Attaché parlementaire

J’ai un, peut-être deux points communs avec François FillonJ’étais son voisin d’étage entre 1980 et 1981 dans le bâtiment annexe de l’Assemblée Nationale : il était l’assistant parlementaire de Joël Le Theuleplusieurs fois ministre, député de la Sarthe, décédé brutalement en décembre 1980. J’étais celui de Jean-Pierre Abelin, député de la Vienne.

Je peux attester que, nous étant croisés et salués plusieurs fois, lui comme moi n’occupions pas un emploi fictif, et qu’entre les circonscriptions de nos députés et nos bureaux parisiens, nous ne manquions pas d’activité, surtout à l’approche de l’élection présidentielle et des élections législatives de 1981 !

J’ai déjà raconté (Réhabilitationces premières années d’activité professionnelle comme attaché parlementaire auprès d’un sénateur et de deux députés. J’y ai appris plus qu’un métier, une expérience de la vie et des réalités, à nulle autre pareille.

Déjà, à « mon » époque, les postes d’assistant parlementaire – de création récente – pouvaient servir à rémunérer les collaborateurs des groupes politiques du Sénat ou de l’Assemblée Nationale, voire des partis eux-mêmes. Déjà à « mon » époque, les enveloppes de frais mis à disposition des parlementaires étaient utilisées par ces derniers comme bon leur semblait, et possiblement pour arrondir leurs fins de mois. Mais j’ai connu de nombreux cas de députés qui n’étaient pas maires d’une commune importante et qui ne pouvaient donc s’appuyer sur les services et moyens de cette collectivité, et qui parvenaient tout juste à assumer les frais de leurs permanences et de leur secrétariat.

Je n’ai jamais connu de parlementaire de terrain, d’attaché parlementaire comme nous étions des centaines à Paris ou en province, qui se soit enrichi par ses fonctions. Les salaires étaient corrects, mais loin d’être mirifiques pour la charge de travail qui était notre lot commun, soirées, week-ends, campagnes électorales, etc.

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Dans le cas qui défraie la chroniquec’est moins la régularité des contrats dont Madame Fillon aurait bénéficié que la réalité de leur contenu qui est en cause (mais l’enquête préliminaire dira ce qu’il en est).

C’est évidemment beaucoup plus grave sur le plan politique pour un candidat qui se targuait de n’avoir jamais été condamné (Juppé) ni mis en cause par la justice (Sarkozy)… et d’incarner la probité dans un univers où les coups bas et les « boules puantes » pour reprendre son expression sont légion. Le Point suggère une hypothèse réaliste sur l’origine de l’affaire révélée par le Canard EnchaînéQuand Dati demandait à Fillon de s’expliquer

Réhabilitation

On sait que je m’intéresse depuis toujours à la chose publique, à la politique en un mot. Je lis beaucoup d’ouvrages plus ou moins intéressants ou documentés sur le sujet. Trait commun à beaucoup d’entre eux, la critique d’un système de « l’entre-soi » qui serait à l’origine de tous les maux dont souffre la France.

Sur un point au moins, je ne peux souscrire aux arguments des journalistes, politologues et autres commentateurs. Ils citent nombre d’hommes politiques qui n’ayant pas connu la vraie vie des vraies gens, parce qu’ils ont toujours évolué dans les appareils des partis, des groupes politiques, travaillé comme assistants parlementaires ou membres de cabinets, seraient incapables de comprendre le monde « normal », celui du travail, du chômage, de la précarité, bref les difficultés de millions de citoyens.

J’ai été au presque début de ma vie professionnelle, assistant ou attaché parlementaire d’un sénateur, puis de deux députés. Non seulement je n’en éprouve aucune honte, mais j’ai beaucoup plus appris de la vraie vie des vraies gens pendant ces huit années en exerçant ces fonctions aussi bien à Paris qu’en province, que par n’importe quel autre métier plus classique. Et j’ai connu aussi les affres du chômage, les angoisses du lendemain…Je n’ai jamais eu de statut protégé, au contraire !

Je me rappelle, notamment pendant mes années thononaises, où j’étais « sur le terrain » comme on dit, avoir souvent expliqué aux amis ou à ceux qui m’interrogeaient sur mon étrange métier, que c’était probablement le seul où dans une même journée on devait être capable, avec la même qualité d’attention,  d’aider et de répondre  à un chômeur en fin de droits, à une mère célibataire qui ne pouvait plus payer son loyer, et à un ministre qui sollicitait le député pour qui je travaillais. Le seul métier où, dans une même journée, il fallait pouvoir traiter un dossier de voirie dans une petite commune de montagne, un projet de loi sur les appellations d’origine d’un vin ou d’un fromage (l’abondance !), une campagne électorale qui se dessinait, un coup de main à un maire un peu paumé, un amendement à un texte en discussion au Parlement. Bref être ouvert à toutes les situations, et surtout répondre vite et bien à des urgences humaines.

Bien sûr, j’en ai rencontré, côtoyé, de ces types qui ne vivaient que pour et par les petites intrigues de pouvoir (souvent au détriment d’une vie privée inexistante ou catastrophique), j’ai même été voisin de bureau dans l’annexe du Palais Bourbon d’ex ou futurs candidats à l’élection présidentielle (question de génération !)

Mais d’avoir parfois tutoyé les puissants, d’avoir même été sollicité pour entrer  dans un cabinet ministériel, ou embrasser une carrière de maire ou de député; ne m’a jamais fait perdre le sens des réalités, de la vie tout court. Et ne m’a jamais fait désespérer ni de la condition ni de la nature humaines.

Je n’ai jamais regretté d’avoir bifurqué, il y a trente ans, vers la radio et la musique, mais je n’ai jamais perdu le goût de l’action publique. Je pense que je continue, là où je suis, où je travaille, à faire de la politique, dans la seule acception qui convienne : le service des autres, le service d’un idéal.

Un jour, à mon tour, je raconterai ceux qui m’ont inspiré, que j’ai admirés (souvent) ou détestés (rarement).