Vérifications

Quand je veux compter mes visites à Berlin, ma mémoire s’embrouille, l’excès de bons souvenirs sans doute.

Etrange capitale qui a des allures de village étiré à l’infini, dépourvu de centre de gravité. Rien n’y est historique, puisque les vainqueurs de 1945 n’ont rien laissé debout. Et dans la partie orientale, à l’exception de la Karl-Marx-Allee qu’on a heureusement préservée, et même restaurée, on a effacé les marques les plus ostensibles du communisme triomphant. Tout le quartier de l’Alexanderplatz, des musées, et de la Staatsoper est un gigantesque chantier. Le Palais de la République a été détruit, non sans mal ni dépenses abyssales (le béton armé et l’amiante résistent !), pour laisser place à un projet pharaonique à tous égards http://fr.myeurop.info/2013/06/13/chateau-de-berlin-un-projet-pharaonique-conteste-10060

Mais les Berlinois ont-ils moins de droits que les Varsoviens à retrouver leur patrimoine ? Le touriste qui visite le Château de Varsovie prête peu attention au petit écriteau à la droite de l’entrée principale qui rappelle que la reconstruction a été achevée en… 1972. Dans quelques années, le château des Hohenzollern – fin des travaux prévue pour 2018 ! – ne déparera pas dans le quartier de l’université Humboldt, de la Staatsoper ou de la cathédrale St.Hedwig.

Je passe toujours devant cette église à l’imposante coupole avec un souvenir précis: l’un de mes premiers disques, la Messe du couronnement et la Messe « des moineaux » de Mozart dirigées par Karl Forster (https://de.wikipedia.org/wiki/Karl_Forster), avec le choeur…de la cathédrale St.Hedwig et une distribution de belle allure.

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On a compris que c’est d’abord pour la musique que je viens si régulièrement à Berlin. Les dernières fois, c’était pour des débuts : ceux de Yannick Nezet-Seguin, puis de Louis Langrée, l’un et l’autre avec l’orchestre philharmonique de Berlin.

Cette fois, pour le pur plaisir de retrouver deux des meilleures salles du monde : le Konzerthaus, am Gendarmenmarkt, un air de Musikverein ou de Philharmonie de Saint-Pétersbourg, à l’acoustique jadis trop généreuse, aujourd’hui idéale, et puis la Philharmonie, plus que cinquantenaire, qui a inspiré la nouvelle Philharmonie parisienne. Et deux programmes, deux chefs, qui ne pouvaient pas décevoir.

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J’étais ému, un peu inquiet aussi, de retrouver Günther Herbig, 84 ans, que j’avais si souvent invité à Liège et entendu à Bruxelles et à Paris. On ne sait pas les épreuves que l’âge inflige parfois à ceux que nous admirons, j’ai été totalement rassuré. Est-ce parce qu’il retrouvait son ancien orchestre, rebaptisé Konzerthaus-Orchester, et la ville où il a vécu, étudié (avec Karajan) et qu’il a fuie dans des conditions rocambolesques au début des années 80 ? Le vieux maître nous a offert d’abord un Ravel (Ma Mère l’oye) idiomatique, tendresse, couleurs, précision, chic.. bref l’essence de cette musique si typiquement française, puis en deuxième partie une Cinquième symphonie de Tchaikovski, tout simplement exceptionnelle, quelque chose entre Karajan et Mravinski. Un merveilleux orchestre, et une femme premier violon d’exception. Il y avait aussi un concerto, le 2e de Beethoven, avec un jeune pianiste américain, qui a fait quelques disques pour EMI. Rien à en dire, la fantaisie, l’esprit de ce Beethoven encore classique, étaient aux abonnés absents. Ceux qui seront mardi au Konzerthaus seront sûrement mieux servis avec Martha Argerich dans un concerto si souvent joué, avec tant d’amour et d’humour…

