Ils ont le même patronyme. L’un est une belle gueule, souvent cantonné aux emplois d’avocat, de magistrat ou de playboy dans les séries qui l’ont rendu populaire à la télévision, l’autre avait fière allure aussi, mais il n’a laissé de traces que dans le coeur des mélomanes.
Il y a quelques semaines, Decca publiait un magnifique coffret, préparé par Jean-Charles Hoffelé qui signe le livret, qui regroupe la quasi-totalité des enregistrements de ce grand musicien, un peu oublié depuis un grave accident de voiture à la fin des années 1970.
Un travail extrêmement soigné qui restitue parfaitement la grandeur d’un artiste qui est à peu près à l’exact opposé – tenue, pudeur, aristocratie – de son illustre confrère Mstislav Rostropovitch.
On appréciera particulièrement les rééditions des premières gravures avec Ansermet, Dohnanyi, Haitink, ou sous la férule bienveillante de Pablo Casals au pupitre de l’orchestre Lamoureux, mais aussi ces moments magiques de musique de chambre avec le frère (Yehudi) et la soeur (Hephzibah) Menuhin, Brahms, Schubert, et les deux sextuors de Brahms captés lors du festival de Bath (naguère parus chez EMI)
On a tout de même souri à la lecture du texte de Monique Gendron, la veuve du violoncelliste, qui contient une étrange coquille, passée inaperçue aux yeux des relecteurs : on a bien compris que ce coffret est là pour perpétuer – et non perpétrer, comme écrit ! – la mémoire de Maurice Gendron. Le problème c’est que la traduction anglaise reprend perpetration ! Le crime orthographique ainsi perpétré est par avance tout pardonné à ceux qui nous offrent une aussi belle occasion de réentendre un violoncelle chaleureux, accordé au sentiment profond de la musique qu’il révèle.
Rapide retour sur Les Victoires de la Musique classique ce mercredi. Je ne voulais pas relancer le débat (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/02/23/victoires/), c’est raté ! Mais au-delà de la contestation – légitime, quoique parfois injuste – du palmarès, de la présentation, de l’organisation de la soirée, du « spectacle », de la prise de son, etc., une vraie question a surgi, qui mérite mieux que des invectives ou des propos de comptoir : la musique classique à la télévision, mission impossible ? On y reviendra, parce qu’il y a beaucoup à inventer, plus qu’à reproduire la nostalgie d’émissions comme Le Grand échiquier.
On peut susciter l’émotion autour de la musique classique, avec parfois un simple reportage, comme celui-ci qui m’a doublement ému : parce que c’est un beau projet, et parce qu’il a été initié par mon cher orchestre liégeois (http://rtc.be/reportages/societe/1470091-el-sistema-de-jeunes-musiciens-encadres-par-loprl). Ecoutez bien ce que dit la petite Dina, apprentie violoniste : « Si vous aimez quelque chose, rien n’est difficile ».
Mais l’actualité ce sont les Césars décernés hier soir au Châtelet. Comme pour Les Victoiresde la musique, on peut indéfiniment critiquer le principe, la forme, le fond, etc.
On peut aussi se réjouir, d’abord de la vitalité du cinéma français ou francophone, de la qualité de nos réalisateurs, acteurs, scénaristes, comme l’a rappelé, dans un français presque parfait, l’invité d’honneur de la soirée, Michael Douglas (dont la ressemblance avec le vieux Karajan ne m’a jamais semblé aussi forte !)
J’ai l’impression que celles et ceux qui ont été distingués le méritaient. L’émotion (ah oui la fameuse émotion !) des récipiendaires n’était pas feinte, et c’est pour cela qu’on aime Vincent Lindon, Catherine Frot (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/17/malentendus/), ou celle que j’appelle Madame Borgen, Sidse Babett Knudsen, et tous les autres…
Mais ce type de soirée, longue, trop longue, n’échappe pas toujours à l’ennui et à la convention. Est-ce pour cela qu’on avait demandé à Florence Foresti (qu’on aime bien par ailleurs) d’en faire des tonnes, avec des saynètes pré-enregistrées qui tombaient comme des cheveux sur la soupe ? Des extraits un peu plus longs des films primés n’auraient pas dépareillé la soirée…
Les séances de cinéma se font rares, faute de disponibilité. Depuis qu’on a trouvé un complexe associatif, une sorte de cinéma à l’ancienne, salles de belles proportions, bibliothèque et fauteuils pour attendre l’ouverture du guichet, et programmation intelligente, on est fidèle à Utopia – tout un programme ! -.
