Le meilleur du monde est à Paris

Du temps de mes années liégeoises, je revenais à Paris le week-end, quand je n’avais pas d’obligations avec l’orchestre, une fois par mois environ et, outre les amis et la famille, et souvent avec eux j’adorais me faire piéton de Paris. Depuis que j’ai déniché mes actuelles pénates près d’Auvers sur Oise, l’agenda s’est inversé et les fins de semaine parisiennes se sont faites rares.

Mais, en ce mois de septembre 2026, je les aligne. Dimanche dernier, c’était la naissance d’un orchestrePhilopera -au Palais Garnier. Dimanche prochain ce sera le Barbier de Séville à Bastille. Au milieu de la semaine c’était la phénoménale Troisième symphonie de Mahler à la Philharmonie (lire Etat de grâce) Et ce week-end c’est un double – et même triple – anniversaire qui m’a rappelé à Paris. Réservation faite il y a plusieurs semaines.

« Le meilleur restaurant du monde »

Pendant que tous les médias nous abreuvaient de Céline Dion et de ce samedi qui inaugurait sa nouvelle série de concerts, nous goûtions à nouveau le charme exceptionnel d’un lieu, d’un hôte, d’une table qui m’avaient déjà faite forte impression il y a trois ans (voir De l’intime au général). On ne va pas tous les jours chez Guy Savoy, qui est classé depuis plusieurs années comme « le meilleur restaurant du monde ». Mais ce titre n’est pas usurpé, et autant le maître des lieux que son équipe ont l’art de rendre inoubliable une soirée passée en leur compagnie, parce que la chaleur et la simplicité du contact sont l’exact reflet de l’extrême qualité de ce qui nous est servi, tant dans l’assiette que dans le verre.

J’ai félicité le jeune sommelier de nous avoir apporté de la Thonon, qu’on trouve maintenant sur les meilleures tables. Il a semblé intéressé par l’histoire longtemps ignorée de la « rivalité » entre deux sources très proches, Evian et Thonon, et du fait que les propriétaires d’Evian – le groupe Danone en l’occurrence – avaient très longtemps fait en sorte que le développement de l’eau de Thonon reste confidentiel. Quand les lois européennes ont rebattu les cartes de la concurrence, les grands groupes producteurs d’eau minérale ont été très intéressés par le potentiel de Thonon, au moins aussi important qu’Evian. Et de ce moment-là le développement de Thonon a pris un tour spectaculaire !

Guy Savoy ou l’authenticité faite homme

Avant d’arriver chez Guy Savoy, donc à l’hôtel de la Monnaie de Paris, quai Conti, on a pu saisir quelques images.

La fête du design

Quand ce n’est pas la Fashion week ou l’un de ses avatars, il y a toujours autre chose à Paris pour mobiliser l’attention des badauds et des touristes: ainsi la Paris Design Week

Magasins, galeries, bâtiments publics sont ouverts – on peut ainsi faire un parcours très étrange dans les étages du BHV, quasi déserts et vides de leurs rayons – C’est ainsi que du toit-terrasse on aperçoit les toits de Paris, et le haut de l’église Saint-Gervais

On est d’abord passé par l’Hôtel de Sully, qui abrite la direction des Monuments de France, et fait la jonction entre la place des Vosges et la rue Saint-Antoine.

On y découvre quelques oeuvres spectaculaires du designer irlandais Joseph Walsh, comme cet hymne au Fado

Joseph Walsh, Fado

Se souvenir

Je ne me rappelais pas que le président de la République avait inauguré, le 13 novembre 2025, le jardin-mémorial des attentats qui avaient endeuillé Paris dix ans plus tôt.

C’est une émotion singulière qui étreint le visiteur quand on découvre ici et là sur des blocs de pierre les noms des victimes des tueries de Saint-Denis, des cafés de Paris et du Bataclan..

La renaissance de Saint-Gervais

Longtemps j’ai connu l’église des Couperin – Saint-Gervais Saint-Protais – couverte d’échafaudages à l’extérieur comme à l’intérieur. L’immense nef se dresse aujourd’hui dans sa clarté originelle.

Jardin ouvert

Depuis 2018 les jardins de l’Hôtel des Archives étaient fermés aux visiteurs et aux promeneurs, le temps d’une rénovation qui semble avoir pris beaucoup plus de temps que prévu de l’hôtel de Rohan. Il faudra encore attendre 2027 pour que l’ensemble rouvre au public. En attendant on admire la bel éclat de la façade de ce splendide édifice niché au coeur du Marais

Cadeau

La musique qui nous accueillait très discrètement chez Guy Savoy samedi soir était la Valse de la Sérénade pour cordes de Tchaikovski, l’une des œuvres les plus lumineuses et heureuses de son auteur.

Des multiples versions – 35 ! – que j’ai dans ma discothèque- j’ai une affection très particulière pour celle de Charles Munch, qu’on n’attend pas forcément dans ce répertoire, et qui de bout en bout avec ses Bostoniens virtuoses et généreux, en livre une lecture absolument enthousiasmante.

Et comme le font certains magazines anglais, the one to avoid (à éviter) : J’adore Bernstein, mais là vraiment non…

Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog

1976-2026 : souvenirs d’été

Ce billet du milieu d’été va prendre une tournure plus personnelle, pour évoquer des souvenirs marquants au fil de cinq décennies écoulées.

