La beauté de Claire B.

La première chose qui m’avait frappé chez l’auteure d’Agrippine ou des Frustrés, c’est sa beauté.

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Claire Bretécher, disparue ce 11 février, aurait pu être une star de cinéma.

Comme le dit France Inter dans son hommage : Avec une économie de trait, son dessin ultra expressif lui permettait de croquer avec humour et finesse toutes les situations. Son regard extrêmement aiguisé sur l’époque lui a permis, en quasi sociologue, d’évoquer tous les sujets qui ont traversé la société française de ces 50 dernières années : les bobos, la Procréation médicalement assistée (PMA), la gestation pour autrui (GPA), l’homosexualité, les rapports de couple… Et pourtant… modeste, timide, désabusée sur elle-même, elle prétendait qu’à cause de sa myopie, elle n’était pas du tout observatrice et ne faisait attention à rien ! 

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Comme tant d’autres, abonné depuis si longtemps au Nouvel Obs, devenu L’Obs, j’ai vécu au rythme hebdomadaire des aventures des Frustrés (de 1973 à 1980)

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puis d’Agrippine.

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Les meilleurs précis de sociologie de ces quarante dernières années ! 61W4TRHl8oL

Claire Bretécher avait cessé de dessiner après la mort brutale, en 2013, de son compagnon, Guy Carcassonne,l’un des personnages les plus originaux de la sphère publique française, juriste, constitutionnaliste, conseiller influent de personnalités de gauche (mais pas que !). Finalement, je ne suis pas étonné que ces deux-là se soient trouvés dans la vie et désormais rejoints dans la mort.

Vite se replonger dans l’oeuvre de Claire B.  Hommage Madame !

Des chefs et des dieux

Toscanini, Bernstein et Karajan se retrouvent autour d’une table, tous les trois silencieux et méfiants. Au bout d’une bonne demi-heure, rompant le silence, Toscanini s’exclame : – Il faut bien reconnaître que c’est moi le plus grand chef d’orchestre de tous les temps ! Allons, avouons-le ! Une autre demi-heure s’écoule dans une atmosphère tendue, puis Bernstein répond : – Eh bien moi, une nuit, le bon Dieu est venu au chevet de mon lit et m’a dit « Lennie, tu es le meilleur des musiciens ». Donc c’est moi le plus grand !. Nouvelle demi-heure d’un silence pesant, après quoi Karajan déclare : « Lennie, veux-tu bien m’expliquer quand j’ai pu te dire une bêtise pareille ? »

Cette histoire fait depuis longtemps, sous ses diverses variantes, la joie des musiciens. C’est l’une de celles qu’on trouve dans un formidable bouquin que j’ai trouvé par hasard hier en furetant dans une grande librairie parisienne.

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On n’est pas vraiment surpris de retrouver l’inénarrable créateur des BidochonChristian Binetmusicien et mélomane averti. Mais je ne connaissais pas cet aspect de la personnalité de Jean-Yves Bosseurcompositeur érudit, que j’ai connu naguère comme producteur d’excellentes émissions sur le programme musical de France Culture. 

C’est lui qui a entrepris de compiler toutes ces histoires, plus humoristiques que vraiment vaches, que se racontent les musiciens entre eux. La plupart sont apocryphes, et, lorsqu’elles sont vraies, elles sont bien senties. De Stravinsky : « Comment se fait-il que chaque fois que j’entends une pièce que je n’aime pas, c’est toujours du Villa-Lobos? « 

Mais c’est incontestablement l’alto – et les altistes – qui détiennent le record de vacheries. Injustes évidemment (Monteux, Giulini, pour ne citer que deux chefs célèbres, ont été altistes avant d’accéder au podium de chef).

Exemple : La blague d’alto la plus courte : si jeune et déjà altiste. La blague d’alto la plus longue : Harold en Italie de Berlioz !

Mais je ne résiste pas au plaisir de citer in extenso le texte intitulé Notes de programme pour un récital de piano non identifié. C’est malheureusement à peine caricatural, combien de fois n’ai-je pas dû censurer, réécrire (ou renvoyer à l’auteur ou à l’agent) ce que nous appelons, dans notre jargon, des bios – des éléments biographiques – des artistes que nous avions engagés…Et le combat n’est jamais terminé !

