La petite histoire (I) : un grand chef

Ce blog va prendre quelques vacances comme son auteur, abandonner pour un temps les sujets sérieux (cf. La bande des quatrepour prendre la forme d’un bêtisier nourri de petites histoires vécues, d’à-côté de la vie musicale.

Il y a… plus de trente ans, travaillant à la Radio suisse romande, j’avais, entre autres fonctions, la charge d’organiser quelques-uns des concerts de l’Orchestre de la Suisse romande et je poussais le scrupule jusqu’à aller moi-même accueillir à l’aéroport de Genève les chefs et/ou les solistes que j’avais engagés.

Je n’étais pas peu fier qu’un jeune chef finlandais – dont j’admirais la discographie – ait accepté mon invitation à venir diriger, pour la première fois, la phalange genevoise. Je regardai attentivement sa photo, dans l’un de ses disques, pour être sûr de le reconnaitre à son arrivée à Cointrin. Faut-il préciser qu’internet, les téléphones portables, n’existaient pas.. ?

Je m’en fus attendre Okko KamuL’avion arriva avec retard et déversa son flot de passagers, où je devais repérer un géant blond venu d’Helsinki.

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J’eus beau scruter, je ne vis personne qui ressemblât à mon  chef. J’en étais à déduire qu’il avait manqué son avion et m’apprêtais à repartir à la Radio, lorsque j’aperçus à l’autre bout du hall des arrivées quelqu’un qui semblait attendre. J’abordai cet homme petit (1m70 tout au plus), barbu, engoncé dans un caban marin, pour lui proposer mon aide. Il me remercia, me dit qu’il allait prendre un taxi…  Quitte à paraître ridicule, je me hasardai à lui demander s’il ne s’appelait pas, par hasard, Okko Kamu.

C’était bien lui… le géant finlandais que je m’étais imaginé.

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Nous rîmes de bon coeur lorsque je lui avouai ma méprise  et m’excusai de l’attente que je lui avais imposée. Il me dit ce jour-là – et je l’ai souvent vérifié depuis – que les chefs d’orchestre finlandais ne font pas dans la demi-mesure question taille : ils sont petits ou grands, mais pas entre les deux !

Pourtant ce n’était pas la première fois que je voyais un chef d’orchestre célèbre qui n’était grand que par le talent mais pas par la taille : Karajan, Bernstein (1m70), Barenboim (1m68), Mahler atteignait 1m63, Toscanini… 1m53 !

Des membres de l’équipe du Festival Radio France me faisaient la même remarque à propos de Santtu-Matias Rouvali, ils le voyaient plus grand qu’il n’est en réalité.

(Santtu-Matias Rouvali répète l’ouverture de Maskarade de Nielsen avec l’orchestre de Tampere le 25 juillet dernier à Montpellier).

Les habitués de l’Orchestre philharmonique de Radio France vérifient, eux aussi, avec Mikko Franck qu’Okko Kamu, dans le hall de l’aéroport de Genève, avait vu juste : le talent d’un chef n’a que faire de sa taille !

 

 

La grande pâque russe

Je me rappelle avoir dû corriger un texte de programme de concert d’une prestigieuse salle parisienne qui mentionnait « La grande Pâques russe » (sic). Le rédacteur me soutenait que Pâques n’avait qu’une orthographe, celle que les catholiques ont adoptée pour la fête religieuse célébrée ce dimanche (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pâques).

En l’occurrence, il s’agit bien du poème symphonique de Rimski-Korsakov, intitulé : Светлый праздник. La première édition (1890) chez Bélaieff précise, en français : La Grande Pâque Russe. Ouverture sur des thèmes de l’Église russe pour grand orchestre.

C’est une musique de concert, évidemment pas de liturgie. Mais Rimski-Korsakov sait magnifier la tradition chorale ancestrale de l’église orthodoxe russe.  Comme l’ont fait nombre de compositeurs, moins connus dans nos contrées, qui se sont voués à l’art choral comme Sviridov, Bortnianski ou Chesnokov :

En 2011, les fêtes de Pâques catholique et orthodoxe coïncidaient, et j’étais alors en voyage en Russie, dans ce qu’on appelle l’anneau d’or, les villes historiques (Souzdal, Vladimir, Rostov le Haut, Iaroslavl, Kostroma, etc.). J’avais eu la chance d’assister, par hasard, à la célébration pascale dans la cathédrale de Iaroslavl, en présence de plusieurs hauts dignitaires de l’Eglise orthodoxe de Russie.

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Le surlendemain j’étais à Zagorsk (aujourd’hui Sergiev Possad), visitant la Laure de la Trinité Saint-Serge qui est pour les Russes orthodoxes ce que Saint-Pierre de Rome est aux catholiques.

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Et j’ai pu saisir quelques images, qui disent la ferveur intacte de ceux qui n’ont jamais cessé de croire, même pendant le glacis soviétique.