Il y a quatre ans, je m’amusais à proposer ici La dictée verte de Cendrillon, en réaction à une faute courante : la pantoufle de verre au lieu de vair (quoique le débat reste ouvert sur le choix du matériau opéré par Charles Perrault !).
Dans plusieurs articles récents, et des interventions d’amis sur Facebook, je vois une confusion fréquente entre fond et fonds. D’où l’idée de cette nouvelle dictée de mon cru, pour tester votre orthographe et celle de vos proches, dans la bonne humeur !
Dans le fond
« Me remémorant mes belles années à Liège, et les amitiés que je m’y suis faites, je me disais que les animateurs du Fonds Léon Frédéricq avaient bon fond – ils se reconnaîtront -, se dévouant à fond à la cause de la recherche médicale de fond, et à la recherche de fonds pour alimenter ce fonds ! Ceux-là, quand ils font quelque chose, ils le font à fond !
Encore aujourd’hui, je fonds littéralement à la vue de pareil chef-d’oeuvre. Un trésor de l’art mosan qui n’appartient pas au fonds d’art religieux aujourd’hui réuni au Grand Curtius.voisin. Qui n’a pas non plus bénéficié, pour sa rénovation, des fonds d’un fonds souverain, tant mieux peut-être !
Dans le fond, pour bien gérer nos fonds personnels ou secrets – le conseil vaut aussi pour le responsable des fonts baptismaux de Liège ! – il faut deux qualités : avoir bon fond, et disposer d’un fonds de roulement, ou d’un fond de caisse qui permette de voir venir…en dégustant un fond d’artichaut ! » (Jean-Pierre Rousseau)
(La reproduction de tout ou partie de ce texte est interdite sauf accord exprès de l’auteur)
L’événement est passé inaperçu en France : c’est la saison du 75ème anniversaire de la fondation de l’Orchestre de chambre de Lausanne. Le label suisse Clavesa eu la bonne idée de publier un coffret de 7 CD composé de beaucoup d’inédits, avec quelques pépites, un coffret que je n’ai pas encore vu chroniqué dans la presse spécialisée, hormis la notable exception de Jean-Charles Hoffelé sur son site Artamag.
Avant de détailler le contenu de ce coffret, quelques souvenirs personnels d’une période de ma vie (1986-1993) qui m’a fait côtoyer les protagonistes de cette publication.
D’abord toutes les blagues qui courent sur les Vaudois – Lausanne étant le chef-lieu du canton de Vaud, riverain du lac Léman –
(Le joli musée de l’Elysée à Lausanne, dédié à l’art photographique)
Parmi les plus connues et répétées, en Suisse romande et évidemment en France voisine:
Qu’entend un voyageur arrivant en gare de Lausanne ? Le chef de gare au début du quai annonce : « Ici Lausanne, ici Lausanne » ! Son adjoint au bout du quai : « Ici aussi, ici aussi »
Comment trinquent les Vaudois ?alors que les autres Suisses lancent un « Santé ! » sonore et chaleureux, eux se souhaitent « Intelligence…. parce que la santé on l’a déjà » !
Il faut aussi ajouter que l’accent vaudois est très prononcé… et savoureux !
Plus sérieusement, un mot du label Claves et de sa fondatrice que j’ai bien connue, Marguerite Dütschler (1931-2006). Il nous arrivait parfois de nous parler en schwzyzerdütsch, mais elle mettait un point d’honneur à parler un français parfait.
Marguerite Dütschler était une passionnée, une amoureuse de la musique et des musiciens, de cette espèce, devenue rare, de producteurs qui ont tout construit par eux-mêmes, une maison de disques, un catalogue, une famille d’artistes, je pense à un Michel Garcin pour Erato ou à Bernard Coutaz pour Harmonia Mundi.
Marguerite travaillait artisanalement, pas d’attaché de presse, pas d’administrateur. Lorsqu’un de ses disques sortait, elle faisait elle-même la tournée des antennes et des producteurs de radio ou de télévision qui pouvaient en parler. Elle emballait elle-même les « services de presse » avec toujours un petit mot gentil pour celui ou celle à qui elle envoyait ses nouveautés. Comme ses collègues déjà cités, combien d’artistes a-t-elle révélés, à qui elle a offert leurs premières gravures – je pense à ce cher Marcello Viotti, ce merveilleux chef vaudois trop tôt disparu (mais son fils Lorenzo, 28 ans, marche à grandes enjambées sur les traces du père) ! On est heureux que Patrick Peikertait repris le flambeau, après avoir administré magistralement… l’Orchestre de chambre de Lausanne de 1991 à 2010.
