Edition limitée

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Je l’avais promis hier, tout cet article est consacré à la plus belle parution discographique de l’année, une édition limitée certes, qui a son prix – mais amplement justifié – le plus bel hommage qui pouvait être rendu à Sviatoslav Richter pour le centenaire de sa naissance.

Ce n’est pas une compilation de plus, comme il y en eut tant pour ce pianiste, et pas toujours des plus soignées.

Ici ce ne sont que des enregistrements de concert en Russie, pour l’essentiel à Moscou, captés par la radio d’Etat, fantastiquement retravaillés, remastérisés, par ce qui fut le label soviétique, Melodia, qu’on a bien cru voir disparaître après l’éclatement de l’URSS. Et c’est tout simplement prodigieux, exceptionnel, on est en manque de qualificatifs. Comme je l’écrivais hier, l’occasion aussi de redécouvrir, s’il en était besoin, l’un des plus grands chefs russes du XXème siècle, Kirill Kondrachine, le partenaire le plus fréquent de Richter dans les concertos, et par exemple dans le Triple de Beethoven où l’on retrouve le même trio de luxe qu’avec Karajan, Richter, Oistrakh, Rostropovitch… Revue de détail ci-dessous.

Encore un mot sur l’objet, très beau boîtier noir, pochettes cartonnées or et blanc, livret quadrilingue (russe, anglais, français, allemand) remarquablement documenté, et même un grand sac de coton blanc à l’effigie du coffret !

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CD 1 Schubert Sonate 21 D 960 / Schubert-Liszt Erlkönig / Moussorgski Tableaux (8 décembre 1949)

CD 2 Bach extr.cantate 202 / Mozart 3 mélodies / Debussy C’est l’extase langoureuse / Chausson Le colibri / Ravel Cinq mélodies grecques (répétition privée) – Mozart Komm liebe Zither, Die Alte / Liszt Vergiftet sind meine Lieder / Schumann Mit Myrten und Rosen / Weckerlin Belle Manon / Falla Seguedilla / Debussy Noël des enfants qui n’ont plus de maison (Bucarest, 24 mai 1958) + Nina Dorliac, mezzo soprano.

CD 3 Haydn Sonate 50 / Chopin Ballade 3, Scherzo 4 / Schumann Novellettes op.21 (24 septembre 1960)

CD 4 Debussy Reflets dans l’eau, Hommage à Rameau, L’Isle joyeuse, Cloches à travers les feuilles, Les collines d’Anacapri (24 septembre 1960 / Franck Quintette piano (studio 1956) + Quatuor du Bolchoi

CD 5 Brahms Concerto 2 + bis 4e mvt / Beethoven Rondo si b M (28 mai 1967) + Kondrachine*

CD 6 Beethoven Concertos 1 et 3 (8 mai 1962) + Kondrachine

CD 7 Beethoven Sonates 17,18,27,28 (10 octobre 1965, à la mémoire d’Heinrich Neuhaus)

CD 8 Prokofiev Sonate 7 / Scriabine Sonate 7 / Ravel Valses nobles et sentimentales (10 décembre 1964)

CD 9 Beethoven Sonate 31 (10 octobre 1965, à la mémoire d’Heinrich Neuhaus) / Ravel Miroirs, Jeux d’eau / Rachmaninov Etude Tableau op.39/3 / Brahms Rhapsodie op.79/2 (10 décembre 1964)

CD 10 Hindemith Sonate violon / Berg Kammerkonzert (18 mai 1976) + Kagan, vi Ens.vents Conservatoire Moscou, Nikolaievski

CD 11 Prokofiev Sonates 2,4,6 (2 mai 1966)

CD 12 Mozart sonate violon K402, Beethoven sonates violon 2,4,5 (27 octobre 1975, à la mémoire de David Oistrakh) + Kagan

