenses émotions.
Commandé sur amazon.de(qui le proposait 30 % moins cher qu’en France), un coffret que toute la critique a couvert de lauriers, une somme impressionnante en effet, celle du quatuor américain Emerson, qui fête – on a peine à le croire – ses 40 ans d’existence.
Les spécialistes diront mieux que moi les particularités de cette formation, pur produit de la Juilliard School de New York. Cohésion, brillance, éclat, une perfection du jeu d’ensemble parfois intimidante, mais quel répertoire, de Haydn aux contemporains américains, Mozart, Beethoven, Schubert – les derniers quatuors, le quintette à deux violoncelles – Schumann et Dvorak (les quatuors et quintettes avec piano et le merveilleux Menahem Pressler), Bartok, Chostakovitch, etc…
Du très bel ouvrage à déguster lentement comme un grand cru. J’ai commencé par Grieg et Sibelius, et enchaîné avec les quatuors de Mozart dédiés à Haydn – à l’occasion je réécouterai les Italianoqui m’ont initié à ce répertoire classique.
Deuxième achat, pour me rattraper d’avoir manqué les récitals que mon voisin d’un soir, le baryton Matthias Goernea donnés au Théâtre des Champs-Elysées. Les quelques rares concerts dans lesquels j’avais entendu le chanteur – en voix soliste avec orchestre – ne m’avaient pas tout à fait convaincu, quelque chose dans le timbre ou l’émission qui me dérangeait ? Et voici qu’Harmonia Mundi propose à un prix défiant toute concurrence une somme de 12 CD de Lieder de Schubert que Goerne a enregistrés de 2007 à 2012 avec des partenaires aussi différents qu’exceptionnels : Christoph Eschenbach, Elisabeth Leonskaia, Andreas Haefliger, Helmut Deutsch, Eric Schneider, Ingo Metzmacher, Alexander Schmalcz !
Et tout ce qui m’avait dérangé superficiellement s’évanouit, ou plutôt fait sens, fait corps, ce souffle de forge qui colore, éclaire ou assombrit un timbre comme venu du fond de l’âme, une diction toute d’aisance et de fluidité qui ne fait pas un sort à chaque consonne, à chaque syllabe – ne suivez pas mon regard du côté de DFD ! -, la simplicité, la pureté de la poésie schubertienne. Et dire que j’avais manqué tout cela jusqu’à présent…
Me reviennent en mémoire quelques autres disques, soigneusement conservés dans ma discothèque, d’un magnifique Liedersänger qui a plus d’un point commun avec son jeune collègue, Wolfgang Holzmair.
Après les Beethoven, Mahler, Bruckner de Michael Gielen(lire L’inconnu de la baguette), ce sont des coffrets composites, mais extraordinairement passionnants, qui nous sont proposés.
D’abord parce qu’ils illustrent l’étendue du répertoire de ce contemporain de Pierre Boulez, à qui il a souvent été comparé et dont il partageait plus d’un trait commun. Mais à la différence du Français, Gielen l’Autrichien n’a jamais oublié les racines de la musique qui l’a nourri, et a toujours dirigé le répertoire classique, en même temps qu’il défendait et promouvait la création contemporaine. Et, sans qu’il ait eu besoin de le dire et de l’afficher, dans le même état d’esprit qu’Harconcourt ou Gardiner : le respect du texte, de l’Urtext. Ses Haydn manquent un peu de la fantaisie qu’y mettait un Jochum. Mais tout le reste paraît simplement évident, justesse des tempi, des phrasés, sens de la ligne (cf. les vidéos ci-dessous).
Le 4ème volume de cette Michael Gielen Editionest peut-être encore plus exceptionnel : le Requiem de Berlioz, les Scènes de Faust de Schumann– qui rappellent combien Gielen était un maître des grandes architectures (sa Huitième de Mahler, les Gurre-Lieder, la Missa solemnis, etc.), mais, plus inattendus, Weber, Suk,Tchaikovski ou Dvorak – et un magnifique témoignage de l’art du grand violoncelliste Heinrich Schiffdisparu le 23 décembre dernier.
