Le baron José

Il fêtera ses 75 ans l’été prochain. Le Figaro lui consacrait hier un bel entretien :http://www.lefigaro.fr/musique/2015/02/27/03006-20150227ARTFIG00024-jose-van-dam-le-maitre-chanteur.php. Il partage le même patronyme qu’un autre Belge qui n’a pas exactement les mêmes titres de célébrité : Van Damme, José, Libert, Alfred a préféré faire court – Van Dam – et comme Annie Cordy et quelques autres personnalités du monde de la culture, de la science ou de l’université, il a été fait baron par le roi des Belges. J’ai découvert hier le coffret de 10 CD que Warner consacre au grand baryton, puisant largement et intelligemment dans le fonds EMI. 71W-rkhF7gL._SL1417_   Pour compléter le tableau, il faudrait aller chercher chez Deutsche GrammophonVan Dam est pratiquement de tous les enregistrements de Karajan dans les années 70/80. C’est assez dire si le baryton belge a conduit sa carrière de manière exemplaire, sans tapage, sans chercher les feux de la notoriété. Mais un timbre, une diction, une musicalité reconnaissables entre tous. Difficile de faire un choix, simplement découvrir dans le coffret Warner quelques pépites, et retrouver avec bonheur les grandes mélodies françaises dont José Van Dam est un interprète privilégié.

Et parmi d’autres, un très grand souvenir, l’inoubliable Golaud de la production mémorable du Grand Théâtre de Genève de Pelléas et Mélisande de Debussy en février 2000 – dir. Louis Langrée, Orchestre de la Suisse Romande, avec Alexia Cousin (Mélisande) et Simon Keenlyside (Pelléas), mise en scène de Patrick Caurier et Moshe Leiser –

Une conquête française

Au petit matin, il y a des nouvelles qui réchauffent et réjouissent :

http://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/0203913141675-les-francophones-en-forte-progression-dans-le-monde-1060878.php

Je voyais ce matin un reportage sur France 2, un jeune Chinois évoquait la beauté, l’élégance du français.

Tout n’irait donc pas si mal dans notre monde en folie, le français reste une langue universelle, alors qu’il y a peu encore on prédisait sa lente mais inexorable disparition. Peut-être une réaction au laminoir anglo-saxon modèle américain ? Peut-être une envie de culture, de style, de valeurs qui poussent très profond leurs racines ?

Peut-être n’est-ce pas non plus un hasard si les chanteurs de la génération montante prennent la suite des Souzay, Kruysen, Bernac, Danco, Norman, Lott, qui ont honoré et vénéré la mélodie française ?

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J’ai de toujours une prédilection pour José Maria de Hérédia, qu’on classe parmi les Parnassiens, pour la force du verbe, l’ampleur de la langue, la beauté des horizons.

Soleil couchant

Les ajoncs éclatants, parure du granit, 
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ; 
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume, 
La mer sans fin commence où la terre finit.

A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid 
Se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume. 
Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume, 
A la vaste rumeur de l’Océan s’unit.

Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes, 
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines 
De pâtres attardés ramenant le bétail.

L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre, 
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre, 
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.

Phénoménal

Reçu ce matin par la poste un lourd coffret de 80 CD que j’ai ouvert comme un cadeau de Noël avant l’heure, le deuxième volet de la réédition intégrale, entreprise par SONY, de tous les enregistrements réalisés par Leonard Bernstein pour le label américain. Il y avait déjà eu une première salve, à peine moins imposante (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/03/18/bernstein-forever/) avec « The Symphony Edition » A1Axq9ksvaL._SL1500_ La nouveauté, c’est une exceptionnelle compilation d’oeuvres concertantes et symphoniques de Bach à… Bernstein ! 91tB0E0QjcL._SL1500_ C’est encore plus incroyable que le premier coffret. On se demande déjà comment (et quand ?) Bernstein chef, et parfois pianiste, a pu enregistrer autant et aussi bien, un répertoire aussi immense, en moins d’une quinzaine d’années (dont la période – 1958/1969 – où il fut le directeur musical du Philharmonique de New York). C’est proprement hallucinant, et chaque galette prise au hasard réserve des surprises, même si les enregistrements nous sont depuis longtemps familiers. Le simple énoncé des compositeurs et solistes qui font partie de ce deuxième gros coffret donne le tournis : Bach, Barber, Bartok, Beethoven, Ben Haim, Berlioz, Bernstein, Bizet, Borodine, Brahms, Britten, Chabrier, Chostakovtich, Copland, Dallapiccola, Debussy, Dukas, Dvorak, Elgar, Enesco, Falla, Feldman,Gershwin, Gounod, Grofé, Grieg, Hindemtih, Honegger, Holst, Ives, Ligeti, Liszt, Mendelssohn, Moussourgski, Mozart, Nielsen, Offenbach, Piston, Poulenc, Prokofiev, Rachmaninov, Ravel, Respighi, Revueltas, Rimski-Korsakov, Rossini, Saint-Saëns, Sibelius, Johann Strauss, Richard Strauss, Stravinsky, Suppé, Tchaikovski, Thomas, Wagner – liste non exhaustive !etc… Et puis de savoureuses ouvertures, pièces de genre, marches, valses, que Bernstein transfigure par son charisme, son énergie… et sa culture. Comme cette ouverture de Raymond d’Ambroise Thomas (quand nous rendra-t-on la version télévisée du chef à la tête de l’Orchestre National ?)

