Rattrapés par l’actualité

Après un week-end plutôt agité (La réponse de la musique), on s’attendait à un début de semaine plus serein. C’était sans compter avec un…camion. Sans rapport avec celui qui a fait la macabre actualité du 14 juillet. Mais chargé d’une cargaison indispensable.

Tous les musiciens étaient pourtant présents dès les premières heures de ce lundi : Martin Grubinger père et fils, AlexGeorgiev, trois percussionnistes de haut vol, ainsi que Ferhan et Ferzan Önder, les pianistes jumelles turques.

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Mais tout le dispositif considérable de percussions nécessaire au concert du soir ? Pas arrivé à Montpellier. La raison ? le patron de l’entreprise de transport qui devait convoyer les instruments de Vienne à Montpellier avait décalé d’un jour le départ de ses chauffeurs, sans prévenir personne. Le camion, à la mi-journée, était encore dans les environs de Gênes en Italie. Il fallut donc envisager toutes les hypothèses, dont celle de ne pas jouer les oeuvres (en création française) de Tan Dun (Tears of Nature) et de Fazil Say (Gezi Park I). On passe sur les sentiments des uns et des autres… Dans ce genre de situations, indispensable de garder son sang-froid et de réduire le stress ambiant !

Et pour compliquer la donne, France Musique et d’autres radios de l’UER diffusaient le concert en direct. D’où balance son préalable !

Bref, le fameux camion finit par accoster au Corum à 18h30, soit 90 minutes avant le début du concert. Nos trois percussionnistes, aidés d’une armada impressionnante de techniciens, avaient achevé de disposer leurs instruments à 19h15, vingt minutes de répétition et de balance son du Tan Dun. 

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Mais impossible de répéter l’oeuvre de Fazil Say et de prendre le risque de la diffuser en direct. France Musique devrait la proposer en podcast. Le public nombreux de Montpellier a, lui, été envoûté par la puissance évocatrice de la pièce du pianiste/compositeur turc qui relate la répression qui s’était abattue sur de paisibles manifestants dans Gezi Park à Istanbul en 2013. Trois ans plus tard, le faux coup d’Etat manigancé par Erdogan résonnait tragiquement à nos oreilles.

Bref, jusqu’à la dernière minute, tous ont essayé de sauver l’essentiel de ce concert-fleuve,  même si la Sonate de Bartok pour deux pianos et percussions, annoncée dans les programmes, a dû passer à la trappe.

Et sans doute à cause de l’extrême tension de la journée, la soirée fut de celles qui s’inscrivent dans la mémoire des mélomanes et d’un festival.

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(Ferhan et Ferzan Önder, Alex Georgiev, Martin Grubinger junior et senior)

Entre deux démonstrations de virtuosité, l’ensemble Canticum Novum nous avait ramenés aux sources de la musique ottomane des XVIème et XVIIème siècles…IMG_3896L’actualité nous rattrapait aussi au dîner qui suivit le concert. Tandis que les trois percussionnistes rempaquetaient tout le matériel, les deux soeurs pianistes profitèrent de la douceur de la nuit montpelliéraine pour reprendre des forces. Ferzan me racontait qu’elle et son mari (Martin Grubinger) hébergeaient depuis plusieurs mois dans leur  maison des environs de Vienne, un réfugié syrien, qui s’était parfaitement intégré, était devenu en peu de temps un fameux cuisinier, mais demeurait séparé de sa femme et de ses enfants qui étaient toujours bloqués en Turquie. Cet homme charmant, devenu un ami du couple, ne convenant pas à la femme de ménage (autrichienne) de Ferzan, celle-ci refuse de le voir, de nettoyer sa chambre et ses affaires, parce que « vous comprenez Madame, mon mari est au chômage et je ne vois pas pourquoi on accueille des étrangers qui nous coûtent cher »…. C’est bien l’Autriche en effet qui a failli élire un président de la République d’extrême droite il y a quelques semaines…

La réponse de la musique

Le seul avantage d’un agenda surchargé est d’éviter les flots de commentaires, tous médias confondus, sur l’actualité. Je ne pensais pas tout de même que ce que je prévoyais dans Emotion et impudeur serait à ce point avéré. Il y a, heureusement, des journalistes qui remettent l’actualité en perspective, comme cet éditorialiste de Ouest-France : Attentat de Nice ; un grand moment de médiocrité politique

