Frontières

J’en ai eu confirmation dimanche soir, lors de la cérémonie de remise des trophées Echo-Klassik à Berlin (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/10/19/les-echos-de-la-fete/) : Schengen n’y a rien fait, les frontières existent bel et bien dans les médias comme dans les carrières musicales.

Lorsque les animateurs de la soirée, Rolando Villazon et sa comparse Nina Eichinger – excellente et charmante au demeurant, mais de moi et des rares Français présents jusqu’alors inconnue – nous annonçaient avec force adjectifs la présence exceptionnelle de tel ou tel, une vedette populaire de la télé, un ancien sportif de haut niveau, un « fantaisiste » célèbre, nous nous regardions, perplexes. Le nom de ces personnalités, très applaudies (puis très photographiées hors scène), est totalement inconnu hors des frontières allemandes, ou de la zone de diffusion des chaînes TV allemandes.

J’en ai eu maintes fois la preuve, lorsque je travaillais et vivais en partie en Belgique. Si beaucoup de Belges francophones regardaient les chaînes françaises, avec parfois une pointe de snobisme – ce qui était de Paris était nécessairement mieux que de Bruxelles ou de Liège – et connaissaient donc les figures de la télévision, et la gent politique française, on ne peut pas dire que les Français se soient jamais intéressés aux stars belges du petit ou du grand écran, sauf quand une récompense internationale venait à les mettre en lumière (comme Luc et Jean-Pierre Dardenne) ou que Paris les adoptait, comme Philippe Geluck ou plus récemment Charline Vanhoenacker.

Dans le domaine musical, les frontières demeurent bel et bien. Parfois doublement.

Prenons le cas des musiciens récompensés dimanche soir : Jonas Kaufmann est hors catégorie, mais sa célébrité mondiale est relativement récente. Quand il venait chanter un opéra inconnu de Humperdinck à Montpellier en 2005, c’était déjà un magnifique ténor, mais il était loin d’être la star adulée qu’il est aujourd’hui.  Sonya Yoncheva a une notoriété plus récente, mais le public français l’a vite adoptée et les scènes de Londres, New York, Milan se l’arrachent.

David Garrett, quant à lui, est justement le type même de la star nationale, connu et reconnu dans une sphère géographique et culturelle déterminée, l’Allemagne et l’Autriche. Son homonyme féminine, Lesley Garrett a la même trajectoire au Royaume-Uni. L’un et l’autre vendent des disques et des DVD par centaines de milliers (http://www.amazon.fr/s/ref=nb_sb_noss_2?__mk_fr_FR=ÅMÅŽÕÑ&url=search-alias%3Daps&field-keywords=david+garrett) En France ? quasiment inconnus, loin derrière un autre violoniste André Rieu (qui est des seuls de sa « spécialité », comme naguère un Richard Clayderman, à faire les têtes de gondole de tous les disquaires et boutiques d’aéroport du monde !).

Si l’on s’en tient aux musiciens au parcours plus classique, on assiste au même phénomène. Souvent inexplicable. Les réseaux, les amitiés, dit-on, les habitudes plus souvent, le manque de curiosité parfois des organisateurs de concerts. J’ai nombre d’exemples en tête, du temps de mes années liégeoises. J’étais accusé par certains de favoriser mes amis français (forcément au détriment des talents belges), alors que ma seule préoccupation était de faire connaître au public de fantastiques musiciens, d’où qu’ils viennent, et quelle que soit leur nationalité (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/10/11/merci/)

Quand Pieter Wispelwey est venu à mon invitation pour la première fois à Liège, il m’a avoué ne s’être jamais produit dans le pays voisin de quelques kilomètres du sien, les Pays-Bas ! En 1987, Stephen Kovacevich donnait son premier concert à Genève, en 1990 Christian Zacharias idem, alors que l’un et l’autre faisaient déjà une carrière internationale et un nombre impressionnant de disques.

Que dire, à l’inverse, de carrières de musiciens français qui ont connu leur plein essor loin de l’Hexagone, Philippe Entremont, Robert Casadesus, Jean-Yves Thibaudet, pour s’en tenir aux pianistes. Rencontrant il y a quelques années Cécile Ousset, qui était l’une des solistes favorites de Simon Rattle au Royaume-Uni – leur discographie commune n’est pas mince – qui a enregistré avec Kurt Masur et pour Berlin Classics, je lui avais demandé dans quelle ville allemande ou anglaise elle vivait. Elle a souri et m’a répondu avec une délicieuse pointe d’accent méridional qu’elle n’avait jamais quitté sa maison du Midi. Mais elle n’expliquait pas non plus pourquoi elle a joué si rarement dans son pays natal.

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Quand on fait son marché chez Dussmann, le seul disquaire digne de ce nom de Berlin, on découvre nombre de CD de jeunes artistes, non seulement inconnus en France, mais dont les disques ne sont même pas distribués (le principe du cercle vicieux, pas de disques, pas d’engagements, pas de carrière…). Exemples : Martin Stadtfeld et Nikolai Tokarev

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Je ne porte pas de jugement, je constate que leur jeune notoriété (et leur talent réel) restent circonscrits à une zone donnée.

Qui sait, en dehors de l’Italie, qu’une des intégrales les plus achevées, passionnantes – et aussi la mieux enregistrée – de l’oeuvre de Chopin vient de paraître sous le label Decca, branche italienne ? Qu’elle est due à un magnifique pianiste, qui n’est pas un perdreau de l’année – il a 48 ans – Pietro de Maria, ancien élève notamment de Maria Tipo à Genève (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pietro_De_Maria).

Je me rappelle très bien sa belle participation au Concours de Genève justement, en 1990 : j’étais membre du jury qui a décerné le premier prix à l’unanimité à un autre immense pianiste, devenu un ami très cher, Nelson Goerner (qui a aussi attendu longtemps avant d’atteindre à la grande carrière qui est aujourd’hui la sienne).

Pourquoi l’Italie et pas la France ? Question sans réponse. Un bon conseil : se procurer ce coffret Chopin. De la beauté pure.

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Les échos de la fête

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Il me l’avait fait promettre, je devais être à Berlin ce 18 octobre. De retour dans la grande salle du Konzerthaus am Gendarmenmarkt pour l’une de ces cérémonies dont les professionnels de la congratulation sont si friands. Menahem Pressler a bien fait d’insister. Et moi de répondre à son invitation.

Dans et après cette soirée Echo-Klassik transmise par ZDF2 (l’équivalent allemand de France 2), les moments d’exception ont été si nombreux que je ne veux pas critiquer la longueur des présentations, l’enthousiasme tellement répétitif qu’il en était artificiel du maitre de cérémonie Roland Villazon ou la prestation caricaturale du plus célèbre pianiste de l’heure.

Récit :

Tapis rouge sur les marches du Konzerthaus, depuis la veille les équipes de télévision s’affairaient, la pluie qui menaçait a eu le bon goût de laisser la place à un timide soleil d’automne.