Isaac Stern Zino Francescatti, André Watts, Glenn Gould, Yehudi Menuhin, Rudolf Serkin, Philippe Entremont, Gold et Fizdale, Dave Brubeck, André Previn, Gary Graffman, Pinchas Zukerman, Leonard Rose sont les solistes de pratiquement tous les concertos du répertoire, parfois en plusieurs versions. D’autres chefs ont encore plus enregistré que Bernstein (je pense à Antal Dorati) mais il y a  peu d’exemples d’une telle prodigalité à si haut niveau. Bernstein ou le désir fou de musique !

L’inconnu de Varengeville

Inconnu ? Le terme est peut-être excessif pour qualifier celui que ses amis et disciples portèrent dans la terre du cimetière marin de Varengeville le 27 août 1937 (Evocations de Roussel). En effet, le nom d’Albert Roussel n’est pas inconnu des mélomanes. En revanche, que connaît-on de son oeuvre, à part deux ou trois partitions symphoniques, comme sa 3eme Symphonie, le Festin de l’Araignée, la 2e suite de Bacchus et Ariane ? Les oeuvres qu’évoque Robert Soëtens dans ses souvenirs, la Suite en fa, la 2e sonate pour violon, les Evocations, sont absentes des salles de concert, et peu fréquentes dans les parutions discographiques récentes. L’intégrale des quatre symphonies a bénéficié d’une magnifique version toute récente due à Stéphane Denève :

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La précédente remonte à 1994 et à Marek Janowski et à l’Orchestre Philharmonique de Radio France dont il était alors le directeur musical (version rééditée en 2012 sous l’étiquette Newton Classics)

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En 1987, Charles Dutoit, qui n’en était pas encore le directeur musical, avait réalisé avec l’Orchestre National de France une intégrale d’autant plus remarquée que c’était une première pour un orchestre français… 50 ans après la mort du compositeur !

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Les mélomanes parisiens se rappellent une 3e symphonie survoltée de Leonard Bernstein dirigeant l’Orchestre National…

 

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Il faut remonter aux années 70 pour trouver deux très beaux disques de Jean Martinon avec l’Orchestre National (alors « de l’ORTF »), et des raretés à l’époque (la 2e symphonie, le ballet Aeneas, l’intégrale de Bacchus et Ariane et le Festin de l’Araignée)

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C’est en se tournant vers les grands anciens, Paul Paray, Charles Munch, André Cluytens qu’on trouve de belles références

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Mais dès qu’on sort du symphonique, on approche du désert. Le grand triptyque orchestral et choral, Evocations (1910-11), que Robert Soëtens fit découvrir au public norvégien en 1925 ? Deux versions seulement, et difficiles à trouver :

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Un jour, sur une scène parisienne ou dans un festival, entendra-t-on ces Evocations ? Des six ouvrages lyriques (dont trois inachevés) ne subsiste au disque que l’opéra Padmavâti. Une seule version, certes superlative, due à l’infatigable Michel Plasson, avec une distribution de haut rang :

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J’ai, quant à moi, une tendresse particulière pour la 1ere symphonie, vaste poème symphonique intitulé Le poème de la forêt, encore tout imprégné des effluves d’un romantisme finissant et se coulant dans le moule debussyste.

