Comme si les faits eux-mêmes n’étaient pas assez tragiques, insupportables, éprouvants, l’écoeurement gagne quand on lit, par exemple, sur le site d’une grande radio : « Emouvants hommages » à propos non pas des victimes, mais des témoignages qui s’expriment dans le monde à la suite de l’attentat de Nice. Et les médias vont de nouveau se précipiter, micro et caméra à la main, pour recueillir tous ces émouvants témoignages, ou les témoignages de l’émotion…
L’impudeur est tout autant du côté des réactions politiques, le parti des « y a qu’à » et des « faut qu’on » n’a jamais aussi largement rassemblé. Ils ont tous, après coup, leur solution pour arrêter un 38 tonnes lancé à pleine vitesse, ou priver de liberté tout éventuel possible potentiel futur hypothétique terroriste…
Le moindre des respects qu’on doive aux victimes de Nice, de Bagdad, d’Istanbul, de Bruxelles, de Paris et de tant d’autres lieux martyrs, c’est la pudeur.
Ce soir, sur décision bien compréhensible des autorités locales, le concert FIP qui devait avoir lieu sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Montpellier a été annulé. Mais le Zoroastre de Rameau dirigé par Raphael Pichon avec son ensemble Pygmalion aura bien lieu dans la grande salle Berlioz du Corum (en direct sur France Musique). Parce que la Musique est la meilleure, la seule réponse, à l’horreur du monde.
J’avais prévenu, ce blog prendrait quelques libertés avec la régularité. Pas eu le temps de souffler depuis 72 heures. Les réseaux sociaux et les médias ont largement rendu compte de ce qui m’a occupé, et qui valait bien qu’on y consacre toute son énergie et tout son temps.
Quelques photos, quelques échos, tout sourire, de ces premiers jours de festival. Heureux que le public ait répondu si nombreux et si enthousiaste à l’invitation au Voyage d’Orient que nous lui avons lancée.
(Avec Karine Deshayes et Lambert Wilson, soliste et récitant du concert d’ouverture du 11 juillet / Photo Marc Ginot)(Lucas Debargue, Andris Poga et l’orchestre national du Capitole de Toulouse hier soir)
(Enguerrand de Hys, Stéphanie Varnerin, Rémy Mathieu, Jean Gabriel Saint-Martin irrésistibles dans Ba-Ta-Clan d’Offenbach, sous la houlette de Jean-Christophe Keck)
La nouvelle, tombée ce matin, n’avait aucune chance de faire la une de quelque journal que ce soit, et pourtant celui qui vient de disparaître est de ces personnalités rares, de plus en plus rares.Harry Halbreich, né le 9 février 1931 à Berlin, s’est éteint doucement chez lui à Bruxelles la nuit dernière.
J’ai eu la chance de le connaître – un peu – surtout pendant mes années belges, je le voyais presque toujours au concert au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles, souvent ronchon, rarement satisfait, mais toujours en alerte, en avance d’une curiosité, d’une découverte ou d’une redécouverte, avec des enthousiasmes de jeune homme pour telle partition, tel compositeur oublié. Un côté professeur Nimbus, au savoir encyclopédique.
Il ne se gênait pas pour eugueuler tel programmateur, tel directeur de festival. Il avait aussi des obsessions. Je n’avais pas imaginé, il y a une dizaine d’années, qu’en inscrivant au programme d’un concert de l’Orchestre Philharmonique de Liège, la Première symphonie d’Albéric Magnard(sous la direction du chef russe Alexandre Dmitriev), que je lui procurerais une telle joie ! C’était, selon lui, la première belge de l’oeuvre, et il savait de quoi, de qui il parlait.
Il faut bien dire que le puits de science qu’était Harry Halbreich pouvait parfois agacer, voire indisposer, par son caractère rocailleux, ceux avec qui il travaillait – il avait toujours raison, et eux tort ! -. Le responsable musical du Palais des Beaux-Arts qui était un peu sa tête de Turc soupirant un jour « heureusement qu’il n’y en pas deux comme lui », je ne pus m’empêcher de prolonger : « Et pourtant ce n’est qu’un demi-royaume (Halb Reich !)« , songeant au mot célèbre de Sacha Guitry à l’issue de la première de la très longue pièce de ClaudelLe soulier de satin : « Heureusement qu’il n’y avait pas la paire ».
