Viennoiseries

Pour ceux qui, comme moi, ont manqué la diffusion en direct le 1er janvier, on trouve sur Youtube l’intégralité du concert de Nouvel an dirigé par Gustavo Dudamel

Une bonne manière de refermer la discussion sur les mérites comparés des chefs invités à cette célébration annuelle, comme le défunt Georges Prêtre.

J’assistais hier soir à un autre concert très viennois… à Montpellier. L’Orchestre national de Montpellier donnait, sous la direction de son chef Michael Schønwandt, un copieux programme composé de Schelomo d’Ernest Bloch (sous l’archet éloquent de Cyrille Tricoire) et la Cinquième symphonie de MahlerJe n’avais pas été aussi passionné de bout en bout par une interprétation depuis la version qu’en avait donnée Andris Nelsons à la Philharmonie de Paris en novembre 2015. Michael Schønwandt privilégie la modernité de l’écriture de Mahler, ne surjoue pas, comme Bernstein, les langueurs viennoises, et démontre surtout la formidable qualité d’ensemble de la phalange qu’il dirige depuis septembre 2015 et à laquelle il a redonné confiance et ambition. Mention spéciale pour le nouveau cor solo Sylvain Carboni, 28 ans, impérial dans le périlleux 3ème mouvement.

c1hmhwgxcaakorp-jpg-largeEt pour finir en beauté cette séquence viennoise, ce coffret commandé pendant mon séjour suédois et trouvé dans ma boîte aux lettres, qui a toutes les chances de passer inaperçu dans le flot des nouveautés. Une intégrale de plus des concertos de Beethoven, un petit label allemand, un pianiste/chef peu connu en France, mais authentique Viennois, Stefan VladarUn artiste qui avait fait le bonheur de plusieurs soirées liégeoises – Festival Mozart de janvier 2006, Festival Brahms en mai 2008, les deux fois sous la baguette de Louis LangréeEn tout cas, ce coffret a conquis l’un des critiques les plus exigeants du magazine Gramophone (« an exceptional set »). La très bonne affaire de ce début d’année !

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Zoltan le bienheureux

Son coeur a lâché ce dimanche. Zoltan Kocsis en était malade depuis plusieurs années.

J’aimais beaucoup ce grand musicien, que j’ai vu trop rarement sur scène, mais il occupe depuis longtemps une place essentielle dans ma discothèque, et comme pianiste et comme chef d’orchestre. J’ai trouvé un grand nombre de ses disques à Budapest, l’essentiel de sa production pour le label hongrois Hungaroton ayant été peu ou mal distribué en Europe occidentale. Heureusement Philips en avait fait un de ses artistes « maison », ce qui nous vaut des intégrales de haut vol. Qui restituent l’acuité, la vigueur, la subtilité, l’élan d’un jeu de piano débarrassé de toute fioriture inutile. Tom Deacon l’avait justement retenu dans sa collection des Grands Pianistes du XXème siècle.

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Dans l’ordre de mes préférences, d’abord l’une des plus alertes visions de Rachmaninov, des concertos et une Rhapsodie à la pointe sèche.

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Une formidable intégrale Bartókun Debussy lumineux.

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Les mêmes qualités se retrouvent dans Chopin, Haydn, Mozart, Brahms, tous ses disques méritent plus que l’intérêt.

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Mais le chef d’orchestre Kocsis est tout aussi passionnant que le pianiste, et il applique au traitement du grand orchestre la même palette de couleurs et de transparences qu’au clavier.

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Peut-on espérer que Decca – qui a repris l’exploitation du catalogue Philips – rende au musicien disparu l’hommage qui lui est dû ? Peut-on espérer que les labels hongrois qui ont de splendides références à la fois du jeune pianiste et du chef dans sa maturité nous restituent cet impressionnant catalogue en mémoire de l’un de leurs plus illustres musiciens ?71xb6ydj3l-_sl1500_

Le devoir et le plaisir

Je tenais à honorer ma promesse, je devais être à Liège ce 17 octobre.

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Pour la Fondation Ihsane Jarfi, qui n’a malheureusement rien perdu de son actualité, pour Hassan J., pour Pascal C. et pour tous les amis de Liège dont je continue à partager les combats et l’action, même à distance.