CD 13 Tchaikovski Extr.Saisons, Nocturne, Valse scherzo, Humoresque, Capriccioso, Valse, Romance / Rachmaninov Etudes-Tableaux op.33/4,5,8, op.39/1,2,3,4,9 (1er juin 1983, inauguration de la salle Rachmaninov du Conservatoire de Moscou)

CD 14 Même programme que CD 12 (2 juin 1983) sauf Tchaikovski Romance, Un poco di Chopin, L’Espiègle, Rêverie du soir, Chanson triste, Menuetto scherzoso, Valse de salon, Méditation

CD 15 Schubert Sonates D 566, 625, 664 (18 octobre 1978, 150eme anniversaire de la mort de Schubert)

CD 16 Schubert Sonates D 894, 566 (2 mai 1978, à la mémoire d’Heinrich Neuhaus)

CD 17 Schubert Scherzo 2, Andante D 604, Ländler D 366, Moments musicaux D 780/1,2,3 (2 mai 1978), Ecossaises D 774, extr.Danses allemandes D 790, Impromptu D 899/3 (18 octobre 1978), Marche D 606, Impromptus D 899/2,4 (3 mai 1978)

CD 18 Beethoven Triple concerto (20 mars 1972) + Kondrachine, Oistrakh, Rostropovitch / Dvorak Concerto (21 mai 1961) + Kondrachine

CD 19 Franck Trio piano / Ravel Trio piano (18 septembre 1983) + Kagan, Gutman

CD 20 Beethoven Sonate 1 / Schumann Carnaval de Vienne / Chopin Polonaise Fantaisie, Valses op.14/3, 70/3, Mazurkas op.63/3, 67/3, 68/3 post. (10 décembre 1976)

CD 21 Chopin Etude op.10/4, Etude op.25/7, Scherzo 4, Prélude op.28/15 / Debussy Le vent dans la plaine, Ondine, Bruyères / Rachmaninov Prélude op.32/12 (10 octobre 1976) Debussy Reflets dans l’eau, Hommage à Rameau, Mouvement, Cloches à travers les feuilles (18 septembre 1983)

CD 22 Beethoven Sonates 1, 7, 9, 12 (16 octobre 1976)

CD 23 Mozart Concerto 22 / Prokofiev Concerto 5 (12 mai 1967) + Kondrachine

CD 24 Britten Concerto (12 septembre 1967) / Scriabine Prométhée (3 avril 1972) + Svetlanov, OS URSS

CD 25 Haydn Sonate 22 / Chopin Ballade 1, Nocturnes op.62/2, 72/1 / Debussy Préludes II (26 mai 1967)

CD 26 Bartok sonate violon 1 / Prokofiev sonate violon 1 (29 mars 1972) + Oistrakh

CD 27 Brahms sonate violon 2 / Schubert Grand duo, andantino / Beethoven sonate violon 1, allegro (29 mars 1972) Franck Sonate violon (28 décembre 1968) + Oistrakh

CD 28 Brahms sonate violon 3 / Schubert Grand Duo / Beethoven Sonate violon 6, adagio, Sonate violon 5, scherzo (28 décembre 1968) + Oistrakh

CD 29 Beethoven sonates violon 1,3,10 (6 mai 1970) + Oistrakh

CD 30 Beethoven sonate violon 5 / Brahms Sonate violon 3 / Chostakovitch sonate violon (3 mai 1969) + Oistrakh

CD 31-32 Bach Clavier bien tempéré livre I (20 et 21 avril 1969)

CD 33 Schumann Bunte Blätter, Albumblätter, Novellette, Prélude, Marche, Abendmusik, Scherzo, Geschwindmarsch / Moussorgski Tableaux (15 décembre 1968)

CD 34 Beethoven Sonates 27, 28, 30,31 / Brahms intermezzo op.118/1, capriccio op.116/3, intermezzo op.116/5 (10 octobre 1971)

CD 35 Schubert Sonate D 958 / Brahms Capriccios op.116/3,7 , Intermezzi op.116/5,6 / Chopin Nocturnes op.15 (6 octobre 1971)