Hier c’était celui qui reste encore trois ans chef des Philharmoniker, Simon Rattle,  dans un programme fait par et pour lui, et des correspondances qu’on a perçues au fil du concert : on ouvrait avec – bonjour l’angoisse ! – une suite pour cordes tirée par Bernard Herrmann lui-même de la célèbre musique écrite pour Psychose de Hitchcock, suivait Schönberg et son monodrame Die glückliche Hand pour baryton, dix choristes et orchestre fourni – je ne comprends toujours rien au Schönberg postérieur à la Nuit transfigurée et Pelléas et Mélisande, ou plus exactement si mon intellect admire, ma sensibilité reste à sec, mais ça ne se dit pas, donc je ne vous ai rien dit ! -. En seconde partie, Rattle et les Berliner Philharmoniker tiraient prétexte du 150ème anniversaire de la naissance du compositeur danois Carl Nielsen pour offrir le voluptueux poème symphonique Pan et Syrinx et surtout une version tellurique, hallucinée, de l’extraordinaire 4ème symphonie, dite Inextinguible, jadis gravée par Karajan avec ce même orchestre, l’occasion d’apprécier deux solistes que je n’avais pas encore entendus à leur pupitre, Andreas Ottensamer, qui n’est pas qu’une gravure de mode, à la clarinette, et le flûtiste français Mathieu Dufour, naguère à Chicago, qui vient de rejoindre son compatriote Emmanuel Pahud.

Accessoirement, la démonstration que Herrmann, Schönberg, Nielsen dans un programme ne fait pas obligatoirement fuir les mélomanes, on aurait même le sentiment du contraire. Quand le public est considéré, respecté, il accepte autant sinon plus les aventures que le confort et la routine.

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Les surdouées

La comparaison pourra surprendre, et pourtant l’une me fait souvent penser à l’autre. Deux pianistes, deux femmes, si différentes en apparence, si ressemblantes à beaucoup d’égards. Yuja Wang (28 ans) et Martha Argerich (74 ans).

Comme beaucoup, j’ai tiqué quand j’ai vu le premier disque de la toute jeune Chinoise, passée par les Etats-Unis (pur produit du Curtis Institute de Philadelphie) :

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On sait que le chef italien n’a jamais été insensible aux jeunes talents féminins, et on pensait qu’il avait de nouveau succombé à l’élan de cette jeunesse exotique. Et puis on a écouté le disque, on a oublié tous ses a priori et revécu le choc éprouvé avec un autre disque – même programme – aujourd’hui complètement oublié, paru en 1989, avec une pianiste d’origine philippine, elle aussi passée par le Curtis, Cecile Licad

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Mais un excellent premier disque suffit-il à installer durablement une réputation, sinon une carrière, Yuja Wang allait-elle suivre les traces de son aîné de cinq ans (!), Lang Lang, techniquement surdoué, mais musicalement plus incertain (pour user d’un euphémisme !) ?

Rien de mieux que le concert pour rassurer, ou non, ses oreilles. Ce que j’ai fait pour l’un, puis l’autre. Yuja Wang c’était il y a un an exactement à Zurich, où elle accompagnait les débuts de Lionel Bringuier comme directeur musical de la Tonhalle. Dans le 2e concerto pour piano de Prokofiev que j’avais jusqu’alors toujours trouvé trop long, démonstratif et indigeste. Et soudain je n’avais plus entendu que de la musique, au-delà d’une technique incroyablement dominée, un dialogue amoureux avec l’orchestre, et surtout une attitude au piano, un calme olympien, en contraste total avec les minauderies, les poses de son confrère et compatriote. Et déjà j’avais pensé à Martha Argerich, cette attaque si particulière du clavier, à la fois griffe et caresse, cette impression que la technique est toujours au service d’un discours, jamais une fin en soi, et surtout pas un étalage.

