Phénoménal

Reçu ce matin par la poste un lourd coffret de 80 CD que j’ai ouvert comme un cadeau de Noël avant l’heure, le deuxième volet de la réédition intégrale, entreprise par SONY, de tous les enregistrements réalisés par Leonard Bernstein pour le label américain. Il y avait déjà eu une première salve, à peine moins imposante (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/03/18/bernstein-forever/) avec « The Symphony Edition » A1Axq9ksvaL._SL1500_ La nouveauté, c’est une exceptionnelle compilation d’oeuvres concertantes et symphoniques de Bach à… Bernstein ! 91tB0E0QjcL._SL1500_ C’est encore plus incroyable que le premier coffret. On se demande déjà comment (et quand ?) Bernstein chef, et parfois pianiste, a pu enregistrer autant et aussi bien, un répertoire aussi immense, en moins d’une quinzaine d’années (dont la période – 1958/1969 – où il fut le directeur musical du Philharmonique de New York). C’est proprement hallucinant, et chaque galette prise au hasard réserve des surprises, même si les enregistrements nous sont depuis longtemps familiers. Le simple énoncé des compositeurs et solistes qui font partie de ce deuxième gros coffret donne le tournis : Bach, Barber, Bartok, Beethoven, Ben Haim, Berlioz, Bernstein, Bizet, Borodine, Brahms, Britten, Chabrier, Chostakovtich, Copland, Dallapiccola, Debussy, Dukas, Dvorak, Elgar, Enesco, Falla, Feldman,Gershwin, Gounod, Grofé, Grieg, Hindemtih, Honegger, Holst, Ives, Ligeti, Liszt, Mendelssohn, Moussourgski, Mozart, Nielsen, Offenbach, Piston, Poulenc, Prokofiev, Rachmaninov, Ravel, Respighi, Revueltas, Rimski-Korsakov, Rossini, Saint-Saëns, Sibelius, Johann Strauss, Richard Strauss, Stravinsky, Suppé, Tchaikovski, Thomas, Wagner – liste non exhaustive !etc… Et puis de savoureuses ouvertures, pièces de genre, marches, valses, que Bernstein transfigure par son charisme, son énergie… et sa culture. Comme cette ouverture de Raymond d’Ambroise Thomas (quand nous rendra-t-on la version télévisée du chef à la tête de l’Orchestre National ?)

Isaac Stern Zino Francescatti, André Watts, Glenn Gould, Yehudi Menuhin, Rudolf Serkin, Philippe Entremont, Gold et Fizdale, Dave Brubeck, André Previn, Gary Graffman, Pinchas Zukerman, Leonard Rose sont les solistes de pratiquement tous les concertos du répertoire, parfois en plusieurs versions. D’autres chefs ont encore plus enregistré que Bernstein (je pense à Antal Dorati) mais il y a  peu d’exemples d’une telle prodigalité à si haut niveau. Bernstein ou le désir fou de musique !

Le violon d’avant guerre

Avant mon escapade vacancière, j’avais commencé à dérouler le fil des Mémoires non publiés (Autour du monde en 80 années) de Robert Soëtens : https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/03/il-venait-davoir-18-ans/

Dès son admission au Conservatoire de Paris en 1910, le jeune Robert court les concerts, dans le cadre d’une vie musicale d’une profusion exceptionnelle. Récit :

« Je fréquentais surtout les concerts des violonistes célèbres, nouveaux pour moi, le fascinant Kreisler, dont les « tziganeries » et les viennoiseries d’un répertoire personnel n’altéraient en rien la grandeur de l’artiste, incomparable dans la tendresse mozartienne, Bronislaw Hubermann, l’idéal interprète, rêveur et confidentiel, des Sonates de Brahms, qui nous racontent son amour pour Clara Schumann, l’enchanteur Jacques Thibaud dont j’avais reçu, avant octobre 1910, lors de ses passages à Paris entre deux tournées, ainsi que durant l’été à Saint-Lunaire, des leçons de charme violonistique, auxquelles s’ajoutèrent celles du tennis, dont Thibaud était très amateur avant de se consacrer au golf. J’ai vu, ensemble sur un court de championnat, l’équipe Cortot/Casals jouant contre Thibaud et je crois le pianiste Maurice Daumesnil. Aux concerts du célèbre trio (Cortot/Thibaud/Casals) qui faisait courir le Tout-Paris, j’étais souvent le tourneur de pages de confiance, c’est-à-dire assis à la meilleure place !

