Comment prononcer les noms de musiciens ?

Cauchemar pour tous les intervenants sur une chaîne de radio « classique » (et pour les chefs d’antenne), la prononciation des noms de compositeurs, interprètes, artistes !

Je me suis dit qu’ayant vécu moi-même ce genre de situation, soit à l’antenne, soit comme directeur de chaîne, je pourrais peut-être aider ceux qui s’y collent tous les jours, avec quelques conseils, quelques astuces aussi ! Il y a la phonétique… et les usages.

Dans la sphère francophone (Belgique, France, Suisse) on prononce certains noms très connus.. à la française (ce qui ne veut pas dire que ce soit linguistiquement correct ! )

BACH = BAK  (et surtout pas comme je l’entends parfois en Belgique, Ba-ch’ – comme le ‘ich’ allemand)

SCHUBERT = CHOU-BERRE

MOZART = MO-ZAR

Très incorrect, mais courant (à mon grand regret) : STRAUSS = CHTRÔÔSS ! Idem pour le librettiste favori dudit Richard Strauss, Hugo von Hofmannsthal : on entend Hofmann-CHtal, alors qu’on doit dire Hofmanns-tal !

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Poursuivons par les noms russes, avec, pour les francophones, une difficulté supplémentaire résultant de l’orthographe internationale en vigueur.

Ainsi Chostakovitch, qui était Schostakowitsch pour les Allemands, est devenu Shostakovich. Quand on n’est pas anglophone, comment deviner que ch se prononce tch ?

Pire Cajkovskij ! Qu’on écrit encore heureusement de façon plus phonétiqueTchaikovsky/ski ou Tschaikowsky. À ce propos j’entends trop souvent sur les antennes belges une prononciation pour le moins fautive : Tchè-kov-ski (comme Tchekhov). Or il n’y a pas trente-six manières de dire Чайковский, c’est bien :Tcha-ï-kov-ski !

Et Rojdestvenski, qu’on voit désormais le plus souvent écrit : Rozhdestvensky.. Qui sait que zh se prononce (comme dans jeu) ?.

Je me rappelle un dîner un peu trop mondain à mon goût il y a quelques années, où l’on évoquait la personnalité et l’œuvre d’Alexandre Soljenitsyne – il était encore vivant à l’époque ! – et je m’agaçais d’entendre un convive pérorer et parler constamment de So-liet-ni-tsineen déformant doublement le nom du grand auteur russe. J’eus beau lui faire remarquer son erreur, il n’en démordit pas jusqu’à ce que je lui écrive sous le nez et en russe Солженицын, le ж de l’alphabet cyrillique étant l’exact équivalent de notre j !

Par ailleurs, il est difficile de prononcer correctement les noms russes si on n’est pas un tant soit peu russophone, les voyelles ne se prononçant pas de la même manière suivant leur place dans le mot et/ou l’accentuation. Ainsi l’adverbe bien ou bon – хорошо, horocho, se dit : ha-ra-chó !

Si, dans un nom, le -ev final est accentué, il se prononce -off. Exemples célèbres : Gorbatchev ou Khrouchtchev se disent : Gorbatchoff ou Khrouchtchoff, mais Gergiev se dit bien Guer-gui-eff !

Et pour finir (provisoirement) avec les Russes, mettez-vous dans la peau du présentateur qui doit annoncer le concerto pour violoncelle de Schumann dans la version légendaire de Mstislav Rostropovitch (oups, en orthographe internationale, Rostropovich) et Guennadi Rojdestvenski…

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En revanche, dans les noms d’origine serbe ou croate, le j se prononce bien i. Ainsi le violoniste Victoire de la Musique classique 2014Nemanja Radulovic se prononce : Né-ma-nia Ra-dou-lo-vitch. C’est d’ailleurs bien ainsi qu’il est présenté dans les médias. Mais pourquoi donc, en France en tout cas, se complique-t-on la vie avec le chorégraphe Angelin Preljocaj, qu’on s’obstine à nommer Prèle-jo-cage, alors qu’il est tellement plus simple de prononcer correctement : Pré-lio-caille.