Et cerise sur le gâteau, une prodigieuse Kaiserwalzer – un bis – qui nous fait regretter que Gielen n’ait jamais été invité à diriger le concert de Nouvel an à Vienne. Pas assez médiatique, un look trop austère sans doute. Et pourtant quelle leçon de style, d’élégance, tout simplement du respect du texte…
On espère encore plusieurs volumes qui devraient rendre justice à ce grand chef… et à l’orchestre qu’il a dirigé et qui a maintenant fusionné avec Stuttgart !
Presque simultanément Deutsche Grammophon nous livre deux beaux coffrets sur l’art de deux des plus grands violoncellistes du XXème siècle, qui ont fait les riches heures de la marque jaune (et accessoirement de Philips et Decca) : Mstislav Rostropovitch* et Pierre Fournier.
Deux immenses personnalités, deux styles pour le moins opposés (pour user de clichés un peu faciles, l’élégance aristocratique du Français, l’intensité contagieuse du Russe). On peut aimer l’un et l’autre, et s’amuser au jeu des comparaisons lorsque le même chef (Karajan) les accompagne dans la même oeuvre (Don Quichottede Richard Strauss).
Le coffret Rostropovitch ne contient rien qui n’ait été déjà réédité, mais regroupe tout ce qui est paru sous les labels DGG, Decca et Philips (et par Melodiapour ce qui est des séances de trios avec Kogan et Gilels), et inclut – à la différence du coffret EMI/Warner – les prestations du violoncelliste comme chef d’orchestre (et d’opéra) et pianiste accompagnateur de son épouse Galina Vichnievskaia. Plusieurs doublons, voire triplons (le Quintette à deux violoncelles de Schubert avec les Taneiev, les Melos et les Emerson) Détails ici : Rostropovitch l’intégrale Deutsche Grammophon.
Dans le cas de Pierre Fournier, on attendait depuis longtemps pareil hommage (après le coffret Warner). La longue carrière du violoncelliste français y est richement documentée, depuis les premières gravures avec Clemens Krauss et Karl Münchinger en 1953, jusqu’à une ultime séance en 1984 deux ans avant sa mort avec son fils Jean Fonda. Deux versions du Don Quichotte de Richard Strauss. Deux intégrales magnifiques des sonates piano-violoncelle de Beethoven avec Friedrich Guldaet Wilhelm Kempff, et de celles de Brahms avec Rudolf Firkusnyet Wilhelm Backhaus. Et ce qui reste pour moi une référence des Suites pour violoncelle de Bach. Détails à lire ici : Pierre Fournier, l’aristocrate du violoncelle
De Pierre Fournier, Rostropovitch*, jamais avare d’un superlatif, avait dit qu’il était son « dieu », son « maître ».
Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse, et le repolissez, Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. (Boileau, L’Art poétique)
La citation, même tronquée ou déformée (« cent fois.. »), est connue et s’applique idéalement aux apprentis musiciens, aux créateurs en général.
Dans mon métier, j’ai souvent regretté de ne pas disposer de plus de temps pour assister aux répétitions d’une formation de musique de chambre, d’un orchestre, d’un opéra. Parce que tout naît de cet inlassable travail, la réussite comme parfois le ratage.
Youtubedonne désormais accès à quantité de documents jusqu’alors cachés dans des archives ou parcimonieusement diffusés en « bonus » de certains DVD. Si on passe sur la qualité parfois médiocre du son et de l’image, on découvre des témoignages passionnants sur le travail des grands chefs, sur la « fabrication » d’une interprétation, d’un son d’ensemble, sur le rapport aussi entre musiciens et chef (certains visages sont éloquents !). En voici quelques-uns et pas des moindres, sur Karajan, Böhmet Carlos Kleiber.