Je ne manquais pas non plus un récital d’Enesco, si musicalement enrichissant; avec lui, le compositeur était l’interprète des autres, le violon n’étant qu’un moyen. Il partageait rigoureusement sa vie en deux tranches très précises et régulières annuellement – celles du violoniste et du compositeur, faisant, en octobre, une tournée de récitals en Roumanie, en novembre et décembre des tournées en France, en janvier et février aux Etats-Unis, puis en mars et avril un séjour à Paris, rue de Clichy où j’eus le privilège plus tard de le visiter et de jouer, lui étant au piano, sa 2eme sonate. Enfin, de mai à septembre, retiré dans sa résidence de Bucarest, au palais de la princesse Cantacuzène, son épouse, et à Sinaia où il possédait une villa toute blanche dans les pins, il se consacrait à la composition. »

J’interromps ici le récit de Robert Soëtens pour évoquer un souvenir personnel. Pendant l’été 1973, lors d’un voyage en Roumanie déjà évoqué ici (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/12/et-la-callas/), j’ai visité cette maison de campagne d’Enesco (en réalité, Enescu, mais il faut croire que les Roumains qui fréquentaient Paris redoutaient une prononciation à la française de la fin de leur nom, et préféraient un « o » final plus raffiné et exotique, d’où Enesco, Bibesco, etc.), la Villa Luminis construite en 1926 à Sinaia.

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Il y a quarante et un ans, la maison n’était pas encore transformée en musée-mémorial, mais pouvait se visiter. Mon cousin et moi fûmes reçus par un gardien-concierge qui parlait quelques mots de français, et lorsque je lui dis que je jouais un peu de piano… il me fit cadeau de trois partitions d’Enesco pour piano, d’une difficulté telle que je ne suis jamais allé au -delà d’une tentative de déchiffrage ! Mais c’est sans doute le souvenir le plus émouvant que j’ai rapporté de cette première découverte de la Roumanie.

Suite du récit de Robert Soëtens :

« Parmi les pianistes, mon enthousiasme allait à Cortot, poète du piano, nourri d’une riche culture intellectuelle, qui s’exprimait dans son jeu; j’admirais aussi le beethovénien Risler, l’impétueux Sauer (l’un des derniers élèves de Liszt), mais restais bien déçu – par rapport à l’importance de sa renommée – des rubatos chavirants de Paderewski« 

Demain suite des souvenirs de R.Soëtens : Pelléas, Le Sacre, le Théâtre des Champs-Elysées

Quelques disques indispensables pour relayer les souvenirs de notre violoniste centenaire :81fjRDgraLL._SL1500_

Mention toute particulière et affectueuse l’âme de ce très bel enregistrement de la musique de chambre d’Enesco, la violoniste Tatiana Samouil

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Et l’unique opéra d’Enesco en français, écrit en grande partie dans la Villa Luminis :

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Le dernier dîner

 » Mais à propos des concerts : les gens iront toujours au concert, écouter de la musique, croyez-moi…..Mais leur nature changera sans aucun doute. On ne peut pas rester enfermé dans la tradition qui consiste à se transmettre les abonnements de grand-père en fils et en petit-fils…

Bien sûr qu’un orchestre doit continuer à jouer la Septième de Beethoven et la Pathétique de Tchaikovski. Ce ne serait pas terrible si le « musée » mourait ! mais il va falloir qu’il change si lui-même ne veut pas disparaître. Il ne devrait pas y avoir juste des concerts « musée’ avec de temps à autre une oeuvre nouvelle en prime… ou le chef-d’oeuvre type du XXème siècle comme le Concerto pour orchestre de Bartok ou la Symphonie de psaumes de Stravinsky.

