Grand piano

Jeudi au Théâtre des Champs Elysées Michel Dalberto remplaçait le cher Menahem Pressler, retenu aux Etats-Unis pour raisons de santé.

fantastique_fantastique_dalbertoMichel avait repris la plus grande partie du programme prévu par son aîné, et pour qui, comme moi, avait encore dans l’oreille les derniers récitals de Menahem Pressler, la confrontation était passionnante.

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Une première partie viennoise, le rondo K.511 de Mozart et la sonate D 894 de Schubert. Autant le vieux maître, fondateur du mythique Beaux Arts Trio, n’est que douceur, tendresse, confidence – prudence parfois pour ne pas risquer une perte de contrôle digitale – autant le pianiste français joue de toute la palette d’un piano somptueux et de toutes les ressources stylistiques de ces chefs-d’oeuvre. Ce n’est pas une surprise, on sait que Michel Dalberto est dans son élément naturel, depuis son grand Prix du Concours Clara Haskil en 1975, et les disques exceptionnels qu’il a consacrés à Schubert (dont une intégrale parue chez Denon republiée par Brilliant Classics).

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Deuxième partie, du piano plus impérial encore si c’est possible, Debussy et Chopin, si proches finalement, le Prélude op.45, cinq mazurkas, la 4e Ballade, trois extrais du 2e cahier d’Images. Et deux bis qui n’avaient rien de fortuit : d’abord pour rendre hommage à  Pressler La soirée dans Grenade de Debussy puis à son maître Vlado Perlemuter, une phénoménale Ondine (le premier volet de Gaspard de la nuit) de Ravel.

À l’échelle de Richter

S’il est un musicien qui est entré dans la légende très tôt dans sa carrière, c’est le pianiste russe Sviatoslav Richter (1915-1997). L’approche du centenaire de sa naissance donne – enfin – à ses éditeurs l’occasion de rééditions aussi bienvenues qu’attendues. En réalité, la discographie de ce géant est aussi complexe, dispersée, que sa manière très singulière de mener ce que, dans son cas, on ne peut pas appeler une carrière.

Le beau film de Monsaingeon l’illustre à merveille :

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Il n’a pas toujours été facile pour les éditeurs officiels de restituer la variété et la diversité des enregistrements, souvent de concert, de Richter.

Le label russe Melodia ressort au compte-gouttes certaines raretés – mais qui ont parfois déjà été éditées à l’ouest. Warner et EMI avaient déjà versé leur écot :

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On trouve notamment dans ce précieux coffret une version vraiment inattendue – et exceptionnelle – du rare Concerto pour piano de Dvorak avec rien moins que Carlos Kleiber (et ses musiciens bavarois) comme partenaires du grand Richter !

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Decca regroupe en un fort pavé de 52 CD tout le legs discographique « officiel » réalisé de 1957 aux années 2000 par Sviatoslav Richter pour Philips, Decca et Deutsche Grammophon, coffret évidemment indispensable !91bvJ78LH2L._SL1500_

Il y avait déjà des rééditions séparées par label (notamment un gros coffret Philips, l’un des tout premiers qui avait été siglé France Musique en 1995), mais c’est la première fois qu’on a vraiment tout, parfois en double, avec un livret très bien documenté (détails de ce coffret ici : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/12/22/richter-centenaire-8350549.html)

RCA annonce une somme un peu moins importante mais tout aussi essentielle, résultant pour beaucoup de la première tournée que Richter fut autorisé à faire aux Etats-Unis en 1960, et notamment un légendaire 2e concerto de Brahms (avec Leinsdorf) et un 1er de Beethoven (avec Munch)

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On ne peut que se réjouir que l’effort de réédition soit à la mesure de cette si grande figure de la musique du XXème siècle. Richter for ever

Un amour de jeunesse

J’ai déjà raconté le choc, le déclencheur que fut le film de François Reichenbach, sorti en 1970, L’Amour de la vie, dont le héros et le personnage principal est Artur Rubinstein. Ce film m’avait tellement bouleversé que j’étais allé le voir trois fois dans une petite salle de cinéma, adjacente à l’Hôtel de Ville de Poitiers.