Ravel en Norvège

En 1925, Robert Soëtens (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/02/une-lettre/) est chargé de la programmation de la Philharmonie d’Oslo : « Les fonctions qui m’étaient demandées étaient d’assumer les concerts symphoniques, de jouer des concertos en soliste, de faire travailler les violonistes – dont beaucoup furent des élèves privés désireux de s’initier à l’école française de l’archet – et de préparer six  programmes de musique de chambre par saison, principalement des quatuors à cordes /…./ Je fis entendre les quatuors de Debussy et Ravel, le Concert de Chausson, les Nocturnes de Debussy, les Evocations de Roussel et fis inviter les chefs français Pierre Monteux et Vladimir Golschmann, les pianistes Yves Nat et Robert Casadesus, et j’eus la joie d’accueillir Ravel en personne. Il faisait une tournée en Scandinavie avec une cantatrice qu’il accompagnait au piano dans ses propres oeuvres vocales. Il avait accepté de jouer sa Sonatine, ce qui ne lui déplaisait pas bien qu’ayant conscience de ses moyens pianistiques très modestes. »

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« Pour constituer un programme entièrement consacré à ses oeuvres, on m’avait demandé de jouer Tzigane : « Mais je ne peux pas jouer la partie de piano ,trop difficile pour moi » me dit Ravel avec sa modestie craintive. « Eh bien, lui dis-je, jouons ensemble votre Berceuse(*), j’ai un pianiste qui peut m’accompagner dans Tzigane« .

Le soir du concert, nous entrâmes tous trois sur la scène; l’accompagnateur s’assit au piano à côté de Ravel pour lui tourner l’unique page de la Berceuse, après quoi pour Tzigane ils échangèrent leurs places, Ravel devenant le tourneur de pages !

Après un succès délirant et d’interminables saluts tous trois ensemble, je m’esquivai, laissant Ravel seul avec sa Sonatine, et le tourneur de pages. De la coulisse, je l’écoutais et le voyais très affairé, très appliqué à regarder tour à tout son clavier, sa musique, ses doigts, comme un bon élève désireux de faire de son mieux, et prenant son rôle d’interprète très au sérieux. Arrivé au bout de ce pur chef-d’oeuvre qu’est sa Sonatine, il sortit de scène avec un air catastrophé, bien qu’acclamé par un public enthousiaste et conquis tout autant par le compositeur que par l’ingénuité apparente de sa personne. « Quel triomphe, lui dis-je, mais vous n’avez pas l’air content ? – C’est affreux, me dit-il, en me regardant consterné, j’ai sauté deux lignes…!Mais rassurez-vous, lui répliquai-je, c’est sans importance, personne n’a pu s’en apercevoir, c’était une première audition à Oslo, et vous pouvez être assuré que l’auteur n’était sûrement pas dans la salle ! » Ces propos calmèrent son inquiétude, je vis son regard se détendre et il souriait comme un enfant ayant échappé à une semonce. Il y avait, chez Ravel, ces contrastes extrêmes entre son aspect physique menu, fragile, méticuleux, son esprit enfantin, et la virile puissance créatrice d’un compositeur génial. »

(*) Un pur chef d’oeuvre de quelques lignes, écrit en hommage à son maître Gabriel Fauré, dont le thème est constitué par les notes correspondant aux lettres de ces deux noms, selon la notation anglo-saxonne

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Testamentaire

Suite des Mémoires non publiés de Robert Soëtens (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/09/02/la-sonate-oubliee)

Le violoniste, mort centenaire en 1997, évoque, après Fauré, Milhaud, l’unique sonate pour violon et piano de Debussy :

La Sonate de Debussy terminée en 1916 et publiée en 1917 peut être considérée en dépit de sa brièveté – ou à cause d’elle – comme un message de la musique, non seulement parce qu’elle est le message ultime, au faîte d’une vie, mais parce que, se sachant condamné à brève échéance, Debussy nous livre la vision intérieure de son oeuvre du passé, qu’il va laisser derrière lui, et son regard angoissé tourné vers les mystères de l’infini, au-devant duquel il sait qu’il s’avance irrémédiablement. Tout cela passe dans ces quinze minutes d’essence de musique, synthèse du langage et de l’esprit debussystes, où l’ascétisme d’idées brèves et multiples laisse s’envoler un monde sonore fugitif et frémissant de poésie, dans une perfection de forme restant attachée à la tradition cyclique. De cette oeuvre suprême, Vladimir Jankélévitch écrivit : « qu’elle brûle d’un feu intérieur qui l’embrase. À travers ces courtes pages insipirées, haletantes, incandescentes et si impérieusement géniales, ne devine-t-on pas l’ange de la mort qui bouscule les notes et précipite les traits dans une sorte de hâte fébrile et passionnée ? Car le temps presse… Ce ton capricieux et fantasque, cette aérienne légèreté, cachent sans doute une profonde inquiétude, quelque chose d’amer et de fiévreusement instable, qui n’est pas sans rapport avec l’angoisse (1) »

Le grand Christian Ferras joue Debussy :

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(1) Vladimir Jankélévitch : Debussy et le mystère de l’instant.