CD 36 Beethoven Sonates 3,4 (12 janvier 1975)

CD 37 Beethoven Sonate 32, Bagatelle op.126/1 / Chopin nocturne op.9/1 / Wagner Elégie (12 janvier 1975) Debussy Images I, Hommage à Haydn / Rachmaninov Préludes op.32/1, 23/8, 23/7 (6 octobre 1971)

CD 38 Mozart concerto 17 (22 décembre 1968) + Barchai OC Moscou / Berg Kammerkonzert (9 avril 1972) + Kagan, Barchai, OS radio Moscou

CD 39 Mozart concerto 14 / Beethoven concerto 3 (27 mai 1973) + Barchai OC Moscou

CD 40 Mozart concerto 18 (9 et 10 janvier 1977) + Kondrachine

CD 41 Miaskovski sonate 3 / Chostakovitch Préludes op.87/19,20,21,22 / Prokofiev Sonate 8 (22 décembre 1974)

CD 42 Bach Concertos BWV 1052, 1057, 1050 (25 mars 1978) + Nikolaievski ens.ch.Conservatoire Moscou

CD 43 Mozart Concerto 27 (29 décembre 1976) + Kondrachine / Schumann Concerto (28 mars 1973) + Barchai OS URSS

CD 44 Chostakovitch Sonate alto (26 décembre 1982) + Bashmet

CD 45 Haydn Sonate 2 / Brahms Sonate violon 1 / Chostakovitch Sonate violon (13 mai 1985) + Kagan

CD 46 Beethoven Sonates 6,7,17 (21 décembre 1980)

CD 47 Beethoven Sonate 18 / Chopin Etude op.10/12 (21 décembre 1980) Schubert Sonate D 566 (28 mai 1964) Liszt Concerto pathétique (8 janvier 1959) + Ginsburg

CD 48 Brahms Sonate 2, Klavierstücke op.119 / Szymanowski Sonate 2 (8 janvier 1959)

CD 49 Schubert Klavierstücke D 946 / Mendelssohn Variations sérieuses / Brahms Ballade op.10/2, Capriccio op.76/8, Intermezzi op.116/3,5,6,7 (28 mai 1964)

CD 50 Prokofiev Sonate 9, Légende op.12/6, extr.Visions fugitives, Valse de Guerre et Paix, Cendrillon, extr. (8 juin 1979)

*Kondrachine : toujours avec l’Orchestre Philharmonique de Moscou

** Sauf mention contraire, tous ces enregistrements ont été faits dans la grande Salle du Conservatoire de Moscou.

P.S. J’ai personnellement commandé (au meilleur prix disponible) ce coffret sur http://www.amazon.it.

Du bon usage des nécrologies

J’ai, semble-t-il, choqué quelques beaux esprits en écrivant sur Facebook que je ne m’associais pas à l’unanimité de l’hommage à Kurt Masur. Nouvelle preuve de l’incapacité de certains à simplement bien lire ce qui est écrit, et de la presse en général à éviter les mots passe-partout, les adjectifs convenus.

Le chef allemand disparu avant hier, à 88 ans, est une incontestable figure du monde musical, et il est plus que légitime d’honorer sa mémoire et de rappeler sa carrière. Mais l’admiration n’interdit pas la nuance, au contraire. Quant à son rôle dans la chute du régime est-allemand, je veux bien croire à la légende de l’homme providentiel, mais j’ai toujours beaucoup de réticences à considérer comme des héros ceux qui ont prospéré à l’ombre sinon avec la complicité d’un régime qui a permis à l’intéressé d’occuper de prestigieux postes à Dresde puis à Leipzig. Ce qui n’ôte strictement rien aux grandes qualités musicales de Kurt Masur. 