À Montpellier, nous avons choisi d’opposer à la barbarie, au massacre des innocents, la seule réponse qui vaille, celle de la Culture, et de la Musique. Même si nous avons parfois dû affronter des positions surprenantes au nom du deuil national proclamé pendant ces trois derniers jours. Les préfets avaient demandé aux collectivités locales de renoncer aux « festivités » prévues, certains, heureusement peu nombreux, ont fait pour le moins une interprétation extensive de ces consignes en supprimant les concerts, là où il n’y avait aucun risque quant à la sécurité…

Ce samedi deux beaux rendez-vous étaient prévus, s’y est rajouté un troisième décidé in extremis

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En ces temps troublés, la présence de Menahem Pressler (93 ans) revêtait une importance particulière, et le public l’a bien ressenti, qui a fait salle comble. Après que le doyen des pianistes en exercice nous eût joué, comme dans un rêve de sonorités liquides, le Rondo en la mineur de Mozart, les Estampes de Debussy et la 3ème Ballade de Chopin, ainsi qu’en bis, le nocturne en do dièse mineur et une mazurka en la mineur du même Chopin, je tentai le pari, impossible à tenir en une petite heure, de lui faire évoquer les grandes heures de sa prodigieuse existence. Une leçon de vie pour les hommes de ce temps en quête d’espérance !

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(Après le concert, rencontre impromptue entre Menahem Pressler et Michel Dalberto, qui prépare toute une journée et une soirée consacrée à Brahms ce mardi 19 juillet)

À 20 h, à l’Opéra Comédie, la Maîtrise de Radio France et Sofi Jeannin régalaient un public très familial des aventures de Marco Polo et la Princesse de Chine d’Isabelle Aboulker.

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Et à 21h30 les musiciens de l’Orchestre national de Montpellier et leur chef Paul Daniel, empêchés de se produire à Perpignan pour cause d’annulation intempestive, avaient décidé de jouer à Montpellier cette Cinquième symphonie de Beethoven qu’ils avaient donnée la veille à Mende. Toutes les équipes s’étaient mobilisées pour organiser dans les meilleures conditions ce concert imprévu, France Musique bouleversait sa grille de programmes pour le diffuser en direct, et la foule des citoyens de Montpellier et d’ailleurs emplissait la grande nef de l’opéra Berlioz du Corum. Partageant le message universel de Beethoven, de liberté et de fraternité humaines. Quelques grincheux n’ont pas compris que l’on ne joue pas des musiques tristes ou funèbres, l’affirmation beethovénienne du triomphe de la vie sur les coups du destin, ce finale éclatant de la 5ème symphonie, disaient au contraire avec force notre compassion avec les victimes de Nice et notre espérance d’un monde qui résiste à la barbarie.

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Emotion et impudeur

Comme si les faits eux-mêmes n’étaient pas assez tragiques, insupportables, éprouvants, l’écoeurement gagne quand on lit, par exemple, sur le site d’une grande radio : « Emouvants hommages » à propos non pas des victimes, mais des témoignages qui s’expriment dans le monde à la suite de l’attentat de Nice. Et les médias vont de nouveau se précipiter, micro et caméra à la main, pour recueillir tous ces émouvants témoignages, ou les témoignages de l’émotion…

L’impudeur est tout autant du côté des réactions politiques, le parti des « y a qu’à » et des « faut qu’on » n’a jamais aussi largement rassemblé. Ils ont tous, après coup, leur solution pour arrêter un 38 tonnes lancé à pleine vitesse, ou priver de liberté tout éventuel possible potentiel futur hypothétique terroriste…

Le moindre des respects qu’on doive aux victimes de Nice, de Bagdad, d’Istanbul, de Bruxelles, de Paris et de tant d’autres lieux martyrs, c’est la pudeur.

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Ce soir, sur décision bien compréhensible des autorités locales, le concert FIP qui devait avoir lieu sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Montpellier a été annulé. Mais le Zoroastre de Rameau dirigé par Raphael Pichon avec son ensemble Pygmalion aura bien lieu dans la grande salle Berlioz du Corum (en direct sur France Musique). Parce que la Musique est la meilleure, la seule réponse, à l’horreur du monde.

L’invitation au voyage

J’avais prévenu, ce blog prendrait quelques libertés avec la régularité. Pas eu le temps de souffler depuis 72 heures. Les réseaux sociaux et les médias ont largement rendu compte de ce qui m’a occupé, et qui valait bien qu’on y consacre toute son énergie et tout son temps.

