J’ai apprécié de visiter Kandy, l’ancienne capitale royale du Sri Lanka, et son célèbre Temple de la Dent, où repose la seule relique avérée – une dent – de Bouddha(voir les photos ici : La Dent sacrée)
Mais c’est une émotion beaucoup plus intense que j’éprouve depuis ce matin et mon arrivée près de Nuwara Eliya. Deux nuits à passer ici, à 2000 m d’altitude, dans le village le plus haut perché du Sri Lanka.
(la compagnie Damro est propriétaire de milliers d’hectares de thé)
La montagne est couverte de plants de thé à perte de vue. Les buissons de thé peuvent vivre 60 ans, mais tous les cinq ans ils sont remplacés pour conserver toujours la même taille (c’est le système des bonzai). Ce sont les femmes, essentiellement d’origine tamoule, qui se consacrent à la cueillette des feuilles de thé, elles ont chacune leur secteur qu’elles connaissent par coeur, qu’elles veillent amoureusement. Et l’une des plus touchantes manifestations de l’âme humaine qu’il m’ait été donné d’entendre, c’est le rire joyeux, les conversations animées de ces femmes au travail dans une montagne si pleine de silence. Et leur immense sourire lorsqu’elles acceptent d’être photographiées.
Lorsque les petits de l’école élémentaire sortent de classe, ils sont encadrés par un adulte, raccompagnés dans leur village…. comme un berger ramène le troupeau le soir venu.
Et au milieu du village du haut, de grands jardins potagers, poireaux, carottes, salades, et autres légumes par milliers. Le thé n’est pas la seule ressource de la montagne sri-lankaise.
Sur le chemin qui contourne le village haut, les plus âgés des habitants rendent timidement le salut qu’on leur fait, un homme à moto nous interpelle en anglais, curieux de voir des touristes en des lieux où ils ne s’aventurent pas d’ordinaire, il se présente comme le pasteur de la communauté (les Tamouls, majoritaires ici, sont chrétiens ou hindouistes), et nous souhaite une belle visite. Puis des enfants viennent à notre rencontre, tout sourire…
Ceux qui rentrent de l’école n’ont pas encore eu le temps d’ôter leurs uniformes. Nous les quittons à regret, et sur le chemin du retour vers le lodge installé au milieu des champs de thé, d’autres nous hèleront, avec de grands signes de la main.
Jamais je ne me serai senti aussi peu étranger. Le rire de ces cueilleuses de thé, le sourire désarmant de ces enfants, leur chaleur spontanée à notre égard, quelle leçon d’humanité !
Je m’en vais dans quelques heures assister à un spectacle…pour enfants, chorégraphié par Pär Isberg (prononcer Iceberg) – ça ne s’invente pas ! -, Nötknäpparenautrement dit Casse Noisette, le dernier « ballet-féerie » de Tchaikovski. Et je m’en réjouis à l’avance.
Casse-Noisette était sur la Table d’écoute de Camille de Rijck sur Musiq3, dimanche dernier, jour de Noël comme il se doit – L’émission est à réécouter ici Table d’écoute 25/12/2016 Casse Noisette. Il faut juste éviter les dernières minutes qui ne correspondent pas à la séquence annoncée, mais la comparaison entre plusieurs grandes versions non seulement confirme que l’ouvrage est un chef-d’oeuvre de bout en bout (ce qui n’est pas toujours le cas des grands ballets qui souffrent parfois de « remplissages ») et que les plus grands chefs peuvent révéler la magie, le merveilleux de ce récit autant que la beauté des thèmes et la subtilité de l’orchestration tchaikovskienne.
Grands vainqueurs de cette écoute comparée, d’abord Valery Gergiev dont la toute récente version renouvelle la réussite de ses précédents enregistrements (Decca 1998 et DVD 2007), et Antal Dorati, dans la deuxième de ses trois magnifiques versions (après Minneapolis 1954 et avant Amsterdam/Concertgebouw en 1976)
Des enfants, il y en avait déjà beaucoup ce matin au Moderna Museet, le superbe musée d’art moderne de Srockholm situé sur la presqu’ile de Skeppsholmen.
Une exposition-concours de toutes sortes de constructions en pain d’épices faisait saliver autant les petits que les grands, en vain puisque, même par l’odeur alléchés, on ne pouvait ni toucher ni goûter…
Une très belle ambiance de fêtes qu’on retrouvait dans la veille ville (Gamla Stan), dès qu’on s’éloignait des deux rues bondées de touristes.
Je n’ai retenu de 2015 que ces sourires d’enfants, c’est avec eux, et en buvant à leur santé, à votre santé, que je vous souhaite de sourire à la vie tout au long de l’année qui commence.
J’ai comme l’impression que, sur le plan musical, l’été 2016 ne devrait pas vous décevoir, du côté de Montpellier et de la nouvelle grande région qui rassemble Languedoc, Roussillon et Midi-Pyrénées…Du 11 au 26 juillet précisément !
Ma mère n’a jamais manqué une occasion de me le rappeler : c’est à 12h15 un 26 décembre que j’ai poussé mon premier cri. Aujourd’hui cela fait tout juste soixante ans.
On sait mon peu de goût pour les anniversaires, ce nouveau tournant ne me marque pas plus que les précédents. J’ai la chance de ne jamais avoir senti le poids des ans, ni dans ma tête, ni dans ma condition physique. Les malheurs, les épreuves j’en ai eu ma part, mais plutôt moins que d’autres, les bonheurs je les ai goûtés, assumés, vécus comme ils venaient, librement, généreusement. D’autres m’attendent, à partager avec ceux que j’aime et qui sont le vrai cadeau de la vie.