Août 1976 : la mère de mes enfants, mon premier job, et un raté sans retour à l’orgue

Il y a cinquante ans, j’achevais fin juillet mon service militaire, accompli à l’Ecole nationale des Sous-Officiers d’Active (ENSOA) de Saint-Maixent, comme professeur à la fois des jeunes élèves sous-officiers – des cours de français – et d’officiers qui se préparaient à acquérir des diplômes – en l’occurence soit d’allemand, soit de russe, les deux matières dont j’étais déjà titulaire d’un DEUG universitaire. Sitôt libéré, à la suggestion d’un bon camarade déjà militant, je partis pour Avignon, et l’abbaye toute proche de Saint-Michel-de-Frigolet où se déroulait l’une des toutes premières universités politiques d’été – il y a dispute non résolue pour savoir laquelle était véritablement la première entre les jeunes giscardiens et les jeunes démocrates sociaux – Çà ne coutait que le prix du voyage et la curiosité me guidait. Sur place, je fis au moins deux rencontres décisives : parmi un trio de grâces féminines, la future mère de mes enfants, et voisin de dortoir, un garçon qui allait m’orienter quelques mois plus tard vers mon premier emploi d’assistant parlementaire… de son père Jean Cluzel.

Musicalement, j’ai éprouvé cette semaine-là une honte que j’ose raconter cinquante ans plus tard. Il y avait dans l’abbatiale de Saint-Michel-de-Frigolet un très bel orgue. Je ne sais plus comment j’ai été amené à en jouer, je ne sais qui a « cafté » mais un soir qu’un ministre de l’époque, André Fosset – qui allait être débarqué du gouvernement le 25 août au moment de la démission fracassante du premier ministre Jacques Chirac – rendait visite aux jeunes « universitaires » que nous étions, on me pria de jouer quelque chose pour lui et la compagnie présente. Je jouai vaguement la Toccata de la 5e symphonie pour orgue de Widor, puis comme on me priait de continuer, j’improvisai je ne sais plus quoi sur La Marseillaise en tirant les grands jeux pour faire le plus de bruit possible. Je fus chaleureusement félicité par le ministre et son chef de cabinet comme par les autres politiques présents. Je me fis la promesse – jusqu’à ce jour tenue – de ne plus jamais raconter à quiconque que je savais toucher un clavier ou même jouer d’un instrument !

Août 1986 : la Radio suisse romande, Antoine Livio et Charles Dutoit

Déjà raconté ici mon entrée à la Radio suisse romande, et mon « baptême » de radio par le regretté Antoine Livio lors du festival de Montreux, et d’abord en quelque sorte par le chef d’orchestre Charles Dutoit ! Ici capté à Montreux en 2018. Je n’aurai garde d’oublier que le chef suisse, toujours par monts et par vaux – quand il ne dirige pas, il voyage dans le monde entier – va bientôt fêter ses 90 ans.

Août 1996 : Montpellier et Menuhin, Aix et Semele

Je suis au milieu de mon mandat de directeur de France Musique, et je passe logiquement une partie de mon été, juillet surtout, dans les festivals où la chaîne a ses habitudes, essentiellement Aix-en-Provence, Montpellier et un peu Salon-de-Provence où j’ai réussi à installer les micros de France Musique pour capter ce que la bande de formidables musiciens réunis par Paul Meyer, Emmanuel Pahud et Eric le Sage, des amis de toujours, propose de programmes aventureux, parfois inédits.

A Montpellier, c’est le souvenir d’une intégrale des symphonies de Beethoven dirigées par Yehudi Menuhin avec le Sinfonia Varsovia. Techniquement, Menuhin n’est sans doute pas le chef le plus accompli – il rate le début de la 9e de Beethoven et recommence, en direct sur France Musique ! – j’avais offert le concert à ma mère, venue en voisine de Nîmes. Mais quel musicien inspiré !

A Aix c’est un Semele assez clinquant de Haendel mis en scène par Robert Carsen – il était plus inspiré dans un magique Songe d’une nuit d’été de Britten. William Christie comme toujours raide et compassé – décidément lui je ne l’aime pas !

Août 2006 : la Finlande, Helsinki, Savonnlinna

Je moquais gentiment il y a quelques semaines mon camarade Tristan Labouret, envoyé spécial de Bachtrack aux fins fonds de la Finlande au festival de Kuhmo, qui découvrait tout à la fois les Finlandais et leur idiome très particulier, le finnois, qui comme le hongrois, ne relève pas de ce qu’on appelle le bloc indo-européen.

Invité en décembre 2005 à assister aux épreuves du Concours Sibelius, durant des journées plongées dans la nuit dès 14 h, j’avais rêvé de voir la même ville, Helsinki, le même pays, la Finlande, lors des nuits d’été sans fin.

J’inviterai ensuite la jeune lauréate Alina Pogostkina à deux reprises à Liège.

Et donc en juillet, cap sur la Carélie, cette longue bande de lacs et de forêts qui forme la frontière avec la Russie, et bien sûr visite d’Ainola, la maison-musée de Sibelius (lire Ormandy en Suède)

Et puis la découverte du festival de Savonlinna, au coeur de l’impressionnante forteresse de la ville. C’était Carmen, dans une mise en scène spectaculaire, dirigée par une jeune cheffe d’orchestre estonienne, Anu Tali, dont je me rappelle autant la battue énergique que la blondeur flamboyante (non ceci n’est pas une remarque sexiste !)

