Les Français aux Oscars

Comme le disait une commentatrice de la soirée des Oscarsles compositeurs français ont la cote à Hollywood ! Après Maurice Jarre, Georges Delerue, Gabriel Yared, Michel LegrandAlexandre Desplat a été récompensé pour la seconde fois par un Oscar de la meilleure musique de film.

J’aime beaucoup l’homme et le compositeur, que j’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises avec son épouse, Dominique Lemonnier, elle-même musicienne, lors de concerts classiques notamment. Sa modestie n’est pas feinte, sa parfaite connaissance du répertoire symphonique est perceptible dans sa création. Dans cet entretien récent, rediffusé ce matin sur France 2, Alexandre Desplat cite Mozart et Bill Evans… il y a pires sources d’inspiration !

Je me suis réjoui que, l’an dernier, se soit concrétisé l’un des projets qui avaient été lancés à l’été 2014 pour les formations musicales de Radio France : Alexandre Desplat dirigeait l’Orchestre National de France pour enregistrer sa bande-son du dernier film de Luc Besson, Valérian et la cité des mille planètes (lire Dans les coulisses de l’enregistrement de la musique de Valerian).

Je ne vais pas ici enfoncer des portes ouvertes sur l’importance de la bande originale, de la musique d’un film. Ni retracer – il y faudrait tout un ouvrage – la longue histoire des compositeurs qui ont donné leurs lettres de noblesse à un genre qui est tout sauf secondaire. Au point que, pour certains, la postérité n’a retenu que leur contribution au 7ème art, comme Bernard Herrmann ou Nino Rota.

On signale la toute récente réédition en coffret très économique des enregistrements que Riccardo Muti a consacrés aux compositeurs italiens du XXème siècle, dont 2 à Nino Rota81cfRe2-rjL._SL1500_Et l’excellente anthologie Bernard Herrmann d’Esa-Pekka Salonen

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Pour en revenir aux compositeurs français récompensés par les Oscars à Hollywood, petite revue de détail – non exhaustive, mais impressionnante !

Maurice Jarre (1924-2009) remporte pas moins de 3 Oscars, en 1963 pour Lawrence d’Arabieen 1966 pour Docteur Jivagoen 1985 pour La route des Indes. , trois films de David Lean. 

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Pour des raisons toutes personnelles, je ne vois ni n’écoute jamais le Docteur Jivago sans être saisi d’une intense émotion.

En 1971, c’est Francis Lai qui est honoré pour Love Story

En 1972 Michel Legrand reçoit un Oscar pour Un été 42 et en 1984 pour Yentl.

En 1980, l’excellent Georges Delerue est récompensé pour la musique du film I Love you, je t’aime

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En 1997, c’est Gabriel Yared qui remporte un Oscar pour le superbe Patient anglais

Plus près de nous, c’est le Breton Ludovic Bource qui est distingué en 2012 pour le film hors catégorie The Artist de Michel Hazanavicius qui rafle 5 Oscars !

L’insupportable Jean-Luc G.

Je n’ai lu les critiques qu’après avoir vu le film. Ceux du Monde ou de Télérama n’ont pas dû voir le même que moi…

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Moi j’ai bien aimé Le Redoutable, affiché, à juste titre, comme une comédie de Michel Hazanavicius.

D’abord parce que j’avais lu les trois livres de souvenirs (lire Des livres pour rentrerd’Anne Wiazemskypetite-fille de François Mauriacéphémère épouse de Jean-Luc Godard dont Un an après qui sert de trame à ce film :

À Paris, en 1967. Le célèbre réalisateur Jean-Luc Godard tourne son film La Chinoise. La tête d’affiche n’est autre que la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 17 ans sa cadette. Ils se sont rencontrés peu de temps avant, sur le tournage du film Au hasard Balthazar de Robert Bresson en 1966. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient.

À sa sortie, La Chinoise reçoit un accueil assez négatif et cela déclenche chez Jean-Luc une profonde remise en question. À cela vont s’ajouter les évènements de Mai 68. Cette crise que traverse le cinéaste va profondément le transformer. Il va passer d’un statut de réalisateur « star » à celui d’un artiste maoïste hors du système autant incompris qu’incompréhensible

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« La traque des étudiants se poursuivait boulevard Saint-Germain et rue Saint-Jacques. Des groupes de jeunes, garçons et filles mélangés, se battaient à mains nues contre les matraques des policiers, d’autres lançaient différents objets ramassés sur les trottoirs. Parfois, des fumées m’empêchaient de distinguer qui attaquait qui. Nous apprendrions plus tard qu’il s’agissait de gaz lacrymogènes. Le téléphone sonna. C’était Jean-Luc, très inquiet, qui craignait que je n’aie pas eu le temps de regagner notre appartement. « Ecoute Europe numéro 1, ça barde au Quartier latin !« Nous étions le 3 mai 1968. » (A.W.)

D’abord la composition de Louis Garrel. Etonnante ! Il n’imite pas, il est Jean-Luc Godard, chuintement caractéristique et imperceptible accent suisse compris. Je suis moins convaincu par l’évanescente Stacy Martin qui peine à restituer les ambiguïtés de la jeune fille qu’était Anne Wiazemsky. Surtout j’aime, sans me poser de questions métaphysiques, le style décalé, irrespectueux, d’Hazanavicius (que j’appréciais déjà dans les deux OSS 117). On l’a compris, ce n’est en rien un biopic, oui le cinéaste suisse n’est pas toujours présenté sous son meilleur jour. Il n’en apparaît que plus attachant.

Excellente bande-son, et un mystère non résolu : peu avant la fin du film – que je ne vais pas dévoiler – on entend le dernier des Vier letzte Lieder de Richard Strauss, Im Abendrot. Mais je n’en ai pas reconnu l’interprète, ni trouvé la mention sur les sites que j’ai visités…

En attendant d’élucider cette voix mystère, voici la version de Kiri Te Kanawaqui a annoncé prendre sa retraite lors des récents Gramophone Awards à Londres.