L’ayant peu connu, je me garderai bien d’avoir un avis sur ses années américaines ou parisiennes. Je me rappelle un chaleureux message envoyé l’an passé aux musiciens de l’Orchestre National de France lors de l’inauguration de l’auditorium de la Maison de la radio, à laquelle son état de santé lui interdisait d’assister.

J’ai dans ma discothèque pas mal de gravures de Kurt Masur, mais pas nécessairement les plus attendues.

Magnifique mozartien dans une intégrale peu connue, et pourtant très réussie, des concertos pour piano de Mozart avec une pianiste est-allemande passée regrettablement inaperçue, Annerose Schmidt

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Et que dire de cette prodigieuse intégrale « live » des concertos de Beethoven avec Emile Guilels à Moscou dans les années 70 ?

71ReWLDXNAL._SL1417_71gmX+mpXZL._SL1500_De Mendelssohn bien sûr – mais c’est généalogique pour l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig (https://fr.wikipedia.org/wiki/Orchestre_du_Gewandhaus_de_Leipzig)

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Mais pour le reste, les symphonies de Beethoven, Brahms, Bruckner, Masur n’est jamais en première ligne. Pour l’opéra le bilan est timide (http://www.forumopera.com/breve/deces-de-kurt-masur).

Reste que la personnalité de Kurt Masur a marqué les musiciens avec qui il a travaillé, et que parfois les étincelles surgissaient en concert, comme lors de cette 5e symphonie de Beethoven.

De quatre ans plus âgée que Kurt Masur, la contralto néerlandaise Aafje Heynis l’a précédé de peu dans la mort, le 16 décembre. Timbre androgyne à la Kathleen Ferrier, la chanteuse, qui s’était depuis longtemps retirée de la scène et du monde, laisse un héritage discographique nettement moins important que beaucoup de ses consoeurs. Mais tout ce qu’elle a enregistré est unique, par la sombre beauté de son timbre : Bach, Handel, Brahms, Mahler, Vivaldi (l’un des plus beaux Stabat Mater sous la direction d’Angelo Ephrikian).

 

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Passés de mode

La mode existe aussi dans la musique classique. Ou plus exactement les comportements moutonniers, suivistes, dans la programmation des concerts comme dans les disques.

Le phénomène est aisé à observer, avec l’abondance des rééditions en gros coffrets, pour tous les artistes, solistes, chefs, qui ont compté ces cinquante dernières années. Il y a des oeuvres que tout le monde enregistrait dans les années 60-70, qui semblent ne plus intéresser personne depuis dix ans, ou à l’inverse des compositeurs, des répertoires naguère délaissés, qui font l’objet de multiples intégrales.

Beethoven, Brahms, Bruckner, Mahler n’ont jamais quitté les premières places, mais cherchez une intégrale récente des musiques de scène de Rosamunde de Schubert ou du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn. Vous trouvez pour la première Abbado… en 1991, pour la seconde Harnoncourt.. en 1992 ou Herreweghe en 1994 !

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Les intégrales des symphonies de Chostakovitch se comptent par dizaines, quand au début des années 80, on pouvait les dénombrer sur les doigts d’une main ! Mais à quand remonte la dernière intégrale des symphonies d’Honegger ? Dutoit au milieu des années 80, à peu près en même temps, Plasson à Toulouse et une décennie auparavant une splendide version de Serge Baudo avec la Philharmonie tchèque. Le formidable Stéphane Denève va-t-il relever le gant, en donnant une suite à ce tout récent disque des 2ème et 3ème symphonies ? ou, comme jadis Karajan, s’arrêtera-t-il en chemin ?

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Même phénomène pour Olivier Messiaen (1908-1992). On a célébré son centenaire en 2008 avec moult rééditions, coffrets d’hommage, mais, sauf erreur, le dernier enregistrement de studio de son oeuvre phare, la Turangalîlâ-Symphonie, remonte à 1996 (Yan Pascal Tortelier chez Chandos). Il en est paraît-il ainsi de tous les compositeurs qui connaissent une période de purgatoire après leur mort. Voire.