(Préparation du concert de Nouvel an 1992)
Autre document célèbre, filmé par Clouzot, cette répétition de la Quatrième symphonie de Schumannavec les Wiener Symphoniker. Où l’on voit comment un grand chef donne corps à la vision qu’il a de l’oeuvre, modèle et transforme le son de l’orchestre. Autorité et persuasion.
Karl Böhm ne passait pas pour être un monument de gentillesse, mais à la fin de sa vie, il préférait privilégier la qualité de sa belle et longue relation avec les Wiener Philharmoniker.
Deutsche Grammophon avait déjà sorti un beau coffret sur les dernières années du chef autrichien, et en annonce un nouveau sur la période 1953-1972
Je connaissais le nom bien sûr, j’avais dû l’écouter distraitement une ou deux fois mais cette pianiste ne faisait pas partie de mon univers discophilique. Pas d’explication à cette ignorance.
Il a fallu qu’à nouveau Jean-Charles Hoffelé signale une très belle parution pour que je m’intéresse à Yvonne Lefébureet que je sois captivé d’emblée par un art et une personnalité qui ne donnent pas dans la tiédeur. Un clavier tout sauf tempéré !
Il faut d’abord saluer le magnifique travail éditorial du label Solstice/FYfondé en 1972 par François et Yvette Carbou. Certes c’est l’éditeur historique de la pianiste française, mais le coffret, le livret, et surtout le contenu de ces 24 CD sont impressionnants. Nombre d’inédits puisés dans les archives de l’INA. Et le tout pour un prix très modeste.
La musique française se taille la part du lion, et on a du bonheur à écouter ce son franc et direct, d’une puissance qui n’est jamais brutale (passionnante comparaison entre trois versions du Concerto en solde Ravel, dirigées par Auberson, Ansermet et Paray). En concert, Yvonne Lefébure n’est jamais à l’abri de quelques dérapages, mais qu’importe quand l’esprit souffle à ce point.
Ses Bach, ses Mozart ne sont jamais corsetés, tandis que les romantiques, Brahms, Chopin, Schumann, Schubert (comme une jolie suite de valses et de danses allemandes arrangée par la pianiste) évitent les minauderies. Quant à ses Beethoven – les derniers opus – ils appartiennent depuis longtemps à la légende.
Contenu du coffret (les inédits sont indiqués en italiques)
CD 1 MOZART Concerto 20 (Casals), 21 (Oubradous), Sonate 457
CD 2 SCHUMANN Concerto (Dervaux), Papillons, Fantaisie
CD 3 BACH Prélude et fugue 543, Fantaisie et fugue 542, 2 chorals / MOZART Concerto 20 (Furtwängler)
CD 4 BEETHOVEN Sonates op.109 & 110, Variations Diabelli
CD 5 RAVEL Concerto sol (Auberson), Le tombeau de Couperin, DEBUSSY La boîte à joujoux
CD 6 BACH Fantaisie et fugue 542, Concerto 1052 (Oubradous), Prélude et fugue 848, Partita 830
CD 7 MOZART Concerto 466 (Dervaux), Sonate violon 379 (J.Gautier), Fantaisies 396 & 475, Variations 265 / HAYDN Variations fa m
CD 8 BEETHOVEN Sonates op.2 & 111, Concerto 4 (Skrowaczewski), Bagatelles op.119 extr.