Harry Halbreich et son joyeux encylopédisme vont manquer aux auditeurs de Musiq3, de France Musique. il nous reste ses ouvrages de référence sur quelques-uns des grands compositeurs du XXème siècle.
La tragédie s’invitant chaque jour ou presque à la une de nos médias, il faut se dépêcher de repérer dans l’actualité les raisons de sourire.
Quelques perles toutes récentes :
Une jeune femme plutôt stressée qui m’interviewait à propos du prochain Festival de Montpellier, à qui j’annonçais une grande soirée Carmina Burana : « Ah oui une très belle artiste » !
Ce matin, dans Télématin surFrance 2, une journaliste présentant un reportage sur la vente de vinyles de la discothèque de Radio France, explique que tous ces disques ont alimenté les antennes de Radio France, comme « de la musique brésilienne sur FIP, Benjamin Biolay sur France Inter, ou bien évidemment les disques classiques sur… Radio Classique (sic) ». C’est évidemment de France Musique qu’il s’agit. Mais la confusion entre la chaîne publique et la radio privée n’est ni rare ni récente. Au point que je me suis toujours demandé, lorsqu’on recevait les chiffres d’audience mesurés par Médiamétrie, si les « sondés » ne faisaient pas eux-mêmes souvent la confusion. Un ancien responsable de France Musique me disait ce matin qu’il recevait souvent… à Radio France des mails adressés à Radio Classique !
Or, bien qu’on s’en défende dans le service public, les chiffres, et plus encore, les courbes d’audience sont forcément prises en considération…
Dans un autre registre, cette phrase dans le texte accompagnant un nouveau disque de symphonies de Tchaikovski. À propos de la première symphonie du compositeur russe : « Coïncidant avec la période où il commençait à accepter son homosexualité, il eut du mal à maîtriser les complexités de la forme symphonique ». La grammaire et la logique étant doublement blessées, j’ai recherché l’original anglais : « Coinciding with the period in which he was coming to terms with his homesexuality, he struggled to cope with the complexities of symphonic form ». La traduction n’est plus en cause, mais le rapport entre la prise de conscience de sa sexualité et la difficulté de Tchaikovski de venir à bout d’une grande symphonie, continue de m’échapper. De manière générale, j’ai du mal avec ce genre d’explications sociologico-psychologiques d’une oeuvre de création…
Reste à écouter cette première et juvénile symphonie…
… par exemple dans la version magnifique de Lorin Maazel qui me l’avait fait découvrir.
S’il y a un terme qui m’a toujours paru déplacé, voire ridicule, lorsqu’il est utilisé en français, mais qui, hier soir, était pleinement justifié, c’est celui de Maestro. À un chef d’orchestre italien qui nous a enthousiasmé, on peut en effet dire Bravo Maestro ! ou comme on le ferait à La Scala de Milan ou dans les Arènes de Vérone, crier Viva il maestro !.
C’était ce jeudi le dernier concert officiel de Daniele Gatti en tant que directeur musical de l’Orchestre National de France. Réussite complète sur toute la ligne. Le programme d’abord, choisi par le chef, donnant dans la gravité plus que dans la fantaisie, et d’une rareté bienvenue : la Troisième symphonie d’Honegger dite « Liturgique »et la cantate Alexandre Nevski de Prokofiev. On reviendra sur chacune de ces oeuvres.
Si l’heure est aux hommages et aux compliments, il faut reconnaître que ni le chef ni l’orchestre n’ont été épargnés par la critique pendant leur aventure commune de huit saisons. Hier, comme en maintes autres occasions, l’ONF et Daniele Gatti ont prouvé que, dans le répertoire génétique de l’orchestre, ils sont exceptionnels. J’ai rarement entendu Honegger aussi puissant et émouvant, et dans Prokofiev un orchestre scintillant, virtuose, et un Choeur de Radio France à son meilleur dans cette exaltation de la grande Russie.
