Brexit musical ?

Une précision liminaire : mon article d’hier (Le revers des giletsm’a été reproché parce qu’il n’aurait pas sa place dans un blog « consacré à la musique classique » (sic). Le sous-titre de mon blog indique pourtant : La Musique, la Vie, les Idées en liberté. Je n’ai pas l’intention de renoncer à cette liberté…

Autre précision : oui j’ai apprécié – ça faisait un bien fou après ces dernières folles semaines ! – ce vrai, ce long débat, inédit dans l’histoire de la Vème République, entre le président de la République et les 600 élus rassemblés pendant presque 7 heures d’affilée à Grand Bourgtheroulde dans l’Eure. La franchise des questions, des interpellations, la franchise des réponses. Qui peut désormais prétendre que ce « Grand débat » ne va servir à rien, que les jeux sont faits d’avance ?

Et comme en écho de cette ouverture du Grand Débat, France 2 avait programmé hier soir l’excellent documentaire de Patrice DuhamelLa Vème République : au coeur du pouvoirA voir ou à revoir absolument !

Pendant ce temps-là, la Chambre des Communes rejetait à une écrasante majorité le compromis sur le Brexit âprement négocié avec l’Union européenne par Teresa May !

Laissons les Britanniques se dépêtrer d’une situation qu’ils ont eux-mêmes créée…

Le Brexit, brutal ou négocié, va-t-il changer quelque chose dans la vie musicale ? Rien probablement, ni en bien ni en mal.

Musicalement, le Royaume-Uni est bien une île, à bien des égards et depuis des siècles, singulière par rapport au Continent : j’ai souvent évoqué ici la méconnaissance, l’ignorance que subissent compositeurs (Ralph l’oublié), interprètes (Plans B) à quelques rares exceptions près…Si l’on demandait à brûle pourpoint, à la sortie d’un concert de la Philharmonie de Paris ou du Festival de Radio France, à des spectateurs de citer ne serait-ce qu’une dizaine d’oeuvres de compositeurs britanniques, je ne suis pas sûr qu’ils y parviendraient !

A l’inverse, les Britanniques ont toujours été de grands amateurs et promoteurs de la musique française. Le moins qu’on puisse dire est que la réciproque n’est pas vraie !

Tenez, puisqu’on va commémorer le sesquicentenaire* de la mort de Berliozquel a été le premier chef à réaliser une quasi-intégrale de l’oeuvre du natif de La Côte Saint André ?

Colin Davis (1927-2013), qui s’y est repris à deux fois.

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Dans quelques jours, paraît un coffret regroupant les enregistrements réalisés par John Eliot Gardinerencore un infatigable amoureux de la musique française (qu’il a particulièrement bien servie et illustrée pendant son mandat de directeur musical de l’Opéra de Lyon de 1983 à 1988.

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Ce n’est pas d’hier que les chefs d’outre-Manche révèrent les Français. Y a-t-il meilleur chef « français » que Sir Thomas ? Est-ce un hasard si la version de Beecham de Carmen reste indétrônée ?

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Quel bonheur, toujours renouvelé, d’écouter Lalo, Franck, Fauré, Berlioz, Bizet sous sa baguette !

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Et même le fantasque John Barbirolli s’est livré, certes parcimonieusement, dans Ravel et Debussy, et c’est à écouter absolument.

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*sesquicentenaire = 150ème anniversaire

Immigrés polonais

Dans le récent « grand débat » la Pologne, qui s’était déjà illustrée de manière spectaculaire en 2005 lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, avec son plombier polonaiss’est à nouveau invitée dans la campagne présidentielle française.

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(Détournement réussi de la fameuse affiche du faux plombier polonais par l’Office du Tourisme polonais)

Imaginons que les arguments utilisés par certain(e)s pour interdire l’immigration de citoyens européens en France aient été en vigueur dans la France romantique du XIXème siècle ou un siècle plus tard au début du XXème, deux des plus grands Polonais de l’histoire n’auraient jamais enrichi le patrimoine culturel français, notre culture commune. Je veux parler du compositeur Frédéric Chopin (1810-1849) et du pianiste Arthur Rubinstein (1887-1982)… En l’occurrence, pour Chopin, c’était peut-être un retour aux sources, puisque son père était d’origine lorraine !

Ce détour par l’actualité pour évoquer la part la moins spectaculaire, la plus secrète, de l’oeuvre de Chopin, ses Mazurkas.

Lorsque j’ai un peu de temps pour me remettre devant mon piano, c’est toujours vers ce corpus que je reviens, au hasard des humeurs du moment, tant il y a de coins et de recoins de l’âme à explorer, beaucoup plus que l’aspect « national », voire folklorique, de danses stylisées à l’extrême.

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Je suis incapable – et je n’ai pas envie – de faire un classement parmi cette cinquantaine de condensés de poésie, de dire mes préférences, d’en trouver certaines plus « faibles » que d’autres. Je ne me lasse pas de les écouter et réécouter dans les visions aussi différentes qu’Arthur Rubinstein, Jean-Marc Luisada, Nikita Magaloff, Pietro di Maria.81M0ErXoddL._SL1500_71Ib+2cVR4L._SL1050_71iWYSIQz-L._SL1417_718wrcxG9GL._SL1500_

Et pourquoi ne pas se replonger dans les belles pages que le regretté Dominique Jameux  et le cher Jean-Jacques Eigeldinger ont consacrées à notre immigré polonais préféré ?

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