CD 9 BEETHOVEN Sonate op.106, Variations Diabelli
CD 10 BEETHOVEN Sonates op.109,110,111, Bagatelles op.126, Lettre à Elise
CD 11 DEBUSSY Préludes (II) / RAVEL Valses nobles et sentimentales / FAURE Nocturnes 6,13, Barcarolle 6 / SCHUBERT 15 valses
CD 12 DEBUSSY Préludes (I), Etudes / RAMEAU Gavotte et six doubles / COUPERIN Les barricades mystérieuses / DUKAS Variations, Interlude et Finale
CD 13 RAVEL Concerto sol (Ansermet), Valses nobles et sentimentales, Le tombeau de Couperin, Jeux d’eau / FAURE Thème et variations op.73, Nocturne 13
CD 14 SCHUBERT Sonate D 958, 15 Valses / SCHUMANN Concerto (Sebastian) / WEBER Konzertstück
CD 15 BRAHMS Intermezzi / LISZT Ballade, chant des fileuses, la gondole funèbre / CHOPIN Barcarolle, Scherzo 2, Ballade 3, 5 Mazurkas
CD 16 BEETHOVEN Sonates violon op.12/3, op.23, op.96 (Vegh, violon)
CD 17 RAVEL Concerto sol (Paray) / SCHUMANN Concerto (Paray), Scènes d’enfants
CD 18 FAURE Thème et variations op.73, Nocturnes 1,6,7,12,13, Impromptus 2,5 / DUKAS Variations, interlude et finale, Prélude élégiaque
Le Monde daté d’aujourd’hui titre : Le fiasco du CETA oblige l’Europe à repenser son fonctionnement. Oui, en effet ! Relire Refonder l’Europeet (Mal)traité.
Le paradoxe c’est qu’il est un domaine, minuscule certes au regard des enjeux économiques de ce type de traités mondiaux, celui de la culture, de la musique, où les frontières demeurent, invisibles, psychologiques parfois. J’ai plusieurs fois abordé ici l’étrangeté de ces situations d’artistes admirés, adulés même dans leur pays, ou une région du monde, et quasiment ignorés chez leurs voisins (Frontières).
J’ai trouvé la semaine dernière à Cologne un coffret de 8 CD d’un pianiste qui me disait vaguement quelque chose (Jean-Charles Hoffelé en avait, en effet, parlé sur son blog : Le maître des timbres), un musicien allemand né en Roumanie, Herbert Schuch.
Avant même d’avoir ouvert ce boîtier, la seule lecture des programmes proposés m’avait convaincu de l’intelligence de la personnalité qui les avait conçus. Et puis, à l’écoute, commencée dans ma voiture, j’ai eu confirmation d’un talent hors normes.
J’ai lancé sur ma page Facebook un « fil » de discussion sur cet artiste, voulant savoir ce qu’en pensaient mes « amis », plus avertis que moi, critiques professionnels ou occasionnels, ou juste très grands amateurs et connaisseurs de la chose pianistique. Avalanche de commentaires, d’invectives aussi, aboutissant tous au même constat : ce pianiste, invité dans la saison 2014/2015 de Bozar (vidéo)à Bruxelles, est resté quasiment absent des scènes françaises. Pourquoi ? on renvoie à notre précédent papier sur le sujet !
En attendant de voir (bientôt ?) Herbert Schuch dans une salle de concert ou un festival en France, on se régalera de chaque instant de ce précieux coffret.
On ne pourra pas accuser Deutsche Grammophonde ne pas avoir anticipé le 70ème anniversaire de Gidon Kremer, le violoniste letton né le 27 février 1947 à Riga. Et ce pavé de 22 CD est tout simplement exceptionnel. Il ne s’agit pas, comme certains intitulés pourraient le faire croire, de l’intégrale des enregistrements du violoniste pour la marque jaune, mais de tous les concertos ou oeuvres concertantes qu’il a gravés pour Philips et DGG.
Et sans vouloir être désagréable, ni établir d’inutiles comparaisons, ce coffret n’a pas grand chose à voir avec les pavés récents de DGG consacrés à Ithzak Perlman ou Pinchas Zukerman. Aucun des illustres confrères de Kremer n’a jamais eu cette inlassable curiosité pour les compositeurs de son temps, et cette passion pour le travail d’interprétation « historiquement informée » des grands classiques. Qui se souvient aujourd’hui du choc provoqué par l’intégrale des concertos pour violon de Mozart enregistrée avec Harnoncourt et des Wiener Philharmoniker sacrément bousculés ?