On attendait beaucoup, trop sans doute, du dernier film de Joel et Ethan Coen, Ave Cesar.
Certes on a joué de malchance dans ce charmant cinéma des bords de l’Oise, le film a été interrompu plusieurs fois, et ce qui paraissait long l’a été encore plus. On a pu à loisir faire des prises d’écran.
On n’a pas passé un mauvais moment, loin de là, mais tout le talent – qui est grand – des frères Coen tourne à vide, les séquences, on pourrait presque dire les sketches, sont souvent réussies, mais un scénario trop lâche ne fait pas une histoire qui se tient. Restent les performances individuelles d’acteurs qui en font des tonnes à contre-emploi : vulgarité crasse de Scarlett Johannson, beaufitude assumée de George Clooney – à qui la jupette de centurion romain sied à merveille ! – et tous les autres à l’avenant.
Malgré le conseil du Figaro je n’irai pas plus voir ce nouvel avatar de la série créée par George Lucas que je n’ai vu les précédents films (si j’ai bien dû, pour ne pas mourir idiot, voir une fois le premier ! mais je n’ai jamais accroché à la science-fiction ni en livre ni au cinéma).
Ce qui m’intéresse évidemment c’est la musique de ces films, au moins aussi célèbre. Programmer un « digest » de Star Wars dans un concert, c’est le succès garanti.
Comme Lawrence d’Arabie ou Le Docteur Jivaro ont fait la réputation (et la fortune) de Maurice Jarre, John Williams est à jamais associé à Star Wars (et E.T. et Harry Potter et Indiana Jones, etc. ). (https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Williams_(compositeur)).
Comme tous les grands compositeurs de musiques de films (Jarre, Herrmann, Francis Lai, Georges Delerue, Alexandre Desplat, Nino Rota…) John Williams est de formation classique, et sa musique l’est tout autant. Dans Star Wars, la proximité (l’emprunt ?) avec Les Planètes (1916) de Gustav Holst (1874-1934)est évidente, notamment dans ce passage :
Et, comme il arrive souvent, la plus moderne des deux n’est pas forcément la plus récente !
Deux idées de cadeaux à (vous) faire pour retrouver ces musiques de films enregistrées dans les meilleures conditions, deux coffrets (à tout petit prix mais avec un minutage généreux !)
Tout le monde a vu, ou devrait avoir vu, La Vie des autres, le film de 2006, primé aux Oscars, de Florian Henckel von Donnersmarck, et son acteur principal UlrichMühe mort un an après cette soudaine célébrité (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ulrich_Mühe)
Berlin, qui va fêter le 9 octobre les 25 ans de sa réunification, a ouvert un musée en ce début d’année, qui est non seulement une oeuvre de mémoire, mais une leçon d’histoire contemporaine : le STASI Museum. Sur les lieux mêmes, au sein du gigantesque quartier général du Minister fur Staatssicherheit (Stasi en raccourci) dans le quartier paisible de Normannenstrasse au nord-est de Berlin.
On ne ressort pas indemne de cette visite, même si on a beaucoup lu et vu sur ce système d’espionnage mutuel qui n’a eu aucun équivalent en Europe au XXème siècle, à l’exception des années de terreur stalinienne. Le héros des collaborateurs de la Stasi était d’ailleurs Felix Djerzinski, le bras armé de Lénine, fondateur de la sinistre Tcheka, ancêtre du KGB. C’est dire la référence !