La forteresse de Savonlinna (Finlande)

Août 2016 : Un festival oriental, Cuba, le cauchemar et la joie

Pour ma deuxième édition en tant que directeur du Festival Radio France Occitanie Montpellier, j’ai choisi une thématique qui invite au Voyage d’Orient

Je voudrais en citer tous les événements, tant les souvenirs sont vivaces (lire Flashback).

Mais je n’oublie pas l’horreur de la soirée du 14 juillet 2016 à Nice…Comment pourrait-on effacer une telle tragédie ?

La suite de l’été 2016 ce fut à Cuba, un séjour contrasté pour user d’un euphémisme. Lire Cuba, aventures et mésaventures et Cuba Est-Ouest

Août 2026

Bientôt mon billet-bilan Retour du Brésil.

En attendant suivre mes brèves de blog, qui donnent une petite idée de vacances tout en quiétude et douceur…

Les fraîcheurs du chef (VII) : Daniele Gatti chez Tchaikovski

Ce sont des disques enregistrés entre 1998 et 2005 durant le mandat de Daniele Gatti à la direction musicale du Royal Philharmonic Orchestra. Et je l’avoue je n’y avais pas prêté attention, à l’exception de la 5e symphonie que j’ai un temps eue dans ma discothèque.

Mias à l’occasion d’une visite chez Gibert, j’ai trouvé d’occasion le triple album qui rassemble les 4e, 5e et 6e symphonies de Tchaikovski ainsi que Roméo et Juliette, le Capriccio italien et la sérénade pour cordes.

Depuis lors, je ne fais que regretter de n’avoir pas connu plus tôt ces versions toutes de glace et de feu, superbement enregistrées, qui me confirment les affinités du chef italien avec ces répertoires nordiques.

Avant de refermer cet article, comment résister à ces images de la toute première répétition de Daniele Gatti et de l’Orchestre national de France dans ce qui allait devenir dès octobre 2014 leur résidence retrouvée : l’Auditorium de Radio France.

J’en parle avec d’autant plus d’émotion que ce fut mon devoir et mon bonheur que d’organiser cette inauguration et avant cela, la prise de possession des lieux par les formations de Radio France, jusqu’alors éparpillées dans Paris. Rien ne fut simple, mais j’ai eu cette chance incroyable dans ma vie professionnelle de pouvoir inaugurer deux lieux de concerts, en septembre 2000 la Salle philharmonique de Liège anciennement salle du Conservatoire entièrement rénovée, en octobre 2014 le nouvel auditorium de Radio France.

Et toujours mes brèves de blog !

Notre Dame : orgues et organistes

Je l’ai promis hier : puisque France Télévisions a soigneusement évité de citer les oeuvres jouées durant les cérémonies et messes de réouverture de Notre Dame, et surtout d’ignorer les organistes qui ont « réveillé » le grand orgue, je vais tenter de combler ces lacunes (lire Demandez le programme !)

Pour ce faire, je vais emprunter sans vergogne à Renaud Machart la suite de « twitts » qu’il a publiés sur le réseau X.com, non sans avoir rappelé l’ouvrage de base qu’il a signé il y a quelques années avec l’organiste Vincent Warnier

« J’ai lu des propos assez peu informés sur les interventions des quatre organistes de #NotreDameDeParis, regrettant et moquant le style de leurs improvisations.

1. L’improvisation est la partie la plus essentielle de la liturgie. Ce n’est pas pour rien que nous sont parvenues des messes d’orgue et des hymnes qui alternaient avec le chant. Si Rameau n’avait pas tant improvisé à l’église, on aurait un livre d’orgue de lui probablement… Fantasme suprême.

2. Le style harmonique « moderne » pratiqué samedi soir, qu’on peut ne pas aimer, est absolument le même que celui de Pierre Cochereau (1924-1984) dans les mêmes lieux voici plus d’un demi-siècle.

3. De toute évidence le langage dissonant/consonant utilisé reflète la situation de la cathédrale #NotreDameDeParis, passée du chaos à la lumière. On fait cela depuis la nuit des temps

Les organistes n’ont bien sûr pas été nommés. On a de la chance : les commentateurs de France TV n’ont pas osé parler pendant la musique, d’ordinaire leur grande spécialité. Par ordre d’apparition :

1. Olivier Latry, nommé en 1985 au poste d’organiste titulaire du grand-orgue : Réveil sur accord final solaire de Sol M.

2. Vincent Dubois, nommé organiste titulaire du grand-orgue en 2016, a improvisé une Tierce en taille (qui rappelle la partie ancienne de l’orgue) à la manière de Grigny ou de Marchand.

3. Thierry Escaich, ancien organiste. titulaire de Saint-Étienne-du-Mont à Paris de 1996 à 2024 au côté de Vincent Warnier. Nommé le 24 avril Organiste titulaire du grand-orgue de #NotreDameDeParis. Reconnu comme un des plus grands improvisateurs du temps.

4. Thibault Fajoles, Organiste titulaire adjoint du grand-orgue et de l’orgue de chœur, nommé le 24 avril. Il n’a que 21 ans, est encore étudiant (élève de Latry et Eschaich). Mais très pro: il a improvisé un fond d’orgue dans le style ancien Grigny/Marchand des XVIIe et XVIIIe. siècles et il a eu le privilège d’improviser la sortie dans un style de Toccata festive très traditionnel, lui aussi. Yves Castagnet, en poste depuis 1988, demeure titulaire de l’orgue de chœur de la Cathédrale. » (Renaud Machart sur X.com)

Ceci étant dit et clairement dit, on peut comprendre la frustration, l’incompréhension de nombreux téléspectateurs qui ont été privés de pièces connues, comme celles que grava l’illustre Pierre Cochereau – ce fut mon tout premier disque d’orgue.