Cela étant, le grand Josef Haydn n’a pas non plus été mieux servi des décennies durant. Il est si simple de dire : Haille-deunn, mais plus fun sans doute d’ânonner un improbable : Aïn-den !.

Est-Ouest

Continuons notre périple à l’Est, les noms polonais n’en parlons même pas, sauf à être natif on est sûr d’écorcher les Lustoslawski, Penderecki et autres Szymanowski. Donc la règle ou le conseil, c’est de faire comme on peut… à la française !

Idem pour les noms hongrois, où, cette fois, c’est moins la prononciation que l’accentuation qui peut poser problème. Dans ce cas, se contenter d’énoncer le nom tel qu’on le lit, Bartók, Liszt (sz=ss).

Ça se complique chez les Tchèques, Moraves et autres Bohémiens, avec la prononciation si particulière du ř de Dvořák ou Bedřich (Smetana). Pour bien faire il faut rouler le ř, et le faire suivre immédiatement d’un jAllez-y, entraînez-vous : Bèd-rrrrr-ji-che, ou alors évitez le prénom de Smetana !

Mais il n’est pas utile d’en rajouter dans la complication : j’entends parfois Dvor-djack pour Dvořák. Dvor-jak (comme Jacques) suffit, et on n’est même pas obligé de rouler le « r » !

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Repassons à l’Ouest, en terres anglophones, au choix Grande-Bretagne ou Etats-Unis. 

Par exemple ces quatre lettres ravageuses : ough ! Annoncez Stephen Hough, pianiste, et William Boughton, chef d’orchestre, se produisant à Edinborough, sympathique perspective : ça devrait donner à peu près Stephen Hâââf, William Bôôôton, Edinboro…. Ou si vous dites correctement la ville festivalière chère à BrittenAldeburgh (Ôld-brâ), il y a des chances que vos auditeurs ne comprennent pas ce dont vous parlez ! Mais rien ne vous oblige à l’affreux et incorrect Yok-chaille pour Yorkshire, Yôôk-cheu fait nettement mieux l’affaire !

Quant aux noms américains d’origine européenne, nul ne vous oblige à adopter les usages de Manhattan (Beûrnstiiiin pour Bernstein). Il n’est pas interdit non plus de savoir que Philadelphia Orchestra n’est pas une marque de fromage, mais se dit Orchestre de Philadelphie. 

Cela dit, pour les perles, pas besoin de franchir l’Atlantique : je me rappelle un producteur pourtant chevronné de France-Musique désannonçant un disque d’Armin Jordan (le chef se revendiquant d’une double culture, française et alémanique, on peut le nommer Jor-dan ou Ior-dann), qui dirigeait- sic – l’orchestre Basler ! En effet sur la pochette du CD, il était bien indiqué : Basler Sinfonie-Orchester, autrement dit Orchestre symphonique de…Bâle (en Suisse)…

Et je n’ai pas encore évoqué les noms espagnols ou portugais… et je ne m’y risquerai pas, étant un piètre connaisseur de ces idiomes.

Le seul conseil finalement qui vaille, c’est, quand on ne sait pas, ne pas se fier à des sites internet de prononciation, quasiment tous anglophones, mais prononcer les noms à la française, faute de mieux…Cela évite le ridicule ou le comique involontaire…

Abbado, Karajan, les lignes parallèles

La mort de Claudio Abbado n’en finit pas de secouer le monde musical, et sur Facebook les souvenirs, les anecdotes, les témoignages se multiplient. Lorsque Sylvain Fort demande, avec son habituelle fausse naïveté, quels disques d’Abbado on préfère, il sait que les réponses ne vont pas être unanimes, et que la question même suscite le débat…

J’ai malheureusement peu de souvenirs personnels de concerts dirigés par Claudio Abbado. Deux ou trois seulement, à Paris, une fois à la Cité de la Musique, une autre.. au Cirque d’hiver (une chaleur étouffante, et le Gustav Mahler Jugendorchester si ma mémoire ne me fait pas défaut). Des symphonies de Haydn pétillantes, mais pas très creusées, un 3e concerto pour piano de Beethoven avec la toute menue mais épatante Maria Joao Pires… Maigre bilan donc, mais finalement pas étonnant pour quelqu’un comme moi qui n’a jamais cédé à une sorte d’Abbadomania !