Depuis, j’avais en vain cherché à le revoir en VHS ou en DVD, et on m’avait dit que pour des raisons complexes de droits (le réalisateur étant mort en 1993), ce document était introuvable.

Dînant jeudi soir avec Daniele Gatti et Nikolai Znaider, la conversation arriva sur Israël, et les souvenirs que nous avions, les uns et les autres, de la découverte ou du retour dans ce pays. Et j’évoquai certains passages de ce film qui m’avaient tant marqué, ce moment magique où Rubinstein répète le 1er mouvement du 3eme concerto de Beethoven avec le jeune Zubin Mehta et l’orchestre philharmonique d’Israël.

Et voilà que je viens de trouver sur Youtube une copie – pas très bonne – de ce film mythique, et que me reviennent comme des vagues de nostalgie et de bonheur mêlés tous  ces souvenirs d’adolescence.

Tout le film est à voir, mais à 1h13′ il y a cette fameuse séquence qui m’a marqué à jamais et fait aimer pour la vie ce concerto de Beethoven : ce moment suspendu, comme seul Beethoven sait les créer, avant l’embrasement final. Et Rubinstein qui demande au chef de le reprendre pour le parfaire….Emotion !

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Extrait de ce DVD précieux :

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Le printemps

La Tribune des critiques de disques de France Musique avait mis à l’honneur ce dimanche Beethoven et l’une de ses oeuvres les plus célèbres : sa 5eme sonate pour violon et piano dite « Le printemps« .

http://www.francemusique.fr/emission/la-tribune-des-critiques-de-disques/2014-2015/sonate-violon-piano-printemps-beethoven-10-05-2014-20-30

Excellente idée de faire le point sur la surabondante discographie de cette sonate, qui est toute allégresse, bonheur simple, tournée vers Haydn et Mozart. Le risque ou le piège d’une écoute morcelée, à l’aveugle, qui est le propre de ce genre de tribune, est de détruire les mythes, d’abîmer les versions dites « de référence ». En l’occurrence, tel n’a pas été le cas, et on a plutôt aimé redécouvrir une version qui avait fait sensation à sa parution il y a 40 ans : Perlman/Ashkenazy.

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J’imagine que Jérémie Rousseau a reçu quantité de messages de protestation : pourquoi n’avoir pas retenu, ou avoir oublié telle ou telle version légendaire, ou toute récente ? Les mélomanes, et cette espèce particulière de mélomanes que constituent les discophiles, ont leurs exigences, leurs préférences, leurs propres références !

Pour compléter le beau panorama offert par la dernière Tribune, quelques-unes de mes versions favorites.

La toute récente intégrale des sonates pour violon et piano de Beethoven captée en concert au Wigmore Hall de Londres par un duo qui fonctionne à merveille, Alina Ibragimova et Cédric Tiberghien

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Après sa légendaire partenaire Clara Haskil, Arthur Grumiaux a réenregistré six des dix sonates pour violon et piano de Beethoven avec Claudio Arrau (en 1975/1976). Cet enregistrement nous a été restitué dans la collection Eloquence. Un grand duo !

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Dans les grands anciens, impossible de passer à côté du charme et du rayonnement solaire de deux de nos plus grands violonistes français, Christian Ferras et Zino Francescatti (et de leurs formidables partenaires respectifs, Pierre Barbizet et Robert Casadesus)

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Ravel en Norvège

En 1925, Robert Soëtens (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/02/une-lettre/) est chargé de la programmation de la Philharmonie d’Oslo : « Les fonctions qui m’étaient demandées étaient d’assumer les concerts symphoniques, de jouer des concertos en soliste, de faire travailler les violonistes – dont beaucoup furent des élèves privés désireux de s’initier à l’école française de l’archet – et de préparer six  programmes de musique de chambre par saison, principalement des quatuors à cordes /…./ Je fis entendre les quatuors de Debussy et Ravel, le Concert de Chausson, les Nocturnes de Debussy, les Evocations de Roussel et fis inviter les chefs français Pierre Monteux et Vladimir Golschmann, les pianistes Yves Nat et Robert Casadesus, et j’eus la joie d’accueillir Ravel en personne. Il faisait une tournée en Scandinavie avec une cantatrice qu’il accompagnait au piano dans ses propres oeuvres vocales. Il avait accepté de jouer sa Sonatine, ce qui ne lui déplaisait pas bien qu’ayant conscience de ses moyens pianistiques très modestes. »

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« Pour constituer un programme entièrement consacré à ses oeuvres, on m’avait demandé de jouer Tzigane : « Mais je ne peux pas jouer la partie de piano ,trop difficile pour moi » me dit Ravel avec sa modestie craintive. « Eh bien, lui dis-je, jouons ensemble votre Berceuse(*), j’ai un pianiste qui peut m’accompagner dans Tzigane« .