14724566_10154034858017602_4174733076785391538_n(L’Opéra royal de Wallonie)

C’était de surcroît un ouvrage, Nabucco de Verdi, qui me touche, sans doute parce qu’à chaque fois que je l’ai vu c’était dans des circonstances extraordinaires. La première fois, c’était rien moins que pour l’ouverture de la saison de la Scala en 1987, sous la direction de Riccardo Muti, avec une Abigaille très impressionnante, l’Américaine Linda Roark-Strummer – que je reverrais quelques années plus tard en terrifiante Turandot.

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Mon deuxième très grand souvenir de Nabucco – il y en eut d’autres, à Orange notamment – c’est la production inaugurale du mandat d’Hugues Gall à la direction de l’Opéra de Paris, en 1995, avec l’inoubliable Julia Varady.

A Liège, c’est aussi sur l’Abigaille grand format de Tatiana Melnychenko que repose l’ouvrage.

Hier soir, retrouvailles avec la Salle Philharmonique et les amis de l’Orchestre philharmonique royal de LiègePour la première d’une nouvelle initiative née de la volonté de quelques solistes de l’Orchestre, une Happy Hour, qui avait attiré un nombreux et jeune public.

Bruce Richards (cor), Jean-Luc Votano (clarinette) , Joanie Carlier (basson), Sébastien Guedj (hautbois), Geoffrey Baptiste (piano) avaient convié ma très chère Sophie Karthäuser pour un programme original, Richard Strauss, Schubert (Le pâtre sur le rocher) et surtout un cycle de mélodies, très brittenien de ton et d’inspiration, du compositeur australien Paul Stanhope, Songs of the Shadowland.

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Revu évidemment beaucoup de têtes familières, qui m’ont parlé d’une émission récente de Musiq’3, une Table d’écoute consacrée à Rhapsody in Blue de Gershwin. Que j’avais enregistrée à l’invitation de Camille de Rijck au tout début septembre. Je vais réécouter l’émission (vous aussi ?) pleine de surprises, et de versions inattendues.

Sous les pavés la musique (IV) : l’hommage à Nikolaus H.

C’est le dernier en date de ses éditeurs qui a dégainé le premier pour rendre un hommage spectaculaire à Johann Nikolaus Graf von La Fontaine und Harnoncourt-Unverzagt plus connu comme Nikolaus Harnoncourt, disparu en mars dernier.

Un énorme pavé, format 33 tours, regroupant tous les enregistrements réalisés ces quinze dernières années pour Sony (et Deutsche Harmonia Mundi). Y compris les ultimes CD Beethoven posthumes, plusieurs « nouveautés », des enregistrements de 2007 « autorisés » mais non publiés jusqu’à ce coffret : le Stabat Mater de Dvorak, le Christ au mont des Oliviers de Beethoven, et deux cantates de Bach (26 et 36). S’y ajoute un somptueux ouvrage de 140 pages, remarquablement présenté et illustré, dans lequel chaque oeuvre, chaque période abordée par Harnoncourt dans ses disques est documentée par le maître lui-même – souvent par le biais d’interviews contemporaines des enregistrements – dans cette langue si éloquente, brillante…et compréhensible, qui nous rend plus intelligents, plus cultivés, plus curieux encore de partager les découvertes et les recherches que le chef disparu a menées pendant plus de soixante ans.

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Aussi imposant soit-il, ce coffret n’est certes pas complètement représentatif de l’art et de la personnalité d’Harnoncourt, tels qu’ils se sont inscrits dans la mémoire des musiciens et des mélomanes. Tout son travail de recherche sur le répertoire baroque et classique, entrepris dès le mitan des années 50, n’est présent ici que par les reprises d’ouvrages qu’il avait déjà enregistrés chez Teldec/Warner (aurons-nous un jour une « édition » Harnoncourt intégrale ?) : Requiem et dernières symphonies de Mozart, quelques cantates et l’Oratorio de Noël de Bach. Mais le bouquet final est extraordinaire : les Symphonies parisiennes de Haydn, les symphonies de jeunesse de Mozart – on est un peu moins enthousiaste d’un curieux alliage avec Lang Lang – , une paire de symphonies de Bruckner, une grandiose Paradis et la Péri de Schumann, un austère Requiem allemand de Brahms, toute une ribambelle de valses viennoises qui mériteraient vraiment un plus large sourire. Et des incursions pour le moins exotiques : Verdi et son Requiem (Harnoncourt s’est même essayé à Aida.. chez Warner !), des Dvorak, Smetana, Bartok, jusqu’à Porgy and Bess de Gershwin ! Mais quand on lit ce qu’Harnoncourt dit de ces oeuvres et de ces compositeurs, on les comprend (et on les entend) avec d’autres oreilles…

Absolument indispensable !