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Quelques photos, quelques échos, tout sourire,  de ces premiers jours de festival. Heureux que le public ait répondu si nombreux et si enthousiaste à l’invitation au Voyage d’Orient que nous lui avons lancée.

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(Avec Karine Deshayes et Lambert Wilson, soliste et récitant du concert d’ouverture du 11 juillet / Photo Marc Ginot)ON-Capitole-Toulouse-Festival-RF-1(Lucas Debargue, Andris Poga et l’orchestre national du Capitole de Toulouse hier soir)

CnLqw2wWcAUPOQn.jpg-large(Enguerrand de Hys, Stéphanie Varnerin, Rémy Mathieu, Jean Gabriel Saint-Martin irrésistibles dans Ba-Ta-Clan d’Offenbach, sous la houlette de Jean-Christophe Keck)

Regarder  Le Festival vu par France 3 et de nombreuses photos sur le site du Festival.

Un conseil pour ceux qui ne sont pas à Montpellier ou dans la région : écouter ou réécouter les concerts du Festival sur France Musique

 

 

La jeunesse interrompue

Passionnante discussion vendredi soir au dîner offert à l’occasion du vernissage de la grande exposition de l’été à Montpellier Frédéric Bazille, la jeunesse de l’Impressionnisme13501970_10153740623067602_129978165241598949_n(Le Musée Fabre à Montpellier).

Le dîner avait été organisé dans la demeure familiale du peintre, le domaine de Méric, vendu dans les années 1990 à la Ville de Montpellier à l’instigation du maire d’alors, Georges Frêche. J’avais la chance d’avoir à ma table l’une des descendantes de la famille Bazille, une vieille dame aussi charmante que cultivée, ainsi que l’un des commissaires de l’exposition, un jeune conservateur du Musée d’Orsay, Paul Perrin.

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Entre les souvenirs de ma voisine qui me racontait ses années d’enfance et d’adolescence dans cette maison et ce domaine situés sur les hauteurs de Montpellier et les bords du Lez, et les spécialistes qui évoquaient les rapports de Bazille avec ses  contemporains, c’était une fête de l’intelligence ! Nous avons cependant tous buté sur la question de savoir pourquoi un jeune homme qui commençait à être comblé, reconnu, en tout cas aimé de sa famille, décida brusquement de partir pour la guerre et le front de l’Est, où la mort l’attendra à Beaune-la-Rolande le 28 novembre 1870, à quelques jours de son 29ème anniversaire. Le mystère demeure.

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(Réunion de famille, l’un des grands tableaux de Frédéric Bazille, peint précisément sur les terrasses du domaine de Méric, et visible dans le cadre de l’exposition du Musée Fabre).

La jeunesse interrompue c’est évidemment le sujet qui met la Grande-Bretagne en colère après le vote de jeudi dernier. On comprend, on partage la révolte de la très grande majorité des jeunes électeurs anglais qui a aujourd’hui le sentiment que leurs aînés leur ont confisqué leur avenir européen. L’onde de choc du Brexit (Refonder l’Europe) n’a pas encore produit tous ses effets, mais il est désormais certain qu’il n’entraîne pas simplement un divorce entre l’Angleterre et l’Europe, mais de sévères divisions au sein du Royaume-Uni et de ses populations.

La jeunesse abrégée, comme celle de Bazille, c’est aussi plusieurs destins de compositeurs, Mendelssohn, Mozart disparus avant leurs 40 ans,  Schubert à 31 ans, Arriaga à 20, Lekeu à 24, ou Pergolese à 26 ans. C’est son chef-d’oeuvre, son Stabat Mater qu’on se réjouit d’entendre demain soir au Théâtre des Champs-Elysées avec les deux belles voix de Sonya Yoncheva et Karine DeshayesOn en reparlera !

La bonne nouvelle

L’horreur étreint et paralyse. Depuis la tuerie d’Orlando hier, qu’écrire, que dire ? Analyses et commentaires ne ressusciteront pas les innocents massacrés.

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Silence, recueillement, compassion, après la révolte.

Et puis la vie prend le dessus, chacun nos activités. La bonne nouvelle est tombée ce début d’après-midi, elle n’a surpris personne de ceux qui avaient de longue date milité pour, puis permis que le projet se réalise. L’Orchestre National de France, l’une des deux deux grandes phalanges symphoniques de Radio France, 44 ans après Jean Martinon, aura un directeur musical français à compter du 1er septembre 2017 : Emmanuel Krivine.