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Installé aux premières loges en surplomb du parterre et de la scène, je ne vais rien manquer du spectacle, qui commence fort. L’orchestre du Konzerthaus joue la polonaise d’Eugène Onéguine de Tchaikovski, enlevée, élégante à souhait sous la baguette de Pablo Heras-Casado. 

Puis la première star de la soirée, qu’on a déjà croisée à l’entrée des artistes, arrive pour recevoir le premier trophée Echo-Klassik et surtout pour chanter le célèbre « Recondita armonia » de Tosca de Puccini. 

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Et le miracle se produit, on est submergé par l’ardeur, la beauté, le raffinement de ce timbre, de cette voix, puis par la simplicité, la gentillesse du ténor allemand. On en aura une preuve supplémentaire quelques heures plus tard, lorsque, voisins de table au restaurant Borchardt, Jonas Kaufmann viendra saluer et discuter de belles et longues minutes avec Menahem Pressler.

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Rien à dire, ou plutôt pas envie de dire du mal, de celui qui succède à Jonas Kaufmann sur la scène du Konzerthaus, il est récompensé, paraît-il, pour son engagement à enseigner le piano à des millions de petits Chinois, Lang Lang tel qu’en lui-même…

Arrivant tout juste de New York, où elle triomphe en Desdémone dans Otello au Met, Sonya Yoncheva n’a pas la voix jetlagée pour clamer « O Paris, gai séjour« de Lecocq, l’une des perles de son dernier disque.

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Je retrouve plus tard Sonya, son mari Domingo Hindoyan (lui aussi juste rentré de Liège où il a passé la semaine avec l’orchestre) et leur petit garçon d’un an. Ils vont aussi dîner au Borchardt, on évoque le beau projet de l’été prochain. Ils s’en réjouissent d’avance, et moi donc !

La soirée avançant, je découvre que la télé allemande a ses stars, ingrédient nécessaire pour décontracter une cérémonie trop classique ? Villazon aurait bien suffi dans ce registre…

Vont se succéder, au gré des très (trop?) nombreuses récompenses, Maurice Steger, un Blockflötist (un flûtiste…à bec !) suisse – je me rappelle un premier CD très confidentiel chez Claves il y a plus de vingt ans, il remplit les salles aujourd’hui -, Cameron Carpenter, l’organiste fou (ah le look d’enfer !), un violoniste qui, sur le marché allemand, a ravi les têtes de gondole à André Rieu ou Nigel Kennedy, David Garrett, qui prouve ce soir qu’il n’a rien oublié de sa formation classique. On l’avait connu jadis en duo avec Jonathan Gilad jouant lors d’une veillée de Noël pour les enfants malades de l’institut Gustave Roussy de Villejuif, puis comme soliste du concert que l’Orchestre philharmonique de Liège avait donné au théâtre des Champs-Elysées en 2004 sous la direction de Louis Langée. Quelque chose dans son attitude sur et hors scène nous dit qu’il n’a pas pris la grosse tête…

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Un duo moins prévisible et très réussi : le beau gosse Andreas Ottensamer (qui truste avec son père Ernst, son frère Daniel, les postes de clarinette solo de Vienne et Berlin, rien de moins !) et le nouveau Paganini tout en cheveux, Nemanja Radulovic, dans la célèbre Czardas de Monti. 

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Un projet de disque en commun ?

Défilé d’autres récompenses, avec un côté entre soi plutôt dérangeant : Villazon chanteur et metteur en scène d’un Elixir d’amour dirigé par le chef de la soirée Pablo Heras Casado, on ne savait plus qui remerciait qui..mais aussi un bel hommage à l’altiste disparu du quatuor Artemis.

Arrive alors le violoniste Daniel Hope… sans son violon. La présentatrice rappelle qu’il a été, avec le violoncelliste Antonio Meneses, membre du Beaux Arts Trio dernière manière. Même si on salue comme il se doit la très belle réédition du fabuleux legs discographique de ce trio mythique

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ce n’est pas la raison de la présence de Daniel Hope. Il est venu dire les mots du souvenir et du coeur à l’adresse de l’homme à qui l’Allemagne a rendu, en 2013, sa nationalité, et à qui la salle comble du Konzerthaus va faire ce soir une prodigieuse standing ovation : Menahem Pressler.

Les mots du pianiste sont à l’unisson de ceux de Daniel : simples, justes, touchants. Et personne ne retiendra ses larmes, ni dans la salle, ni sur, ni hors scène, quand retentira, une fois encore, mais encore une fois différent des autres fois, ce Nocturne de Chopin

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A la sortie des artistes, tout un groupe attend, des jeunes surtout, pour tenter d’obtenir une signature du vieil homme. La fatigue est visible, mais dès que nous serons installés au restaurant Borchardt tout proche, l’appétit lui reviendra et il faudra insister pour qu’il rentre se coucher, avant de partir tôt ce matin pour Dresde où il doit répéter Mozart avec Christian Thielemann..

Jonas Kaufmann, le président de Sony, Cameron Carpenter, Sonya Yoncheva et Domingo Hindoyan, font tables voisines. Ce n’est pas le plus calme ni le meilleur établissement du quartier, mais Borchardt c’est une institution, the place to be après le concert.

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(Daniel Hope et Menahem Pressler, les deux tiers du Beaux Arts Trio !)

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Légendes vives

Une photo prise dimanche sur la scène de l’opéra de Vienne a suffi pour raviver une cohorte de souvenirs émerveillés, tout simplement la découverte et l’apprentissage, par le disque d’abord, des chefs-d’oeuvre de la musique dite « classique ».

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Gundula Janowitz (à gauche) et Christa Ludwig (à droite), ont enchanté, formé une grande part de ma mémoire musicale. L’une et l’autre, souvent l’une avec l’autre, étaient de presque tous les enregistrements de Karajan durant les glorieuses décennies 60-70.

Beethoven (la 9e symphonie, la Missa Solemnis), Brahms (le Requiem allemand), Haydn (Les Saisons, la Création), Richard Strauss (Vier letzte Lieder) sont à jamais associés dans ma mémoire à la voix séraphique, et pourtant charnelle, lumineuse, et pourtant tendue, de Gundula Janowitz. 

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Lorsque Karajan a gravé la Messe en si et la Passion selon St Matthieu de Bach, il a réuni les deux dames, nées toutes deux à Berlin, l’une en 1928, l’autre en 1937.

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Christa Ludwig s’est, discographiquement parlant, partagée équitablement entre trois chefs qui ne pouvaient se passer d’elle, Karajan, Böhm, Bernstein, joli trio !

Impossible de dresser ici cette incroyable discographie.

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Et une perle rare de ma discothèque, une Femme sans ombre légendaire, précieusement conservée depuis ce jour de juin 1998, où nous avions fêté les 70 ans de Christa Ludwig sur France Musique.

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La dédicace qu’elle m’a laissée sur le livret de ce coffret dit tout de cette femme de tête et de coeur. Comme l’entretien qu’elle avait accordé il y a quelques mois à Forum Opéra : http://www.forumopera.com/actu/christa-ludwig-mezzo-ou-soprano-je-ne-sais-pas.