Un Suisse chez les Russes

Il ne sera pas dit que son biographe sera le seul à se réjouir de cette publication à l’initiative de la branche italienne de Decca/Universal. On sait que François Hudry, producteur à la Radio Suisse romande puis à France-Musique, n’a jamais cessé de défendre et promouvoir celui qu’il considère – à juste titre – comme l’une des figures les plus importantes de la Musique au XXème siècle, le chef d’orchestre suisse Ernest Ansermet.

Après un premier coffret passionnant mais assez attendu, connaissant le répertoire d’élection du chef suisse – Ernest Ansermet, French music (voir : http://bestofclassic.skynetblogs.be/apps/search/?s=ansermet )

Imagec’est une autre grosse boîte de 33 CD – à petit prix – qui nous arrive d’Italie, contenant tous les enregistrements, parfois en plusieurs versions, de musique russe réalisés pour Decca par Ernest Ansermet (de 1946 à sa mort en 1969). Pas vraiment d »inédit, mais enfin rassemblées des versions légendaires de Borodine, Tchaikovski, Rimski-Korsakov, Prokofiev et surtout Stravinsky, dont Ansermet fut non seulement un interprète de prédilection mais un ami proche, malgré les brouilles.

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Certes, les sonorités parfois aigres de l’Orchestre de la Suisse romande, la justesse approximative de certains pupitres, peuvent irriter les oreilles d’aujourd’hui, habituées à la perfection technique des grandes phalanges modernes (et à des prises de son qui corrigent aisément ce genre de défauts !). Mais il ne faut pas se fier à l’image de vieillard barbichu d’Ansermet qui figure sur ces coffrets. Contemporain de Debussy, Ravel, Roussel, Stravinsky, Falla, le chef suisse, bien avant un Pierre Boulez, s’est fait une réputation pleinement justifiée de rythmicien et de coloriste hors pair. C’est aussi un chef de ballet, et ses versions des trois grands ballets de Tchaikovski, figurent depuis toujours dans mon panthéon personnel : Ansermet n’oublie jamais que ces partitions sont faites pour être dansées, et là où certains chefs privilégient l’esbroufe ou la vitesse, le chef suisse se cale parfaitement sur le pas des danseurs, avec une élégance, un raffinement éblouissants. Pour moins de 70 €, un coffret à acquérir évidemment de toute urgence !

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Vieux sages

Pas d’âge limite pour les chefs d’orchestre, ils ne jouent d’aucun instrument, ne chantent pas, et ne risquent donc pas l’usure, les atteintes de l’âge de ceux qu’ils dirigent ! La liste est plutôt longue de ces stars des podiums qui sont restées en activité jusqu’à près de 90 ans : Arturo Toscanini, Pierre Monteux, Paul Paray, et plus près de nous Carlo-Maria Giulini (1914-2005). Pour ne citer que ceux qui exercent encore, Pierre Boulez bien sûr (1925), Bernard Haitink (1929), Lorin Maazel (1930)…

Une certaine logique veut que, prenant de l’âge – de l’expérience aussi – ces chefs d’orchestre deviennent moins fougueux, plus retenus, plus lents. C’est particulièrement évident dans le cas de chefs qui ont fait une longue carrière discographique : Klemperer, Karajan, Bernstein, Maazel. Et on a des démonstrations exactement contraires, j’y reviendrai.