Lundi soir, à la Philharmonie de Paris, Yuja Wang jouait le 4e concerto de Beethoven. Une autre paire de manches que la pyrotechnie de Rachmaninov ou Prokofiev. Le concerto (de Beethoven) préféré des pianistes (j’ai plus d’affection pour le 3eme). Les doigts ne suffisent pas, même s’il en faut. Beethoven peut résister même aux plus consentants. Comme il y a un an à Zurich, j’ai rendu les armes : une technique entièrement mise au service d’une complicité de chaque mesure avec les musiciens du San Francisco Symphony et de leur vénérable chef Michael Tilson Thomas (à force d’avoir toujours l’air d’un éternel jeune premier, MTT a quand même largement franchi le cap de la septantaine). Pas de déferlement incongru dans les cadences pourtant redoutables, pas de surlignage de mauvais goût, parfois un excès de pudeur, là où d’autres déclament avec plus d’insistance. En bis, l’arrangement hallucinant d’humour et de virtuosité de la Marche turque de Mozart dû à Arcadi Volodos, et, d’une simplicité toute de tendresse émue, un arrangement d’Orphée de Gluck. 

On l’aura compris, j’en pince pour Yuja, et j’attends avec impatience les Ravel qu’elle a enregistrés avec Lionel Bringuier à Zurich :

La transition est toute trouvée avec Martha Argerich, qui m’a marqué à jamais avec le concerto en sol, que je l’ai entendue jouer si souvent pendant la longue tournée de l’Orchestre de la Suisse romande au Japon et en Californie à l’automne 1987 (sous la direction d’Armin Jordan). Jamais elle ne jouait de la même manière, même si la patte Argerich est toujours immédiatement reconnaissable.

Deutsche Grammophon a regroupé en un beau coffret rouge de 48 CD tout ce que la pianiste argentine a gravé pour le label jaune ou Philips, en studio comme en concert. Il y a évidemment pas mal de doublons, au moins trois fois le 1er concerto de Tchaikovski, celui de Schumann, le 2ème de Beethoven, deux fois Ravel – les très récents « live » de Lugano, parfois plus intéressants que ceux qu’EMI/Warner édite chaque année. On ne va pas se lancer dans une critique détaillée, qui n’aurait aucun sens, et dont je serais incapable. Une remarque sur la composition de ce coffret : même s’il reprend les pochettes d’origine, la plupart des galettes ont un minutage généreux. Juste un petit pataquès, contrairement à ce qu’indique la liste ci-dessous, les CD 10 et 11, très courts l’un et l’autre, contiennent deux fois la même version de la sonate pour 2 pianos et percussions en version orchestrale de Bartok, avec les compléments (Noces de Stravinsky dirigées par Bernstein sur le 10, les Danses de Galanta de Kodaly par Zinman sur le 11) on faisait aisément tenir le tout sur un seul disque ! Mais les trésors de ce coffret sont en telle quantité et qualité qu’on ne va pas s’arrêter à un aussi petit défaut. Le coffret n’arrive en France que début octobre, mais il est déjà disponible dans d’autres pays européens, et mon impatience l’a une fois de plus emporté !

91z4AuFIe8L._SL1500_CD 1: DEBUT RECITAL: CHOPIN: Scherzo no. 3, BRAHMS: 2 Rhapsodies op. 79, PROKOFIEV: Toccata op. 11, RAVEL: Jeux d’eau, CHOPIN: Barcarolle op. 60, LISZT: Hungarian Rhapsody no. 6