Les conditions de travail du patron et de l’état-major de la Stasi étaient, comme le montrent ces photos, des plus confortables. Les dignitaires des si mal nommées « démocraties populaires » ont toujours bien pris soin de leurs privilèges.
Mais le décor est accessoire, il faut visiter une à une les salles, des anciens bureaux, de ce musée, pour la qualité de la documentation – on est en prise directe avec l’horreur. Une horreur récente… et réelle. Tout y est méticuleusement décrit, la fondation de ce terrible « Ministère » sur les décombres de la Seconde guerre mondiale et la partition de l’Allemagne, qui va devenir dès 1950 et la répression sanglante du soulèvement des Berlinois, le coeur, le centre, l’essence de la dictature communiste version Ulbricht et Honecker. Un homme va se rendre indispensable, Erich Mielke, immuable patron de la Stasi.
Parmi les nombreux documents qu’on peut voir dans ce musée, cette vidéo terrible et ridicule de celui qui n’a rien compris à ce qui vient de se produire quelques jours plus tôt, et qui échappera jusqu’à sa mort en 2000 aux foudres de la justice…
Autre film édifiant sur les méthodes de la Stasi :
Florian Henckel aurait dû intituler son film : La vie des nôtres. Puisqu’il est avéré, depuis que les archives de la Stasi – c’est un « avantage » de la bureaucratie communiste, tout a été minutieusement consigné et conservé – ont livré leurs secrets, qu’au sein des familles, des couples, entre enfants et parents, frères et soeurs, tous se surveillaient, s’espionnaient, se dénonçaient mutuellement…
Faut-il rappeler le pitch de Marguerite? L’histoire de Mrs. Florence Foster-Jenkins transposée dans le Paris des années 20.
Tout le monde connaît cet air de la Reine de la nuit de la Flûte enchantée de Mozart, massacré par la dame, et diffusé ad nauseam dans tous les bêtisiers radiophoniques
Oui, Catherine Frot alias Marguerite Dumont chante archi-faux dans trois passages du film, oui on rit de bon coeur à pareil saccage musical. Mais ce film, et le personnage qu’incarne, à merveille, Catherine Frot, n’ont rien de comique, pas plus que le professeur de chant, ténor sur le retour, joué par Michel Fau.
Marguerite est une héroïne tragique, parce qu’elle seule éprouve encore du désir, une envie de liberté, qui passe par ce rêve fou de se produire sur une vraie scène devant un vrai public, désir et envie étouffés par l’hypocrisie, la lâcheté de son entourage, à commencer par son mari. On cesse vite de rire, même de sourire, pour être pris à la gorge, jusqu’à un dénouement surprenant.
Giannoli n’a pas lésiné sur les décors, les détails, d’une peinture aussi précise que cruelle d’univers qui se croisent sans jamais se comprendre : les vrais musiciens – jolies séquences qui restituent le foisonnement créateur de ces années 20 – les bien-pensants rescapés de la Grande Guerre, les « folies » des surréalistes, dadaïstes et autres anars. Et, ce qui ne gâte rien, bande originale et illustration musicale très réussies.
Un film à voir, à l’évidence ! Prévoir de sortir les mouchoirs plutôt que se tenir les côtes.
L’ autre malentendu, c’est Guy Béart. Entre ceux qui le croyaient mort, ou qui l’avaient enterré depuis longtemps, ceux qui l’associent aux années pompidoliennes et à des sixties un peu ringardes, personne n’a osé d’autre hommage que ceux qui marquent le décès d’un nom connu.
Finalement Laurent Gerra a plutôt sauvé de l’oubli celui qui avait déserté la scène et les médias, jusqu’à un retour inattendu au début de cette année.
Piètre chanteur, il le reconnaissait lui-même, Béart reste et restera comme un grand auteur, et pas des moindres, puisque, de son vivant, pas loin d’une cinquantaine de ses chansons sont entrées dans l’histoire, reprises par d’autres, fredonnées par tous.
Sur Facebook hier, voici ce qu’écrivait Michel S.