Sur le legs discographique du chef italien j’en ai déjà beaucoup dit (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/01/20/lheritage-abbado/),

Mais, à bien y regarder, il y a plus d’un parallèle à faire entre Claudio Abbado et son prédécesseur légendaire à la tête des Berliner Philharmoniker, Herbert von Karajan. 

Morts au même âge – dans leur 81eme année – après des années de maladie et de souffrance, ils ont l’un et l’autre soigneusement construit et cultivé leur image, beaucoup enregistré (trop ?), Et l’un comme l’autre – c’est mon point de vue ! – ont laissé d’incontestables réussites là où on ne les attendait pas, et ne sont pas  toujours des références dans les répertoires qui leur étaient a priori les plus familiers.

Dans le symphonique, malgré plusieurs intégrales, ni Karajan ni Abbado ne sont mes « indispensables » dans Beethoven, Brahms ou Dvorak. En revanche, ils ont gravé d’admirables Tchaikovski, laissé d’inégales réussites dans Mahler et Bruckner, compris mieux que des natifs les sortilèges de Debussy et Ravel. Dans Mozart et Haydn, l’un et l’autre privilégiaient l’allure, la beauté plastique, et la manière de « retour aux sources » opérée par Abbado avec son orchestre Mozart cette dernière décennie ne m’a jamais vraiment convaincu.

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Dans la discographie de Karajan, ce sont les « hors piste » les plus intéressants : le coffret consacré au trio Schönberg/Berg/Webern, la 4e symphonie de Nielsen, la 5e symphonie de Prokofiev, la 10e symphonie de Chostakovitch (deux fois), et bien sûr les symphonies de SIbelius.

Chez Abbado, on doit rappeler la meilleure intégrale, la plus fiévreusement romantique, des symphonies et ouvertures de Mendelssohn :

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Mais ce qui, toujours dans le répertoire symphonique, rassemble les deux anciens « patrons » de l’orchestre philharmonique de Berlin, ce sont des Mahler et des Bruckner transfigurés par l’épreuve de la maladie, Abbado avec l’orchestre du festival de Lucerne qu’il avait ressuscité, Karajan avec les Viennois. Témoignages absolument admirables heureusement disponibles en DVD.

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Je reviendrai dans un prochain billet sur les parallèles entre Abbado et Karajan dans le domaine de l’opéra.

Pour l’heure, je retiens de Claudio Abbado un double enregistrement qui n’est sans doute pas ce qui viendrait immédiatement à l’esprit de qui voudrait citer une « référence » de ce chef : la 1ere symphonie de Bruckner. L’une de ses toutes premières gravures dans les années 60 avec Vienne, et l’une des dernières avec Lucerne – qu’on trouve l’une et l’autre séparément ou en coffret.

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L’île mystérieuse

J’ai besoin de l’aide de mes lecteurs pour élucider un mystère. Oh pas l’un de ces mystères qui ferait la une des médias people, ni même un articulet dans un journal sérieux… C’est d’ailleurs bien pour cela que je ne suis pas parvenu à résoudre l’énigme !

Il s’agit d’un tableau parmi les plus célèbres qui soient :

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L’île des morts est sans doute la toile la plus connue du peintre suisse Arnold Böcklin (1827-1901) et une parfaite représentation du courant symboliste en peinture.

Selon les informations que j’ai trouvées, elle a existé en cinq versions différentes : deux datant de 1880 conservées l’une au Kunstmuseum de Bâle, l’autre au Metropolitan Museum de New York (où je l’avais déjà vue), une troisième en 1883 exposée à la Alte Nationalgalerie de Berlin, une quatrième détruite pendant le bombardement de Rotterdam en 1944, la dernière de 1886 se trouvant au Museum der bildenden Künste de Leipzig.