Pour ce qui est de mes amis Thierry Escaich et Olivier Latry, compagnons d’aventures musicales depuis de longues années, je renvoie aux articles que je leur ai déjà consacrés.

Je suis très attaché à ce disque, le premier consacré à des oeuvres symphoniques de Thierry Escaich (Diapason d’Or 2003) : l’orgue de la Salle Philharmonique de Liège n’était pas encore restauré, et la partie d’orgue du concerto a été ensuite enregistrée… à Notre Dame de Paris.

En 2005, nous avions consacré toute une semaine de fête au « réveil » de l’orgue Schyven de Liège et c’était bien entendu avec Thierry Escaich, qui quelques années plus tard tiendrait la partie d’orgue de la 3e symphonie de Saint-Saëns magnifiquement captée sous la direction de Jean-Jacques Kantorow

Quant à Olivier Latry, c’était l’un des invités de choix de « mon » dernier festival Radio France en juillet 2022. Personne ne se rappelait avoir vu une telle foule pour un récital d’orgue à Montpellier…

Pour en revenir à Notre Dame, il faut réécouter cette formidable improvisation d’Olivier Latry qui se mêle aux cloches de la cathédrale à l’issue de la première messe célébrée dimanche.

Inutile de comparer les talents d’improvisateur des titulaires de Notre Dame : mais Thierry Escaich est toujours surprenant quand il s’empare d’un thème connu et qu’il nous emmène en terre inconnue.

Notre-Dame : cherchez le programme !

Le 15 avril 2019 je racontais ici Ma Notre-Dame, l’épreuve, l’horreur, les souvenirs d’une cathédrale en flammes.

Ce week-end je ne pouvais pas, je ne voulais pas manquer sa réouverture. Au terme de ces festivités, le bilan est mitigé pour user d’un euphémisme.

Félicitations

Commençons par les félicitations. Je suis un lève-tôt et un fidèle de Télématin sur France 2 depuis des années. Des présentateurs, des chroniqueurs, compétents, sympathiques, parfaitement intégrés à une formule qui a fait ses preuves, et surtout, surtout, grâce sans doute à la brièveté des journaux qui rythment l’émission toutes les demi-heures, quasiment pas de ces micro-trottoirs ridicules qui ont envahi les JT de 13h ou 20 h (je n’ai pas compté le nombre de fois où le mot « émotion » a été prononcé ce week-end !).

Samedi et dimanche les équipes de Télématin étaient devant Notre-Dame, avec des invités, des reportages, des « sujets » tous remarquables sans exception. Factuels, informatifs (qui savait ce qu’était un taillandier ? l’origine du nom du personnage de Victor Hugo Quasimodo ? même moi qui fus enfant un pratiquant assidu, je ne me rappelais plus qu’il s’agissait du dimanche qui suit Pâques). Bref un modèle de « matinale » informative et divertissante.

Ratage international

On ne doute pas que la diffusion des différentes cérémonies et messes du week-end a représenté pour France Télévisions un effort sans précédent. C’était une occasion exceptionnelle de montrer au monde le savoir-faire du service public.

Occasion ratée malheureusement. Tout le monde se souvient des grandes cérémonies qui rythment la monarchie britannique, pour ne prendre que les plus récentes les obsèques de la reine Elisabeth ou le couronnement de Charles III : la musique y tient une place considérable (voir La Playlist de Charles III). A tout moment, pour qui suit la cérémonie à la télévision, la BBC donne de l’information sur ce qui se passe, met les titres des morceaux joués, donne le nom des interprètes. Là RIEN, pas la moindre indication, tant pendant la cérémonie de réouverture que pendant les messes de dimanche, RIEN. Même quand retentit l’Alleluia du Messie de Haendel par le choeur et la maîtrise de Notre Dame, RIEN !

J’exagère ? Il n’est que de regarder la cérémonie inaugurale sur une chaîne comme NBC…

Ce n’est pas comme si ces cérémonies avaient été décidées au dernier moment, comme si leur déroulé avait été ignoré des équipes de télévision.

Certes il ne manquait pas de commentateurs pour citer les personnalités politiques, ou ressasser à l’envi l’histoire de cette résurrection. Il y avait naguère un excellent journaliste, très versé dans la chose liturgique, Philippe Harrouard, personne pour le remplacer ?

L’orgue de Notre-Dame était heureusement à la fête ! Oui mais qui a parlé des quatre organistes qui se sont succédé à la tribune ? on n’a aperçu que leur crâne. Jamais un mot sur ce qu’ils faisaient, jouaient, créaient. Les téléspectateurs ont pu être désarçonnés de n’entendre aucune pièce d’orgue connue, et on a vu nombre de commentaires désobligeants.. et compréhensibles puisque personne n’a eu droit à la moindre explication…

Franchement lamentable !

Le concert inutile

Je préfère ne pas savoir qui a fait le programme du « grand concert », ni qui en a choisi les interprètes… mais je n’ai malheureusement pas été surpris.