Tout chef qui se respectait enregistrait au moins un disque d’ouvertures ou de pièces spectaculaires, ils y sont tous passés, de Toscanini à Karajan, de Furtwängler à Solti, Mehta, Maazel, Muti, Böhm, etc. La jeune génération ? Privée de sucreries !

Les plus grands ne dédaignaient pas les ballets romantiques, les Tchaikovski, Delibes, Adam. Il faut plonger dans les rééditions (Karajan/Decca, Martinon, Ansermet, Dorati) pour trouver les Coppélia, Sylvia, Giselle, autrefois si prisés, même privés de la scène. Les dernières intégrales des trois ballets de Tchaikovski remontaient aux années 70/80 avant que, à la surprise générale de la critique (!), Simon Rattle ne grave une vision très (trop) symphonique de Casse Noisette, et que Valery Gergiev – inégal, mais nettement plus chorégraphique que le pesant Mikhail Pletnev – n’assure la succession de Svetlanov ou Rojdestvenski.

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Encore plus anachronique, les valses viennoises. S’il n’y avait pas le concert du Nouvel an viennois – et son immuable défilé de tubes et de quelques surprises – il n’y aurait plus un seul disque signé d’un grand chef dans ce répertoire. Il est vrai qu’après Karajan, Böhm et Boskovsky, Carlos Kleiber a « tué le job ».

On retrouve heureusement – et enfin ! – une belle compilation des grandes heures de ces concerts viennois dans le coffret de 23 CD édité par Sony (mais reprenant les prises DGG, Decca, EMI, Philips). Critique à lire dans le numéro de décembre de Diapason !

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Il est parti

Je savais en écrivant ce billet le 5 décembre dernier https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/12/05/les-vivants-et-les-morts/ que Jacques Chancel n’allait pas bien. Il ne s’en cachait pas dans son dernier ouvrage, que je viens de  refermer. Le voilà parti cette nuit rejoindre tous ceux qui ont fait la légende de la radio et de la télévision…

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Merci Jacques pour tout ce que tu as offert à l’adolescent que j’étais, ne ratant aucun Grand Echiquier, découvrant grâce à toi un univers, celui des authentiques musiciens, qui est le mien aujourd’hui, regardant fasciné Karajan et son Philharmonique de Berlin, le tout jeune Tedi Papavrami à peine débarqué de son Albanie natale, les duos improbables de Menuhin avec Ravi Shankar ou Stéphane Grapelli, et tant et tant d’autres…

Merci Jacques pour ces quelques conversations pendant ma période France Musique. à l’époque où tu fondais Mezzo.

Et puis merci pour les milliers de Radioscopie, les grandes heures de la télévision…

Comme tu l’aimais bien, et qu’elle aussi je l’avais découverte dans un Grand Echiquier, Anne-Sophie Mutter pour te dire au revoir :

Répertoire : les clichés

Les rééditions spectaculaires auxquelles se livrent toutes les majors du disque classique sont – ou devraient être ! – l’occasion  de redécouvrir de grands interprètes à l’abri des clichés qui leur sont attachés.

Ainsi Ernest Ansermet, le légendaire fondateur et chef de 1918 à 1968 de l’Orchestre de la Suisse Romande. Après deux indispensables pavés, consacrés aux répertoires français et russe qu’il a légués à la postérité -(http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/05/06/ansermet-et-les-russes-8181542.html et http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/02/19/un-chef-suisse-sans-frontiere-ernest-ansermet-8109189.html) – arrive un troisième coffret, plus surprenant pour qui pense que le chef suisse n’avait pas d’autres horizons que Debussy, Ravel ou Stravinsky.