Et pourtant c’est bien cette même Île des morts de Böcklin que j’ai vue et photographiée à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. J’ai peine à croire qu’une oeuvre aussi connue ne soit pas répertoriée, ni mentionnée parmi les trésors du musée russe. Alors un prêt ? un achat ? un transfert ? La réponse viendra-t-elle de et sur ce blog ?

En attendant, les mélomanes savent que le chef-d’oeuvre de Böcklin en a inspiré un autre à Rachmaninov, un poème symphonique composé et créé en 1909 à Moscou. Mais pas seulement à Rachmaninov ! En 1913, Max Reger (1873-1916), compose une extraordinaire suite de Vier Tondichtungen nach Böcklin (Quatre poèmes symphoniques d’après Böcklin). L’ïle des morts en constitue le 3e mouvement. La proximité entre les oeuvres de Rachmaninov et Reger est aussi saisissante qu’inattendue !

Au disque, relativement peu de versions de ces deux chefs-d’oeuvre symbolistes, mais de premier plan.

Pour Reger, on cherchera en priorité la magnifique vision du grand Hans Schmidt-Isserstedt et de son orchestre hambourgeois, on trouvera aussi la belle version de Heinz Bongartz dans le coffret Brilliant Classics à tout petit prix.

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Pour Rachmaninov, le souffle extraordinaire de Fritz Reiner reste une référence absolue, tandis que Svetlanov et Jansons exaltent la puissance symphonique de l’oeuvre.

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La musique classique en 100 CD

Je râle assez contre les majors quand elles prennent leurs clients pour des gogos, pour ne pas saluer haut et fort une initiative qui me paraît particulièrement heureuse à l’approche des fêtes de fin d’année.

Il paraît que naguère les gros coffrets d’intégrales Mozart (en 170 CD !), Beethoven, Bach se sont vendus comme des petits pains, à des milliers d’exemplaires. Je me demande bien qui, parmi tous ces acheteurs attirés par le prix et l’aubaine, a écouté ne serait-ce que le dixième de ces coffrets.

Deutsche Grammophon vient de faire beaucoup plus intelligent : L’histoire (j’aurais préféré « une histoire ») de la musique classique en 100 CD ( pour à peine plus d’un euro le CD) – pour le détail complet des oeuvres et des interprètes cliquer sur : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2013/11/13/100-cd-pour-la-musique-classique-7985357.html.

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Les puristes auront vite fait de repérer les noms manquants ou de critiquer les interprétations choisies, un peu fond de catalogue il est vrai. Mais le panorama est bien dessiné, de Guillaume de Machaut à Philip Glass. Et surtout pas de saucissonnage des oeuvres symphoniques ou concertantes, certes les grands oratorios ou opéras en extraits. Et la crème du catalogue de la célèbre marque jaune : Böhm, Karajan, Abbado, Kubelik, Kleiber, Kempff, Gilels, Milstein, Pinnock, Goebel, Boulez, Berlin et Vienne en écrasante majorité.

Le néophyte comme le mélomane confirmé n’y trouveront que de l’excellent. Highly recommended comme on dirait chez nos voisins !

Les sans-grade (III) : Martin Turnovsky

Quand il faut citer de grands chefs tchèques, ce sont toujours les noms de Vaclav Talich, Karel Ancerl ou Vaclav Neumann qui reviennent. Quasiment jamais celui de Martin Turnovsky, né à Prague le 28 septembre 1928. Parcours classique pourtant pour le jeune assistant de Karel Ancerl à la Philharmonie tchèque : à 30 ans, il remporte le 1er Prix du Concours de jeunes chefs d’orchestre de Besançon, durant une décennie il fait ses armes dans la plupart des phalanges tchèques, à Brno, Plsen, à la radio de Prague, mais le prometteur « chef qui monte » imite son aîné Karel Ancerl et fuit Prague à l’arrivée des chars soviétiques en 1968. Il demande et obtient l’asile politique en Autriche, mais, allez savoir pourquoi, sa carrière ne prendra jamais l’envol international que son talent aurait mérité.

On en est donc réduit à quelques disques épars, et récemment à un double album Supraphon, pour mesurer la force d’une personnalité authentique.