Tous les détails, oeuvres, interprètes, dates et lieux d’enregistrement à voir ici : Nikolaus le Grand

On relira avec intérêt la dernière interview que Nikolaus Harnoncourt avait accordée – en 2013 – au magazine Diapason : La dernière interview

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PS 1 Précision utile, qui répondra aussi à quelques commentaires sur Facebook : tous les disques, coffrets, que j’évoque sur mon blog, je les achète moi-même. À quelques très rares exceptions près, je ne les reçois pas gratuitement ni des éditeurs (ce qu’on appelle des « services de presse ») ni des artistes. Ma liberté est aussi à ce prix ! Accessoirement, j’ai appris à trouver les meilleurs fournisseurs au meilleur prix, en neuf ou en occasion.

PS 2 J’en profite pour rappeler à mes lecteurs qui sont à Paris ou qui passent par la capitale française qu’il y a, au 38 boulevard St Germain (en face de l’église St Nicolas du Chardonnet et de la Mutualité), le meilleur magasin classique de « seconde main » – avec beaucoup d’imports japonais -. Une visite régulière s’impose. Et pour ceux qui sont trop loin de Paris, le site est là pour combler vos attentes : Melomania, la passion du classique.

Sous les pavés la musique (I) : Eugen sans gêne

La tendance de l’automne est aux gros pavés. Coup sur coup, les majors du disque nous proposent de superbes rééditions (à des prix presque cassés). Jochum, Munch, Harnoncourt…

Commençons par Eugen Jochum (1902-1987), incontournable figure et héraut de la culture germanique, toujours demeuré, quant à la notoriété, dans l’ombre des Böhm, Karajan ou Kubelik, pour ne citer que ses contemporains.

Deutsche Grammophon a, semble-t-il, entrepris de rééditer l’important legs discographique du chef allemand (ce que EMI/Warner a déjà fait pour les dernières gravures réalisées pendant la dernière décennie de sa carrière – cf.ci-dessous). Premier coffret dévolu au répertoire symphonique et concertant.

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42 CD reprenant des intégrales souvent célébrées des symphonies de Bruckner, de Brahms ou Beethoven (la première des trois que Jochum a gravées, partagée entre les orchestres de Munich et Berlin). Détail ci-dessous.

Alors pourquoi faut-il (ré)écouter Jochum ? Il ne faut surtout pas se fier à son look austère, voire sévère, très chapeau bavarois et culotte de peau.

Dans Bruckner, Brahms ou Haydn il fuit la grandeur hiératique, la solennité empesée, il est mobile, inventif, n’hésitant jamais à bousculer un tempo, à traquer l’humour du dernier Haydn. Plus « classique » dans Mozart ou Beethoven, il rappelle néanmoins les vertus d’une direction fluide, vivante. Dommage qu’on n’ait pas plus de témoignages enregistrés de Richard Strauss ou Wagner. Dommage encore qu’Universal n’ait pas inclus dans ce coffret les quelques enregistrements parus sous étiquette Philips, notamment les Symphonies et ouvertures de Beethoven gravées pour le bicentenaire du maître de Bonn (1970) avec le Concertgebouw d’Amsterdam.

 

Beethoven:

Symphonies Nos. 1-9 (complete) BRO*, BPO*

Violin Concerto in D major, Op. 61 (2 versions 1958 et 1962 avec Wolfgang Schneiderhan BPO

Piano Concerto No. 1 in C Major, Op. 15 (Pollini, VPO*)

Piano Concerto No. 2 in B flat major, Op. 19 (Pollini, VPO)

Fidelio Overture Op. 72c

The Ruins of Athens Overture, Op. 113

The Creatures of Prometheus Overture, Op. 43

Brahms:

Symphonies Nos. 1-4 (Complete) (Hamburg, BPO)

Piano Concerto No. 1 in D minor, Op. 15 (Gilels, BPO)

Piano Concerto No. 2 in B flat major, Op. 83 (Gilels, BPO)

Violin Concerto in D major, Op. 77 (Milstein, VPO)

Variations on a theme by Haydn for orchestra, Op. 56a ‘St Anthony Variations’

Bruckner:

Symphonies 1-9 (complete) BRO, BPO

Elgar:

Enigma Variations, Op. 36 LSO*

Handel:

Organ Concerto No. 4 in F major, HWV292, Op. 4 No. 4

Haydn:

Symphony No. 88 in G major BRO

Symphony No. 91 in E flat major + 98 BPO

Symphonies Nos. 93 – 104 (the London Symphonies) LPO*

Höller, K:

Symphonische Phantasie über ein Thema von Gerolamo Frescobaldi Op. 20

Sweelinck-Variationen, Op. 56

Mahler:

Das Lied von der Erde (Merriman, Haefliger, Concertgebouw)

Mozart:

Symphony No. 33 in B flat major, K319

Symphony No. 36 in C major, K425 ‘Linz’

Symphony No. 39 in E flat major, K543

Symphony No. 40 in G minor, K550

Symphony No. 41 in C major, K551 ‘Jupiter’

Violin Concerto No. 4 in D major, K218 (Martzy, RBO)

Serenade No. 13 in G major, K525 ‘Eine kleine Nachtmusik’

Serenade No. 10 in B flat major, K361 ‘Gran Partita’

Schubert:

Symphony No. 5 in B flat major, D485

Symphony No. 8 in B minor, D759 ‘Unfinished’

Symphony No. 9 in C major, D944 ‘The Great’

Sibelius:

The Tempest, Op. 109

The Oceanides, Op. 73

Night Ride and Sunrise, Op. 55

Strauss, R:

Don Juan, Op. 20

Till Eulenspiegels lustige Streiche, Op. 28

Waltz Sequence No. 1 (from Der Rosenkavalier)

Schlagobers, Op. 70: Waltz

Wagner:

Parsifal: Prelude to Act 1

Lohengrin: Prelude to Act 1

Parsifal: Good Friday Music

RBO* = orchestre symphonique de la Radio Bavaroise / BPO* = orchestre philharmonique de Berlin / VPO* = orchestre philharmonique de Vienne / LSO* = orchestre symphonique de Londres / LPO* = orchestre philharmonique de Londres.

La comparaison entre les symphonies de Bruckner gravées de 1958 à 1964 pour Deutsche Grammophon, et celles enregistrées à la fin des années 70 avec la Staatskapelle de Dresde (dans le coffret ci-dessous) est passionnante. L’art d’un très grand chef à son apogée.

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Les nouveaux modernes (suite)

Je ne l’ai pas souligné hier (Les nouveaux modernes) mais Stéphane Denève est aussi un « moderne » dans son comportement à l’égard du public de ses concerts. Une modernité qui devrait être la règle. Pour échapper définitivement à un rituel compassé qui perpétue l’image – fausse – d’une musique classique réservée au mélomane averti, au connaisseur.

Le chef français, revenant saluer avec Jérome Pernoo et Guillaume Connesson sous des tonnerres d’applaudissements, s’adressa spontanément au public, comme il le fait toujours, pour faire partager son enthousiasme pour le compositeur, et sa collaboration avec l’Orchestre National, avant de bisser le dernier mouvement du concerto pour violoncelle de Connesson.

Ce même jeudi, je rencontrais un autre grand musicien qui partage avec son aîné la même curiosité pour le répertoire, la même envie de proposer des programmes originaux, la même capacité à dialoguer avec le public, à faire du concert un moment de bonheur et de convivialité : Julien ChauvinIl a fait, malgré lui, la une de l’actualité avec une histoire à dormir debout qui a définitivement ridiculisé les apparatchiks du Comité olympique français. Lire Une forme olympique. Julien Chauvin et ses musiciens n’ont pas le droit de relever le nom d’un ensemble phare de la vie musicale parisienne du XVIIIème siècle – le Concert de la Loge Olympique -, né, on en conviendra, quelques années avant Pierre de Coubertin et la résurrection des Jeux Olympiques…

Bref, il reste aux mélomanes la possibilité – et on ne s’en privera pas – d’admirer et de soutenir  Le Concert de la Loge bip-bip-bip. Par exemple avec ce magnifique nouveau disque.

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Tosca sans chef

Soirée de gala hier à l’Opéra Bastille. Les mécènes étaient en nombre (était-ce une raison pour commencer systématiquement chaque acte en retard ?), la presse aussi. Pourtant la première de cette Tosca avait eu lieu samedi dernier. Les premiers papiers, comme celui de Forumoperalaissaient augurer du meilleur.