De Guy Béart, qui rimait depuis les années 80 avec ringard, ce dont il n’est jamais revenu, hébété, interdit, continuant parce qu’il le fallait :
Les enfants de bourgeois (1976). « Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à, Les enfants de bourgeois jouent à la misère. Ils marchent déguisés en mendiants distingués: Ca coûte cher les jeans rapiécés.
Ils ont pris nos vêtements, nos bleus et nos slogans.
Leur beau linge les attend chez leurs parents.
Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à,
Les enfants de bourgeois jouent à la vie dure.
Leurs dents ont trop souffert à cause du raisin vert
Que leurs parents ont mangé hier.
Ils viennent, ces chéris, sur nos tables pourries
Poser leurs hauts talons de leurs théories.
Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à,
Les enfants de bourgeois jouent à l’herbe verte.
Ils vont planter leur fraise en Ardèche,.en Corrèze.
Leur sœur, elle, fait du tricot à l’anglaise.
Ils vont, le cœur vaillant, à la ferme dans les champs. La terre est dure, mais ça ne dure pas longtemps. Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à, Les enfants de bourgeois jouent à la commune. Ils font quelques enfants libres et nus soi-disant Qu’ils abandonnent chez le premier passant. Ils abritent des chiens, des oiseaux, des copains, Des chats qui meurent écrasés un par un. Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à, Les enfants de bourgeois jouent à l’aventure. Ils traversent les mers, les idées, les déserts. Quand ça va mal, ils n’ont qu’à changer d’air. Quand ils crient au secours, voici qu’ils trouvent toujours Au fond de leur poche leur ticket de retour. A force de jouer où est, où est, A force de jouer, où est l’espérance? »
Et qui pourrait nier que cette chanson de 1968 reste d’une tragique actualité ?
Cannes et son festival, figures obligées, très peu pour moi. En revanche, Bombay et Bollywood, la première industrie cinématographique du monde, et pourtant tellement méconnue. Fascinante plongée dans un univers où les stars sont rares, et unanimement adulées, mais où les acteurs de séries populaires ont une célébrité sans équivalent à Hollywood ou dans le cinéma européen http://fr.wikipedia.org/wiki/Bollywood L’Europe n’importe qu’au compte-gouttes les productions de Bollywood. Les succès mondiaux comme Slumdog Millionaire sont encore rares. On a vu dans l’avion du retour un très remarquable film à sketchs qui reflète avec beaucoup de justesse le Bombay d’aujourd’hui : Bombay Talkies (2013). À voir !
Comme le montre une des séquences du film, les maisons des stars de Bollywood attirent les curieux, qui attendent des heures dans l’espoir d’apercevoir quelques secondes leur acteur préféré. Ici devant la maison de Sharukh Khan. Très loin de Bombay et de Bollywood, mais coïncidant avec mon voyage : la vision de Mommyde Xavier Dolan – quel choc ! on comprend le Prix du Jury de Cannes 2014, quelle leçon de cinéma ! – et la lecture du premier volet d’une sorte d’autobiographie d’Anne Wiazemsky, la petite-fille de Mauriac, choisie par Bresson pour être l’héroïne de Au hasard Balthazar (1965). Une écriture limpide, une belle langue, la justesse des faits et des émotions.
Lundi soir au Châtelet l’un des films les plus originaux de Marcel L’Herbier, magnifiquement restauré, L’Inhumaine, de 1924.
