Italie 2020 (III) : Rossini à Pesaro

J’avais prévu de longue date un séjour en Ombrie près de Gubbio, séjour un temps compromis par la crise sanitaire et finalement maintenu.

Ce n’est qu’après avoir confirmé ma présence à mes hôtes que je me suis aperçu que la charmante cité balnéaire de Pesaro – où certains de mes chers amis font une sorte de pèlerinage annuel en dévotion à l’enfant du pays, Rossini – était à une bonne heure de route de ma villégiature.

Comme tous les autres festivals, Pesaro a été près d’annuler – Karine Deshayes devait y faire ses débuts dans Elisabetta regina d’Inghilterra – et s’est finalement résolu à produire une édition 2020 « adaptée « . Deux spectacles d’opéra seulement : une création ll cambiale di matrimonio et une reprise d’une mise en scène de…2001 Il Viaggio a Reims. Et des récitals !

La Révolution décrépite

Décrépitude :  Dégradation, délabrement physique et intellectuel dû à une extrême vieillesse (Littéraire. Décadence d’une société, d’une civilisation) selon Larousse

Tout juste retour de Cuba, j’aurais vraiment du mal à confier mon enchantement, à reprendre tous les clichés attachés à l’île et à ses habitants, encore moins à faire l’éloge d’un régime cacochyme.

« Il a trahi l’espoir de millions de Cubains. Pourquoi les révolutions tournent-elles toujours mal ? Et pourquoi leurs héros se transforment-ils systématiquement en tyrans pires que les dictateurs qu’ils ont combattus ? » C’est par ces mots que Juan Reynaldo Sanchez conclut ses Mémoires. Il a été au coeur du système, du pouvoir castriste, il dit beaucoup de choses, et notamment la foi inébranlable qui l’animait, lui et ses compagnons, dans les capacités, l’envergure, le charisme de Fidel Castro. Mais lui aussi, comme tant de milliers de ses compatriotes, a fini par ne plus y croire.

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Dans un pays si beau, si riche, comment, en 2016, en est-on arrivé à ce degré de sous-développement, de totale inadaptation au monde moderne, de pénurie généralisée ? Alors que toute l’activité économique, le tourisme, l’hôtellerie sont évidemment gérés par des entreprises d’Etat entre les mains d’un clan, d’une famille même, les frères Castro, Fidel et Raul, et bien sûr plusieurs des fils du Lider Maximo et de l’actuel président.

IMG_5356(Un improbable monument à la gloire de la Révolution et du héros national José Marti)IMG_5355(Le siège de la présidence)(Etape obligée, la Place de la Révolution, l’emblème, le centre du pouvoir castriste, l’une des places les plus laides et mal fichues du monde, traversée de poteaux électriques, sans grâce ni perspective !)

Pas un seul secteur ne fonctionne normalement et c’est d’autant plus scandaleux que le touriste est plumé jusqu’au fond de son portefeuille, puisqu’il ne peut payer qu’en pesos convertibles (CUC) qui valent 25 fois la monnaie (CUP) utilisée par la population locale. Tout est cher, mais jamais la qualité de la prestation n’est en rapport avec le prix payé : hôtels, restaurants, location de voitures (cela mériterait un sujet à soi seul, un pur scandale, unique au monde !), biens courants, etc.

Mais finalement le touriste que j’ai été pendant trois semaines n’aura pas eu à subir longtemps ces inconvénients. Les Cubains, eux, vivent l’enfer au quotidien. Que ce soit à La Havane ou dans des villes de moindre importance, toutes les boutiques sont sinistrement vides. Ou comme aux temps glorieux (!!) de l’URSS des années 60, les files s’étendent sur plusieurs mètres devant les magasins de nourriture (pain, viande, riz) et les ménagères qui ont réussi à se faire conduire jusqu’à la ville repartent avec ce qu’elles ont trouvé. Je me suis trouvé exactement plongé dans mes souvenirs de voyage en Hongrie et en Roumanie de l’été 73 !

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Bien sûr, les amateurs de vieilles américaines jubilent : La Havane en a la plus belle collection au monde, avec, le plus souvent, les pièces d’origine, et des moteurs trafiqués pour fonctionner avec du carburant hyper polluant. Quelques Lada, Moskvitch, du temps où le grand frère soviétique soutenait le régime communiste qui avait mis en échec le tout puissant voisin américain (le piteux épisode de la Baie des Cochons). Des cars brinquebalants, des camions, ou faute de mieux des carioles à cheval ou des chars à boeufs, sur des dizaines de kilomètres, en dehors de la capitale, on ne voit pas une voiture hors quelques modèles modernes loués à prix d’or aux touristes. Evidemment pas de panneaux routiers ou si peu… (un petit malin a inventé une application GPS qui fonctionne – très bien – sans internet !).

Internet justement ! Le monde entier s’y est mis, même les régimes répressifs comme la Chine n’ont pas résisté. À Cuba, c’est un monopole d’Etat, qui monnaie très cher ses (très médiocres) services. Il faut voir les files d’attente devant les rares distributeurs de cartes Wi-Fi, ou accepter de payer l’heure de connexion 4 ou 5 € à l’hôtel… lorsque le système n’est pas en panne…

Je n’ai pas le coeur d’insister sur ce que j’ai vu dans les rues qui furent belles du vieux quartier de La Havane Habana Vieja. Malgré certaines belles rénovations, financées par le tourisme, l’état de délabrement est tel, les conditions de vie des habitants si répugnantes, qu’on se demande comment le pays peut encore s’en sortir. On n’a même plus envie de sourire à la lecture des slogans éculés sur les lendemains radieux de la Révolution, comme on a trouvé pathétiques ces voeux accrochés partout pour les 90 ans du fantôme qui règne encore sur Cuba, grâce à la poigne de fer de son frère Raul.

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Je ne regrette pas ce séjour – j’y reviendrai pour la partie musicale – mais j’ai l’étrange impression de sortir d’un mauvais rêve.