Poésie de l’amour et de la mer

Il y a des oeuvres qui vous accompagnent, jalonnent votre existence, sans raison précise, sauf une peut-être : une résonance intime (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/11/26/lamour-et-la-mort/)

Samedi soir, au théâtre des Champs-Elysées, c’était une occasion nouvelle d’entendre le Poème de l’amour et de la mer de Chausson (https://fr.wikipedia.org/wiki/Poème_de_l%27amour_et_de_la_mer). La soliste annoncée, Anna Caterina Antonacci, étant aphone, il a fallu en très peu de temps trouver une « remplaçante » à la hauteur d’une partition exigeante, la merveilleuse Gaëlle Arquez qui avait assuré les concerts des 4,5 et 7 février et avait depuis elle aussi succombé à la grippe, a accepté de sauver ce concert. Et de quelle manière ! Voix longue, pulpeuse, épousant chaque inflexion de la poésie parfois désuète de Bouchor et des courbes sensuelles de la musique de Chausson.

Mais, on l’aura compris, les héros de la soirée c’étaient les musiciens de l’Orchestre des Champs-Elysées et Louis Langrée (http://www.orchestredeschampselysees.com/fr/concert/louis-langrée-dirige-debussy).

Je n’avais pu malheureusement assister à aucune des représentations du Pelléas données à l’Opéra Comique, en février 2014, par le même équipage.

Je m’étais rattrapé avec le concert – un programme typique de l’ancien directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Liège ! – avec déjà Chausson et son unique et bien trop rare Symphonie (http://www.diapasonmag.fr/actualites/critiques/concert-debussy-faure-et-chausson-de-louis-langree-avec-l-orchestre-des-champs-elysees)

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(Petit message en passant à Universal : à quand une réédition d’un enregistrement paru en 2005 qui est cité dans tous les guides comme une référence pour les deux symphonies, et pour Franck placé en tête par La tribune des critiques de disques de France Musique le 25 janvier 2009 – http://www.lalibre.be/regions/liege/l-opl-et-louis-langree-la-reference-51b8a5f3e4b0de6db9b56547).

Samedi soir, c’était donc une fête de la musique française, et de sonorités « authentiques » qui, contrairement aux craintes du chef, passaient parfaitement la rampe de l’acoustique réputée sèche de la salle de l’avenue Montaigne.

Je connais depuis longtemps l’art si caractéristique de Louis Langrée dans cette musique : clarté, précision, élan, volupté des lignes. Dans l’Hymne à la justice de Magnard, on attend la puissance du grand orchestre romantique, voire wagnérien; ce qu’on n’avait pas en masse, on l’a eu dans la vérité des timbres et l’équilibre entre fougue et poésie. D’une intensité incroyable.

Mêmes remarques pour le Poème de l’amour et de la mer de Chausson, où orchestre et voix doivent partager flux et reflux, force et sensualité.

On était évidemment très curieux du résultat sonore de La Mer de Debussy. Louis Langrée connaît l’oeuvre dans tous ses recoins – il l’a plus d’une fois démontré pendant son mandat liégeois – mais la beauté, l’acuité des sonorités de tous les pupitres, si sollicités, de l’orchestre des Champs-Elysées, nous révélaient comme jamais les alliages sonores, les mélismes sensuels d’une  partition qu’on croyait savoir par coeur. Le chef ose des tempos qui semblent une évidence : il presse le pas dans le 2ème mouvement (Le jeu des vagues) au point d’évoquer la houle tourmentée de la Valse de Ravel, il ménage au contraire d’incessants contrastes rythmiques dans le Dialogue du vent et de la mer. En bis, un Prélude à l’après-midi d’un faune autrement plus libre et souple qu’en février 2014, fruit de ce nouveau compagnonnage chef/musiciens. On espère qu’il sera renouvelé !

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On a lu dans le programme que le concert de samedi sera diffusé sur France Musique le 2 avril prochain à 14 h.

Une forme olympique

Après l’affaire – qui n’en est pas une – de l’accent circonflexe, voici qu’on atteint les sommets du ridicule, avec cette histoire parfaitement relatée dans cet article de l’excellent blog http://wunderkammern.fr/2016/02/09/pour-le-concert-de-la-loge-olympique-cest-bien-plus-quune-question-de-forme/. 

Une jeune formation fait revivre l’une des plus prestigieuses organisations musicales du Siècle des Lumières, le Concert de la Loge Olympique, et la voici taxée d’usurpation d’identité. Mais que disent les instances franc-maçonnes ? elles aussi sont mises en cause par l’utilisation du mot Loge… Comme l’écrit Jean-Christophe Pucek, il est vrai que les instances prétendument représentatives du sport donnent un tel exemple de désintéressement et de droiture, et j’ajouterai de culture… qu’on ne peut être étonné de l’intelligence de la réaction du CNOSF (Pierre de Coubertin réveille toi !)

S’ils écoutaient un peu de Haydn, de ces Symphonies parisiennes écrites par un compositeur en forme olympique :

Longue vie à Julien Chauvin et à ses musiciens de la Loge Olympique version 2016 !

Autre lecture cette fois très réjouissante, le long article que Télérama consacre à Sofi Jeannin, qui est la formidable « dame de choeurs » de Radio France : après la Maitrise – depuis 2008 – Sofi a accepté de prendre la direction du Choeur en 2015. Les résultats artistiques sont là, l’avenir est prometteur, et la personnalité de cette musicienne est exceptionnelle : http://www.telerama.fr/musique/sofi-jeannin-directrice-de-choeurs-de-radio-france-la-musique-classique-renforce-l-estime-de-soi,137684.php#xtor=RSS-28