Ni Gundula Janowitz, ni Christa Ludwig n’ont jamais été qualifiées de « stars »- elles ne se sont jamais revendiquées comme telles ! – Si elles continuent de briller aussi fort dans nos mémoires, c’est parce qu’assurément ce sont de belles personnes, de celles qu’on aime comme nos mères ou nos grand-mères. Avec cette lumière et cette bienveillance intactes dans le regard.

C’était une autre légende que je rencontrais hier soir, à la Philharmonie de Paris, pas une cantatrice, mais un orchestre que je n’avais encore jamais entendu en concert (il y a un début à tout !) : le Gewandhaus de Leipzig. Dirigé par son directeur musical Riccardo Chailly (qui a pris tout le monde de court en annonçant son départ bien avant la fin de son contrat). Une mini-résidence à Paris autour de programmes associant Mozart et Richard Strauss. Il arrive parfois que la réalité ne rejoigne pas la légende. D’où vient cette impression qui ne m’a pas quitté de la soirée que ce Klangkörper – ce « corps sonore » – manque de personnalité ? Sauf quand il se fait partenaire à part entière d’un soliste extraordinaire, le violoniste Christian Tetzlaff qui parvient à nous captiver d’un bout à l’autre du 3e concerto de Mozart. Qui d’autre, Gidon Kremer peut-être ? Souvenir à vif de la dernière rencontre avec l’artiste, un certain 7 janvier 2015 : https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/01/10/le-silence-des-larmes/

Happy birthday

Vous pensiez, comme tout le monde, que ce Happy Birthday que vous entonnez – faux bien sûr ! – lorsqu’arrive le gâteau d’anniversaire parsemé ou couvert de bougies, était une sorte de vieille chanson traditionnelle. En réalité, vous enrichissiez sans le savoir l’obscur auteur d’une comptine enfantine revue et corrigée au fil des circonstances (http://www.lefigaro.fr/culture/2015/09/24/03004-20150924ARTFIG00045-la-chanson-happy-birthday-desormais-libre-de-droits.php). C’est fini, Happy Birthday est libre….de droits !

Sans anniversaire, centenaire, sesquicentenaire, bi/tricentenaire, l’industrie du disque classique serait déjà morte sans doute. Heureusement que compositeurs et interprètes ont la bonne idée de rythmer chaque année d’un anniversaire « rond » : Verdi et Wagner – l’aubaine ! – nés tous deux en 1813, Richard Strauss en 2014 (150 ans de sa naissance, 65 ans de sa mort), deux nordiques cette année, le Danois Carl Nielsen (1865-1931) et le Finlandais Jean Sibelius (1865-1957). Inégalement traités.

Nielsen n’a, à ma connaissance, bénéficié d’aucune édition intégrale, et finalement de peu de nouveautés, alors que le Danois a tracé une voie originale, qui n’est en rien copie ou imitation. On en a eu la démonstration samedi dernier à Berlin (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/20/verifications/) avec sa 4ème symphonie.

J’ai découvert et appris à aimer ce compositeur grâce à un disque (des 3ème et 5ème symphonies) gravé par Leonard Bernstein à Copenhague avec l’orchestre de la radio danoise. C’est resté ma référence, même si, depuis, j’ai entendu bien d’autres versions et visions passionnantes du corpus des 6 symphonies et des poèmes symphoniques de Nielsen.

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Sibelius est autrement mieux traité. Il y a d’abord la monumentale intégrale construite sur une bonne dizaine d’années par le label suédois Bis.

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Deutsche Grammophon propose un coffret, assez inégal quant aux interprètes, mais bien composé pour brosser un large panorama de l’oeuvre du compositeur finnois.

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Pour les symphonies, Kamu et Karajan sont depuis longtemps des références (prodigieuse 5ème par exemple). Pour certains poèmes symphoniques, on est heureux de la réédition des versions, épisodiquement disponibles, d’un chef finnois Jussi Jalas, qui avait curieusement enregistré en Hongrie (connivence linguistique ? le hongrois et le finlandais sont deux langues extra-européennes très proches, on parle de souche finno-ougrienne). DGG est allé piquer à Naxos la version idiomatique de Kullervo, cette superbe fresque symphonique et chorale, celle de Jorma Panula (le maître de quasi tous les chefs d’orchestre finlandais en activité !). Plus contestable, le choix d’Anne-Sophie Mutter dans le concerto pour violon (pourquoi pas Ferras/Karajan ?). Mais un très beau bouquet de mélodies autour de Kim Borg (voir détails ci-dessous)

Enfin, dans les anniversaires, il est heureux que son premier éditeur, Philips/Decca, n’ait pas oublié les 75 ans du magnifique pianiste qu’est Stephen Kovacevich (lire : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2015/09/13/le-pianiste-oublie-8498722.html

*Coffret Sibelius Edition

CD 1
Symphony no. 1
Wiener Philharmoniker / Bernstein

CD 2
Symphony no. 2
Wiener Philharmoniker / Bernstein

CD 3
Symphony no. 3; Lemminkänen Suite
Helsinki Radio Symphony Orchestra / Kamu
CD 4
Symphonies nos. 4 & 6
Berliner Philharmoniker / Karajan

CD 5
Symphonies nos. 5 & 7
Berliner Philharmoniker / Karajan

CD 6
Kullervo Symphony
Turku PO / Jorma Panula

CD 7
En saga
Karelia Suite
Helsinki Radio Symphony Orchestra / Kamu

Rakastava for Strings
ASMF / Marriner
Spring Song
Finlandia
Pohjola’s Daughter
Gothenburg SO / Järvi

CD 8
Night Ride and Sunrise
Gothenburg SO / Järvi

In Memoriam
Hungarian State SO / Jalas

The Bard
Helsinki Radio Symphony / Kamu

Luonnotar*
The Oceanides
Andante festivo
Tapiola
Gothenburg SO / Järvi
* Soile Osokoski, soprano

CD 9
Violin Concerto in D minor op. 47
2 Serenades op. 69
Humoresque op. 87 no. 1
Anne-Sophie Mutter / Staatskapelle Dresden / Previn

CD 10
Songs Kim Borg, bass / Erik Werba, piano
Tom Krause, baritone/Pentti Koskimies, piano

CD 11
String Quartet in D minor op. 56 “Voces intimae” 
Emerson String Quartet
Malinconia op. 20 for cello and piano
Heinrich Schiff / Elisabeth Leonskaja
The Spruce, Winter Landscape for solo piano
Bengt Forsberg
Romance in D flat for solo piano op 24 /9
Shura Cherkassky

CD 12
King Christian II op. 27 – Suite for orchestra
GSO / Järvi
Pelleas & Melisande
SRO/ Horst Stein

CD 13
Scénes historiques – Suite no. 1 op. 25
Scénes historiques – Suite no.2 op. 66
Scaramouche op. 71
Swanwhite – Suite op. 54
Hungarian State SO /Jussi Jalas

CD 14
Four Kuolema extracts:
1 Valse triste
2 Scene with Cranes
3 Canzonetta
4 Valse romantique
GSO / Järvi

The Tempest Suite no. 1 op. 109 no. 2
The Tempest – Suite no. 2 op. 109 no. 3
Hungarian State SO / Jussi Jalas

Il est libre John

Il y a une quinzaine j’évoquais la parution récente, et pour beaucoup inutile, d’un double CD des concertos de Brahms (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/09/le-difficile-art-de-la-critique/).