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Les sans-grade (II) : Constantin Silvestri

Voilà une figure bien oubliée de la direction d’orchestre. N’était un beau coffret publié par EMI dans la collection Icon, le centenaire de la naissance de Constantin Silvestri, le 31 mai 1913 à Bucarest, serait passé complètement inaperçu. Emporté à 55 ans par un cancer – il meurt à Londres en 1969 – ce personnage n’avait pourtant rien qui puisse laisser indifférent (http://en.wikipedia.org/wiki/Constantin_Silvestri). Malgré la brièveté, à peine dix ans, de sa carrière occidentale, essentiellement en Grande-Bretagne, il a laissé un legs discographique qui nous laisse frustré de tous les disques qu’il n’a pas faits !

Toujours dans la prise de risque, dans l’audace, le mouvement, comme s’il réinventait l’oeuvre qu’il dirige, Silvestri est à mille lieues de tous ses collègues formatés, propres et sages. Inutile de dire que j’adore…

Un coffret à acquérir d’urgence et à déguster sans modération (entre autres une bouleversante « Pathétique » de Tchaikovski où il fait sortir de leurs gonds les Wiener Philharmoniker !)

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Les sans-grade (I) : Otmar Suitner

Pendant cette semaine loin de l’actualité européenne, je veux consacrer quelques billets/portraits à tous ces chefs d’orchestre qui ont fait les beaux jours de l’industrie phonographique triomphante, qui ont bien servi la musique, et qui ne sont jamais ou si peu cités dans les dictionnaires des interprètes. Bref, des musiciens qui n’ont jamais recherché (ou à qui on n’a jamais autorisé) la notoriété internationale, mais qui n’en sont pas moins talentueux, voire exceptionnels.

Ainsi, premier de notre liste, le chef autrichien Otmar Suitner, né en 1922 à Innsbruck, mort en 2010 à Berlin. Dès 1990, Suitner, atteint de la maladie de Parkinson, avait dû renoncer à sa carrière.

Etrange destinée musicale et personnelle : sans jamais avoir épousé les idées du régime, Otmar Suitner fait l’essentiel de sa carrière en RDA, dirigeant à peu près toutes les phalanges de renom de l’ex-Allemagne de l’Est. Mais son passeport autrichien lui permet de diriger régulièrement à l’Ouest…et de fonder et entretenir deux familles, l’une à l’Est, l’autre à l’Ouest de Berlin (lire http://de.wikipedia.org/wiki/Otmar_Suitner) !

J’ai un seul souvenir « live » de ce chef. Il avait été invité à la fin des années 80 à diriger l’Orchestre de la Suisse Romande à Genève. Une symphonie de Schubert je crois et surtout la très rare – au concert – 1ere symphonie de Bruckner. Je m’étais glissé dans le studio Ansermet de la maison de la Radio à Genève, où avaient lieu les répétitions. Et ce que je vis me stupéfia : un chef muet à son pupitre, pas un mot, rien, le silence. Lorsqu’il avait une remarque à faire, il se déplaçait jusqu’au musicien ou au pupitre concerné et chuchotait en des termes inaudibles pour le reste de l’orchestre. Inutile de dire que le procédé s’avéra diablement efficace et que le résultat au concert fut grandiose !

Otmar Suitner a heureusement beaucoup enregistré, trop peut-être, car tout n’est pas de la même eau. Je trouve ses Mozart et Beethoven très bien joués, superbement enregistrés (les studios et les ingénieurs du son de l’ex-VEB ont toujours eu le chic pour des prises de son exceptionnellement « naturelles », aérées), mais avec trop peu d’aspérités à mon goût. En revanche, ses intégrales des symphonies de Brahms et de Dvorak sont dans le peloton de tête de mes références pour ces oeuvres. Ardent promoteur de Reger, Hindemith, Paul Dessau, cultivant aussi brillamment la muse plus légère de ses origines, Strauss et Suppé, on trouve aisément les enregistrements d’Otmar Suitner, souvent à tout petit prix, sur ITunes.

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