Quant à l’OCL – comme on dit familièrement – j’ai toujours eu intérêt et affection pour cette phalange qui n’a pas toujours vogué sur des eaux tranquilles. Déjà à « mon » époque – il y a trente ans donc – certains technocrates ou des élus en mal de mauvaises bonnes idées imaginaient regrouper, voire fusionner les deux ensembles romands : l’Orchestre de la Suisse Romande, installé historiquement à Genève, et l’Orchestre de chambre de Lausanne – il n’y a que 70 kilomètres entre les deux villes ! Je me souviens, dans le cadre d’une mission qui m’avait été confiée par la Radio Suisse romande, alors fortement impliquée dans les deux orchestres, avoir planché sur cette hypothèse…. et avoir pu en démontrer l’inanité.
Alors ce coffret ? – ma seule réserve porte sur la photo de couverture qui m’évoque plus une couronne mortuaire qu’un bel anniversaire ! – Il porte témoignage d’une belle lignée de chefs, entre le fondateur Victor Desarzens(1908-1986) et l’actuel titulaire Joshua Weilerstein, en passant par les figures si chères à mon coeur, Armin Jordan, Jesus Lopez Cobos, Christian Zacharias
Il faut insister sur la figure fondatrice : Victor Desarzens n’a jamais eu, hors des frontières helvétiques, la notoriété de son illustre collègue genevois, Ernest Ansermet, et pourtant les deux personnages se ressemblent à plus d’un titre : l’incroyable ténacité des bâtisseurs, qui, envers et contre tout et tous, ont construit leurs phalanges et les ont portées, supportées, développées jusqu’à leur mort, l’ouverture à tous les répertoires, le soutien et la promotion de la création contemporaine.
Dans ces rééditions, on relèvera un inédit absolu : un 23ème concerto de Mozart sous les doigts, inattendus dans ce répertoire, de Samson François. Ce « live » n’est pas exempt de scories, mais il est diablement émouvant justement à cause de ces défauts..
CD 1-2 Victor Desarzens Mozart Concerto piano 23 (Samson François), Concerto flûte 1 (Peter-Lukas Graf), Haydn Symphonie 54, Malipiero Hommage à l’OCL, Frank Martin Ballade pour flûte (Edmond Defrancesco), Zbinden Concerto da camera piano (Karl Engel), Hindemith Kammersinfonie 4
CD 3 Armin Jordan Haydn Symphonie 22 « Le philosophe », Berenice che fai, Britten Les Illuminations (Felicity Lott), Brahms Neue Liebesliederwaltzer (Choeur de la radio suisse romande)
CD 4 Lawrence Foster Enesco Symphonie de chambre, Deux intermèdes, Dixtuor pour vents
CD 5 Jesus Lopez Cobos Arriaga ouv. Los esclavos felices, Schubert Polonaise pour violon, Rondo pour violon (Gidon Kremer), Falla Sept chansons populaires espagnoles (Teresa Berganza), Stravinsky Suites pour petit orchestre, Ravel Ma Mère l’oye
CD 6 Christian Zacharias Haydn Symphonie 80, Chopin concerto piano 2, Schubert Symphonie 8 « inachevée »
CD 7 Joshua Weilerstein Haydn Symphonie 60 « Le distrait », Osvaldo Golijov Night of the flying horses, Beethoven Symphonie 4
Dans un récent billet (C’était mieux avant ? ) je regrettais que les discophiles, surtout les plus jeunes, ne disposent plus d’ouvrages de référence, de « dictionnaire » : Je ne suis pas le seul à être en manque d’ouvrages récapitulatifs, qui sont aujourd’hui trop coûteux à réaliser (même Gramophone et Penguin ont abandonné la partie).
Le mensuel Diapason vient d’apporter une réponse, partielle certes, mais très bienvenue, à une demande que je n’étais pas le seul à formuler, en éditant un copieux hors-série de 300 pages reprenant la quasi-totalité des chroniques consacrées aux enregistrements récompensés d’un Diapason d’Or (dommage qu’on n’ait pas retenu les rééditions, notamment les coffrets, nombreux ces dernières saisons, récapitulatifs de l’art d’un grand chef d’orchestre ou soliste).