Je rappelais qu’à la fin des années 60 le même Daniel Barenboim avait gravé les mêmes oeuvres avec un très grand chef, John Barbirolli. 

Du coup, j’ai ressorti cette version de ma discothèque, et plusieurs autres disques de ce chef vraiment méconnu (https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Barbirolli). Et j’ai redécouvert une vertu qui semble avoir échappé à la génération montante : la liberté, la fantaisie, l’art d’interpréter (ce qui ne veut pas dire trahir le texte).

Brahms justement, outre les deux concertos pour piano avec Barenboim, Barbirolli a gravé une version incroyable de tension, d’ampleur, de souplesse aussi, des symphonies avec le Philharmonique de Vienne. Malheureusement, comme la plupart des enregistrements de Sir John, difficilement trouvables en dehors d’un coffret-compilation naguère paru chez EMI.

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La musique anglaise bien sûr – comme si les chefs britanniques devaient être cantonnés au répertoire britannique ! – mais des merveilles dans la musique française (l’atavisme ? la mère du chef était française).

Des Sibelius, heureusement reparus, qui sont, à juste titre, considérés depuis belle lurette comme des références :

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Mahler, Schoenberg, Richard Strauss, tout ce que Barbirolli a gravé de ces compositeurs est indispensable : bien avant Karajan et Bernstein, le chef avait fait un travail phénoménal avec les Berliner Philharmoniker sur la 9ème symphonie de Mahler, en 1964. Et cela donne une version d’une infinie grandeur.

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Mais là où éclate avec le plus de force la personnalité exceptionnelle de ce chef, c’est dans les « live » qu’heureusement on nous restitue peu à peu. Barbirolli ose tout, parfois au détriment de la précision d’ensemble, mais le souffle, la respiration, qu’il imprime à ce qu’il dirige balaie toutes les réticences et soulève l’enthousiasme. C’est spectaculaire dans la musique viennoise, qu’il affectionnait tout particulièrement. On regrette que les Wiener Philharmoniker ne l’aient jamais invité pour leur concert du Nouvel an, cela nous aurait épargné tant de concerts ratés et sans relief (comme ceux de la dernière décennie…).

Ecoutez ce « live » – c’était lors des Prom’s – de la valse L’or et l’argent de Lehar : la foule murmure ce thème si célèbre, tandis que le chef se permet toutes les libertés, les respirations, et que l’émotion nous gagne.

Même sentiment quand on écoute l’ouverture – si difficile – de La Chauve-souris de Johann Strauss… et c’était un orchestre anglais, qui ne fréquentait pas cette musique si souvent.

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Bref, rien à jeter dans le legs discographique de John Barbirolli, et surtout le souhait qu’EMI devenu Warner ne se contente pas du coffret cité plus haut, mais rende à nouveau disponibles les Mahler, Tchaikovski, Dvorak, Grieg, et surtout Brahms, idiomatiques, inspirés, éperdus de liberté.

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P.S. Le sujet d’actualité de ce mardi, à Paris, c’était la pose d’une plaque commémorative dans l’île Saint-Louis, là où vécurent jusqu’à leur mort la pianiste Geneviève Joy, et son mari le compositeur Henri Dutilleux (1916-2013). Inutile polémique, cérémonie ratée.

La vie des nôtres

Tout le monde a vu, ou devrait avoir vu, La Vie des autres, le film de 2006, primé aux Oscars, de Florian Henckel von Donnersmarck, et son acteur principal Ulrich Mühe mort un an après cette soudaine célébrité (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ulrich_Mühe)

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Berlin, qui va fêter le 9 octobre les 25 ans de sa réunification, a ouvert un musée en ce début d’année, qui est non seulement une oeuvre de mémoire, mais une leçon d’histoire contemporaine : le STASI Museum. Sur les lieux mêmes, au sein du gigantesque quartier général du Minister fur Staatssicherheit (Stasi en raccourci) dans le quartier paisible de Normannenstrasse au nord-est de Berlin.

On ne ressort pas indemne de cette visite, même si on a beaucoup lu et vu sur ce système d’espionnage mutuel qui n’a eu aucun équivalent en Europe au XXème siècle, à l’exception des années de terreur stalinienne. Le héros des collaborateurs de la Stasi était d’ailleurs Felix Djerzinski, le bras armé de Lénine, fondateur de la sinistre Tcheka, ancêtre du KGB. C’est dire la référence !

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Les conditions de travail du patron et de l’état-major de la Stasi étaient, comme le montrent ces photos, des plus confortables. Les dignitaires des si mal nommées « démocraties populaires » ont toujours bien pris soin de leurs privilèges.

Mais le décor est accessoire, il faut visiter une à une les salles, des anciens bureaux, de ce musée, pour la qualité de la documentation – on est en prise directe avec l’horreur. Une horreur récente… et réelle. Tout y est méticuleusement décrit, la fondation de ce terrible « Ministère » sur les décombres de la Seconde guerre mondiale et la partition de l’Allemagne, qui va devenir dès 1950 et la répression sanglante du soulèvement des Berlinois, le coeur, le centre, l’essence de la dictature communiste version Ulbricht et Honecker. Un homme va se rendre indispensable, Erich Mielke, immuable patron de la Stasi.

Parmi les nombreux documents qu’on peut voir dans ce musée, cette vidéo terrible et ridicule de celui qui n’a rien compris à ce qui vient de se produire quelques jours plus tôt, et qui échappera jusqu’à sa mort en 2000 aux foudres de la justice…

Autre film édifiant sur les méthodes de la Stasi :

Florian Henckel aurait dû intituler son film : La vie des nôtres. Puisqu’il est avéré, depuis que les archives de la Stasi – c’est un « avantage » de la bureaucratie communiste, tout a été minutieusement consigné et conservé – ont livré leurs secrets, qu’au sein des familles, des couples, entre enfants et parents, frères et soeurs, tous se surveillaient, s’espionnaient, se dénonçaient mutuellement…

La nausée.

http://stasimuseum.de

Vérifications

Quand je veux compter mes visites à Berlin, ma mémoire s’embrouille, l’excès de bons souvenirs sans doute.