Merci à Alain S. qui était de la fête (et qui lui aussi passera bientôt le cap) de m’avoir rappelé mes… 20 ans :
PS. Ces pages vont prendre comme moi quelques vacances loin de France.
A paramilitary police officer carries the lifeless body of a migrant child after a number of migrants died and a smaller number were reported missing after boats carrying them to the Greek island of Kos capsized, near the Turkish resort of Bodrum early Wednesday, Sept. 2, 2015. (AP Photo/DHA) TURKEY OUT/ANK801/306567499844/TURKEY OUT/1509021754
Ce poème de Friedrich Rückert mis en musique par Gustav Mahler pour soutenir cette terrible photo du petit Aylan :
In diesem Wetter, in diesem Braus, Nie hätt’ ich gesendet die Kinder hinaus ! Man hat sie getragen hinaus, Ich durfte nichts dazu sagen !
In diesem Wetter, in diesem Saus, Nie hätt’ ich gelassen die Kinder hinaus, Ich fürchtete sie erkranken; Das sind nun eitle Gedanken,
In diesem Wetter, in diesem Graus, Nie hätt’ ich gelassen die Kinder hinaus, Ich sorgte, sie stürben morgen; Das ist nun nicht zu besorgen.
In diesem Wetter, in diesem Graus, Nie hätt’ ich gesendet die Kinder hinaus, Man hat sie hinaus getragen, Ich durfte nichts dazu sagen!
In diesem Wetter, in diesem Saus, In diesem Braus, Sie ruh’n als wie in der Mutter Haus, Von keinem Sturm erschrecket, Von Gottes Hand bedecket, Sie ruh’n wie in der Mutter Haus.
Par ce temps, par cette averse,
Jamais je n’aurais envoyé les enfants dehors.
Ils ont été emportés dehors,
Je ne pouvais rien dire !
Par ce temps, par cet orage,
Jamais je n’aurais laissé les enfants sortir,
J’aurais eu peur qu’ils ne tombent malades ;
Maintenant, ce sont de vaines pensées.
Par ce temps, par cette horreur,
Jamais je n’aurais envoyé les enfants dehors.
J’étais inquiet qu’ils ne meurent demain ;
Maintenant, je n’ai plus à m’en inquiéter.
Par ce temps, par cette horreur !
Jamais je n’aurais envoyé les enfants dehors !
Dehors ils ont été emportés,
Je ne pouvais rien dire !
Par ce temps, par cette averse, par cet orage,
Ils reposent comme dans la maison de leur mère,
Effrayés par nulle tempête,
Protégés par la main de Dieu.
C’est le dernier des Kindertotenlieder, un cycle de cinq mélodies que Mahler écrit entre 1901 et 1904, alors que le bonheur familial est à son comble. Alma Mahler le reproche à son mari : « Je puis bien comprendre que l’on publie de si terribles textes quand on n’a pas d’enfants, ou quand on a perdu des enfants. Mais je ne puis comprendre que l’on puisse chanter la mort d’enfants quand, une demi-heure auparavant, on a serré et embrassé les siens, gais et en bonne santé. » Prémonitoires ces chants funèbres ? La fille du couple, Anna Maria, mourra de la scarlatine en 1907.
(Sarah Connolly, Vladimir Jurowski et le London Philharmonic en 2011)
Je n’ai pas d’autre réponse que la musique- et la poésie – à l’horreur et à l’indignation que j’ai éprouvées à la vue de ce petit garçon rejeté par les flots sur cette plage de Bodrum.
Ce petit garçon et les milliers d’autres enfants morts dans l’anonymat des tueries des adultes.
Cette photo peut-elle changer le cours des événements ?
Elle a déjà changé considérablement la tonalité générale des commentaires sur les réseaux sociaux, et peut-être, enfin, les positions des responsables politiques.
Les mêmes qui n’avaient pas de mots assez durs pour dénoncer l’Europe passoire, la faiblesse des accords de Schengen font assaut de compassion humanitaire…
Trois remarques :
On a peut-être compris que tous ces boat people ne viennent pas de leur plein gré manger le pain des Européens. Rappelez-vous :
« Elle arrivait des Somalies Lily Dans un bateau plein d´émigrés Qui venaient tous de leur plein gré Vider les poubelles à Paris Elle croyait qu´on était égaux Lily Au pays de Voltaire et d´Hugo Lily… »
C’est Pierre Perret qui chantait cela… en 1977.
Ou ce sketch de 1972 de Fernand Raynaud :
Oui, je sais, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde (on a connu MichelRocard mieux inspiré !), oui, je sais, quand on a tant de chômeurs chez nous, on ne peut pas en plus s’occuper des autres…
Si tout le monde avait raisonné comme cela, en 1914 comme en 1940…
Et cette Europe qu’il est de bon ton de conspuer, de détester, d’incriminer à tout propos – la Grèce, l’agriculture, les normes budgétaires – sur tous les bords politiques, voici qu’on l’appelle à l’aide, qu’on la supplie de prendre enfin le problème des réfugiés à bras-le-corps.
Il a bonne mine, le premier ministre hongrois, avec son mur de la honte qui n’a servi qu’à le ridiculiser.
Oui l’Europe qu’on aime, l’Europe des peuples et des hommes, nous tous les Européens, nous n’avons même pas à nous poser la question : ces « migrants » sont des réfugiés, des hommes, des femmes… et des enfants qui doivent être accueillis, hébergés, aidés, aimés.
Mais cette tragédie quotidienne ne peut pas faire oublier les responsabilités des états du Moyen Orient. Sur les réseaux sociaux, on n’a pas manqué de faire observer que les pays riches du Golfe, qui achètent nos Rafale, financent nos clubs de foot, s’abstiennent soigneusement d’accueillir ceux qui fuient les horreurs qui se déroulent à leurs portes et parfois à cause d’eux…