Le soir du concert, nous entrâmes tous trois sur la scène; l’accompagnateur s’assit au piano à côté de Ravel pour lui tourner l’unique page de la Berceuse, après quoi pour Tzigane ils échangèrent leurs places, Ravel devenant le tourneur de pages !

Après un succès délirant et d’interminables saluts tous trois ensemble, je m’esquivai, laissant Ravel seul avec sa Sonatine, et le tourneur de pages. De la coulisse, je l’écoutais et le voyais très affairé, très appliqué à regarder tour à tout son clavier, sa musique, ses doigts, comme un bon élève désireux de faire de son mieux, et prenant son rôle d’interprète très au sérieux. Arrivé au bout de ce pur chef-d’oeuvre qu’est sa Sonatine, il sortit de scène avec un air catastrophé, bien qu’acclamé par un public enthousiaste et conquis tout autant par le compositeur que par l’ingénuité apparente de sa personne. « Quel triomphe, lui dis-je, mais vous n’avez pas l’air content ? – C’est affreux, me dit-il, en me regardant consterné, j’ai sauté deux lignes…!Mais rassurez-vous, lui répliquai-je, c’est sans importance, personne n’a pu s’en apercevoir, c’était une première audition à Oslo, et vous pouvez être assuré que l’auteur n’était sûrement pas dans la salle ! » Ces propos calmèrent son inquiétude, je vis son regard se détendre et il souriait comme un enfant ayant échappé à une semonce. Il y avait, chez Ravel, ces contrastes extrêmes entre son aspect physique menu, fragile, méticuleux, son esprit enfantin, et la virile puissance créatrice d’un compositeur génial. »

(*) Un pur chef d’oeuvre de quelques lignes, écrit en hommage à son maître Gabriel Fauré, dont le thème est constitué par les notes correspondant aux lettres de ces deux noms, selon la notation anglo-saxonne

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Testamentaire

Suite des Mémoires non publiés de Robert Soëtens (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/09/02/la-sonate-oubliee)

Le violoniste, mort centenaire en 1997, évoque, après Fauré, Milhaud, l’unique sonate pour violon et piano de Debussy :

La Sonate de Debussy terminée en 1916 et publiée en 1917 peut être considérée en dépit de sa brièveté – ou à cause d’elle – comme un message de la musique, non seulement parce qu’elle est le message ultime, au faîte d’une vie, mais parce que, se sachant condamné à brève échéance, Debussy nous livre la vision intérieure de son oeuvre du passé, qu’il va laisser derrière lui, et son regard angoissé tourné vers les mystères de l’infini, au-devant duquel il sait qu’il s’avance irrémédiablement. Tout cela passe dans ces quinze minutes d’essence de musique, synthèse du langage et de l’esprit debussystes, où l’ascétisme d’idées brèves et multiples laisse s’envoler un monde sonore fugitif et frémissant de poésie, dans une perfection de forme restant attachée à la tradition cyclique. De cette oeuvre suprême, Vladimir Jankélévitch écrivit : « qu’elle brûle d’un feu intérieur qui l’embrase. À travers ces courtes pages insipirées, haletantes, incandescentes et si impérieusement géniales, ne devine-t-on pas l’ange de la mort qui bouscule les notes et précipite les traits dans une sorte de hâte fébrile et passionnée ? Car le temps presse… Ce ton capricieux et fantasque, cette aérienne légèreté, cachent sans doute une profonde inquiétude, quelque chose d’amer et de fiévreusement instable, qui n’est pas sans rapport avec l’angoisse (1) »

Le grand Christian Ferras joue Debussy :

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(1) Vladimir Jankélévitch : Debussy et le mystère de l’instant.