Etrange capitale qui a des allures de village étiré à l’infini, dépourvu de centre de gravité. Rien n’y est historique, puisque les vainqueurs de 1945 n’ont rien laissé debout. Et dans la partie orientale, à l’exception de la Karl-Marx-Allee qu’on a heureusement préservée, et même restaurée, on a effacé les marques les plus ostensibles du communisme triomphant. Tout le quartier de l’Alexanderplatz, des musées, et de la Staatsoper est un gigantesque chantier. Le Palais de la République a été détruit, non sans mal ni dépenses abyssales (le béton armé et l’amiante résistent !), pour laisser place à un projet pharaonique à tous égards http://fr.myeurop.info/2013/06/13/chateau-de-berlin-un-projet-pharaonique-conteste-10060

Mais les Berlinois ont-ils moins de droits que les Varsoviens à retrouver leur patrimoine ? Le touriste qui visite le Château de Varsovie prête peu attention au petit écriteau à la droite de l’entrée principale qui rappelle que la reconstruction a été achevée en… 1972. Dans quelques années, le château des Hohenzollern – fin des travaux prévue pour 2018 ! – ne déparera pas dans le quartier de l’université Humboldt, de la Staatsoper ou de la cathédrale St.Hedwig.

Je passe toujours devant cette église à l’imposante coupole avec un souvenir précis: l’un de mes premiers disques, la Messe du couronnement et la Messe « des moineaux » de Mozart dirigées par Karl Forster (https://de.wikipedia.org/wiki/Karl_Forster), avec le choeur…de la cathédrale St.Hedwig et une distribution de belle allure.

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On a compris que c’est d’abord pour la musique que je viens si régulièrement à Berlin. Les dernières fois, c’était pour des débuts : ceux de Yannick Nezet-Seguin, puis de Louis Langrée, l’un et l’autre avec l’orchestre philharmonique de Berlin.

Cette fois, pour le pur plaisir de retrouver deux des meilleures salles du monde : le Konzerthaus, am Gendarmenmarkt, un air de Musikverein ou de Philharmonie de Saint-Pétersbourg, à l’acoustique jadis trop généreuse, aujourd’hui idéale, et puis la Philharmonie, plus que cinquantenaire, qui a inspiré la nouvelle Philharmonie parisienne. Et deux programmes, deux chefs, qui ne pouvaient pas décevoir.

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J’étais ému, un peu inquiet aussi, de retrouver Günther Herbig, 84 ans, que j’avais si souvent invité à Liège et entendu à Bruxelles et à Paris. On ne sait pas les épreuves que l’âge inflige parfois à ceux que nous admirons, j’ai été totalement rassuré. Est-ce parce qu’il retrouvait son ancien orchestre, rebaptisé Konzerthaus-Orchester, et la ville où il a vécu, étudié (avec Karajan) et qu’il a fuie dans des conditions rocambolesques au début des années 80 ? Le vieux maître nous a offert d’abord un Ravel (Ma Mère l’oye) idiomatique, tendresse, couleurs, précision, chic.. bref l’essence de cette musique si typiquement française, puis en deuxième partie une Cinquième symphonie de Tchaikovski, tout simplement exceptionnelle, quelque chose entre Karajan et Mravinski. Un merveilleux orchestre, et une femme premier violon d’exception. Il y avait aussi un concerto, le 2e de Beethoven, avec un jeune pianiste américain, qui a fait quelques disques pour EMI. Rien à en dire, la fantaisie, l’esprit de ce Beethoven encore classique, étaient aux abonnés absents. Ceux qui seront mardi au Konzerthaus seront sûrement mieux servis avec Martha Argerich dans un concerto si souvent joué, avec tant d’amour et d’humour…

Hier c’était celui qui reste encore trois ans chef des Philharmoniker, Simon Rattle,  dans un programme fait par et pour lui, et des correspondances qu’on a perçues au fil du concert : on ouvrait avec – bonjour l’angoisse ! – une suite pour cordes tirée par Bernard Herrmann lui-même de la célèbre musique écrite pour Psychose de Hitchcock, suivait Schönberg et son monodrame Die glückliche Hand pour baryton, dix choristes et orchestre fourni – je ne comprends toujours rien au Schönberg postérieur à la Nuit transfigurée et Pelléas et Mélisande, ou plus exactement si mon intellect admire, ma sensibilité reste à sec, mais ça ne se dit pas, donc je ne vous ai rien dit ! -. En seconde partie, Rattle et les Berliner Philharmoniker tiraient prétexte du 150ème anniversaire de la naissance du compositeur danois Carl Nielsen pour offrir le voluptueux poème symphonique Pan et Syrinx et surtout une version tellurique, hallucinée, de l’extraordinaire 4ème symphonie, dite Inextinguible, jadis gravée par Karajan avec ce même orchestre, l’occasion d’apprécier deux solistes que je n’avais pas encore entendus à leur pupitre, Andreas Ottensamer, qui n’est pas qu’une gravure de mode, à la clarinette, et le flûtiste français Mathieu Dufour, naguère à Chicago, qui vient de rejoindre son compatriote Emmanuel Pahud.

Accessoirement, la démonstration que Herrmann, Schönberg, Nielsen dans un programme ne fait pas obligatoirement fuir les mélomanes, on aurait même le sentiment du contraire. Quand le public est considéré, respecté, il accepte autant sinon plus les aventures que le confort et la routine.

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Les surdouées

La comparaison pourra surprendre, et pourtant l’une me fait souvent penser à l’autre. Deux pianistes, deux femmes, si différentes en apparence, si ressemblantes à beaucoup d’égards. Yuja Wang (28 ans) et Martha Argerich (74 ans).

Comme beaucoup, j’ai tiqué quand j’ai vu le premier disque de la toute jeune Chinoise, passée par les Etats-Unis (pur produit du Curtis Institute de Philadelphie) :

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On sait que le chef italien n’a jamais été insensible aux jeunes talents féminins, et on pensait qu’il avait de nouveau succombé à l’élan de cette jeunesse exotique. Et puis on a écouté le disque, on a oublié tous ses a priori et revécu le choc éprouvé avec un autre disque – même programme – aujourd’hui complètement oublié, paru en 1989, avec une pianiste d’origine philippine, elle aussi passée par le Curtis, Cecile Licad

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Mais un excellent premier disque suffit-il à installer durablement une réputation, sinon une carrière, Yuja Wang allait-elle suivre les traces de son aîné de cinq ans (!), Lang Lang, techniquement surdoué, mais musicalement plus incertain (pour user d’un euphémisme !) ?

Rien de mieux que le concert pour rassurer, ou non, ses oreilles. Ce que j’ai fait pour l’un, puis l’autre. Yuja Wang c’était il y a un an exactement à Zurich, où elle accompagnait les débuts de Lionel Bringuier comme directeur musical de la Tonhalle. Dans le 2e concerto pour piano de Prokofiev que j’avais jusqu’alors toujours trouvé trop long, démonstratif et indigeste. Et soudain je n’avais plus entendu que de la musique, au-delà d’une technique incroyablement dominée, un dialogue amoureux avec l’orchestre, et surtout une attitude au piano, un calme olympien, en contraste total avec les minauderies, les poses de son confrère et compatriote. Et déjà j’avais pensé à Martha Argerich, cette attaque si particulière du clavier, à la fois griffe et caresse, cette impression que la technique est toujours au service d’un discours, jamais une fin en soi, et surtout pas un étalage.