La longue ovation d’un auditorium de Radio France comble a salué l’inoubliable performance d’Olga Borodina, du choeur, de l’orchestre et du directeur musical partant.
Daniele Gatti en a manifestement été touché ! Bravo Maestro et à bientôt à Amsterdam !
Philippe Beaussant a été, avec Jacques Merlet, celui qui, sur France Musique, a initié l’adolescent que j’étais à la musique du Grand Siècle, qui m’a fait aimer Versailles, et Lully, et Louis XIV. Un érudit dans l’acception classique du terme.
C’est évidemment par le film de Gérard CorbiauLe Roi danse, inspiré par sa biographie de Lully (Lully ou le musicien du Soleil –Grasset 1992) que Beaussant connaît une célébrité relative.
Très fort le titre du Parisien: http://www.leparisien.fr/flash-actualite-culture/mort-de-l-academicien-philippe-beaussant-specialiste-de-la-musique-barroque-08-05-2016-5777795.php. !
Nikolaus Harnoncourt avait à peine rendu son dernier souffle (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/06/pour-leternite/) que les hommages déferlaient. Tout à fait justifiés s’agissant d’une personnalité de ce calibre. Mais pas n’importe comment.
Gaëtan Naulleau (Diapason), qui est intervenu avec beaucoup de justesse et de compétence sur l’antenne de France Musique, écrit cet après-midi sur Facebook : « Peut-on écrire d’un interprète, même réformateur de génie comme le fut Nikolaus Harnoncourt, qu’il fut un « créateur de génie ». Vaste débat (lui aurait bien sûr refusé l’expression, sans appel), invité impromptu dans l’hommage de la Ministre. Maladroit aussi, le détour pro domo par la « démocratisation culturelle », qui n’était vraiment pas le credo d’Harnoncourt. Et laborieuse, que la première phrase est laborieuse (« incarnait le sommet d’une culture et d’un esprit. »). C’est à un communiqué de la ministre française de la Culture qu’il fait allusion. On n’ira pas plus loin…
Mais on se demande à qui et à quoi servent ces déclarations officielles, qui sont comme des figures obligées après le décès d’une personnalité ? Déclarations certes calibrées en fonction de l’exposition médiatique des personnalités concernées. Pas une voix n’avait manqué pour marquer la disparition de Michel Delpech en début d’année, Pierre Boulez aussi, mais on se rappelle que la mort de Dutilleux n’avait suscité aucun hommage présidentiel ou ministériel…
On a dû penser que bien qu’autrichien, né à Berlin et non à Graz comme le dit le communiqué ministériel, Harnoncourt avait une célébrité suffisante pour qu’on se fende d’un compliment.
Mais le manque de discernement ou de mesure n’est pas l’apanage des officiels, tout le monde se croit obligé de réagir en termes dithyrambiques à une disparition qui émeut justement ceux qui admiraient le grand chef. L’exagération ou la surenchère sont les ennemis du respect et de la révérence. Bref, rien de nouveau…
Heureusement, on peut réécouter Harnoncourt, sans perdre son sens critique, aimer passionnément ou rejeter tel ou tel parti interprétatif. Et puis lire ou relire le dernier opus du chef qui était aussi un penseur de la musique, dans la pertinente traduction de Sylvain Fort.
On va tenter de ne pas relancer un débat aussi vieux que ce type de cérémonies : pour ou contre les Victoires de la musique classique – qui ont lieu ce mercredi soir à Toulouse ?
Juste un point d’histoire, donc un rappel : lorsque France Musique, dont j’avais alors la charge, avait été sollicitée pour diffuser la soirée simultanément avec France 3, il y a une vingtaine d’années, j’avais répondu oui sans hésiter, même si, dans cette grande maison qu’est Radio France, une telle décision devait être avalisée, approuvée par toute une hiérarchie. Je me rappelle les hauts-le-coeur, les mines abattues, de producteurs de la chaîne, mais aussi d’autres collaborateurs, France Musiquene pouvait décemment pas s’abaisser à participer à une opération qui ne visait qu’à soutenir le commerce et l’industrie du disque…Et dont les modalités de vote et de sélection des « nommés » étaient discutables.