C’est juste qu’il faudrait qu’il y ait différents genres de musées pour différents genres de musique….Et le Philharmonique* devrait aussi avoir une fonction éducative destinée aux jeunes musiciens qui vont remplacer les anciens de l’orchestre au seuil de la retraite, mais aussi à différents genres de publics dont les gosses et les vieux et ceux qui avant n’aimaient que le rock »

De qui ces propos visionnaires ? Du génial Leonard Bernstein, dans un petit bouquin passionnant qui relate le dernier entretien que le journaliste Jonathan Cott a eu avec le compositeur chef d’orchestre américain quelques semaines avant sa mort le 14 octobre 1990. Fascinant de revivre cette soirée, dans l’intimité de Lenny. Seul bémol : la traduction catastrophique – comme c’est trop souvent le cas pour des ouvrages en rapport avec la musique traduits de l’anglais

81uWi1BBzPL._SL1500_Si l’on avait encore des doutes sur l’intelligence foudroyante, la culture immense, le sens ravageur de l’humour et de l’auto-dérision, du compositeur de West Side Story et des Chichester Psalms, ce livre achèverait de séduire les plus réticents.

Parmi des dizaines de sujets évoqués, la fameuse mésentente – qui a jusqu’à aujourd’hui servi d’argument publicitaire – entre Glenn Gould et Bernstein à propos d’un enregistrement du 1er Concerto de Brahms, « mésentente »… qui n’a jamais existé selon le chef !

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Lorsque cette dernière soirée touche à sa fin, Leonard Bernstein répond à Jonathan Cott qui lui demande quel est son enregistrement préféré : La version transcrite par Mahler pour grand orchestre à cordes du quatuor op.131 de Beethoven qui lui a donné ainsi qu’aux musiciens du Philharmonique de Vienne beaucoup de fil à retordre (« Comment voulez-vous que nous arrivions à jouer à cinquante ce qui est injouable à quatre ?  » l’interpelle le premier violon). Le seul disque que Bernstein a expressément  dédié à sa femme Felicia, disparue en 1978.

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* Bernstein évoque évidemment l’orchestre philharmonique de New York

 

Le ressuscité de New York

Comme certains opéras ou certains compositeurs ( lire https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/04/20/lopera-honteux/), certains chefs d’orchestre ont mauvaise presse, ou ne sont pas considérés par une partie de la critique comme de grands chefs.

C’est le sort de James Levine, patron incontesté et adulé du Met (le Metropolitan Operade New York) depuis 40 ans, qui n’a jamais été vraiment reconnu en Europe. Trop américain, pas assez « old fashion » ou « Mittel Europa » pour avoir ses lettres de noblesse dans le répertoire classique ou romantique !

Emblématique de cette forme de mépris, le peu de cas, voire le passage sous silence, de l’intégrale des Symphonies de Mozart que Levine avait réalisées avec le Philharmonique de Vienne (la seule et unique à ce jour de cette prestigieuse phalange qui sait son Mozart mieux que personne), intégrale qui a été rééditée dans le gros coffret consacré à cet orchestre par Deutsche Grammophon :

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Moi j’ai écouté cette intégrale, et je la trouve passionnante par l’élan, la jeunesse, le souffle qui animent la baguette de James Levine.

Et j’ai eu la même impression, et le même bonheur, en écoutant les intégrales des Symphonies de Brahms et de Schumann que DGG avait fait graver au jeune chef à Berlin et à Vienne. Des intégrales qui sont presque devenues des « collectons » tant elles sont parcimonieusement distribuées…

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On trouve plus facilement des enregistrements antérieurs de ces symphonies chez RCA, du coup plus clinquantes, plus « américaines » en somme. Ici la préférence va nettement à Levine l’Européen !

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Un gros coffret souvenir de son passage à la tête des Münchner Philharmoniker (où il avait succédé à Celibidache !) ne fait que confirmer mon jugement favorable surtout dans les oeuvres de grande ampleur (Schönberg, Mahler)

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Il se trouve que pendant mon voyage en Croatie, j’ai trouvé dans un magasin de disques de Split – oui il en existe encore dans ces pays-là ! – le double CD qui a marqué le triomphal retour de James Levine devant son cher orchestre du Met, il y a un an, pour son 70ème anniversaire, après une terrible série d’épreuves de santé, qui l’ont obligé à démissionner de son poste à Boston et à laisser la direction de l’opéra new yorkais à de plus jeunes collègues qui guignaient la place avec aussi peu de retenue que de talent (je pense à  Fabio Luisi)

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Il n’est que d’écouter ce « live » capté au printemps 2013 au Carnegie Hall – un programme très classique, une ouverture de Wagner, le 4e concerto de Beethoven avec un Kissin impérial, la 9e symphonie de Schubert – pour balayer toutes les réserves émises sur le compte de ce chef si attachant.