Lundi soir, à la Philharmonie de Paris, Yuja Wang jouait le 4e concerto de Beethoven. Une autre paire de manches que la pyrotechnie de Rachmaninov ou Prokofiev. Le concerto (de Beethoven) préféré des pianistes (j’ai plus d’affection pour le 3eme). Les doigts ne suffisent pas, même s’il en faut. Beethoven peut résister même aux plus consentants. Comme il y a un an à Zurich, j’ai rendu les armes : une technique entièrement mise au service d’une complicité de chaque mesure avec les musiciens du San Francisco Symphony et de leur vénérable chef Michael Tilson Thomas (à force d’avoir toujours l’air d’un éternel jeune premier, MTT a quand même largement franchi le cap de la septantaine). Pas de déferlement incongru dans les cadences pourtant redoutables, pas de surlignage de mauvais goût, parfois un excès de pudeur, là où d’autres déclament avec plus d’insistance. En bis, l’arrangement hallucinant d’humour et de virtuosité de la Marche turque de Mozart dû à Arcadi Volodos, et, d’une simplicité toute de tendresse émue, un arrangement d’Orphée de Gluck. 

On l’aura compris, j’en pince pour Yuja, et j’attends avec impatience les Ravel qu’elle a enregistrés avec Lionel Bringuier à Zurich :

La transition est toute trouvée avec Martha Argerich, qui m’a marqué à jamais avec le concerto en sol, que je l’ai entendue jouer si souvent pendant la longue tournée de l’Orchestre de la Suisse romande au Japon et en Californie à l’automne 1987 (sous la direction d’Armin Jordan). Jamais elle ne jouait de la même manière, même si la patte Argerich est toujours immédiatement reconnaissable.

Deutsche Grammophon a regroupé en un beau coffret rouge de 48 CD tout ce que la pianiste argentine a gravé pour le label jaune ou Philips, en studio comme en concert. Il y a évidemment pas mal de doublons, au moins trois fois le 1er concerto de Tchaikovski, celui de Schumann, le 2ème de Beethoven, deux fois Ravel – les très récents « live » de Lugano, parfois plus intéressants que ceux qu’EMI/Warner édite chaque année. On ne va pas se lancer dans une critique détaillée, qui n’aurait aucun sens, et dont je serais incapable. Une remarque sur la composition de ce coffret : même s’il reprend les pochettes d’origine, la plupart des galettes ont un minutage généreux. Juste un petit pataquès, contrairement à ce qu’indique la liste ci-dessous, les CD 10 et 11, très courts l’un et l’autre, contiennent deux fois la même version de la sonate pour 2 pianos et percussions en version orchestrale de Bartok, avec les compléments (Noces de Stravinsky dirigées par Bernstein sur le 10, les Danses de Galanta de Kodaly par Zinman sur le 11) on faisait aisément tenir le tout sur un seul disque ! Mais les trésors de ce coffret sont en telle quantité et qualité qu’on ne va pas s’arrêter à un aussi petit défaut. Le coffret n’arrive en France que début octobre, mais il est déjà disponible dans d’autres pays européens, et mon impatience l’a une fois de plus emporté !

91z4AuFIe8L._SL1500_CD 1: DEBUT RECITAL: CHOPIN: Scherzo no. 3, BRAHMS: 2 Rhapsodies op. 79, PROKOFIEV: Toccata op. 11, RAVEL: Jeux d’eau, CHOPIN: Barcarolle op. 60, LISZT: Hungarian Rhapsody no. 6