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La collection Eloquence/Australie avait déjà réédité l’essentiel de ces enregistrements, mais ces 31 CD jettent une nouvelle lumière sur l’art d’un musicien passionné par le répertoire classique et romantique allemand – des intégrales prodigieuses des symphonies de Beethoven et de Brahms, les six Symphonies parisiennes de Haydn (ainsi que les symphonies 22 et 90), les 2e et 4e de Sibelius, la 2e de Schumann, l’Italienne et des ouvertures de Mendelssohn, Weber, Schubert, etc. Quelle vitalité, quel sens du rythme juste, quelle vigueur dramatique, quel élan dans ces pages ! Certains critiques – les mêmes qui par ailleurs déplorent l’uniformisation des orchestres – ne manqueront pas de relever l’acidité des cordes, la justesse parfois approximative des bois, là où personnellement j’entends l’identité, l’authenticité d’une formation symphonique qui n’était comparable, et comparée, à aucune autre.

Je préférerai toujours l’identité à l’uniformité, l’esprit à la lettre, un son authentique d’orchestre à une perfection immaculée, Tous les orchestres aujourd’hui jouent beaucoup mieux que l’OSR du temps d’Ansermet, nous délivrent-ils pour autant toujours l’essence de la musique ?

Dans les gros pavés récents, la réédition des derniers enregistrements de Karajan pour Deutsche Grammophon (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/11/08/karajan-derniere-maniere-8321810.html

710WRistxQL._SL1400_Guère de surprise à attendre dans le coeur de répertoire du chef autrichien – les dernières intégrales, apaisées, parfois crépusculaires, de Beethoven ou Brahms. En revanche, Karajan, une fois de plus, impose des références là où il sort des clichés : une exceptionnelle 4e symphonie de Nielsen, une prodigieuse 10eme symphonie de Chostakovitch (la seconde version après celle de 1967), et ces Mahler entrepris tardivement, une 9ème live, l’une des plus bouleversantes de toute la discographie.

Moins étrange l’association Harnoncourt – Johann Strauss. On est loin des relectures de Haydn, Mozart ou Beethoven, on est parfois encore un brin trop sérieux, mais bon sang viennois ne saurait mentir, et le vénérable chef autrichien (85 ans dans quelques jours) qui fut un temps violoncelle solo des Wiener Symphoniker considère ce répertoire comme de première importance et le traite comme tel : deux versions de référence de La Chauve-Souris et du Baron Tzigane.

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Les trente glorieuses

Les mythes ont la vie longue, surtout s’ils recouvrent une réalité. Les Wiener Philharmoniker – l’Orchestre philharmonique de Vienne – demeurent cet orchestre à la sonorité unique, reconnaissable entre toutes (ce hautbois pincé et nasillard, ces cors éclatants qui rappellent les trompes de chasse, ces cordes fruitées, souples et légères)

Mais la légende est double : ce son inimitable est aussi celui que les ingénieurs de Decca ont capté et restitué pendant plus de trente ans !

Après Deutsche Grammophon – qui n’a jamais vraiment réussi à rendre aussi parfaitement cette image sonore des Viennois – qui avait publié une édition symphonique un peu disparate (même si elle nous permettait d’accéder de nouveau à l’intégrale des symphonies de Mozart réalisée par James Levine)

91LXJlCZw3L._SL1500_c’est DECCA qui propose un coffret noir et or de 65 CD, qui raconte avec beaucoup de pertinence (et pas mal d’inédits ou de raretés en CD) la légende glorieuse d’un orchestre à son apogée et de chefs mythiques, Monteux, Münchinger, Krauss, Krips, Karajan, Knappertsbusch, Böhm, Mehta, Maazel, Abbado, Reiner, Kertesz, Schmidt-Isserstedt, Boskovsky, Kleiber (le père), Walter, Solti, etc…

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Des enregistrements réalisés sur une trentaine d’années (1950-1980), classés par périodes – de Haydn (avec Monteux et Münchinger) à Khatchaturian -, un luxueux livre richement illustré en quatre langues (dont le japonais). Des minutages très généreux et des couplages intelligents. Un beau cadeau de fin d’année !