Evidemment, il faudrait ici dérouler l’incroyable épopée lyrique de James Levine, tous ses enregistrements d’opéras, tous les CD et DVD de ses spectacles du Met. Tout n’est sûrement pas sur les mêmes sommets, mais tout de même… qui d’autre que lui pourrait aligner pareille somme de réussites !

Des émissions de France-Musique, des articles dans Diapason, réhabilitent heureusement celui à qui on souhaite d’avoir surmonté durablement la maladie. Les géants comme lui ne courent pas les rues ni les podiums !

Emprunts et empreintes ou Mozart et La Marseillaise

L’histoire de la musique regorge d’emprunts : les compositeurs se sont allègrement copiés – parfois sans le savoir -, piqué des thèmes, des mélodies, des formules rythmiques.

Puisque j’évoquais hier les Danses symphoniques de Rachmaninov, jetez une oreille à cette délicieuse et mélancolique Night Waltz, tirée de la comédie musicale A little night music de Stephen Sondheim.

Un petit air de famille avec la valse de la 2e des Danses symphoniques non ?

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J’ignore si, chez Sondheim, l’emprunt est conscient ou non…

Autre emprunt – volontaire ou non ? – de Mozart à Haydn : le finale de la 41e symphonie « Jupiter » de Wolfgang commence exactement par les mêmes quatre notes que le finale de la 13e symphonie – beaucoup moins connue – de Joseph.

ImageHaydn 13e symphonie, 4e mvt.

ImageMozart 41e symphonie, 4e mvt

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Toujours à propos de Mozart, on est frappé à l’écoute du 1er mouvement de son 25e concerto pour piano, par un thème secondaire en forme de marche. Ecoutez à partir de la 7e minute :

Et voilà comment Mozart est suspecté d’avoir copié La Marseillaise de Rouget de Lisle ! En l’occurrence, il suffit de regarder les dates de composition pour vérifier que s’il y a eu emprunt, c’est dans l’autre sens : le 25e concerto de Mozart date de 1786…. la Marseillaise de 1792 !

Une belle occasion pour reparler de la dernière rencontre discographique de Martha Argerich et du très regretté Claudio Abbado :

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Plus subtiles, les empreintes que des compositeurs laissent sur leurs cadets, ombre intimidante (Beethoven sur Brahms) ou influence amicale (Brahms sur Dvořák)

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Voilà le thème principal du concerto pour violoncelle de Dvořák (1895). Ecoutez maintenant le début du 2e mouvement de la 4e symphonie de Brahms (1885) :

Bien sûr ce n’est pas la même tonalité, ni le même rythme, mais tout de même un fameux air de parenté ! Sachant combien Brahms a aidé Dvořák, et combien ce dernier admirait son aîné, il n’est pas interdit de penser que l’un s’est inspiré de l’autre…

Enfin, et le sujet est bien trop vaste pour être traité ici – et je n’en aurais pas la compétence – il faut évoquer l’empreinte – stimulante ou étouffante -, l’influence que de grands compositeurs ont exercées sur leurs contemporains et successeurs, Haydn bien sûr (on l’oublie trop souvent) sur Mozart et Beethoven par exemple, Beethoven sur tout le XIXème siècle, Wagner puis Debussy, etc. Je ne mets pas Mozart dans la liste, parce qu’il n’a pas d’épigone, de successeur, comme si son génie avait atteint une sorte de perfection… inimitable.

Mais Beethoven bien sûr ! On pourrait illustrer son empreinte, son ombre portée, par de multiples exemples. J’en retiens deux, symboliques.

La tonalité de ré mineur est la signature de sa 9e et dernière symphonie (même si le finale célébrissime de l’oeuvre, l’Ode à la joie, se clôt par un triomphal ré majeur) : ci-dessous les premières notes du début de chaque mouvement de la 9e.