Je connais les équipes de production et de réalisation de ce genre d’événements – ce sont les mêmes qui font le concert du 14 juillet sous la Tour Eiffel

Le 14 juillet 2014 : seule la Maire de Paris Anne Hidalgo est encore en fonctions ! De gauche à droite : Anne Hidalgo, Bruno Julliard, François Hollande, JPR, Manuel Valls (Photo Présidence de la République)

Il se trouve que Radio France est très engagée dans ce type de concerts : moyens techniques, forces musicales. Mais tout récemment nommé directeur de la Musique j’avais découvert, il y a dix ans, que nous n’avions pas eu notre mot à dire sur le programme, le choix des interprètes, accessoirement le montant des cachets versés aux artistes… Sans parler de certaines pratiques dénoncées un an plus tôt par le Canard enchaîné.

Pour la préparation du concert du 14 juillet 2015 je comptais bien remettre les choses en ordre, et reprendre la main sur la conception, la programmation et l’organisation d’une soirée qui serait dirigée par Daniele Gatti, avec l’Orchestre national de France, le choeur et la maîtrise de Radio France. C’est ce qui fut fait : je me rappelle une réunion que j’avais provoquée, avec son plein accord, dans le bureau même du chef d’orchestre à Radio France, en présence de toutes les parties prenantes, notamment de France Télévisions. On évita le défilé de stars lyriques, on chercha et on trouva des oeuvres en rapport avec la circonstance : je crois – mais je n’en suis plus sûr – que Gatti retint l’idée de diriger l’ouverture 1812 de Tchaikovski avec choeur. Autour de la table, sans vouloir vexer personne, je pense qu’à part le chef et moi, personne ne savait que Tchaikovski cite la Marseillaise et pourquoi il le fait.

Mais je n’étais plus en fonction pour assister à ce concert ni aux suivants.

L’obsession des organisateurs de ce type de concerts, comme celui de Notre-Dame, est de ne surtout pas dépasser les 5 minutes (8 étant le très grand maximum) par séquence. Il paraît qu’on peut perdre ou lasser le spectateur… Ce qui est tout de même extraordinaire c’est que jamais on ne se permettrait de telles exigences avec des chanteurs de variétés (même si le format habituel d’une chanson est de l’ordre des 3 minutes), mais pour le classique tout est bon, y compris caviarder ou « arranger » un morceau pour que ça tienne… (l’autre soir, il ne suffisait pas que Lang Lang massacre le 2e concerto de Saint-Saëns, mais on avait coupé dans le finale !).

Réaction d’un vieux ronchon que la mienne ? Assurément non, parce que je revendique d’avoir fait ce beau métier d’organisateur et de programmateur durant près de quarante ans, sans jamais me moquer ni des artistes ni du public, au contraire. Relire en tant que de besoin tous les articles que j’y ai consacrés sur ce blog (comme Le grand public).

Le dernier événement que j’ai contribué à organiser était la finale du Concours Eurovision des jeunes musiciens en 2022 à Montpellier. De nouveau débat avec la production – la même que celle qui assume les Victoires de la Musique et autres rares émissions classiques à la télévision – sur la longueur des extraits et le choix de ceux-ci. Je ne dirai rien sur le résultat final, la « mise en scène » d’un spectacle calqué une soirée de variétés, mais je peux dire que les jeunes finalistes ont tous été respectés et que nous avons choisi avec eux les oeuvres qu’ils allaient jouer, sans coupure ni caviardage. Quasiment pas de supposés « tubes » grand public, mais des musiciens et des compositeurs que beaucoup ont dû découvrir ce soir-là. Je me rappelle la réaction des équipes présentes quand, déjà en répétition puis au concert, ils entendirent le vainqueur de ce concours – Daniel Matejca – jouer la cadence et le finale du 1er concerto de Chostakovitch

Comme l’orgue et les organistes ont été les grands oubliés de ce week-end, même si on les a heureusement beaucoup entendus, je leur consacrerai tout un billet demain.

Mises en boîtes : Copland, Mendelssohn

Le CD est mort, paraît-il, mais les éditeurs continuent de mettre en boîtes leurs fonds d’archives, parfois récentes. Et c’est une opération bien pratique pour qui a des rayons encombrés de trop de galettes individuelles.

Pour une fois, il n’y a pas eu besoin d’anniversaire prétexte pour sortir deux coffrets remarquables.

Copland by Copland

Aaron Copland (1900-1990), mort quelques semaines après son cadet Leonard Bernstein (lire Bernstein ou le génie à vif), est l’archétype du compositeur américain, l’inventeur d’une musique qui plonge toutes ses racines dans la terre américaine. Il est l’un des seuls à avoir bénéficié d’une notoriété mondiale, à défaut d’une vraie célébrité. Même si on connaît mal son oeuvre, on connaît son nom.

J’avais déjà dans ma discothèque plusieurs des CD où le compositeur dirige ses propres oeuvres, le plus souvent à la tête d’orchestres londoniens ! Sony vient de rééditer l’intégrale de ce précieux legs en 20 CD et à petit prix, il faut le relever puisque cela n’a pas toujours été le cas naguère.

C’est évidemment une somme inestimable, qui donne à connaître un créateur plus complexe que ne le laissent deviner ses oeuvres les plus connues (Appalachian Spring, Billy the Kid, Rodeo…) qui sont évidemment les plus descriptives, les plus « natives » !

Quelle chance ont eue les enfants qui, ce jour-là, assistaient à l’un des Young People Concerts animés et présentés par Leonard Bernstein, lorsqu’ils ont découvert le compositeur Aaron Copland jouant son propre concerto pour piano !