C’est grâce à Gidon Kremer que j’ai découvert et aimé des oeuvres phares comme Offertoriumde Sofia Goubaidoulina, puis les concertos de John Adams ou Philip Glass, plusieurs pièces de Schnittke et d’improbables compositeurs baltes, qu’il fut souvent le premier à « révéler » en Europe de l’Ouest.
J’ai un très beau souvenir personnel de Gidon Kremer, une tournée de l’Orchestre de la Suisse Romande à l’automne 1987 au Japon. Il partageait avec Martha Argerich le rôle de soliste invité d’Armin Jordan. Jamais plus entendu depuis interprétation plus habitée, incandescente, intense du concerto pour violon de Sibelius. Je me rappelle aussi un long entretien passionnant, enregistré dans un train, que j’avais fait pour la Radio suisse romande et qui a dû être effacé presque aussitôt (comme celui que j’avais réalisé – deux heures de bande magnétique – avec Martha Argerich !). Sibelius n’est pas dans ce coffret jaune, mais je conseille vivement ce formidable témoignage du tout jeune Kremer (23 ans) capté à Moscou avant son départ pour l’Occident.
On l’a compris, pour moins de 60 €, ce coffret est un indispensable de toute discothèque, l’honneur d’un musicien qui a épousé son siècle et ne s’est jamais reposé sur des lauriers précoces.
Rappelez-vous, pour célébrer le centenaire de Sviatoslav Richterl’an dernier, Melodiya n’avait pas lésiné : un coffret à tous égards exceptionnel (lire Edition limitée).
Ce 19 octobre, on célèbre un autre centenaire, celui d’un autre géant du piano russe, Emil Gilels(1916-1985).
Après que ses divers éditeurs occidentaux ont anticipé, de belle manière, ce centenaire, c’est à nouveau le label russe qui propose un somptueux coffret – peut-être moins luxueux dans sa présentation que le coffret Richter – en édition limitée (à 2016 exemplaires).
Ce qui est le plus captivant dans la boîte rouge de Melodiya, ce sont tous les témoignages des jeunes années du pianiste au masque de lion, l’étendue incroyable du répertoire, une technique qui semble sans limites, et l’électricité du concert. Avec un très beau travail de remastérisation, qui n’efface pas cependant toutes les scories inhérentes à des prises de concert.
Des bizarreries parfois, comme le Concert champêtre de Poulenc, écrit pour le clavecin, joué ici sur un piano délicat et enjoué, des oeuvres souvent remises sur le métier – comparaison passionnante au fil des années – des Schubert taillés dans le roc, comme d’époustouflantes Etudes symphoniques de Schumann. Mais tout vaut d’être écouté.
Regrets cependant de trouver peu de témoignages des années de maturité de Gilels en URSS. Comme si le label ex-soviétique ne disposait plus de certaines bandes , publiées par d’autres voies, comme cette intégrale survoltée des concertos de Beethoven, captée à Moscou en 1974 sous la baguette de Kurt Masur.
Ce coffret, en édition limitée, a un prix, sensiblement plus élevé que ceux qui fleurissent cet automne. C’est sur Amazon.itqu’on trouve la meilleure offre (100 € d’écart avec les sites français !).
On a un peu oublié aujourd’hui l’art et la personnalité de Robert Casadesus(1899-1972), le pianiste français préféré des Américains, en tout cas de George Szell.
J’ai déjà raconté, dans une précédente version de ce blog, ce rendez-vous avec Gaby Casadesusqui, à 96 ans, avait tenu à se déplacer à mon bureau de France Musique pour s’assurer que le centenaire de son mari serait bien célébré comme elle entendait qu’il le soit, par les formations et les antennes de Radio France. Elle tenait, en particulier, à ce qu’on joue Casadesus compositeur, ce qui était rien moins qu’évident… La conversation avait été passionnante avec cette dame d’une élégance et d’une courtoisie hors d’âge. Je m’étais dit qu’elle tiendrait jusqu’à ce centenaire, elle est morte six mois après à 98 ans.