Les éditeurs successifs de Carlo-Maria Giulini commémorent le centenaire de la naissance du grand chef italien, il reste des lacunes, mais ne nous plaignons pas, l’effort mérite d’être salué. EMI/Warner a ouvert le bal (lire : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2013/11/26/giulini-la-classe-7996953.html ), Deutsche Grammophon avait déjà publié deux coffrets

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Récidive avec un coffret Giulini/VienneImageRien d’inconnu dans ce coffret, à une non négligeable exception près : la cantate écrite par le compositeur autrichien Gottfried von Einem (1918-1996) pour célébrer les 30 ans de la fondation de l’ONU, créée à New York le 24 octobre 1975 par Julia Hamari, Dietrich Fischer-Dieskau, le choeur de Temple University…et l’orchestre symphonique de Vienne, dirigé par celui qui en était alors le directeur musical, Carlo-Maria Giulini. Titre de la cantate : An die Nachgeborenen, littéralement « À ceux qui sont nés après »… après les désastres de la Seconde Guerre mondiale, sur des textes de Brecht, Holderlin et…Sophocle !

Sinon les quatre symphonies de Brahms, plus puissantes, creusées que celles réalisées à Londres ou Chicago, lorgnant déjà vers Bruckner, des 7ème, 8ème et 9ème symphonies marmoréennes, comme déjà figées dans l’éternité. Les « live » des concertos 1, 3 et 5 de Beethoven avec Arturo Benedetti Michelangeli, toujours aussi impressionnants…

Restera à DGG à rassembler encore quelques enregistrements réalisés notamment à Berlin.

Plus intéressants encore pour mesurer l’art du vieux chef – et parfois les limites de l’âge ! – les 22 CD que SONY a rassemblés :

ImageSi on oublie un Gloria de Vivaldi complètement hors de propos, un Requiem de Mozart sans relief (préférer la version EMI), le reste doit être écouté, même si les tempi du chef désarçonnent plus d’une fois dans Mozart, Beethoven ou Schubert – c’est lent, trop lent souvent, mais toujours habité – Idem pour les trois dernières symphonies de Dvorak, qui bénéficient du son légendaire (et d’une prise de son exceptionnelle) du Concertgebouw d’Amsterdam, tout comme de prodigieux Ravel, Debussy et Stravinsky (L’oiseau de feu)

Je retiens, quant à moi, une sublime Messe n°6 de Schubert, une Messe en si, hiératique, hors du temps, de Bach, une Symphonie de Franck (avec Vienne !) presque brucknerienne…et une intégrale inachevée des Symphonies de Beethoven avec l’orchestre de la Scala.

Je reviendrai dans un autre billet sur ces vieux chefs, qui, à l’inverse de Giulini, retrouvent au soir de leur vie, une nouvelle jeunesse, une « urgence » – pour reprendre une expression en cours chez les critiques ! – assez étonnantes. Cf. les derniers enregistrements de Monteux, Dorati, Stokowski ou Paray...

 

Emprunts et empreintes ou Mozart et La Marseillaise

L’histoire de la musique regorge d’emprunts : les compositeurs se sont allègrement copiés – parfois sans le savoir -, piqué des thèmes, des mélodies, des formules rythmiques.

Puisque j’évoquais hier les Danses symphoniques de Rachmaninov, jetez une oreille à cette délicieuse et mélancolique Night Waltz, tirée de la comédie musicale A little night music de Stephen Sondheim.

Un petit air de famille avec la valse de la 2e des Danses symphoniques non ?

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J’ignore si, chez Sondheim, l’emprunt est conscient ou non…

Autre emprunt – volontaire ou non ? – de Mozart à Haydn : le finale de la 41e symphonie « Jupiter » de Wolfgang commence exactement par les mêmes quatre notes que le finale de la 13e symphonie – beaucoup moins connue – de Joseph.

ImageHaydn 13e symphonie, 4e mvt.

ImageMozart 41e symphonie, 4e mvt

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Toujours à propos de Mozart, on est frappé à l’écoute du 1er mouvement de son 25e concerto pour piano, par un thème secondaire en forme de marche. Ecoutez à partir de la 7e minute :

Et voilà comment Mozart est suspecté d’avoir copié La Marseillaise de Rouget de Lisle ! En l’occurrence, il suffit de regarder les dates de composition pour vérifier que s’il y a eu emprunt, c’est dans l’autre sens : le 25e concerto de Mozart date de 1786…. la Marseillaise de 1792 !