A Liège, après la restauration en 2005 de l’orgue Schyven de la Salle philharmonique, j’aurais souhaité programmer la symphonie avec orgue de Copland. Je n’y suis jamais parvenu, et mes successeurs non plus jusqu’à présent !

Mendelssohn sur les ailes du chant

C’est devenu une habitude chez Warner Classics de consacrer de forts coffrets à des compositeurs, certes le plus souvent à l’occasion d’un anniversaire. Dans le cas de Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847), aucun prétexte particulier, sauf pour réunir en 40 CD des versions déjà connues, publiées par les différents labels qui font partie aujourd’hui du groupe Warner : EMI, Electrola, Teldec, Erato, etc.

Les pièces pour piano – pour l’essentiel les cycles de Romances sans paroles – sont dues Daniel Adni avec quelques raretés bienvenues, des Etudes et caprices joués par Annie d’Arco et surtout une Première sonate avec la pianiste argentine Silvia Kersenbaum (grâce à qui j’avais découvert le 2e concerto pour piano de Tchaikovski).

C’est Marie-Claire Alain qui avait jadis gravé une part malheureusement peu connue de la production de Mendelssohn, son oeuvre pour orgue

Pour la musique de chambre, Warner n’a pas eu de mal à trouver les meilleures versions : Frédéric Lodéon (violoncelle), Maxim Vengerov (violon), le trio Fontenay, l’élégant sextuor avec piano capté lors d’un festival Argerich à Lugano, les quatuors sont partagés entre les Berg, Artemis et Cherubini.

Les concertos pour piano sont ceux de Cyprien Katsaris et Kurt Masur, une version plusieurs fois couronnée, celle que nous avions retenue, il y a bien longtemps, dans l’émission Disques en Lice (lire Une naissance) :

Sans surprise, le corpus des « grandes » symphonies est confié à Kurt Masur et à « son » Orchestre du Gewandhaus de Leipzig (qui donnent aussi un magnifique Songe d’une nuit d’été) les symphonies de jeunesse étant dévolues au Concerto Köln.

Deux absolues raretés, deux brefs ouvrages lyriques – Die beiden Pädagogen et Die Heimkehr aus der Fremde – dirigées par Heinz Wallberg avec des stars de l’époque, Peter Schreier, Dietrich Fischer-Dieskau… tout un bouquet de mélodies composite, et tout un récital du grand Fischer-Dieskau accompagné par Sawallisch au piano. L’oeuvre chorale est dévolue à Michel Corboz.

Seul regret, pour les deux grands oratorios, Paulus et Elias, il y a mieux que les honnêtes Conlon et Frühbeck de Burgos proposés ici.

La somme est admirable, ce coffret unique, donc hautement recommandé !

La découverte de Bologne (IV) : l’éblouissement

Je vous avais promis hier une belle surprise pour le dernier jour de l’année. Nous y sommes. La surprise ce fut d’abord la mienne de découvrir, un peu par hasard, la fabuleuse collection d’instruments rassemblée par l’illustre claveciniste, organiste et pédagogue Luigi Fernando Tagliavini (1929-2017), né et mort à Bologne, où il a travaillé une partie de sa vie. Mais les musiciens, notamment mes amis suisses, le connaissent mieux comme professeur, puis directeur de l’institut de musicologie de Fribourg (de 1965 à 2000).

Tagliavini a collectionné, au cours des ans, de quoi constituer aujourd’hui l’un des plus beaux musées de la ville de Bologne, le complexe San Colombano. Des dizaines d’instruments, essentiellement à clavier, tous plus fascinants les uns que les autres, pour certains des pièces uniques, mis en valeur dans des lieux chargés d’histoire et richement décorés.

Clavecin Fabius de Bononia, 1685

Epinette rectangulaire de type napolitain / Anonyme 16e-17e s.

Piano Ignace Pleyel, 1843

Pianoforte Johann Schanz, Vienne 1820

En plus de ces clavecins, épinettes, pianos – dont je n’ai mis ici qu’une petite partie des photos – quelques instruments rares, parfois uniques, comme ce piano à cordes de verre. (Giuseppe Bisogno, Naples, 1860)

Cet autre, qui au centre de son buffet, comporte le fameux rouleau en papier cartonné, qui va recueillir le jeu de l’interprète – même principe qu’une boîte à musique -. C’est le fameux procédé Welte-Mignon, grâce auquel on peut aujourd’hui, plus d’un siècle après sa mort, apprécier le jeu de Camille Saint-Sans jouant sa Valse^Caprice :

(Camille Saint-Saëns jouant sa Valse Caprice en 1905 !)

Le jeu n’est pas d’une régularité parfaite, mais le procédé de « gravure » ne l’était pas non plus, loin de là !

Quant à cette boîte à musique, il s’agit d’une perroquette du XVIIIe siècle, un petit orgue à cylindre.

Je découvre, en écrivant cet article, qu’il existe un orgue à cylindre beaucoup plus imposant dans l’église d’Airvault (dans mon département natal des Deux-Sèvres) :

Autre instrument de la collection Tagliavini, un métallophone ou Glockenspiel Naumann à clavier.