La sonate oubliée

Robert Soëtens noue, à 14 ans, une amitié indéfectible avec son aîné de 5 ans, Darius Milhaud (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/30/une-amitie-particuliere/), comme il le raconte dans ses Mémoires non publiés :

« Je dois à son amitié mon ouverture d’esprit à la connaissance d’un monde nouveau. Francis Jammes, André Gide, Paul Claudel, Jean Cocteau furent ses premiers inspirateurs; Eschyle (Les Choéphores) nous valut une partition avec choeur parlant, dont je ressens encore le bouleversement de la première audition.

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Milhaud me proposa un jour d’essayer de jouer son Premier Quatuor, nous deux aux violons, Félix Delgrange au violoncelle et à l’alto Robert SIohan que je connaissais déjà du Conservatoire, où nous avions pour coéquipiers… Marcelle Meyer alors resplendissante dans l’épanouissement de ses 16 ans, qui devait s’illustrer plus tard comme interprète du Groupe des Six et de Ravel.

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L’essayage du Premier Quatuor de Milhaud nous amena à le travailler et à l’exécuter en public pour la première auudition dans les Salons Pleyel à l’un des concerts de la nouvelle Société Musicale Indépendante le 10 décembre 1913.

Aussitôt apr!s l’exécution, Jacques Durand, directeur des Editions Musicales, apparut au foyer des artistes, félicita Milhaud, à qui il demanda de passer le lendemain place de la Madeleine en vue d’établir un accord pour publier le quatuor.

Quand je revis Darius, je le questionnai sur les suites de l’entretien : « Il me l’a acheté 50 francs » me dit-il ! Un succès immédiat. Vers cette époque il conçut sa 2e Sonate pour violon et piano. Je le vois encore arrivant au Conservatoire, brandissant un livre au-dessus de sa tête – c’était Les Nourritures terrestres – Ainsi cette Sonate dut imprégnée d’ambiance pastorale méditerranéenne, pétillante de vie et de jeunesse, à l’image de l’oeuvre littéraire dont elle fut inspirée, justifiant la dédicace, et de plus marquée d’une allusion musicale où se reconnaît l’esprit malicieux de Milhaud : au moment où Gide écrivait qu’i travaillait son piano plusieurs heures par jour, et notamment la Barcarolle de Chopin « qu’il aimait tellement », Milhaud me dit :  » Je ne sais pas ce qu’il pensera de ma Sonate, en tout cas, il s’y retrouvera avec la Barcarolle« . Et pour la fin du second mouvement, Vif, il reprend le thème du début au ralenti, l’accompagnant à la main gauche de la partie de piano par le rythme balançant de la Barcarolle de Chopin, et ce avec insistance durant quatorze mesures. Nous n’avons jamais su si Gide s’en était aperçu , amusé ou offensé, car il ne répondit jamais à l’envoi de la Sonate – tout comme Goethe recevant la musique de Beethoven sur ses poèmes n’en accusa jamais réception – Il est vrai que pour sa suite Alissa que Milhaud avait extraite de sa Porte étroite, Gide n’avait guère exprimé d’autre remerciement que celui « de m’avoir fait sentir si belle ma prose« 

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L’art et la critique

« La critique est aisée mais l’art est difficile« , la citation bien connue est tirée d’une pièce (Le Glorieux) de Philippe Néricault Destouches (1680-1754).

Facebook a ceci d’amusant (ou d’irritant) que s’y livrent de farouches combats à propos d’artistes, de musiciens, de solistes, qu’on défend, promeut, assassine, réduit à néant, tour à tour, avec une verve, une ardeur, une mauvaise foi aussi, des plus réjouissantes…

Depuis que les réseaux sociaux existent, tout le monde s’érige en critique, chacun a un avis définitif sur les qualités, ou surtout les défauts, de telle pianiste à la plastique avantageuse, de tel chef spécialiste des coups de timbales baroques, de tel contre-ténor capable de faire de Farinelli une pop star, j’en passe et de meilleures…

Il est vrai que la critique professionnelle n’a plus guère de place dans les grands journaux, portion congrue dans Le Monde, Le Figaro (pour la France), La Libre ou Le Soir (pour la Belgique). Le plus souvent, la critique doit céder la place à l’annonce de l’événement. Plus vendeur, plus people sans doute…

Du coup n’importe qui s’improvise, s’affirme critique, crée un site, un blog et y va de ses commentaires en toute liberté, y compris la liberté de démolir, de dézinguer à bon compte, fautes d’orthographe incluses. Les artistes en sont meurtris, touchés, et poursuivent ces plumitifs d’une vindicte compréhensible.