Aujourd’hui nous sont restitués quantité d’enregistrements devenus introuvables, ou très partiellement réédités au fil des ans, de Robert Casadesus, de sa femme Gaby et de leur fils Jean, tragiquement disparu en 1972 à 44 ans d’un accident de voiture au Canada.
On trouvera ci-dessous les détails de ce coffret de 30 CD, des enregistrements qui vont de 1947 à 1972. Des références déjà connues – les Ravel – et rééditées – les concertos de Mozart avec Szell, mais curieusement pas la totalité, qu’on peut avoir dans le coffret très bon marché ci-dessous. Les formidables 1er et 4eme concertos de Beethoven captés à Amsterdam avec Eduard van Beinum, la sonate de Bartok pour 2 pianos et percussions (avec le neveu Jean-Claude !), mais surtout des Chopin,Bach, Scarlatti et Rameau absolument admirables. Et puis, enfin disponibles (on les avait déjà dans un import japonais) ces sonates de Brahms et Beethoven avec le complice de toujours, le violon solaire de Zino Francescatti. Mais quand donc SONY se décidera-t-il à rééditer le legs américain de ce fabuleux violoniste ?
Béla Bartók (1881-1945) Sonata for 2 pianos and percussion Sz.110 Camille Saint-Saëns (1835-1921) Concerto for piano and orchestra No.4 in C minor Op.44 Carl Maria von Weber (1786-1826) Konzertstück for piano and orchestra in F minor Op.79 César Franck (1822-1890) Sonata for violin and piano in A major, Symphonic Variations for piano and orchestra Claude Debussy (1862-1918) Arabesques, Children’s Corner, En blanc et noir, pour deux pianos, Estampes, Images Livre I et II, L’Ile joyeuse, Masques, Petite suite (for piano four hands), Préludes Livre I et II, Sonata for violin and piano in G minor, Sonata for violoncello and piano in D minor Erik Satie (1866-1925) Trois morceaux en forme de poire Ernest Chausson (1855-1899) Concert, Op.21 Franz Liszt (1811-1886) Concerto for piano and orchestra No.2 in A major Franz Schubert (1797-1828) Divertimento « sur des motifs originaux francais » D.823 Andantino varié Op.84 No.1, Fantasia for piano 4 hands in F minor D.940 Frédéric Chopin (1810-1849) Ballades, Sonata No.2 in B flat minor Op.35 Gabriel Fauré (1845-1924) Ballad for piano and orchestra Op.19, Dolly Suite Op.56 for piano four hands, Quartet for piano and strings No.1 in C minor Op.15, Sonata for violin and piano No.1 in A minor Op.13, Sonata for violin and piano No.2 in E minor Op.108, Two Préludes Op.103 Johann Sebastian Bach (1685-1750) French Suite No.6 in E major BWV817, Italian Concerto in F major BWV971, Partita No.2 in C minor BWV826, Sonata No.2 in A major for violin and piano BWV1015, Toccata in E minor BWV914 Johannes Brahms (1833-1897) Piano concerto No.2 in B flat major Op.83, Sonatas for violin and piano in A minor Op.100, in D minor Op.108, in G major Op.78 Manuel de Falla (1876-1946) Noches en los Jardines de España Jean Philippe Rameau (1683-1764) Gavotte, Le Rappel des Oiseaux, Les Niais de Sologne, Les Sauvages