Une restauration parfaite à voir le 4 mai prochain sur Arte. Explications de Serge Bromberg :
Pour cette nouvelle restauration, Lobster Films a pu reprendre le travail depuis les négatifs originaux nitrate encore en bon état grâce au matériel conservés par le CNC. Ces éléments ont été scannés en 4K sur le Nitroscan des laboratoires Eclair, et la restauration numérique a été effectuée aux laboratoires Lobster Films en 2014. Mais outre la qualité d’image absolument lumineuse de cette nouvelle restauration, c’est la restitution des teintes qui permet de découvrir enfin L’Inhumaine telle que MarcelL’Herbier l’avait imaginée. En effet, l’usage était de monter le négatif des films dans l’ordre des teintes. Sur une même bobine se trouvent assemblés bout à bout tous les éléments teintés bleus, sur une autre les éléments teintés verts, ou jaune, ou rouge. Ainsi, en remettant dans l’ordre ces plans filmés en noir et blanc et en suivant les indications précieuses écrites à l’encre directement sur la pellicule – indications ne figurant pas sur l’interpositif des années 1970 – ce sont bien les teintes d’origine qui son reconstituées pour chaque plan. Certaines chutes de montage donnent également des indications de teintages et de virages authentiques, et datant de l’époque. La remise dans l’ordre de ces plans après teintage révèle l’œuvre au plus proche de ce qui fut montré pour la première fois, éclatante de précision, de beauté formelle et véritable feu d’artifice hypnotique de teintages et de virages. Quant au problème de l’intensité des teintes et de l’insertion des flashes de couleurs pures dans le montage final très rythmé, il a pu enfin être résolu grâce aux nouvelles technologies de restauration numérique. Une résurrection…
Le film était accompagné par une création musicale du percussionniste Aidje Tafial pour ensemble instrumental, en partie inspirée des partitions que Darius Milhaud avait composées pour deux séquences majeures du film. Indépendamment de la qualité des interprètes, la musique peinait à se renouveler, donnant un sentiment de monotonie paradoxal pour un film aussi audacieux dans le propos, les décors, les situations…
Mardi c’était la première de Penthesilea, le septième opéra de Pascal Dusapin, à La Monnaie de Bruxelles.
Une heure et demie de musique âpre, sombre, extrêmement prenante – c’est la marque du compositeur – qui vous empoigne et ne vous lâche plus jusqu’au terme de l’oeuvre.
“Dévorée par la passion, rongée par le devoir, affamée par le désir” : telle est Penthésilée, la reine des Amazones, face au guerrier grec Achille qu’elle affronte durant la guerre de Troie. Mais comment traiter de la démesure en évitant le piège de la surenchère illustrative ? C’est à ce dilemme que répond magistralement Pascal Dusapin en composant son septième opéra, Penthesilea, une commande de la Monnaie de Bruxelles, sur l’un des mythes les plus terrifiants de la Grèce antique qui relate la mort d’Achille, tué et dévoré par celle qu’il aime, Penthésilée. Peu d’auteurs se sont risqués à l’approcher et, quand ils l’ont fait, c’était au risque d’une réprobation générale. Lorsque Heinrich von Kleist s’empare du sujet pour écrire une pièce de théâtre en 1807, celle-ci fait scandale, ne sera jamais publiée de son vivant et devra attendre le XXe siècle avant d’être montée (Fabienne Arvers, Les Inrocks)
Deux jours plus tard, contraste total avec une autre première (pour moi), Le Pré aux Clercs, l’un de ces nombreux opéras français du début du XIXème siècle, dû à Ferdinand Hérold, qui remporta un succès immédiat à sa création en décembre 1832 à l’Opéra-Comique qui le proposait dans une nouvelle production mise en scène avec autant d’efficacité que de sobriété par Eric Ruf, bien dirigée par Paul McCreesh à la tête de l’orchestre Gulbenkian, dans des costumes « d’époque » superbes.
Modèle des Huguenots de Meyerbeer, inspiré de l’unique roman de Mérimée et du style troubadour, c’est l’ouvrage qui, quoiqu’ayant causé la mort de son compositeur, resta le plus longtemps au répertoire de l’Opéra Comique, avec plus de 1600 représentations jusqu’en 1949 !
Distribution de belle qualité, presque entièrement francophone, mention spéciale pour Michael Spyres, Eric Huchet, Marie Lenormand, Jael Azzaretti, Emiliano Gonzalez Toro.
Malheureusement il faudra attendre la publication en CD prévue par le Palazzetto Bru Zane pour se remettre l’ouvrage dans l’oreille, France Musique n’ayant pu capter l’ouvrage pour cause de grève.