Comme le tout dernier disque de l’Orchestre philharmonique royal de Liège vient de bénéficier de l’or de Diapason (le quatrième d’une série Respighi que j’avais eu la chance d’initier avec le label BIS il y a une dizaine d’années),
j’ai eu la curiosité de feuilleter le hors-série Diapason pour rafraîchir ma mémoire et retrouver les Diapason d’Or attribués, cette dernière décennie, à la formation liégeoise chère à mon coeur.
« Kantorow dirige comme s’il jouait lui-même la partie soliste, avec un engagement qui est pour beaucoup dans la réussite de l’enregistrement… Plus que la perfection immaculée, c’est la prise de risque, la signature qui comptent pour Laurent Korcia… » (Jean-Michel Molkhou, 2011)
Les équipes de l’OPRL et de Naïve se rappellent encore les très chaudes journées de juillet 2010, la patience infinie de Jean-Jacques Kantorow à l’égard d’un soliste imprévisible et fantasque. Mais le résultat est là…
On relèvera – pure coïncidence – que les deux concertos, de Tchaikovski et Korngold – sont dans la même tonalité – ré majeur – et portent le même numéro d’opus – 35 !
Un an après cette session, c’est le tout nouveau chef des Liégeois – Christian Arming – nommé en mai 2011 – qui s’attelait au monument, que dis-je, à l’hymne national liégeois – la Symphonie de Franck et deux inédits de taille du compositeur né en 1822 à Liège (qui n’était pas encore belge, puisque le royaume de Belgique a été fondé en…1830 !). J’avais un peu forcé la main à l’éditeur, sachant qu’un tel disque serait une indispensable carte de visite pour les futures tournées de l’orchestre. Et alors que l’OPRL avait déjà donné deux très beaux disques, sous les baguettes de Pierre Bartholomée et Louis Langrée (régulièrement cités comme références par la plupart des guides et autres tribunes)
Paul de Louit, qui n’avait pas été très tendre pour un précédent disque de l’OPRL – la symphonie n°3 de Saint-Saëns et la symphonie concertante de Jongen – ne fut pas avare de louanges lorsque parut, en 2012, ce premier-né de la collaboration du chef autrichien et de la phalange liégeoise : « Christian Arming contourne le poids de clichés (qui s’attache à l’oeuvre). Ce Viennois l’assume comme musique « pure » qui n’a d’histoire et de suspens qu’en elle-même….Loin de l’apollinisme dépassionné que certains y entendront, nous trouvons cet ensemble au contraire passionnant, incroyablement poétique. L’un des plus beaux Franck, et sans conteste le plus inattendu, de la discographie. »
Il faut écouter cet étonnant poème symphonique, Ce qu’on entend sur la montagne,inspiré d’un poème de Victor Hugo, écrit en 1846 – Franck n’a que 24 ans ! -, deux ans avant le même ouvrage éponyme dû à la plume de Liszt. César Franck précurseur…
Avec Musique en Wallonie, l’orchestre de Liège a engrangé une discographie remarquable et remarquée, avec nombre d’inédits de Jongen, Dupuis,et depuis quelques années la redécouverte de tout un pan de l’oeuvre concertante et symphonique d’Eugène Ysaye, qui n’est pas que l’auteur de six sonates pour violon seul
Le premier volume de cette série, paru en 2014, est distingué à son tour d’un Diapason d’Or.
« On admire la souplesse impressionnante de la répartie orchestrale, émaillée de nombreux solos, et galbée par la baguette de Jean-Jacques Kantorow » (François Laurent, 2014)
Les Liégeois se rappellent aussi la performance du pianiste Bernard Chamayou venu donner en deux concerts d’affilée l’intégrale des 2h30 des Années de pèlerinage de Liszt, en novembre 2011. Intégrale saluée par l’Or au disque.
Une oeuvre atypique, qui ne recourt pas à une sorte d’exotisme de pacotille, d’une extrême concision (moins de dix minutes pour le cycle !), un authentique petit chef-d’oeuvre.