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La mise en scène de Pierre Audi ne se signale par aucune originalité, mais peut-on transformer, transposer, un ouvrage aussi lié à un contexte historique et géographique ?

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Alors les chanteurs ? Le public est venu pour eux, pour le ténor Marcelo Alvarezle baryton Bryn Terfelpeut-être surtout la soprano Anja HarterosEt il ne sera pas déçu.

Alvarez campe un Cavaradossi solide, un peu poseur, la voix conserve un beau métal, à Terfel il manque de la noirceur dans le timbre (ou est-ce moi qui n’ai jamais beaucoup aimé cette voix ?), mais peut-on rater Scarpia ? Aucune réserve en revanche, une adhésion enthousiaste à l’incarnation du personnage de Floria Tosca, à la voix pulpeuse, sensuelle et homogène sur toute la tessiture d’Anja Harteros. Sublime Vissi d’arte, mais toutes les difficultés vocales d’un rôle périlleux entre tous sont franchies sans que jamais la voix ne s’altère. La grande Tosca du moment, assurément !

Quelle déception en revanche dans la fosse ! Pas du côté des musiciens évidemment. Je trouve le rédacteur de Forumopera (cf.supra) bien indulgent à l’égard d’une direction plate, banale, caricaturale. Pourtant Dieu sait que l’orchestre de Puccini est riche, vétilleux aussi par ses incessants changements de couleur et de rythme. Il faut une grande baguette pour en maîtriser tous les rouages et en extraire tous les sortilèges (un Karajan, un Levine, un Solti…). Dommage qu’on n’ait pas eu Philippe Jordan… 

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Etat de grâce

Il aura fallu attendre le dixième anniversaire de sa mort, le 20 septembre 2006, pour qu’enfin un hommage discographique digne de ce nom, et surtout digne de sa personnalité, soit rendu à Armin Jordan

C’est dans la prestigieuse collection Icon de Warner que l’ami Jean-Charles Hoffelé a regroupé tout le legs symphonique français du grand chef suisse, publié jadis par Erato, 13 galettes généreusement remplies, avec plusieurs inédits en CD – notamment les références des deux chefs-d’oeuvre symphoniques de Guillaume Lekeu, cet  extraordinaire compositeur belge, prématurément disparu à 24 ans, son Adagio pour orchestre à cordes (qui préfigure la Nuit transfigurée de Schoenberg) et sa Fantaisie sur deux airs populaires angevins.

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J’ai souvent évoqué ici , et dans de précédentes éditions de ce blog, l’attachement presque filial qui me liait au chef suisse. Il était le patron de l’Orchestre de la Suisse Romande, lorsque, il y a exactement trente ans aujourd’hui, j’ai intégré la Radio suisse romande comme « producteur responsable de la musique symphonique » (ça ne s’invente pas un titre pareil), empruntant un nouveau  chemin professionnel – la radio, la musique – que je n’ai jamais regretté d’avoir choisi ! J’ai coutume de dire qu’Armin m’a tout appris d’un métier où l’expérience, la sensibilité, le sens des rapports humains, la perception des forces et des fragilités des artistes ne sont inscrits dans aucune règle. Puisque le 13ème CD de ce coffret nous restitue un enregistrement resté confidentiel de mélodies françaises avec Felicity Lott, ce souvenir de la première rencontre entre la cantatrice britannique et le chef suisse : Voisine.

Un autre souvenir lié à Disques en lice, l’émission de critique de disques créée fin 1987 par la chaîne culturelle (Espace 2) de la radio suisse, sous la houlette de François Hudry (Pierre Gorjat et moi formions avec lui le trio infernal de l’émission !). Lorsque, au printemps 1988, paraît l’enregistrement de la Symphonie de Franck réalisé par Armin Jordan à la tête de « son » OSR, François Hudry invite le chef à participer à l’émission. Pari risqué, même si l’écoute se fait à l’aveugle. Mais Armin est un bon client et joue le jeu (dommage que l’émission n’ait pas été filmée : ce qui s’est dit et montré hors micro valait le détour, comme toujours avec lui !). Six versions en lice, dont un « live » mythique de Furtwängler avec le Philharmonique de Vienne qui commence en catastrophe (Jordan est scandalisé « mais c’est pas possible » !), et parmi elles, les deux versions de l’Orchestre de la Suisse romande, celle d’Ansermet en 1961 et la sienne. Sans nous forcer (ni nous influencer) les uns les autres, nous reconnaissons immédiatement le son de l’OSR, même à 25 ans d’écart.