  • CD 2:CHOPIN: Piano Sonata no. 3, Polonaise-Fantaisie op. 61, Polonaise no. 6 op. 53, 3 Mazurkas op. 59
  • CD 3: PROKOFIEV: Concerto no. 3 in C major/ RAVEL: Concerto in G major Berliner Philharmoniker / Abbado
  • CD 4: CHOPIN: Piano Concerto no 1 in E minor / LISZT: Piano Concerto no. 1 in E flat major London Symphony Orchestra / Abbado RAVEL: Piano Concerto in G major London Symphony Orchestra / Abbado
  • CD 5: TCHAIKOVSKY: Piano Concerto no. 1 in B flat minor Royal Philharmonic orchestra / Dutoit MENDELSSOHN: Concerto for Violin, Piano and String Orchestra Kremer/OCO
  • CD 6:LISZT: Sonata in B minor / SCHUMANN: Sonata no. 2 in G minor
  • CD 7: CHOPIN: Piano Sonata no. 2, Andante spianato et Grande Polonaise op. 22, Scherzo no. 2
  • CD 8: RAVEL: Gaspard de la Nuit, Sonatine, Valses nobles et sentimentales
  • CD 9: CHOPIN: 24 Preludes op. 28, Prelude in C sharp minor op. 45, Prelude in A flat major op. posth.
  • CD 10: STRAVINSKY: Les Noces (The Wedding) Anny Mory, soprano / Patricia Parker, mezzo-soprano / John Mitchinson, tenor / Paul Hudson, bass Krystian Zimerman, Cyprien Katsaris, Homero Francesch, piano I – IV English Bach Festival Chorus / English Bach Festival Percussion Ensemble LEONARD BERNSTEIN, BARTÓK: Concerto for Two Pianos and Percussion, BB 115 (Sz 110) Nelson Freire, pianos / Jan Labordus, Jan Pustjens, percussion Concertgebouw Orchestra, Amsterdam / DAVID ZINMAN
  • CD 11: BARTÓK: Sonata for Two Pianos and Percussion, BB 115 (Sz 110) / MOZART: Andante with Five Variations in G major for piano duet, K. 501 / CLAUDE DEBUSSY: En blanc et noir Martha Argerich, Stephen Kovacevich, pianos / Willy Goudswaard, Michael de Roo, percussion
  • CD 12: SCHUMANN: Piano Concerto in A minor / CHOPIN: Piano Concerto no. 2 in F minor National Symphony Orchestra / Rostropovich
  • CD 13:J. S. BACH: Toccata BWV 911, Partita no. 2 in C minor BWV 826, English Suite no. 2 in A minor
  • CD 14: CHOPIN: Sonata for Piano and Violoncello in G minor, op. 65 / Introduction et Polonaise brillante for Piano and Violoncello in C major, op. 3 / SCHUMANN:Adagio and Allegro for Violoncello and Piano in A flat major, op. 70 With Mstislav Rostropovich, violoncello
  • CD 15: RACHMANINOV: Suite No. 2 for 2 Pianos, op. 17 / RAVEL: La Valse / LUTOSLAWSKI: Variations on a Theme by Paganini With Nelson Freire
  • CD 16: RACHMANINOV: Piano Concerto no. 3 in D minor op. 30 Radio-Symphonie-Orchester Berlin / RICCARDO CHAILLY [Live recording] TCHAIKOVSKY: Piano Concerto no. 1 in B flat minor, op. 23 Symphonie-Orchester des Bayerischen Rundfunks / KIRILL KONDRASHIN [Live recording]
  • CD 17: RACHMANINOV: Symphonic Dances op. 45 / TCHAIKOVSKY: Nutcracker Suite op. 71a With Nicola Economou
  • CD 18: SCHUMANN: Kinderszenen op. 15, Kreisleriana op. 16
  • CD 19: SCHUBERT: Sonata for Arpeggione and Piano D 821 / SCHUMANN: Fantasiestücke op. 73, 5 Stücke im Volkson op. 102 With Mischa Maisky, violoncello
  • CD 20: BEETHOVEN: Violin Sonatas op. 12 nos. 1 – 3 With Gidon Kremer, violin
  • CD 21: J. S. BACH: Cello Sonatas BWV 1027 – 1029 With Mischa Maisky, violoncello
  • CD 22: SAINT-SAËNS: Le Carnaval des Animaux Martha Argerich, Nelson Freire, pianos Gidon Kremer, Isabelle van Keulen, violins
  • CD 23: BEETHOVEN: Piano Concertos nos. 1 & 2 Philharmonia Orchestra / Sinopoli
  • CD 24: SCHUMANN: Violin Sonatas opp. 105 & 121 Gidon Kremer, violin / Martha Argerich, piano
  • CD 25:BEETHOVEN: Violin Sonatas op. 23 & op. 24 “Spring” Gidon Kremer, violin / Martha Argerich, piano
  • CD 26: BARTÓK: Sonata for Violin and Piano no.1 / JANÁČEK: Sonata for Violin and Piano / OLIVIER MESSIAEN: Theme and Variations for Violin and Piano With Gidon Kremer, violin
  • CD 27: BEETHOVEN: 12 Variations on the Theme “Ein Mädchen oder Weibchen” op. 66 Cello Sonatas op. 5 nos. 1 & 2 / 7 Variations on the Duet “Bei Männern, welche Liebe fühlen“ WoO 46 With Mischa Maisky, violoncello
  • CD 28: PROKOFIEV: Violin Sonata no. 1 op. 80 / Five Melodies for Violin and Piano op. 35 bis / Violin Sonata no. 2 op. 94a With Gidon Kremer, violin
  • CD 29: BEETHOVEN: Cello Sonatas op. 69, op. 102 nos. 1 & 2 / 12 Variations on a Theme from Handel’s Oratorio “Judas Maccabaeus”, WoO 45 With Mischa Maisky, violoncello
  • CD 30: SHOSTAKOVICH: Concerto for Piano, Trumpet and String Orchestra op. 35 / HAYDN: Piano Concerto in D major Hob.XVIII:11 With Guy Touvron Württembergisches Kammerorchester Heilbronn / Jörg Faerber TCHAIKOVSKY: Piano Concerto no. 1 in B flat minor op. 23 Berliner Philharmoniker / Abbado
  • CD 31:BARTÓK: Sonata for two pianos and percussion / RAVEL: Ma Mère l’Oye, Rapsodie espagnole With Freire, Sado and Guggeis
  • CD 32: BEETHOVEN: Violin Sonatas op. 30 nos. 1 – 3 Gidon Kremer, violin / Martha Argerich, piano
  • CD 33: BEETHOVEN: Violin Sonatas op. 47 “Kreutzer”& op. 96 With Gidon Kremer, violin
  • CD 34: SHOSTAKOVICH: Piano Trio no. 2 in E minor op. 67 / TCHAIKOVSKY: Piano Trio in A minor op. 50 / KIESEWETTER: Tango pathétique (encore) With Kremer and Maisky
  • CD 35: SCHUMANN: Adagio & Allegro op. 70, 3 Fantasiestücke op. 73, Romanze op. 94 no. 1, 5 Stücke im Volkston op. 102, Märchenbild op. 113 no. 1 Mischa Maisky, violoncello / Martha Argerich, piano Mischa Maisky / Orpheus Chamber Orchestra BEETHOVEN: Violin Sonata no. 9 in A major, op. 47 “Kreutzer” Vadim Repin, violin / Martha Argerich, piano
  • CD 36: BEETHOVEN: Piano Concertos nos. 2 & 3 Mahler Chamber Orchestra / Abbado
  • CD 37: MISCHA MAISKY · MARTHA ARGERICH: LIVE IN JAPAN CHOPIN: Cello Sonata in G minor op. 65 / FRANCK: Violin Sonata in A major (arranged for cello) DEBUSSY: Cello Sonata in D minor / CHOPIN: Introduction et Polonaise brillante op. 3
  • CD 38:BRAHMS: Piano Quartet no. 1 in G minor op. 25* SCHUMANN: Fantasiestücke op. 88 *Argerich / Kremer / Bashmet / Maisky
  • CD 39: MISCHA MAISKY · MARTHA ARGERICH: IN CONCERT STRAVINSKY: Suite italienne from “Pulcinella” / PROKOFIEV: Sonata for Violoncello and Piano op. 119 / SHOSTAKOVICH: Sonata for Violoncello and Piano op. 40 / PROKOFIEV: Waltz from the Ballet “The Stone Flower”
  • CD 40: PROKOFIEV: Cinderella, Suite from the Ballet op. 87 / RAVEL: Ma Mère l’Oye Argerich / Pletnev
  • CD 41: MARTHA ARGERICH / NELSON FREIRE: LIVE IN SALZBURG BRAHMS: Haydn Variations op. 56b / RACHMANINOV: Symphonic Dances op. 45 / SCHUBERT: Rondo in A major D951 / RAVEL: La Valse
  • CD 42: MOZART:Piano Concertos Nos. 20 & 25 Orchestra Mozart / Abbado
  • CD 43:MARTHA ARGERICH · DANIEL BARENBOIM: PIANO DUOS MOZART: Sonata for Two Pianos KV 448 / SCHUBERT: Variations on an Original Theme D 813 / STRAVINSKY: The Rite of Spring (Version for Piano Duet)
  • CD 44 – 47: LUGANO CONCERTOS 2002 – 2010 CD1: Beethoven: Piano Concerto no. 1, Poulenc: Double Concerto, Mozart: Triple Concerto K.242 CD2: Schumann: Piano Concerto, Prokofiev Concertos nos. 1 & 3 CD3: Beethoven: Piano Concerto no. 2, Liszt: Piano Concerto no. 1, Bartók: Piano Concerto no. 3, Mozart: Andante & Variations K. 501 CD4: Schubert: Divertissement à l’hongroise, Brahms: Liebeslieder-Walzer, Stravinsky: Les Noces, Milhaud: Scaramouche
  • CD 48: CHOPIN: Ballade no. 1 in G minor op. 23; Etude in C sharp minor, op. 10 no. 4 / Mazurkas op. 24 no. 2, op. 33 no. 2, op. 41 nos. 1 & 4, op. 59 nos. 1 – 3, op. 63 no.2 / Nocturne in F major op. 15 no.1, Nocturne in E flat major op. 55 no.2 /Sonata no. 3 in B minor, op. 58 – First release CD

Le difficile art de la critique

Je ne pensais pas qu’une ligne hier matin sur Facebook déclencherait un débat aussi nourri, argumenté et contre-argumenté sur un thème vieux comme le monde, en tout cas vieux comme le concert et le disque : la critique.