Quatre poèmes, qui pourraient presque ressortir au genre du haikujaponais :
Une belle à la taille svelte se promène sous les arbres de la forêt, en se reposant de temps en temps. Ayant relevé de la main les trois voiles d’or qui lui couvre les seins, elle renvoie à la lune les rayons dont elle était baignée.
Un sapin isolé se dresse sur une montagne Aride du Nord. Il sommeille. La glace et la neige l’environne D’un manteau blanc.
Il rêve d’un palmier qui là-bas Dans l’Orient lointain se désole, Solitaire et taciturne, Sur la pente de son rocher brûlant.
Bénarès : Naissance de Bouddha
En ce temps-là fut annoncé la venue de Bouddha sur la terre. Il se fit dans le ciel un grand bruit de nuages. Les Dieux, agitant leurs éventails et leurs vêtements, répandirent d’innombrables fleurs merveilleuses. Des parfums mystérieux et doux se croisèrent comme des lianes dans le souffle tiède de cette nuit de printemps. La perle divine de la pleine lune s’arrêta sur le palais de marbre, gardé par vingt mille éléphants, pareils à des collines grises de la couleur de nuages.
Si vous pensez à elle, vous éprouvez un douloureux tourment. Si vous la voyez, votre esprit se trouble. Si vous la touchez, Vous perdez la raison. Comment peut-on l’appeler bien-aimée?
Au fil de l’écoute, et pour des raisons explicitées dans notre débat, nous avons éliminé
Marcel Quillévéré , qui l’avait d’emblée reconnue, a manifesté jusqu’au bout son enthousiasme pour Martha Angelicicaptée dans les années 50 – diction et ligne de chant évidemment impeccables ! – une version qu’on retrouve dans le gros coffret d’hommage à André Cluytens
Enfin émerveillement partagé à l’écoute de deux grandes chanteuses, non francophones, mais tellement amoureuses du français, si « bien diseuses », une version que je ne connaissais pas, celle d’Anne Sofie von Otter(tellement admirée récemment dans les Dialogues des Carmélitesdonnés au Théâtre des Champs-Elysées)
Et puis un disque qui m’accompagne depuis sa sortie, une vraie rareté à l’époque, heureusement rééditée doublement en CD isolé et dans le coffret-hommage au chef suisse : Felicity Lott et Armin Jordan
Le Concertgebouw d’Amsterdam, le Festival d’Edimbourg, le Musikverein de Vienne, le Festival Radio France, et tant d’autres scènes, où se déploie le talent unique d’une artiste – musicienne, chanteuse, danseuse – qu’on aime et qu’on admire – la répétition d’un compliment n’est pas complaisance, mais simple et rassurant constat -, Isabelle Georgesétait hier soir à Paris, dans un lieu chargé d’histoire qui vient de ressusciter par la volonté d’un homme et d’une équipe, le Bal Blomet.
Pour cette première française du spectacle Oh Là Là écrit pour et créé au Festival d’Edimbourg 2016. Isabelle Georges était bien entourée, de formidables musiciens comme Adrien Sanchez (clarinette et saxophone), Samuel Domergue (batterie), Edouard Pennes (guitare), Jérome Sarfati (contrebasse), et le complice de toujours Frederik Steenbrink (piano et chant).
Erreur
Cette vidéo n’existe pas
La presse écossaise a comparé Isabelle Georges à des monstres sacrés comme Judy Garland, Lisa Minnelli ou Barbra Streisand. On ne la démentira pas…
On se réjouit de retrouver Isabelle et plusieurs de ses complices au Théâtre des Champs-Elysées le 21 décembre prochain pour un programme qui m’est cher à plus d’un titre (les Liégeois s’en souviennent) : Broadway symphonique. Et comme l’avait quittée le 17 juillet dernier à Montpellier, il se dit, dans les milieux autorisés, qu’on pourrait bien la retrouver dans un tout nouveau projet pendant l’été 2018 en Occitanie…
L’actualité d’Isabelle Georges c’est aussi la sortie d’un disque, qu’on n’a pas encore écouté, mais qui reflète plusieurs des concerts/récitals qu’elle a donnés ces derniers mois notamment à Radio France.
D’abord ce beau coffret commandé avant les vacances, arrivé le jour de mon retour, et depuis dégusté à petites doses, comme des retrouvailles avec quelqu’un qu’on avait un peu perdu de vue ou d’oreille.