Vingt ans après, quel contraste ! En débarquant à la gare de Nantes ce vendredi midi, des panneaux, des oriflammes partout, nul ne pouvait ignorer que France Musique était à la Folle Journée, les photos des producteurs/animateurs présents sur place ce week-end…
Après le succès, inattendu, incompréhensible pour les Parisiens engoncés dans leurs certitudes, de la première Folle journée consacrée à Mozart, titre oblige, j’avais dû batailler pour que quelques micros de France Musique viennent se poser à la toute nouvelle Cité des Congrès de Nantes en 1996. Suivant en cela la même démarche que l’initiateur de cette manifestation, René Martin (l’homme de La Roque d’Anthéron, de la Grange de Meslay, et de tant d’autres initiatives qui ont révolutionné l’approche de la musique classique). Se rapprocher des publics, leur ouvrir la porte de la musique classique..
On peut discuter de ce qu’est devenue cette petite entreprise devenue si grande qu’elle s’exporte désormais dans le monde entier. Il n’empêche, c’est à des précurseurs comme René qu’on doit cette certitude que la musique peut conquérir le coeur et susciter les passions des publics les plus larges.
Dans le train de retour vers Paris hier – faute de connexion internet impossible de travailler – j’ai fini par regarder un film que j’avais téléchargé depuis plusieurs semaines, Philomena de Stephen Frears.
Synopsis du film et trame de l’ouvrage éponyme de Martin Sixsmith.
Irlande, 1952 : Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Considérée comme une « femme déchue », elle est envoyée au couvent, et son fils lui est retiré. 50 ans plus tard, elle va solliciter l’aide de Martin Sixsmith, journaliste désabusé et cynique pour tenter de le retrouver. Ensemble, ils partent pour l’Amérique où ils tisseront une relation à la fois drôle et profondément émouvante.
Comment dire ? Bien sûr, il y a la patte de Stephen Frears (The Queen), mais le sujet de fond, le scandale absolu de ces enfants irlandais, arrachés à leurs mères, vendus, exportés en Amérique est à peine abordé… Il faut toute la simplicité, l’humanité de Judi Dench pour que l’histoire ne sombre pas dans le mélo.
Ce samedi soir, changement de registre. Au Théâtre du Rond-Point, où il fait toujours aussi bon venir, le cher François Morel dans son nouvel opus « La fin du monde est pour dimanche ».
Du pur François Morel, poésie, douce ironie, un peu de Raymond Devos, une heure et demie de bonheur.
Et à 21 h tapantes, pendant que les derniers spectateurs finissent de s’installer, un autre François, guidé par le maître des lieux, Jean-Michel Ribes, applaudi par la salle, s’assied un rang devant nous…
Je n’ai pas la culture cinéphilique de beaucoup de mes amis mais j’ai quelques affections de longue date pour des acteurs et des actrices qui n’ont jamais été à la mode et sont donc indémodables. Chez les hommes, Gabin, de Funès, Ventura, Michel Serrault bien sûr et Paul Meurisse, irrésistible.
Vu récemment deux films qui n’ont pas laissé de trace particulière dans l’histoire du cinéma et qui sont pourtant dans une veine si typiquement française. D’abord le moins connu – je ne l’avais jamais vu – des quatre films réalisés par PierreTchernia avec son acteur fétiche Michel Serrault : Bonjour l’angoisse (1988), avec quelques jeunes comparses Pierre Arditi, Jean-Pierre Bacri ou Guy Marchand. Plus encore que dans Le Viagerou La Gueule de l’autre, on a vraiment le sentiment que Tchernia a laissé libre cours à la loufoquerie de son acteur fétiche, au point que les situations et les répliques semblent improvisées. Tout ce que j’aime…
Autre chef-d’oeuvre de kitsch et de dérision : L’assassin connaît la musique, avec l’improbable couple formé par Maria Schell et l’inimitable Paul Meurisse. L’un de ces acteurs, comme Gabin, qui ne cesse jamais d’être lui-même, quelque soit le personnage qu’il incarne. Ici un musicien et compositeur fantasque. Un petit bijou de 1963 signé Pierre Chenal.