Domenico Scarlatti (1685-1757) Sonata in A major K.533, Sonata in B minor K.27, Sonata in D major K.23, Sonata in D major K.430, Sonata in E major K.380, Sonata in G major K.14 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Concertos for piano and orchestra No.1 in C major Op.15, No.4 in G major Op.58, No.5 in E flat major Op.73 « Emperor », Sonatas No.1 in D major Op.12 No.1, No.10 in G major Op.96, No.14 in C sharp minor Op.27 No.2 « Moonlight », Sonata No.2 in A major Op.12 No.2, No.2 in A major Op.2 No.2, No.23 in F minor Op.57 « Appassionata », No.24 in F sharp major Op.78 « A Thérèse », No.26 in E flat major Op.81a « Les Adieux », No.3 in E flat major Op.12 No.3, No.31 in A flat major Op.110, No.4 in A minor Op.23, No.5 in F major Op.24 « Spring », No.6 in A major Op.30 No.1, No.7 in C minor Op.30 No.2, No.8 in G major Op.30 No.3, No.9 in A major Op.47 « Kreutzer », Maurice Ravel (1875-1937) A la manière de Borodine (valse), A la manière de Chabrier, Berceuse sur le nom de Gabriel Faure, Gaspard de la nuit, Habanera, Jeux d’eau, Le Tombeau de Couperin, Ma mére l’Oye, Menuet Antique, Menuet sur le nom d’Haydn, Miroirs, Pavane pour une infante défunte, Piano concerto « for the left hand », Prélude in A minor, Sonatine, Valses nobles et sentimentales Robert Casadesus (1899-1972) Toccata Op.40, Sextet for piano and wind instruments Op.58, Sonata No.2 for violin and piano Op.34, Three Mediterranean Dances for 2 pianos Op.36 Robert Schumann (1810-1856) Carnaval Op.9, Dichterliebe Op.48 (from the « Lyrisches Intermezzo » by H. Heine), Fantasia in C major Op.17, Papillons Op.2, Romance Op.28 No.2 in F sharp major, Symphonische Etüden, Waldszenen Op.82 Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Andante and Variations for piano four hands in G major K.501, Concerto for 2 pianos and orchestra No.10 in E flat major K.365, Concerto for 3 pianos and orchestra No.7 in F major K.242, Concertos for piano No.12 in A major K.414, No.18 in B flat major K.456, No.20 in D minor K.466, No.21 in C minor K.467, No.22 in E flat major K.482, No.24 in C minor K.491, No.26 in D major K.537 « Coronation », piano No.27 in B flat major K.595, Concerto in F major for 3 pianos KV.242, Quintet in E flat major for piano and winds K.452, Sonata for 2 pianos in D major K.448 (K.375a), Sonatas for piano No.13 in B flat major K.333, No.14 in C minor K.457, No.17 in D major K.576 Robert Casadesus, Gaby Casadesus, Jean Casadesus, pianos, Jean-Claude Casadesus, percussions Zino Francescatti, violin Maurice Marechal, cello Jean-Pierre Drouet, percussions Pierre Bernac, barítono André Sagnier, flute – Lucien Debray, oboe – Marcel Jean, clarinet – Gérard Tantôt, bassoon J. de Lancie, oboe – A. Gigliotti, clarinet – B. Garfield, bassoon – M. Jones, French horn Joseph Calvet, violin – Léon Pascal, Alto – Paul Mas, cello Guilet Quartet Columbia Symphony Orchestra, Dir. George Szell Cleveland Orchestra, Dir. George Szell Concertgebouw Orchestra, Dir: Edward van Beinum Philadelphia Orchestra, Dir. Eugene Ormandy Orchestre National de France, Dir. Carl Schuricht Orchestra della RAI di Torino, Dir. Fernando Previtali New York Philharmonic, Dir. Leonard Bernstein New York Philharmonic, Dir. Dimitri Mitropoulos
Un conseil d’achat : pour une fois éviter les magasins et les sites en ligne qui proposent ce coffret à 100-120 €. En le commandant directement à l’éditeur Scribendumrecordings.com, il vous en coûtera 60 £ (env. 67 €), et vous le recevrez dans les huit jours par la poste.