  • CD 2:CHOPIN: Piano Sonata no. 3, Polonaise-Fantaisie op. 61, Polonaise no. 6 op. 53, 3 Mazurkas op. 59
  • CD 3: PROKOFIEV: Concerto no. 3 in C major/ RAVEL: Concerto in G major Berliner Philharmoniker / Abbado
  • CD 4: CHOPIN: Piano Concerto no 1 in E minor / LISZT: Piano Concerto no. 1 in E flat major London Symphony Orchestra / Abbado RAVEL: Piano Concerto in G major London Symphony Orchestra / Abbado
  • CD 5: TCHAIKOVSKY: Piano Concerto no. 1 in B flat minor Royal Philharmonic orchestra / Dutoit MENDELSSOHN: Concerto for Violin, Piano and String Orchestra Kremer/OCO
  • CD 6:LISZT: Sonata in B minor / SCHUMANN: Sonata no. 2 in G minor
  • CD 7: CHOPIN: Piano Sonata no. 2, Andante spianato et Grande Polonaise op. 22, Scherzo no. 2
  • CD 8: RAVEL: Gaspard de la Nuit, Sonatine, Valses nobles et sentimentales
  • CD 9: CHOPIN: 24 Preludes op. 28, Prelude in C sharp minor op. 45, Prelude in A flat major op. posth.
  • CD 10: STRAVINSKY: Les Noces (The Wedding) Anny Mory, soprano / Patricia Parker, mezzo-soprano / John Mitchinson, tenor / Paul Hudson, bass Krystian Zimerman, Cyprien Katsaris, Homero Francesch, piano I – IV English Bach Festival Chorus / English Bach Festival Percussion Ensemble LEONARD BERNSTEIN, BARTÓK: Concerto for Two Pianos and Percussion, BB 115 (Sz 110) Nelson Freire, pianos / Jan Labordus, Jan Pustjens, percussion Concertgebouw Orchestra, Amsterdam / DAVID ZINMAN
  • CD 11: BARTÓK: Sonata for Two Pianos and Percussion, BB 115 (Sz 110) / MOZART: Andante with Five Variations in G major for piano duet, K. 501 / CLAUDE DEBUSSY: En blanc et noir Martha Argerich, Stephen Kovacevich, pianos / Willy Goudswaard, Michael de Roo, percussion
  • CD 12: SCHUMANN: Piano Concerto in A minor / CHOPIN: Piano Concerto no. 2 in F minor National Symphony Orchestra / Rostropovich
  • CD 13:J. S. BACH: Toccata BWV 911, Partita no. 2 in C minor BWV 826, English Suite no. 2 in A minor
  • CD 14: CHOPIN: Sonata for Piano and Violoncello in G minor, op. 65 / Introduction et Polonaise brillante for Piano and Violoncello in C major, op. 3 / SCHUMANN:Adagio and Allegro for Violoncello and Piano in A flat major, op. 70 With Mstislav Rostropovich, violoncello
  • CD 15: RACHMANINOV: Suite No. 2 for 2 Pianos, op. 17 / RAVEL: La Valse / LUTOSLAWSKI: Variations on a Theme by Paganini With Nelson Freire
  • CD 16: RACHMANINOV: Piano Concerto no. 3 in D minor op. 30 Radio-Symphonie-Orchester Berlin / RICCARDO CHAILLY [Live recording] TCHAIKOVSKY: Piano Concerto no. 1 in B flat minor, op. 23 Symphonie-Orchester des Bayerischen Rundfunks / KIRILL KONDRASHIN [Live recording]
  • CD 17: RACHMANINOV: Symphonic Dances op. 45 / TCHAIKOVSKY: Nutcracker Suite op. 71a With Nicola Economou
  • CD 18: SCHUMANN: Kinderszenen op. 15, Kreisleriana op. 16
  • CD 19: SCHUBERT: Sonata for Arpeggione and Piano D 821 / SCHUMANN: Fantasiestücke op. 73, 5 Stücke im Volkson op. 102 With Mischa Maisky, violoncello
  • CD 20: BEETHOVEN: Violin Sonatas op. 12 nos. 1 – 3 With Gidon Kremer, violin
  • CD 21: J. S. BACH: Cello Sonatas BWV 1027 – 1029 With Mischa Maisky, violoncello
  • CD 22: SAINT-SAËNS: Le Carnaval des Animaux Martha Argerich, Nelson Freire, pianos Gidon Kremer, Isabelle van Keulen, violins
  • CD 23: BEETHOVEN: Piano Concertos nos. 1 & 2 Philharmonia Orchestra / Sinopoli
  • CD 24: SCHUMANN: Violin Sonatas opp. 105 & 121 Gidon Kremer, violin / Martha Argerich, piano
  • CD 25:BEETHOVEN: Violin Sonatas op. 23 & op. 24 “Spring” Gidon Kremer, violin / Martha Argerich, piano
  • CD 26: BARTÓK: Sonata for Violin and Piano no.1 / JANÁČEK: Sonata for Violin and Piano / OLIVIER MESSIAEN: Theme and Variations for Violin and Piano With Gidon Kremer, violin