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Mon admiration pour le chef n’est pas récente : le premier concert symphonique que j’ai entendu à la Maison de la radio, encore adolescent, c’est lui qui le dirigeait, à la tête du NOP, le Nouvel Orchestre de Philharmonique de Radio France comme on disait alors. Depuis il y eut beaucoup d’occasions, la plus récente pour moi (Capiteux) remontant à novembre dernier, et désormais nombre de beaux projets (Les Français enfin).

Bonne nouvelle pour la vie musicale, le public et les musiciens, parce qu’Emmanuel Krivine n’a jamais versé dans le consensuel, le moyen de gamme. Certains traits de sa personnalité ou de son comportement lui ont sans doute coûté jadis des postes prestigieux. Comme le souligne Le Monde, la maturité qu’il revendique aujourd’hui n’en sera que plus profitable à sa relation avec un orchestre qui attend beaucoup de lui.

Dans la  belle discographie d’Emmanuel Krivine, ce choix qui ne doit rien au hasard. C’est Karine Deshayes, interprète idéale de Shéhérazade de Ravel, qui ouvre dans moins d’un mois le 32ème  Festival de Radio France à Montpellier avec cette même oeuvre (#LeVoyagedOrient)

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Suites et conséquences

Privilège de l’âge ou d’une expérience professionnelle  qui commence à devenir conséquente, je suis souvent interrogé – un directeur de festival doit faire le service « avant-vente » ! – sur mon parcours personnel, mes fonctions passées, toutes questions qui n’ont pas grand intérêt de mon point de vue. Mais si le passé éclaire l’avenir, alors, en effet, ce qu’on a essayé, raté ou réussi, peut aider à comprendre les raisons d’un choix, d’une orientation, d’une conviction.

Je disais encore tout récemment au micro d’une radio associative de Montpellier que ma seule passion, mon seul moteur, c’est de faire, d’entreprendre, de changer ce qui ne marche pas, de dépasser les blocages, d’avancer, sûrement pas d’imprimer une marque, mon nom, ma petite personne. Et si j’ai contribué, parfois de manière décisive, à la réussite de certains projets, de certaines réformes, à la réalisation de certaines idées, c’est pour moi une satisfaction intense, une reconnaissance suffisante, de voir que les choses ont suivi leur cours, les structures ont perduré, les idées ont fait leur chemin, bien après que j’ai quitté telle fonction ou responsabilité. Je me dis aussi que j’ai bien fait d’être tenace, constant, persévérant, malgré les obstacles immédiats, les réactions, les grèves parfois.

Voici deux ans que j’ai quitté la direction de l’orchestre philharmonique royal de Liège. Comment ne me réjouirais-je pas de voir coup sur coup sortir plusieurs disques initiés il y a quelques années déjà, et aboutir une initiative que nous avons mis beaucoup, beaucoup d’énergie et de force de conviction à faire émerger, cette nouvelle émission de télévision Sensations

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C’est, en quelque sorte, adaptée à la télévision la formule Music Factory que j’avais lancée avec Fayçal Karoui en 2013.

Bonheur de lire les excellentes critiques parues sur le coffret des oeuvres concertantes de Lalo qui résulte d’une initiative lancée dès 2009 avec la Chapelle Musicale Reine Elizabeth et qui nous avait déjà valu l’intégrale des concertos pour violon de Vieuxtemps, puis les oeuvres pour violon et violoncelle de Saint-Saëns.

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Bonheur de voir se poursuivre l’exploration du répertoire concertant d’Eugène Ysaye, encore très largement méconnu, grâce au projet initié avec l’association Musique en Wallonie

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Nouveauté avec les deux violons solo de l’Orchestre philharmonique de Radio France, les excellents Svetlin Roussev et Amaury Coeytaux :

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Voici un an je quittais la direction de la Musique de Radio France. Non sans avoir lancé plusieurs chantiers ni essayé et parfois réussi à résoudre des difficultés inhérentes à toute structure lourde et complexe.

C’est ainsi qu’un magnifique projet de concerts et d’enregistrements fin 2014 autour de Peter Eötvös (https://fr.wikipedia.org/wiki/Péter_Eötvös), avait  failli capoter, parce que la mise en place des répétitions et des concerts dans les deux toutes nouvelles salles de concert de la Maison de la radio (Studio 104 et Auditorium) s’avérait très compliquée du fait des effectifs requis. Il n’y avait pas de maison de disques partenaire à l’horizon.  A force de conviction, de persévérance, et de beaucoup de bonne volonté de la part de toutes les personnes impliquées, on a pu organiser les répétitions, les concerts, puis la collaboration entre Radio France et le label Alpha, membre du groupe Outhere (le même éditeur que le coffret Lalo des Liégeois !). Le disque vient de sortir, où ma préférence va, je l’avoue, à la prestation pyrotechnique de Martin Grubinger !