Faut-il rappeler qui est Rudolf Serkin ? Peut-être pas le plus grand pianiste, si l’on s’en tient à des critères techniques, mais l’un des musiciens les plus emblématiques du XXème siècle. Sa vie, ses origines, sa destinée épousent tous les cahots, les horreurs comme les lumières d’un siècle qui ne fut pas avare de fortes personnalités.
On redécouvre, dans ce coffret, dans un son largement amélioré, d’immortelles gravures de Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, et, plus rares, Bartok (1er concerto), Prokofiev (4ème concerto), Reger, Chopin (Préludes), et ces trésors de musique partagés à Marlboro avec les Busch, Casals, Schneider, Fleisher et tant d’autres.
Decca honore, pour son 80ème anniversaire, l’un de ses artistes maison, stakhanoviste de l’enregistrement tant comme pianiste que comme chef : Vladimir Ashkenazy
Dans le dernier numéro de Gramophone le pianiste est évoqué, par euphémisme, comme « peu soucieux de couleurs ». Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites.. Virtuose certes, chez lui dans Rachmaninov ou Prokofiev, avare de poésie et de fantaisie dans le répertoire romantique (Beethoven, Brahms, Schumann, Chopin), je n’ai jamais accroché à Ashkenazy pianiste, surtout lorsqu’il est enregistré dans des acoustiques de salle de bain ou sur des pianos ferraillants qui durcissent un jeu qui n’est déjà pas très varié. J’ai toujours trouvé mieux, plus intéressant, plus idiomatique ailleurs.
Ashkenazy chef d’orchestre est souvent beaucoup plus pertinent que le pianiste. Decca serait bien inspiré (c’est peut-être prévu ?) de regrouper ses gravures comme chef, dans son répertoire natif (somptueux Rachmaninov avec le Concertgebouw) mais aussi dans des registres plus surprenants (Sibelius, Richard Strauss, Mahler…)
Je m’aperçois que je ne l’ai jamais évoqué sur ce blog, alors que je l’admire depuis si longtemps. J’avais manqué – pour cause de fête de famille (L’eau vive) – un concert que j’avais pourtant contribué à organiser, que France Musique a eu l’excellente idée de diffuser hier soir. Nelson Freirejouait le 4ème concerto pour piano de Beethoven, accompagné – le terme est impropre, tant l’osmose entre soliste, chef et orchestre était évidente – par Louis Langrée et l’Orchestre National de France (qui proposait, en seconde partie, un Pelléas et Mélisande de Schoenberg d’anthologie).
J’ai tant de souvenirs avec ce magnifique musicien. Rien de ce qu’il est, de ce qu’il joue, ne m’a jamais laissé indifférent ou déçu. Il suffit de l’avoir vu, rencontré une fois, il suffit de voir la photo qui orne la pochette ci-dessus, pour entrer définitivement en sympathie avec lui. Et ne plus avoir envie de jouer les critiques, de comparer telle version d’il y a trente ans et un remake plus récent. Ci-dessous, j’ai simplement mis en avant quelques disques de chevet, mais je n’en exclus aucun autre.
Ma première rencontre professionnelle avec Nelson Freire remonte à 1987. Pour célébrer le centenaire de la naissance d’Heitor Villa Lobos, j’avais été chargé de monter un programme un peu exceptionnel avec l’Orchestre de la Suisse romandeau Victoria Hall à Genève. En faisant quelques recherches dans la phonothèque de la Radio suisse romande, je tombe sur une bande copiée d’un disque enregistré dès 1948 par Ernest Ansermet et l’OSR… du 1er concerto pour pianode Villa Lobos, une commande de la pianiste canadienne Ellen Ballon au compositeur brésilien.
Le plus grand pianiste brésilien vivant étant Nelson Freire, je pense immédiatement à lui pour rendre cet hommage à Villa Lobos, dont il a déjà enregistré quelques pièces.
Mais ni lui, ni aucun autre pianiste d’envergure n’a ce concerto à son répertoire. Nelson accepte, sans discuter, d’apprendre l’oeuvre pour le concert – et accepte une diffusion en direct et sur les radios membres de l’UER ! –
Je devrai attendre quelques années pour réinviter Nelson Freire. À Liège il nous offre un mémorable récital Chopin en 2004.