  • CD 27: BEETHOVEN: 12 Variations on the Theme “Ein Mädchen oder Weibchen” op. 66 Cello Sonatas op. 5 nos. 1 & 2 / 7 Variations on the Duet “Bei Männern, welche Liebe fühlen“ WoO 46 With Mischa Maisky, violoncello
  • CD 28: PROKOFIEV: Violin Sonata no. 1 op. 80 / Five Melodies for Violin and Piano op. 35 bis / Violin Sonata no. 2 op. 94a With Gidon Kremer, violin
  • CD 29: BEETHOVEN: Cello Sonatas op. 69, op. 102 nos. 1 & 2 / 12 Variations on a Theme from Handel’s Oratorio “Judas Maccabaeus”, WoO 45 With Mischa Maisky, violoncello
  • CD 30: SHOSTAKOVICH: Concerto for Piano, Trumpet and String Orchestra op. 35 / HAYDN: Piano Concerto in D major Hob.XVIII:11 With Guy Touvron Württembergisches Kammerorchester Heilbronn / Jörg Faerber TCHAIKOVSKY: Piano Concerto no. 1 in B flat minor op. 23 Berliner Philharmoniker / Abbado
  • CD 31:BARTÓK: Sonata for two pianos and percussion / RAVEL: Ma Mère l’Oye, Rapsodie espagnole With Freire, Sado and Guggeis
  • CD 32: BEETHOVEN: Violin Sonatas op. 30 nos. 1 – 3 Gidon Kremer, violin / Martha Argerich, piano
  • CD 33: BEETHOVEN: Violin Sonatas op. 47 “Kreutzer”& op. 96 With Gidon Kremer, violin
  • CD 34: SHOSTAKOVICH: Piano Trio no. 2 in E minor op. 67 / TCHAIKOVSKY: Piano Trio in A minor op. 50 / KIESEWETTER: Tango pathétique (encore) With Kremer and Maisky
  • CD 35: SCHUMANN: Adagio & Allegro op. 70, 3 Fantasiestücke op. 73, Romanze op. 94 no. 1, 5 Stücke im Volkston op. 102, Märchenbild op. 113 no. 1 Mischa Maisky, violoncello / Martha Argerich, piano Mischa Maisky / Orpheus Chamber Orchestra BEETHOVEN: Violin Sonata no. 9 in A major, op. 47 “Kreutzer” Vadim Repin, violin / Martha Argerich, piano
  • CD 36: BEETHOVEN: Piano Concertos nos. 2 & 3 Mahler Chamber Orchestra / Abbado
  • CD 37: MISCHA MAISKY · MARTHA ARGERICH: LIVE IN JAPAN CHOPIN: Cello Sonata in G minor op. 65 / FRANCK: Violin Sonata in A major (arranged for cello) DEBUSSY: Cello Sonata in D minor / CHOPIN: Introduction et Polonaise brillante op. 3
  • CD 38:BRAHMS: Piano Quartet no. 1 in G minor op. 25* SCHUMANN: Fantasiestücke op. 88 *Argerich / Kremer / Bashmet / Maisky
  • CD 39: MISCHA MAISKY · MARTHA ARGERICH: IN CONCERT STRAVINSKY: Suite italienne from “Pulcinella” / PROKOFIEV: Sonata for Violoncello and Piano op. 119 / SHOSTAKOVICH: Sonata for Violoncello and Piano op. 40 / PROKOFIEV: Waltz from the Ballet “The Stone Flower”
  • CD 40: PROKOFIEV: Cinderella, Suite from the Ballet op. 87 / RAVEL: Ma Mère l’Oye Argerich / Pletnev
  • CD 41: MARTHA ARGERICH / NELSON FREIRE: LIVE IN SALZBURG BRAHMS: Haydn Variations op. 56b / RACHMANINOV: Symphonic Dances op. 45 / SCHUBERT: Rondo in A major D951 / RAVEL: La Valse
  • CD 42: MOZART:Piano Concertos Nos. 20 & 25 Orchestra Mozart / Abbado
  • CD 43:MARTHA ARGERICH · DANIEL BARENBOIM: PIANO DUOS MOZART: Sonata for Two Pianos KV 448 / SCHUBERT: Variations on an Original Theme D 813 / STRAVINSKY: The Rite of Spring (Version for Piano Duet)
  • CD 44 – 47: LUGANO CONCERTOS 2002 – 2010 CD1: Beethoven: Piano Concerto no. 1, Poulenc: Double Concerto, Mozart: Triple Concerto K.242 CD2: Schumann: Piano Concerto, Prokofiev Concertos nos. 1 & 3 CD3: Beethoven: Piano Concerto no. 2, Liszt: Piano Concerto no. 1, Bartók: Piano Concerto no. 3, Mozart: Andante & Variations K. 501 CD4: Schubert: Divertissement à l’hongroise, Brahms: Liebeslieder-Walzer, Stravinsky: Les Noces, Milhaud: Scaramouche
  • CD 48: CHOPIN: Ballade no. 1 in G minor op. 23; Etude in C sharp minor, op. 10 no. 4 / Mazurkas op. 24 no. 2, op. 33 no. 2, op. 41 nos. 1 & 4, op. 59 nos. 1 – 3, op. 63 no.2 / Nocturne in F major op. 15 no.1, Nocturne in E flat major op. 55 no.2 /Sonata no. 3 in B minor, op. 58 – First release CD