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Le Voyage d’Orient

Je ne veux pas évoquer de nouveau ici le voyage qui m’a conduit en Chine et en Inde. Pour les images personnelles de ce périple : https://lemondenimages.me.

Il s’agit du Voyage d’Orient qui est proposé en juillet prochain à Montpellier et dans toute la grande région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées (vivement un nom plus court !). Et de la joie éprouvée à découvrir une brochure qui résulte de mois de travail pour toute une formidable équipe, de relectures et d’arbitrages. Et finalement les félicitations des premiers lecteurs (« ça donne envie », « c’est clair et lisible »)

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On peut perfectionner à l’infini tous les modes virtuels de communication – et le Festival est plutôt en pointe de ce point de vue – réseaux sociaux, application, site – il n’en reste pas moins que le papier, l’écrit, la qualité d’une brochure, d’un programme, sont irremplaçables. Je suis fier de ce beau travail, qui laisse présager une édition 2016 très riche d’émotions et de rencontres humaines et musicales.

http://www.festivalradiofrancemontpellier.com / @FestivalRFMLR / #FestivalRF16 / #LeVoyagedOrient.

 

On aime Brahms

Puisque son nom a été évoqué à propos de la composition du conseil d’administration de l’Ensemble InterContemporain qu’il a fondé (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/04/06/camelia-ou-la-discorde/), rappelons que Pierre Boulez avait quelques détestations.

Si Françoise Sagan lui avait demandé « Aimez-vous Brahms ? » , il aurait répondu vertement par la négative. Liszt, Wagner étaient, pour Boulez, des inventeurs, Brahms un épais conservateur. Ce qui ne devait pas être l’avis de Schoenberg, qui admirait la science de l’orchestration de Brahms, et qui a vêtu d’une riche (trop ?) parure orchestrale son premier quatuor avec piano – avec son finale alla ungarese – .

Le prochain festival de Radio France (#FestivalRF16) consacre toute une journée et une soirée à la musique de chambre de Brahms, avec piano, baryton et choeur si affinités ! (http://www.festivalradiofrancemontpellier.com/index.php/programme#!programmation=dates$byDay/).

On pourra s’y préparer avec la somme réunie par Diapason dans cet indispensable coffret :

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Mais pas de Brahms symphonique cet été.

Je me suis amusé à faire ma propre discothèque idéale de ce corpus important (4 symphonies, 2 ouvertures, 2 sérénades et les Variations sur un thème de Haydn). En privilégiant d’extraordinaires prises de concerts et des approches moins attendues que les « références » toujours citées.

J’ai depuis toujours la fabuleuse 1ère symphonie que Karl Böhm a gravée à Berlin en 1959 (dans une stéréo stupéfiante), mais il existe un « live » du 2 octobre 1969 avec l’orchestre de la Radio bavaroise encore plus extraordinaire. Hallucinée, rageuse (dans les 1er et 4ème mouvements), intensément poétique. On ne sort jamais indemne de cette écoute.

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Pour la 2ème symphonie, c’est encore Böhm cette fois avec les Berlinois, auxquels il ne laisse aucun répit, à l’exact opposé d’un autre grand chef qui butine, musarde, John Barbirolli avec Vienne. C’était en août 1970 au festival de Salzbourg, la prise de son ne respire guère, mais la tension n’en est que plus vive !

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Quant à la 3ème symphonie, depuis que François Hudry me l’avait fait découvrir, je mets au premier rang un chef qu’on n’associe pas spontanément à Brahms (et qui a pourtant réalisé une très belle intégrale – méconnue – chez Decca avec « son » Orchestre de la Suisse romande), Ernest Ansermet, avec l’orchestre de la Radio bavaroise, un « live » de 1966. Tout simplement exceptionnel !

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Pour la 4ème symphonie, on a l’embarras du choix, et j’arrive difficilement à départager Carlos Kleiber et Fritz Reiner (dans une version peu souvent citée, et pourtant admirable de rigueur et d’allure, avec le Royal Philharmonic)

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Pour les ouvertures (Académique et Tragique) ainsi que les Variations Haydn j’aime infiniment le dernier Jochum (avec l’orchestre symphonique de Londres), ça file droit, allègrement.