ImagePremier exemple : Brahms, qui n’achèvera sa 1ere Symphonie qu’à l’âge de 43 ans, tant il était impressionné, intimidé par son ainé. Ce n’est évidemment pas un hasard si son 1er concerto pour piano – en réalité une symphonie avec piano – est… en ré mineur et paie un tribut évident à Beethoven (lire http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/03/20/brahms-concerto-pour-piano-n-1-8139038.html)

Hasard aussi – on en doute – que la 9e symphonie de Bruckner commence dans la tonalité sombre et dramatique de ré mineur ?

Abbado, Karajan, les lignes parallèles

La mort de Claudio Abbado n’en finit pas de secouer le monde musical, et sur Facebook les souvenirs, les anecdotes, les témoignages se multiplient. Lorsque Sylvain Fort demande, avec son habituelle fausse naïveté, quels disques d’Abbado on préfère, il sait que les réponses ne vont pas être unanimes, et que la question même suscite le débat…

J’ai malheureusement peu de souvenirs personnels de concerts dirigés par Claudio Abbado. Deux ou trois seulement, à Paris, une fois à la Cité de la Musique, une autre.. au Cirque d’hiver (une chaleur étouffante, et le Gustav Mahler Jugendorchester si ma mémoire ne me fait pas défaut). Des symphonies de Haydn pétillantes, mais pas très creusées, un 3e concerto pour piano de Beethoven avec la toute menue mais épatante Maria Joao Pires… Maigre bilan donc, mais finalement pas étonnant pour quelqu’un comme moi qui n’a jamais cédé à une sorte d’Abbadomania !

Sur le legs discographique du chef italien j’en ai déjà beaucoup dit (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/01/20/lheritage-abbado/),

Mais, à bien y regarder, il y a plus d’un parallèle à faire entre Claudio Abbado et son prédécesseur légendaire à la tête des Berliner Philharmoniker, Herbert von Karajan. 

Morts au même âge – dans leur 81eme année – après des années de maladie et de souffrance, ils ont l’un et l’autre soigneusement construit et cultivé leur image, beaucoup enregistré (trop ?), Et l’un comme l’autre – c’est mon point de vue ! – ont laissé d’incontestables réussites là où on ne les attendait pas, et ne sont pas  toujours des références dans les répertoires qui leur étaient a priori les plus familiers.

Dans le symphonique, malgré plusieurs intégrales, ni Karajan ni Abbado ne sont mes « indispensables » dans Beethoven, Brahms ou Dvorak. En revanche, ils ont gravé d’admirables Tchaikovski, laissé d’inégales réussites dans Mahler et Bruckner, compris mieux que des natifs les sortilèges de Debussy et Ravel. Dans Mozart et Haydn, l’un et l’autre privilégiaient l’allure, la beauté plastique, et la manière de « retour aux sources » opérée par Abbado avec son orchestre Mozart cette dernière décennie ne m’a jamais vraiment convaincu.

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Dans la discographie de Karajan, ce sont les « hors piste » les plus intéressants : le coffret consacré au trio Schönberg/Berg/Webern, la 4e symphonie de Nielsen, la 5e symphonie de Prokofiev, la 10e symphonie de Chostakovitch (deux fois), et bien sûr les symphonies de SIbelius.

Chez Abbado, on doit rappeler la meilleure intégrale, la plus fiévreusement romantique, des symphonies et ouvertures de Mendelssohn :

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Mais ce qui, toujours dans le répertoire symphonique, rassemble les deux anciens « patrons » de l’orchestre philharmonique de Berlin, ce sont des Mahler et des Bruckner transfigurés par l’épreuve de la maladie, Abbado avec l’orchestre du festival de Lucerne qu’il avait ressuscité, Karajan avec les Viennois. Témoignages absolument admirables heureusement disponibles en DVD.

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Je reviendrai dans un prochain billet sur les parallèles entre Abbado et Karajan dans le domaine de l’opéra.

Pour l’heure, je retiens de Claudio Abbado un double enregistrement qui n’est sans doute pas ce qui viendrait immédiatement à l’esprit de qui voudrait citer une « référence » de ce chef : la 1ere symphonie de Bruckner. L’une de ses toutes premières gravures dans les années 60 avec Vienne, et l’une des dernières avec Lucerne – qu’on trouve l’une et l’autre séparément ou en coffret.

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