Je ne porte pas de jugement, je constate une situation qui ne sert ni les artistes, ni la musique mais qui fait le jeu d’un marketing qui ne recule devant aucun argument pour « vendre » tel ou tel joli minois.

Finalement, on doit en revenir à cette notion fondamentale que rien ne vaut l’expérience du concert, du contact direct avec l’artiste.

Je ne prendrai que deux exemples tout récents pour moi, deux pianistes, qui ont exactement le même âge, l’un bénéficiant déjà d’un important soutien de sa maison de disques, Decca, l’autre poussée par une rumeur extraordinairement favorable. L’Anglais Benjamin Grosvenor, l’Italienne Beatrice Rana.

Je les ai l’un et l’autre entendus « en vrai », Grosvenor pas plus tard que le 17 mai dernier à Liège. Voici des musiciens exceptionnels, de grands artistes, qui n’ont besoin ni d’esbroufe ni de poses glamour pour s’imposer.

Et comme par hasard, ils ont en commun la simplicité, l’humilité, la gentillesse qui ne sont qu’aux plus grands…

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Le pavé du pianiste

Je l’écrivais il y a peu, grâce à la branche italienne d’Universal (Decca, Deutsche Grammophon), j’ai acheté et reçu deux coffrets exceptionnels, l’un consacré au chef suisse Ernest Ansermet (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/02/20/suisse-sans-frontiere/), l’autre à un géant du piano, Sviatoslav Richter.

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Pour la première fois se trouvent rassemblés dans ce coffret de 33 CD tous les enregistrements « officiels » solo du pianiste russe, parus naguère sous étiquettes Philips, Decca ou Deutsche Grammophon, depuis le mythique récital de Sofia en 1958, jusqu’aux dernières prises des années 90. Cette parution anticipe sans doute le centenaire du pianiste né à Jytomyr en Ukraine le 20 mars 1915 et mort à Moscou le 1er août 1997.

Richter a été une légende de son vivant. Parce que toujours singulier, hors norme, ou plus exactement pour reprendre le titre de l’article que le critique italien Pietro Rattalino lui consacre dans le livret : Richter ou l’extrême comme norme (Richter, o dell’eccesso come regola).

Impossible de décrire ici, avec des mots, l’art, la personnalité, le son, le répertoire de Sviatoslav Richter. La seule évidence est que Richter, dans une écoute à l’aveugle, se reconnaît immédiatement.

Deux souvenirs personnels : l’un des tout premiers disques que j’ai achetés, étant adolescent (en vacances en Allemagne), était un 33 tours soldé : le 2e concerto de Brahms avec Richter et Leinsdorf (RCA). Grandiose !

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Un autre évidemment plus fort, puisque ce fut ma seule expérience de Richter en concert ! Annoncé presque en secret, en 1992 ou début 1993, un récital avait été organisé au dernier moment pour lui au Victoria Hall de Genève. Un piano à peine ouvert, une petite lampe posée dessus pour tout éclairage, les partitions à quelques centimètres d’une paire d’yeux qu’on devinait fatigués. Une première partie classique, des Haydn, des Beethoven, plutôt problématiques, comme résistants, et puis l’explosion du génie, de la légende avec une Isle joyeuse de Debussy phénoménale…

Impossible de faire un choix dans ce pavé prodigieux de 33 CD. Faites comme moi, chaque jour une galette choisie au hasard, et le sentiment de tutoyer le génie : je sors abasourdi de Variations Diabelli de Beethoven (que je ne connaissais pas sous les doigts de Richter) captées « live » au Concertgebouw d’Amsterdam le 17 juin 1986…

Le détail des oeuvres et des prises de son à lire sur http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/02/25/sviatoslav-richter-l-extreme-8115860.html