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Le jeune Istvan Kertesz fait des miracles dans les deux sérénades qui somnolent sous d’autres baguettes plus connues…

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Quelque chose de Menuhin

Menuhin, comme Callas, Karajan, Rubinstein, c’est une marque universelle. Tout le monde – surtout les plus éloignés de la musique classique – connaît le nom et l’associe au violon. Vivant, c’était déjà une légende, une référence, un personnage éminent.

Son centenaire – Yehudi Menuhin est né le 22 avril 1916 à New York, mort le 12 mars 1999 à Berlin – est déjà célébré par son éditeur historique, qui avait déjà bien exploité le filon (https://fr.wikipedia.org/wiki/Yehudi_Menuhin).

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Je viens de passer quelques jours là où le grand violoniste fit un premier concert, en 1957, avec Benjamin Britten, Peter Pears et Maurice Gendron (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/20/vus-ou-pas-a-la-tele/). L’été prochain, ce sera la 60ème édition de ce qui est devenu un incontournable rendez-vous estival (http://www.gstaadmenuhinfestival.ch/site/fr/).

C’est dans la belle église de Saanen (chef-lieu de la commune dont Gstaad fait partie) que très longtemps les concerts du festival se sont déroulés.

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C’est dans le centre de Saanen qu’on trouve aussi cet étrange buste de Menuhin. Le sculpteur a manifesté travaillé sur une image inversée du violoniste…et le résultat n’est pas très flatteur.

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Des élus et associations locales ont voulu rendre hommage au grand homme, qui s’était fait une réputation et une image de sage, en proposant un parcours philosophique  sur les six kilomètres qui relient l’église de Saanen et la chapelle du centre de Gstaad.

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Initiative sympathique qui ne m’a pas convaincu de la profondeur de la pensée menuhinienne… Ou alors à considérer que tout étant dans tout et inversement, nous sommes tous des philosophes sans le savoir…

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De Menuhin, on a envie de retenir autre chose, notamment toutes ses initiatives pédagogiques. Ils sont nombreux aujourd’hui dans le monde musical à avoir grandi humainement et artistiquement grâce à Yehudi Menuhin.

Quant au violoniste, chef d’orchestre, on a des souvenirs mitigés, qui nous rendent parfois nostalgiques d’une époque où l’on pouvait reconnaître immédiatement le son, l’archet d’un violoniste. Menuhin, c’était l’irrégularité, une technique souvent défaillante (Michel Schwalbé, le légendaire Konzertmeister de Berlin sous Karajan, m’avait jadis expliqué les problèmes dont souffrait son confrère), et de cette faiblesse il tirait, parfois, des moments de grâce absolue.

Je me rappelle le festival de Lucerne en 1974, j’avais eu la chance d’y travailler – bénévolement – comme ouvreur et donc d’assister à tous les concerts (et même à certaines répétitions). Menuhin était programmé dans les concertos de Bach avec un orchestre de chambre (les Festival strings ?), ce fut un festival de dérapages incontrôlés, de crispations pénibles. Déception…d’autant plus vive que j’avais encore le souvenir lumineux d’une séance de sonates dans la grande salle des pas perdus du Palais de Justice de Poitiers deux ans auparavant, avec la partenaire de toujours, sa soeur Hephzibah. Le lendemain, au moment de prendre mon service, je lis une annonce sur les portes du Kunsthaus : Zvi Zeitlin qui devait jouer le concerto pour violon de Schoenberg n’ayant pas pu rejoindre Lucerne, il était remplacé par… Yehudi Menuhin et le concerto de Beethoven ! Ce soir-là, j’entendis l’immense, le légendaire violoniste, un mouvement lent d’une beauté intemporelle.

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Je ne revis Menuhin que bien des années plus tard, lorsqu’ayant remisé son archet, il entreprit de développer sa carrière de chef, avec des bonheurs inégaux. Mais il suppléait une technique de direction approximative par un tel rayonnement, une telle générosité, qu’il réussissait de petits miracles (avec le Sinfonia Varsovia notamment). Les auditeurs de France Musique et les spectateurs du Festival de Radio France et Montpellier de l’été 1996 s’en souviennent :

http://sites.ina.fr/festivalradiofrancemontpellier/tempo/!/media/CAB96042243

René Koering, pour les 80 ans du violoniste, l’avait invité à diriger les neuf symphonies de Beethoven à l’Opéra Berlioz…