Quelques mois plus tard, pour un concert de gala, il remplace Maria Joao Pires qui a annulé pour je ne sais plus quelle (mauvaise) raison, et nous fait entendre le plus beau « Jeunehomme » – le 9ème concerto pour piano de Mozart – que j’aie jamais entendu en concert !
Longtemps erratique, sa discographie s’est heureusement enrichie depuis quelques années grâce à Decca. Quantité de disques admirables, où rayonne suprêmement l’art d’un musicien singulier. Un coup de coeur peut-être pour celui-ci
Mais on ne m’en voudra pas de revenir à une série d’enregistrements plus anciens, que j’avais patiemment collectionnés, dès que je les trouvais, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, plus rarement en France, et qui sont aujourd’hui tous réédités. Ils sont tous indispensables !
Et bien sûr ces 2 CD miraculeux… ou quand deux amis se rejoignent sur les cimes du génie !
Y a-t-il fleuve plus admirable que le Danube ? Au fil des ans, j’ai fini par le parcourir de sa source (Donaueschingen une aimable cité de Forêt Noire bien connue des amateurs de musique contemporaine) à son embouchure, l’immense zone préservée du Delta du Danube.
Je connais le Danube en Allemagne bien sûr, à Vienne évidemment, à Budapest – majestueux – et je l’ai traversé récemment pour passer en Bulgarie (voir De Syldavie en Bordurie)
Je ne vais pas me lancer (pas maintenant en tout cas !) dans un recensement des musiques liées au Danube, elles sont innombrables et aussi diverses que les paysages que traverse le deuxième plus long fleuve d’Europe.
Juste trois raretés pour le plaisir, deux valses et un poème symphonique. De Julius Fucik, la valse des légendes du Danube (Donausagen).
De Leoš Janáčekun poème symphonique tardif (1925) intitulé… Danube
Et il faut bien un compositeur roumain – Iosif Ivanovici – pour évoquer Les Flots du Danube.
Un mot sur le chef de cette version toute en légèreté et pulsation, Henry Krips, qui est bien le frère de l’autre, Josef, mais qui a eu un tout autre destin puisque l’essentiel de sa carrière s’est faite en Australie ! C’est par Henry Krips et son Philharmonia Promenade orchestra – un orchestre de studio voué à la musique dite légère – que j’ai découvert Suppé, Waldteufel, etc.
On trouve malheureusement très peu de rééditions en CD de ce chef, et il faut se méfier de celles qui sont proposées en téléchargement (notamment le très médiocre label Mastercorp).
Revenons au delta du Danube où j’ai passé toute la journée de ce dimanche, entre petit bateau à moteur, voiture à cheval, balade en forêt et sur des chemins sablonneux.
J’avais un souvenir assez étonnant de mon premier voyage en 1973 (lire le récit détaillé ici : Les grenouilles du delta). Lorsque je suis revenu en 2003 je n’ai pas refait l’excursion. C’était donc, quarante-quatre ans après, un retour aux sources, mais cette fois en grand et en large, presque onze heures passées dans le delta, à observer des centaines d’oiseaux – les pélicans qu’on avait vus si nombreux il y a quatorze ans se faisaient discrets -, à essayer d’apercevoir les chevaux sauvages de Letea, que la chaleur et l’afflux de touristes ont semble-t-il dissuadés de se montrer…
Toutes les photos de cette journée extraordinaire à voir ici : Le delta du Danube
On avait le souvenir de Constanța, reine des villes roumaines de la Mer Noire. Prestige lié à une histoire mouvementée, à la présence d’un port de première importance. On a retrouvé une ville en ruines, délabrée, détruite en son propre sein. Même le bâtiment emblématique de la ville, le magnifique Casino de 1910 est à l’abandon depuis un quart de siècle.
Alors que les grosses berlines allemandes et les 4X4 pullulent en ville, les pouvoirs publics, les investisseurs privés laissent le coeur de ville dans un état lamentable.
A deux pas du Casino, c’est le mythique Hotel Palace qui est fermé pour une durée indéterminée, et flanqué d’un immeuble en béton lui aussi abandonné en l’état !
L’Amirauté, siège de l’état-major de la Marine militaire roumaine, présente encore belle allure, mais on n’est pas certain que l’intérieur soit aussi reluisant que l’extérieur !