Ce soir la tourneuse de pages sera Ruth Spelke, qui a étudié avec Ivan Schmernick à la Boris Nitsky School de tourneurs de pages de Philadelphie. Pendant de nombreuses années, elle a tourné les pages aux Etats-Unis et à l’étranger pour les plus grands pianistes virtuoses.

En 1983, elle a reçu la médaille d’argent Klutz de ramassage de partitions. Les concurrents devaient  retrouver et mettre en ordre une partition tombée d’un Yamaha. En 1984 elle a obtenu la médaille d’or du Vol du bourdon  après avoir tourné 147 pages en 32 secondes, ce qui constitue le record mondial dans cette discipline.  En 1988, Mme Spelke s’est vu accorder la bourse Wilson qui lui a permis d’aller en Israël apprendre à tourner les pages de gauche à droite. 

Selon le critique Hans Ulrich Schmoll, Mme Spelke excelle en « grâce, dextérité, et possède un sens de l’équilibre exceptionnel ». Sur le plan technique, Mme Spelke pratique à la fois la tourne de pages avec l’index léché et la méthode de la page préalablement cornée….Elle est à l’origine du mouvement dit du coude plongeant, utilisé pour éviter que le pianiste ne perde de vue la partition.

Elle est actuellement assistante à l’Université Fairfield (Iowa) où elle occupe la prestigieuse chaire Alfred Hitchcock à l’Institut de tourneurs de pages. 

Réjouissant, indispensable même !

 

Inépuisable

On croyait tout savoir, tout connaître du plus célèbre auteur de BD du XXème siècle, Georges Rémi alias HergéIl faut croire que non, puisque Le Grand Palais  à Paris lui consacre une nouvelle exposition…

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Plus important, la parution du fort pavé (3 kg !) consacré aux 70 ans du Journal de Tintin.

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Que de souvenirs ! Pendant plusieurs années, j’en fus un lecteur impatient et fidèle.

Très bel ouvrage, cet hommage en 777 pages se compose de deux parties : 1. « Hergé et le journal Tintin » : 77 pages regroupant des dessins inédits de Hergé, des pages de Tintin composées spécialement pour le journal, des couvertures mythiques, des calendriers, un dossier inédit, etc. 2. « Les héros du journal » : 700 pages d’histoires courtes, rares ou inédites en album, signées des plus grands auteurs du journal (Jacobs, Cuvelier, Pratt, Rosinski, Graton, Hermann, Vance, Franquin,…) • Les plus célèbres auteurs de la bande dessinée franco-belge réunis pour la première fois dans un même album. • Un regard nouveau sur le travail de Hergé et la redécouverte d’un pan oublié de son oeuvre de dessinateur (Présentation de l’éditeur).

Cadeaux

Je ne suis pas revenu les mains vides de mon week-end liégeois, les amis ayant souhaité anticiper un anniversaire qui n’a lieu que dans trois jours. Et comme ils me connaissent bien, ils ne sont pas trompés. Cela peut même donner quelques idées à ceux qui sont encore en panne de cadeaux à faire pour ces fêtes…

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J’avais déjà reçu des mêmes amis, et dédicacés par Pierre Lecrenier, les deux premiers tomes, inutile de dire que ce troisième est mieux venu encore. Pour ce que j’en ai déjà feuilleté, le trait est juste, les traits jamais excessifs, mais tellement inspirés de la réalité. Bravo !

Dans un genre plus direct, j’ai bien reconnu la patte d’un ami militant de toutes les causes qui nous tiennent à coeur dans le choix de ce qui est en train de devenir un bestseller

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Pour conjurer l’avenir…

L. avait repéré l’affection que j’ai pour les livres d’André Tubeuf, style et mémoire inimitables. Et qu’il me manquait certainement celui-ci. Bien vu !

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Autre album, intéressant et frustrant à la fois, parce que ce beau livre ne peut donner qu’un faible aperçu de plus de 50 ans de vie, de travail, de création au sein de la Maison de la radio (inaugurée en 1963). L’ami Gérard Courchelle a fait des choix qui n’auraient pas été les miens, mais c’est un travail remarquable, richement documenté, et sans aucun doute passionnant pour qui veut découvrir l’arrière du décor.

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Et puis demain j’évoquerai dans le détail l’une des plus belles publications discographiques de l’année, somptueux contenant et contenu. À la mesure de celui qu’elle honore pour son centenaire.

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Sviatoslav Richter ou l’exception faite homme. Et auprès de lui un immense chef d’orchestre, qui mériterait à son tour pareil hommage, Kirill Kondrachine.