Une belle occasion pour reparler de la dernière rencontre discographique de Martha Argerich et du très regretté Claudio Abbado :

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Plus subtiles, les empreintes que des compositeurs laissent sur leurs cadets, ombre intimidante (Beethoven sur Brahms) ou influence amicale (Brahms sur Dvořák)

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Voilà le thème principal du concerto pour violoncelle de Dvořák (1895). Ecoutez maintenant le début du 2e mouvement de la 4e symphonie de Brahms (1885) :

Bien sûr ce n’est pas la même tonalité, ni le même rythme, mais tout de même un fameux air de parenté ! Sachant combien Brahms a aidé Dvořák, et combien ce dernier admirait son aîné, il n’est pas interdit de penser que l’un s’est inspiré de l’autre…

Enfin, et le sujet est bien trop vaste pour être traité ici – et je n’en aurais pas la compétence – il faut évoquer l’empreinte – stimulante ou étouffante -, l’influence que de grands compositeurs ont exercées sur leurs contemporains et successeurs, Haydn bien sûr (on l’oublie trop souvent) sur Mozart et Beethoven par exemple, Beethoven sur tout le XIXème siècle, Wagner puis Debussy, etc. Je ne mets pas Mozart dans la liste, parce qu’il n’a pas d’épigone, de successeur, comme si son génie avait atteint une sorte de perfection… inimitable.

Mais Beethoven bien sûr ! On pourrait illustrer son empreinte, son ombre portée, par de multiples exemples. J’en retiens deux, symboliques.

La tonalité de ré mineur est la signature de sa 9e et dernière symphonie (même si le finale célébrissime de l’oeuvre, l’Ode à la joie, se clôt par un triomphal ré majeur) : ci-dessous les premières notes du début de chaque mouvement de la 9e.

ImagePremier exemple : Brahms, qui n’achèvera sa 1ere Symphonie qu’à l’âge de 43 ans, tant il était impressionné, intimidé par son ainé. Ce n’est évidemment pas un hasard si son 1er concerto pour piano – en réalité une symphonie avec piano – est… en ré mineur et paie un tribut évident à Beethoven (lire http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/03/20/brahms-concerto-pour-piano-n-1-8139038.html)

Hasard aussi – on en doute – que la 9e symphonie de Bruckner commence dans la tonalité sombre et dramatique de ré mineur ?

Suisse sans frontière

Je ne veux pas revenir sur la récente « votation » du peuple suisse qui a défrayé la chronique (mais je n’en pense pas moins !). J’observe simplement que la Suisse musicale et culturelle ne serait jamais devenue ce qu’elle est si elle n’avait, tout au long des siècles, accueilli, parfois recueilli, des artistes étrangers qui y trouvaient inspiration et sérénité. Et si les équipes du label britannique Decca n’avaient pas jeté leur dévolu sur Genève, son Victoria Hall et surtout le grand chef suisse Ernest Ansermet et « son » Orchestre de la Suisse Romande, ce sont des pans entiers – et indispensables – de l’histoire de l’interprétation et du disque qui n’auraient pas existé…

Ce n’est pas la première fois qu’on remarque et apprécie les initiatives de la branche italienne d’Universal (Deutsche Grammophon, Decca). Coup sur coup, paraissent deux imposants coffrets – à tout petit prix – consacrés à deux géants de la musique, le chef Ernest Ansermet et le pianiste Sviatoslav Richter (on y reviendra).

Mon ami et compagnon d’aventures radiophoniques de longue date, François Hudry, doit se réjouir de voir enfin réunis tous les enregistrements de musique française réalisés par le grand chef suisse pour Decca de la fin de la Seconde Guerre mondiale à sa mort en 1969.

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C’est la première fois à ma connaissance que sont regroupés en 32 CD tous ces enregistrements de musique française… et suisse (Honegger, Frank Martin).

Avec plusieurs doublons dont nul ne se plaindra, Decca ayant souvent demandé à Ansermet de refaire en stéréo  son coeur de répertoire, les Debussy et Ravel en particulier. Ainsi on dispose de deux versions du Pelléas et Mélisande de Debussy : la première – mythique ! – de 1952 avec Suzanne Danco, Pierre Mollet, Heinz Rehfuss, la seconde – tout aussi idéale – de 1964 avec Erna Spoorenberg, Camille Maurane, George London et toujours, faut-il le rappeler, l’Orchestre de la Suisse romande dont Ernest Ansermet fut le fondateur et inamovible directeur musical de 1918 à 1968 !.

Un legs discographique sans concurrence, pour savoir comment doit sonner la musique française, dirigée par quelqu’un qui a connu personnellement Debussy, Honegger, Frank Martin, Ravel…! INDISPENSABLE !

(Coffret disponible sur http://www.amazon.it)