Pour ceux qui comprennent l’italien, laissons le presque dernier mot au maître lui-même :

Les disques cachés de Riccardo Muti

Depuis que je suis à Bologne, j’ai cherché – en vain – un magasin de disques classiques. Ce n’était pas mon objectif premier certes, mais je m’étais résigné à repartir bredouille, quand, par le plus grand des hasards, sortant ce matin d’un bien décevant musée d’art moderne, je passai devant une librairie de type Gibert, du neuf et de l’occasion, qui disposait d’un petit bac de CD. Bien m’en a pris de m’y arrêter : j’y ai trouvé des enregistrements dont j’ignorais même l’existence, réalisés dans les années 90 pour une banque italienne et ensuite diffusés aux abonnés de La Reppublica. Riccardo Muti dirige les symphonies de Beethoven à la tête de l’orchestre de la Scala, rien de moins ! Il n’y avait que trois sur six des CD de l’intégrale. En cherchant celle-ci sur le Net, je l’ai dénichée sur un site de revente… à un prix dix fois supérieur à celui que j’ai payé pour mes trois CD…

So British

#FestivalRF22 #SoBritish

Les Anglais ne font rien comme tout le monde (cf. la situation politique actuelle !), c’est d’ailleurs pour cela qu’on les aime. Et pour cela qu’on leur consacre un Festival (lefestival.eu).

Mais contrairement à mes billets précédents (A Sea Symphony, La mer qu’on voit danser), je ne vais pas parler d’oeuvres ou d’artistes programmés à Montpellier ce mois de juillet, mais d’un label britannique, Alto, qui recycle, réédite des enregistrements parus sous d’autres étiquettes, souvent disparues, et dont le catalogue semble inépuisable et accessible à petit prix sur des sites britanniques (comme prestomusic.com).

Il y a peu, Jean-Charles Hoffelé signalait (Nuits de pleine lune) la réédition d’un disque Falla par Alicia de Larrocha naguère paru chez Hispavox, avec la première version enregistrée par la pianiste espagnole des Nuits dans les jardins d’Espagne

En prévision de l’été, j’ai bien sûr commandé ce disque et une palanquée d’autres, parmi lesquels je recommande aujourd’hui des « produits » typiquement britanniques, qu’on n’imagine simplement pas sous les labels français ou allemands.

Un programme parfait pour le Tea Time…

Plus original encore cette compilation qui donne à entendre les orgues des grandes cathédrales d’Angleterre et leurs titulaires. Suivez le guide !

Heureux d’entendre le Carillon de Westminster de Louis Vierne sur l’instrument de la célèbre cathédrale londonienne de… Westminster

Originalité encore avec le compositeur Samuel Coleridge-Taylor, né à Holborn en 1875 d’un père originaire de Sierra Leone et d’une mère anglaise, mort à Londres en 1912.

Ascension

Je ne suis pas sûr qu’à part son fameux « pont », synonyme de long week-end et d’éventuels congés, l’on sache encore ce qu’est l’Ascension et le pourquoi d’un jour férié un jeudi !

Le calendrier chrétien

Rappelons donc que l’Ascension est une fête chrétienne célébrée le quarantième jour à partir de Pâques. Elle marque la dernière rencontre de Jésus avec ses disciples après sa résurrection et son élévation au ciel. Elle exprime un nouveau mode de présence du Christ, qui n’est plus visible dans le monde terrestre, mais demeure présent dans les sacrements. Elle annonce également la venue du Saint-Esprit dix jours plus tard et la formation de l’Église à l’occasion de la fête de la Pentecôte. Elle préfigure enfin pour les chrétiens la vie éternelle.

L’Ascension est un élément essentiel de la foi chrétienne : elle est mentionnée explicitement, tant dans le Symbole des apôtres que dans le Symbole de Nicée-Constantinople et donc partagée par les catholiques, les orthodoxes (l’Ascension du Seigneur est une des Douze grandes fêtes), les protestants et les fidèles des Églises antéchalcédoniennes.

Le jeudi de l’Ascension est jour férié dans plusieurs pays et célébré chaque année entre le 30 avril et le 3 juin pour le calendrier grégorien. Pour les catholiques et les protestants, en 2022, l’Ascension est le jeudi 26 mai et en 2023 elle aura lieu le 18 mai. Pour les orthodoxes, c’est respectivement le 2 juin et le 25 mai. (Source Wikipedia).

L’Ascension en musique

De manière certes moins abondante ou spectaculaire que Noël ou la période pascale, l’Ascension a inspiré les compositeurs.

On pense en premier lieu à Jean-Sébastien Bach et à sa cantate BWV 11 Lobet Gott in seinen Reichen, souvent nommée Oratorio de l’Ascension (17 mai 1735)

L’un des fils Bach, Carl Philip Emanuel (1714-1788), écrit un oratorio qui réunit deux épisodes : la Résurrection (à Pâques) et l’Ascension du Christ (1774)

Le prolifique Telemann (1681-1767) avait fait de même en 1770, quelques années avant C.P.E.Bach, sur le même livret de Karl Wilhelm Ramler.

et écrit plusieurs cantates pour ces fêtes religieuses du printemps.

Incontournable Messiaen

Au XXème siècle, le plus religieux des compositeurs français, Olivier Messiaen (1908-1992) consacre à l’Ascension deux recueils, en 1932 pour orchestre symphonique, puis en 1933 pour orgue, composés de quatre mouvements :

  1. Majesté du Christ demandant sa gloire à son Père
  2. Alleluias sereins d’une âme qui désire le Ciel
  3. Transports de joie d’une âme devant la gloire du Christ qui est la sienne
  4. Prière du Christ montant vers son Père
Deutsche Grammophon a eu la bonne idée de réunir en un coffret anniversaire (Olivier Latry vient de fêter ses 60 ans) les enregistrements de l’organiste à la tribune de Notre Dame de Paris, en particulier une intégrale de l’oeuvre d’orgue de Messiaen qui fait référence.