Ce coffret, à petit prix, est évidemment un indispensable de toute discothèque. Pour retrouver l’état de grâce dans lequel public et musiciens étaient placés chaque fois qu’Armin Jordan dirigeait cette musique française qu’il aimait tant. On espère maintenant la réédition de tout le reste, notamment le répertoire germanique, et les opéras !

Détail des 13 CD du coffret Icon : Armin Jordan, l’hommage

 

Disques d’été (II) : Witold Rowicki

Voilà un nom, Witold Rowicki, qui, en dehors d’un petit cercle de mélomanes, ne doit plus rien dire à personne. Ce fut pourtant l’un des grands chefs d’orchestre du XXème siècle, qui consacra certes l’essentiel de sa carrière à la Pologne et qui, faute de rechercher la gloire internationale, connut, comme tant de ses confrères, l’injuste oubli de la postérité.

Heureusement sa discographie a bénéficié de rééditions, certes non exhaustives, et parfois limitées au seul marché polonais.

Un peu à l’instar de ses contemporains Igor Markevitch ou Evgueni Mravinski, Rowicki se refuse aux épanchements, préférant la précision et la fougue dans sa vision des romantiques ou des compositeurs de son temps. C’est particulièrement manifeste dans de flamboyantes intégrales des symphonies de Brahms et Dvořák.

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Encore plus évident dans une 5ème symphonie de Chostakovitch republiée en catimini dans la collection bon marché de Deutsche Grammophon :

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Et bien entendu dans les enregistrements légendaires de Sviatoslav Richter du concerto de Schumann et du 5ème concerto de Prokofiev gravés à Varsovie à la toute fin des années 50

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Les collectionneurs connaissent l’intégrale des concertos de Mozart due à Ingrid Haebler, partiellement rééditée en CD, que se partageaient quatre chefs, Eduard Melkus, Alceo Galliera, Colin Davis et… Witold Rowicki

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Sur les sites de téléchargement, on trouve encore d’autres témoignages de l’art de Rowicki, notamment sur ses contemporains polonais (Lutoslawski en particulier).

Flashback

C’est le temps de la décantation. Des centaines d’images et de sons s’entrechoquent encore dans ma mémoire,  48 heures après que les dernières notes d’Iris ont résonné dans le grand vaisseau de l’opéra Berlioz de Montpellier.

Flashback. Le 14 juillet je me suis endormi tôt, caché dans un repaire provençal, à quelques encâblures de Montpellier. Réflexe au réveil, tôt le lendemain matin, regarder le fil d’actualité de Facebook, et découvrir l’ampleur du massacre de Nice. Prévenir les plus proches de l’équipe du Festival, prendre la route pour arriver au plus vite à mon bureau, prendre les contacts nécessaires avec les services de l’Etat et de la Ville, penser à la grande soirée FIP prévue sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Réunion « sur site » à 11 h. La décision tombera dans l’après-midi. Annulation. Prévenir les artistes qui proposent de donner le concert dans un lieu clos. Impossible. Ils comprennent. Déjeunant sur le pouce, je croise Raphael Pichon, plongé dans ses répétitions avec ses musiciens de l’ensemble Pygmalion. Il n’a pas eu l’info, il manque de défaillir lorsque je lui annonce ce qui s’est passé la veille. Le Zoroastre prendra un relief particulier ce vendredi 15 juillet, après que nous aurons observé un moment de recueillement.

Le week-end est compliqué (La réponse de la musique), l’inquiétude puis la colère après le coup d’Etat en Turquie, des amis retenus à Istanbul, très vite la certitude, confirmée pendant le dîner avec les soeurs Önder, que la dictature s’installe, implacable, au pays d’Atatürk, aux portes de l’Europe…IMG_3891(Martin Grubinger, père et fils)

La dernière semaine passe comme une fusée. Avec beaucoup de moments d’exception et autant de frustration : impossible pour moi d’être partout où je voudrais, sur les 171 concerts et manifestations du festival, j’aurai pu en suivre une petite trentaine, et souvent partiellement. Quand le bilan tombe mardi, satisfaction pas seulement parce que la fréquentation est en hausse, mais parce que le public a donné aux horreurs du temps la seule réponse qui vaille : plus de musique, plus de partage, plus de solidarité.

Quelques images et vidéos, parmi des centaines (disponibles sur lefestival.eu)

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Vidéo Iris en répétition

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