Inclusif intrusif

Excellent article dans Le Monde daté d’aujourd’hui : Prêt.e.s. pour l’écriture inclusive ? 

qui fait suite à d’autres prises de position comme celle de Raphael Enthoven  sur Europe 1 : Le désir d’égalité n’excuse pas le façonnage des consciences.

Mais ce n’est pas le ridicule de cette nouvelle mode de l’écriture « inclusive » qui motive ce billet, qui me trotte dans la tête depuis un bon moment.

C’est l’usage abus-if , dérivé de l’anglais évidemment, d’adject-ifs ou de substant-ifs se terminant par -if, qui contamine le discours public, comme les relations professionnelles.

Quelques exemples, liste malheureusement non exhaust-ive ! :

Emmanuel Macron est-il un président « disruptif » ? (lire Libération : pourquoi tout le monde sort ce mot)

« La soirée, organisée par le réceptif local, a été très déceptive » – traduction pour ceux qui causent encore en vieux français : La soirée, organisée par le correspondant ou responsable local, a été très décevante.

« L’Etat encourage les comportements performatifs et innovatifs des créatifs des start-upers » Innovant, performant c’est ringard ? Certes « créatif » est entré dans le langage courant, comme substantif, il ne prend la place d’aucun mot pré-existant.

J’en appelle au travail collaboratif des lecteurs de ce blog pour enrichir cette rubrique…inclusive !

Et puisque je dénonce le mésusage de ce suffixe -if , je ne résiste pas au plaisir de citer le célèbre poème de Rudyard Kiplingau titre aussi bref qu’évocateur : If

If you can keep your head when all about you   
    Are losing theirs and blaming it on you,   
If you can trust yourself when all men doubt you,
    But make allowance for their doubting too;   
If you can wait and not be tired by waiting,
    Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
    And yet don’t look too good, nor talk too wise:
If you can dream—and not make dreams your master;   
    If you can think—and not make thoughts your aim;   
If you can meet with Triumph and Disaster
    And treat those two impostors just the same;   
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
    Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
    And stoop and build ’em up with worn-out tools:
If you can make one heap of all your winnings
    And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
    And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
    To serve your turn long after they are gone,   
And so hold on when there is nothing in you
    Except the Will which says to them: ‘Hold on!’
If you can talk with crowds and keep your virtue,   
    Or walk with Kings—nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
    If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
    With sixty seconds’ worth of distance run,   
Yours is the Earth and everything that’s in it,   
    And—which is more—you’ll be a Man, my son!

 

On attend avec impatience une traduction en français…inclusif !

Comme le chant d’un enfant

La musique n’est pas très tendre avec l’enfance, les enfants morts (Mahler, Berg) ou victimes (Britten). Et pourtant redira-t-on quel bonheur les tout petits éprouvent à écouter, pas seulement entendre, de la musique, toutes sortes de musiques, mais d’abord des musiques qui les font rêver, les éveillent, sans être nécessairement accolées à une histoire ou une comptine.

Je retrouve avec G. mes propres souvenirs d’enfant, parfois enfouis dans ma mémoire. J’ai saisi l’occasion, il y a quelque temps, de revoir Le Livre de la jungle, un des très bons Disney. Une excellente bande son. G. n’en démord plus !

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On attendra encore un peu avant Bambi, Blanche-Neige ou même Les Aristochats.

Mais on connaît Le Carnaval des animaux par coeur, le Cygne, l’Aquarium, l’Eléphant surtout et on se fait raconter des histoires de petit garçon entrant dans un magasin de violoncelles et de contrebasses…Mais il ne faut pas que le portrait du compositeur change, Saint-Saëns ce ne peut être que lui

Saintsaens Sony a eu la bonne idée d’éviter le traditionnel couplage Carnaval – Pierre et le Loup

71O1UfAnj0L._SL1500_Et une bande de joyeux drilles renouvelle l’exercice :

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Mais ne limitons pas l’écoute de la musique pour les petits à des oeuvres que les adultes croient écrites pour eux. Au contraire, ouvrons leur très larges les portes de toutes sortes de musiques, un chant du Moyen-Âge, une Gymnopédie de Satie, un quatuor de Haydn, des mélopées siciliennes, rien n’effraie les petites oreilles, au contraire !

Inutile d’attendre les classes primaires et les séances « pédagogiques » qu’on leur organise à profusion (sans que cela développe particulièrement leur appétence si la musique a été absente de la toute petite enfance). Beaucoup de musique à écouter, à regarder, à vivre dans le calme familial.

Puisque Noël approche, un nouveau disque plutôt bien ficelé avec les Petits Chanteurs de Vienne (Wiener Sängerknaben)

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