Ce sont les mêmes d’ailleurs qui, à la même époque, ne comprenaient pas que je veuille envoyer France Musique (et plus tard d’autres chaînes de Radio France) couvrir un phénomène qui me semblait appelé à se développer considérablement : la Folle Journée de Nantes…
Bref, je n’ai jamais regretté d’avoir poussé la chaîne musicale du service public à s’associer avec le seul prime time de l’année dévolu à la musique classique. Et je regarderai l’émission ce mercredi soir.
Et tous ceux qui ont été récompensés ces dernières années l’ont mérité, et pour beaucoup, ont réussi à commencer une carrière (quel mot détestable s’agissant d’art) honorable. L’avantage de la jeune génération, c’est qu’elle n’a aucune illusion sur le monde culturel et musical d’aujourd’hui – même si bien des agents sont loin d’avoir évolué dans le même sens ! – et qu’elle connaît les codes, utilise, à bon escient, les modes de communication les plus adaptés à une large diffusion de leur art.
Oui Youtube, les réseaux sociaux, ont révolutionné l’accès à la culture et l’organisation du monde musical. Plus de faux-semblant possible, plus d’entre soi, de pratiques réservées au seul petit milieu professionnel. Instantanément, tel concurrent ou lauréat d’un prestigieux concours peut se faire connaître du monde entier, tel ensemble peut acquérir la notoriété – dès lors que le talent est là – sans passer par la case disque ou tournée de lancement. D’ailleurs, l’enregistrement d’un disque, les engagements, suivent, accompagnent, et ne précèdent plus que rarement le début de carrière.
On ne fait aucun pronostic sur les lauréats de ces Victoires 2016. Parce qu’on connaît tous ces musiciens, qu’on a parfois eu la chance de les repérer, de les soutenir, de les engager au tout début de leur carrière, qu’on aime leur parcours, leur attitude à l’égard des compositeurs et du public.
Beaucoup sont passés à Montpellier dans le cadre du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon ou seront présents dans l’édition 2016 (comme Florian Noack ci-dessus)*.
Une mention particulière pour un très beau disque, auquel j’ai pu contribuer, celui d’un merveilleux altiste, Adrien La Marca (le grand frère Christian-Pierre, au violoncelle, n’est pas mal non plus !). Un programme qui lui tenait à coeur, enregistré finalement à la Salle philharmonique de Liège…(L’album « English Delight », hommage à l’alto et aux compositeurs anglais est un voyage sur quatre siècles, de Dowland, Purcell, Vaughan Williams, Bridge, Clarke, Britten à Jonathan Harvey Chacune de ces pièces est liée à un moment spécial du parcours artistique et musical d’Adrien La Marca)
Le détail de l’édition 2016 (11-26 juillet) du Festival de Radio France Montpellier et de la Région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées (vivement un nouveau nom pour cette grande région !) sera dévoilé le 4 mars prochain.
Samedi soir, au théâtre des Champs-Elysées, c’était une occasion nouvelle d’entendre le Poème de l’amour et de la mer de Chausson (https://fr.wikipedia.org/wiki/Poème_de_l%27amour_et_de_la_mer). La soliste annoncée, Anna Caterina Antonacci, étant aphone, il a fallu en très peu de temps trouver une « remplaçante » à la hauteur d’une partition exigeante, la merveilleuse Gaëlle Arquez qui avait assuré les concerts des 4,5 et 7 février et avait depuis elle aussi succombé à la grippe, a accepté de sauver ce concert. Et de quelle manière ! Voix longue, pulpeuse, épousant chaque inflexion de la poésie parfois désuète de Bouchor et des courbes sensuelles de la musique de Chausson.
(Petit message en passant à Universal : à quand une réédition d’un enregistrement paru en 2005 qui est cité dans tous les guides comme une référence pour les deux symphonies, et pour Franck placé en tête par La tribune des critiques de disques de France Musique le 25 janvier 2009 – http://www.lalibre.be/regions/liege/l-opl-et-louis-langree-la-reference-51b8a5f3e4b0de6db9b56547).