J’en profite pour rappeler qu’Olivier Latry est l’un des invités prestigieux de l’édition 2022 du Festival Radio France pour un récital sur les orgues de la Cathédrale Saint-Pierre de Montpellier le 20 juillet prochain, qui rendra, entre autres, hommage à César Franck à l’occasion de son bicentenaire : lefestival.eu.

Agatha, Yuja, Klaus et Maurice

On n’oublie pas l’Ukraine loin de là (Unis pour l’Ukraine), on a parfois honte de certains débats ou de certaines prises de position (lire à ce sujet l’excellent billet du jeune musicologue Tristan Labouret sur Facebook)

Mais on vient de passer deux soirées bienfaisantes, l’une au théâtre, l’autre à la Philharmonie de Paris. Récit.

L’inconnu d’Agatha C.

Cela fait un moment que j’avais repéré ce spectacle qui se donne depuis le 24 janvier dans un théâtre – une salle moderne du 11ème arrondissement – où je n’avais jamais mis les pieds, l’Artistic Athévains


Je suis depuis mon adolescence un lecteur et un fan d’Agatha Christie, on connaît ses « recettes » pour nouer des intrigues policières et dérouter ses lecteurs jusqu’à la fin. Ses pièces de théâtre sont moins fréquentes. Raison de plus pour assister à ce Visiteur inattendu.

Le « pitch » est simple, trop simple pour être honnête évidemment ! Un soir de brouillard, un homme survient dans une maison isolée, sa voiture ayant versé dans le fossé, il arrive sur une scène de crime, un homme tué par balles dans une chaise roulante et lui faisant face une femme tenant un revolver et expliquant qu’elle vient de tuer son mari. On se doute que, comme dans tous les romans et les pièces d’Agatha Christie, tous les personnages qui vont intervenir ont tous une raison d’être impliqués dans ce crime, on ne dira évidemment pas qui est le coupable !

Ce qui est admirable dans ce spectacle, c’est d’abord une mise en scène astucieuse, judicieuse de Frédérique Lazarini, c’est la densité de chacun des personnages, chacun des rôles, et l’excellence de tous les interprètes : Sarah BIASINI Pablo CHERREY-ITURRALDECédric COLAS Antoine COURTRAY Stéphane FIEVETEmmanuelle GALABRU Françoise PAVY Robert PLAGNOL.

Cela se joue encore jusqu’à fin avril !

Yuja Wang, Klaus Mäkelä et Maurice Duruflé

Je n’avais pas encore eu l’occasion de voir et d’entendre le nouveau directeur musical de l’Orchestre de Paris, le jeune Finlandais Klaus Mäkelä qui vient de fêter ses 26 ans ! Le programme de cette semaine était, de surcroît, d’une originalité rare dans les concerts parisiens : l’Ebony concerto de Stravinsky, le Premier concerto pour piano de Rachmaninov et le Requiem de Maurice Duruflé.

Philippe Berrod ouvre le bal à la clarinette et s’amuse bien avec ses excellents collègues dans ce faux concerto faussement jazz mais vraiment Stravinsky sous la houlette élancée et élégante du jeune chef.

Puis vient le moins joué des quatre concertos de Rachmaninov qui servit – les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître – d’indicatif à la mythique émission de Bernard Pivot Apostrophes (dans la version de Byron Janis).

Quel bonheur de voir entrer, moulée dans une robe jaune (l’Ukraine?), la pianiste chinoise Yuja Wang, une artiste qu’on tient pour véritablement exceptionnelle depuis qu’on l’a entendue notamment en 2014 à Zurich dans le 2ème concerto de Prokofiev, et un an plus tard avec Michael Tilson Thomas dans le 4ème concerto de Beethoven, c’était à la Philharmonie ! (Les surdouées).

Yuja Wang a cette sorte de charisme, de personnalité hors norme, qui emporte l’adhésion et la sympathie immédiates du public, elle manifeste une telle joie de jouer, se défiant de tous les obstacles techniques – son deuxième bis hier soir, les redoutables variations sur Carmen de Vladimir Horowitz, elle s’en amusait, elle s’en régalait, comme si aucune difficulté ne pouvait lui résister -, son contrôle du clavier est proprement sidérant.

Requiem pour la paix

En dehors du disque (Michel Plasson) je n’avais jamais entendu en concert le Requiem de Maurice Duruflé (1902-1986), le chef-d’oeuvre choral de celui qui fut jusqu’à la fin de sa vie l’organiste de Saint-Etienne-du-Mont à Paris. La filiation avec Fauré est évidente (comme le couplage des deux oeuvres au disque). Le requiem de Duruflé a été créé à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1947

Hier, au-delà de la confirmation que Klaus Mäkelä est un chef très inspiré, en osmose avec son orchestre, on a vécu l’un de ces moments forts dans la vie d’un mélomane, dans une vie d’homme tout simplement. La puissance, la beauté, la cohésion des forces musicales – magnifique choeur de l’orchestre de Paris -, la présence de deux solistes ukrainiens, Valentina Plujnikova et Yuri Samoilov, le très long silence recueilli à la fin du requiem, avant que n’éclate un tonnerre d’applaudissements dans le public de la Philharmonie, particulièrement adressés aux deux interprètes ukrainiens, et au-delà d’eux, à tout un peuple martyr.