Dans les rues et places du centre historique, la consternation saisit le visiteur. Pour quelques bâtiments bien conservés, ce ne sont que ruines, béances, constructions ou rénovations interrompues…
Une réplique de la fameuse louve romaine trône face au musée d’Art de la ville. Une statue du poète des Métamorphosescontemple le désastre de la place qui porte son nom , c’est ici à Tomisqu’Ovideest mort en exil en 17 ou 18 de notre ère.
Le grand musée archéologique de Constanta et en face ceci :
à l’arrière du musée, tout un symbole
Dans la rue principale…
Deux belles églises, une mosquée, la première construite en béton en 1910.
(La cathédrale orthodoxe SS. Pierre et Paul)
(L’église grecque orthodoxe)
Et du centre historique, vue imprenable sur l’immense port de Constanța…
Vue de l’autre côté sur une mer Noire qui peut être déchaînée
A deux pas du Casino, c’est le mythique Hotel Palace qui est fermé pour une durée indéterminée, et flanqué d’un immeuble en béton lui aussi abandonné en l’état !
L’Amirauté, siège de l’état-major de la Marine militaire roumaine, présente encore belle allure, mais on n’est pas certain que l’intérieur soit aussi reluisant que l’extérieur !
Dans les rues et places du centre historique, la consternation saisit le visiteur. Pour quelques bâtiments bien conservés, ce ne sont que ruines, béances, constructions ou rénovations interrompues…
Une réplique de la fameuse louve romaine trône face au musée d’Art de la ville. Une statue du poète des Métamorphosescontemple le désastre de la place qui porte son nom , c’est ici à Tomisqu’Ovideest mort en exil en 17 ou 18 de notre ère.
Le grand musée archéologique de Constanta et en face ceci :
à l’arrière du musée, tout un symbole
Dans la rue principale…
Deux belles églises, une mosquée, la première construite en béton en 1910.
(La cathédrale orthodoxe SS. Pierre et Paul)
(L’église grecque orthodoxe)
Et du centre historique, vue imprenable sur l’immense port de Constanța…
Vue de l’autre côté sur une mer Noire qui peut être déchaînée
On ne s’attend à rien, sauf au pire, lorsqu’on voit des affiches pour une représentation d’un opéra aussi spectaculaire que Turandot de Puccini dans une station balnéaire bulgare. Pourtant, à 10 € la (très bonne) place, on ne risquait pas grand chose, une heureuse surprise peut-être ?
Le théâtre d’été est situé au milieu d’un immense parc qui surplombe la mer – c’est ainsi que les longues plages de sable de Burgas ville ont été préservées de toute urbanisation intempestive –
Dix minutes avant le début de la représentation, le théâtre est loin d’afficher complet. A l’entracte on constatera une demie jauge. Désintérêt d’une population pourtant naguère largement éduquée à la musique, à l’opéra, au théâtre ?
Je crois bien que, plus encore que La Bohème, Tosca, Manon Lescaut ou Madame Butterfly, Turandot est l’ouvrage de Puccini que j’ai vu le plus souvent en scène (la saison dernière encore à Montpellier – lire Remaniement, amour et cruauté), l’un des opéras que je connais par coeur, et qui m’a toujours fasciné par son écriture orchestrale et chorale, plus que par les performances purement vocales, même si elles sont impressionnantes, des rôles principaux.
Eh bien cette Turandot bulgare, sans prétendre à l’originalité dans la mise en scène – des plus convenues – n’avait rien à envier à des productions plus prestigieuses. Le rôle-titre parfaitement assumé par une belle et large voix, celle de Gabriela Georgieva
Calaf était chanté vaillamment par un pilier de l’opéra de Sofia, Boiko Tsvetanov– qui a quand même craqué son Nessun Dorma. Belle révélation avec la Liu de la jeune Maria Tsvetkova, Des choeurs pas toujours homogènes, des voix parfois ingrates pour les ministres Ping, Pang, Pong, le reste de bon niveau et un orchestre tout ce qu’il faut de sensuel et rutilant sous la baguette experte de Grigor Palikarov.
Au disque j’en reviens toujours à deux versions, l’une – Karajan – pour la pure somptuosité orchestrale et chorale, malgré les erreurs de casting pour Turandot et Liu – l’autre – Leinsdorf -justement pour une distribution inégalée