Samedi soir, c’était donc une fête de la musique française, et de sonorités « authentiques » qui, contrairement aux craintes du chef, passaient parfaitement la rampe de l’acoustique réputée sèche de la salle de l’avenue Montaigne.
Je connais depuis longtemps l’art si caractéristique de Louis Langrée dans cette musique : clarté, précision, élan, volupté des lignes. Dans l’Hymne à la justice de Magnard, on attend la puissance du grand orchestre romantique, voire wagnérien; ce qu’on n’avait pas en masse, on l’a eu dans la vérité des timbres et l’équilibre entre fougue et poésie. D’une intensité incroyable.
Mêmes remarques pour le Poème de l’amour et de la mer de Chausson, où orchestre et voix doivent partager flux et reflux, force et sensualité.
On était évidemment très curieux du résultat sonore de La Merde Debussy. Louis Langrée connaît l’oeuvre dans tous ses recoins – il l’a plus d’une fois démontré pendant son mandat liégeois – mais la beauté, l’acuité des sonorités de tous les pupitres, si sollicités, de l’orchestre des Champs-Elysées, nous révélaient comme jamais les alliages sonores, les mélismes sensuels d’une partition qu’on croyait savoir par coeur. Le chef ose des tempos qui semblent une évidence : il presse le pas dans le 2ème mouvement (Le jeu des vagues) au point d’évoquer la houle tourmentée de la Valse de Ravel, il ménage au contraire d’incessants contrastes rythmiques dans le Dialogue du vent et de la mer. En bis, un Prélude à l’après-midi d’un faune autrement plus libre et souple qu’en février 2014, fruit de ce nouveau compagnonnage chef/musiciens. On espère qu’il sera renouvelé !
On a lu dans le programme que le concert de samedi sera diffusé sur France Musique le 2 avril prochain à 14 h.
Je n’ai aucun commentaire à faire sur ce qui, au regard de l’actualité du monde, peut apparaître comme une tempête dans un verre d’eau. Quand on a occupé des fonctions de responsabilité, a fortiori dans le monde de la culture, on ne peut pas se livrer à la surenchère de critiques ou de louanges qui pullulent sur les réseaux sociaux. Personne parmi ces « commentateurs » d’occasion ne connaît jamais les tenants et les aboutissants des décisions d’un « patron » d’entreprise culturelle ou médiatique. On est d’ailleurs toujours prompt, surtout en France, à voir partout la trace de complots, de luttes de clans, de l’influence de réseaux, pour expliquer telle ou telle nomination. C’est souvent, très souvent, beaucoup plus simple – ce qui ne veut pas nécessairement dire logique ou transparent ! -.
Une évidence s’impose toutefois : la direction, la gestion, d’abord humaine, d’un groupe d’artistes, d’une entreprise culturelle, requièrent des qualités, une expérience, une vraie solidité personnelle, qui ne sont pas toujours celles de grands artistes.
Cet épisode a, du coup, largement effacé un anniversaire, fêté dans une relative discrétion, mais dans la chaleur de l’amitié : les 20 ans de Mezzo. La petite chaîne devenue indispensable dans le paysage musical et médiatique mondial.
C’était mercredi matin au Petit Palais, toute la profession était là, et des musiciens aussi : le quatuor Modigliani (sur la photo), Gautier Capuçon, et d’autres…
J’avoue que je n’imaginais pas un aussi beau développement lorsqu’en 1995 JacquesChancel, fraichement débarqué de la direction de France 3, toujours en avance d’une idée, était venu me voir dans mon bureau de France Musique pour me parler de la création d’une nouvelle chaîne de télévision qui serait vouée à la musique classique. Ce n’est pas directement lui qui avait lancé l’idée mais il voulait mettre sa notoriété (le succès de son Grand Echiquier !) au service de ce projet. Le plus extraordinaire dans l’aventure de Mezzo est que le projet initial n’ait jamais été dénaturé, même si les programmes se sont enrichis et ouverts par exemple au jazz, et n’ait jamais pâti des vicissitudes de l’organisation de l’audiovisuel français.