Point de départ : l’émission de nouveautés du disque animée par Rodolphe Bruneau-Boulmier et Emilie Munéra sur France Musique, que j’entends par hasard sur le chemin de l’aéroport. Rodolphe dit son embarras d’avoir à parler d’un double CD et son hésitation à en diffuser un extrait. Ce n’est pas n’importe quoi ni n’importe qui : les deux concertos pour piano de Brahms enregistrés en concert par Daniel Barenboim au clavier, Gustavo Duhamel dirigeant la Staatskapelle de Berlin, publiés par Deutsche Grammophon. Une belle affiche, un label prestigieux.

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Je prêtai d’autant plus l’oreille à RBB que j’avais déjà écouté un extrait sur Itunes et que j’avais été effondré par ce que j’avais entendu. Comment DG et les artistes avaient-ils donné leur accord à cette publication ?.

Impossible de résumer ici le débat qui s’en est suivi sur Facebook : « Pourquoi perdre du temps et de l’antenne à diffuser un mauvais disque ? » « Attitude démago-populiste, on se paye à bon compte un grand artiste », etc…

Rien de nouveau depuis l’équation : critique musical = musicien raté !

Résumons, on peut distinguer trois types de critiques :

  • les critiques auto-proclamés
  • les critiques automatiques
  • les critiques autocritiques

Dans la première catégorie, presque tous les internautes, adeptes des réseaux sociaux, animateurs de sites, blogs et autres forums. Comme les supporters de football, ils refont le match à la place des joueurs et les équipes à la place des sélectionneurs. Le problème c’est qu’ils finissent par croire qu’ils ont la science – de la critique – infuse et le font croire aux malheureux organisateurs de concerts qui n’arrivent plus à convaincre les rares critiques professionnels qui restent de faire un papier, un articulet, même une brève.

Les musiciens qui, pour certains, supportent déjà mal la critique tout court, supportent encore moins cette nouvelle race de critiques auto-proclamés (sauf lorsque, par exception, ils écrivent des gentillesses).

Je force le trait ? Pas sûr.

Dans la deuxième catégorie, les critiques automatiques, je range les fans, les fans de lyrique en premier. Leurs admirations, et leurs détestations, sont inconditionnelles, exclusives, pavloviennes. J’ai en mémoire deux discussions, lors de dîners entre amis qui faillirent se terminer en pugilats : l’une sur Callas – je n’avais fait qu’exprimer un ras-le-bol à propos d’une Xème réédition, d’un best of -, l’autre sur Joan Sutherland, dont le timbre caverneux et le français pâteux ne m’ont jamais séduit. Comme je ne suis pas un spécialiste de la chose lyrique, j’avais dit tout cela en passant, légèrement, et après tout si Callas et Sutherland ont leurs affidés, tant mieux pour eux. Mais on n’allait pas me laisser proférer pareils outrages, je devais rendre gorge…Et pour alimenter leur « argumentation » (?) mes contempteurs s’en prenaient violemment aux concurrentes supposées de leurs idoles, Tebaldi, Caballé, dont j’étais forcément le suppôt. Je me suis bien gardé depuis de glisser quelque nom de chanteuse dans une conversation…Tout au plus fait le test des écouteurs, que vous placez délicatement dans les oreilles de vos contradicteurs : faites entendre « Merce, dilette amiche« , le boléro d’Elena au 5e acte des Vêpres siciliennes de Verdi, d’abord par Callas – en général le torturé demande grâce dès les premières notes – puis, comme un baume, par Anita Cerquetti. Concluant non ?

Mais ce type de critiques automatiques vaut pour le piano, le violon, les chefs d’orchestre. Pour en revenir au point de départ de ce billet, Daniel Barenboim est le  type même de musicien qui les suscite. On en connaît qui, par principe, lui dénient toute qualité de chef d’orchestre ou l’exècrent comme pianiste.

Heureusement, il y a une troisième catégorie, les critiques autocritiques. Ceux qui n’ont pas d’avis définitif, qui font confiance à leur expérience et à leurs oreilles, plutôt qu’à l’air du temps, à la pression de la « com », qui aiment et respectent  suffisamment les artistes pour ne tomber ni dans la complaisance ni dans la condescendance.

La critique est une école de l’humilité. J’en ai fait l’expérience grâce à la première émission de critiques de disques qui a reposé sur le principe de l’écoute à l’aveugle, Disques en lice, lancée fin 1987 sur Espace 2, la chaîne culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry. Pendant six ans, jusqu’à mon départ pour France Musique, semaine après semaine, nous avons exploré tous les répertoires, entendu, comparé des centaines de versions et appris la modestie. Tel(le) pianiste présenté(e) comme une référence absolue ne passait jamais l’épreuve de la première écoute, tel orchestre au son typiquement américain s’avérait être plus français que français, tel(le) chanteur/euse  si reconnaissable était un(e) illustre inconnu(e).

La critique est nécessaire, n’en déplaise aux artistes. Elle est exigeante. Elle demande une juste distance, une grande culture, et l’amour de l’art de ceux que l’on critique.

Pourquoi sommes-nous si déçus par un nouvel enregistrement de Barenboim ? Parce que nous l’avons tant aimé dans des Mozart, des Beethoven d’exception, même des Chopin, récemment dans Schubert, et aussi dans les mêmes concertos de Brahms avec John Barbirolli dans ses jeunes années.

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Je sais aussi d’expérience, et la critique n’est pas mon métier, qu’on ne sert pas les musiciens, a fortiori quand on les aime, par l’hypocrisie ou le silence, on n’est pas obligé pour autant de les blesser inutilement. Le musicien, l’artiste sait mieux que quiconque si son récital, son concert, a été réussi ou… moins réussi. Il n’a que faire des compliments de complaisance.

Pour finir sur une note d’humour : j’assistais hier soir à l’ouverture de la 36ème édition de Piano Jacobins à Toulouse. Nicholas Angelich avait choisi de donner deux sonates de Beethoven (la 5ème et la 21ème « Waldstein ») et la Sonate de Liszt. Mon voisin, la cinquantaine bien mise, une allure de mélomane averti, se penche vers moi, tandis que résonnait encore la dernière note de la sonate de Liszt : « Vous savez ce qu’il a joué ? »…

P.S. Comme je ne veux pas me ranger dans la catégorie des critiques automatiques, je n’écrirai rien sur ce récital, parce que je serais forcément très subjectif. Ceux qui me connaissent savent la longue amitié, le profond respect, et la constante admiration que je nourris depuis bientôt vingt ans pour Nicholas.