Seiji 80

On a à peine eu le temps de souffler les 70 bougies d’Itzhak Perlman qu’on doit fêter les quatre fois vingt ans d’un chef d’orchestre qui suscite une admiration unanime : Seiji Ozawa, né le 1er septembre 1935 dans une province chinoise sous domination japonaise (https://fr.wikipedia.org/wiki/Seiji_Ozawa)

D’abord on a envie de lui souhaiter un rétablissement durable, la maladie n’a pas épargné le vieux maître. Ensuite on veut lui dire combien on l’aime, pour son charisme, son rayonnement, sa manière unique d’inviter à la musique ceux qui jouent comme ceux qui écoutent. Les rééditions considérables qui paraissent à l’occasion de ce 80ème anniversaire démontrent l’immensité de son répertoire et de sa curiosité. On pourra toujours ergoter sur ses Bach, ses Beethoven ou même ses Mahler, où d’autres sont plus idiomatiques ou inspirés.

Mais dès ses premiers enregistrements (pour RCA), Seiji Ozawa est un maître de la couleur, des alliages de timbres, de la sensualité : ce n’est pas pour rien qu’il est resté 25 ans à la tête de l’orchestre symphonique de Boston, déjà forgé par Charles Munch, et qu’il y a excellé dans la musique française et russe.

J’ai découvert Shéhérazade de Rimski-Korsakov avec Seiji Ozawa et son premier enregistrement de l’oeuvre avec Chicago (à l’époque pour EMI).

Pas seulement parce qu’il avait gagné le Concours de jeunes chefs d’orchestre de Besançon en 1959, Seiji Ozawa a toujours aimé la France, la musique française, et heureusement l’Orchestre National de France l’a quelquefois invité. Cela ne met que mieux en évidence l’occasion manquée pour Paris de s’attacher durablement les services de ce grand chef : à la fin des années 90, les grands orchestres parisiens    et l’Opéra de Paris étaient tous en quête de directeurs musicaux. Au Philharmonique de Radio France, l’après-Janowski, à l’Orchestre National de France, la succession de Dutoit, à l’Orchestre de Paris après Bychkov. Le pire, et j’étais bien placé alors pour le savoir, c’est qu’on n’avait même pas posé la question à Seiji Ozawa, alors qu’il ne faisait pas mystère de son souhait de renforcer ce lien particulier avec la France et Paris.

Au lieu de quoi, il a pris en 2002 la direction de l’opéra de Vienne (jusqu’en 2010) où il n’avait rien à apporter et où il n’a guère laissé de trace. Il est vrai qu’en parallèle il s’était investi très fortement au Japon, avec le New Japan Philharmonic, le festival Saito Kinen à Matsumoto.

Il laisse donc une quantité impressionnante d’enregistrements, tout n’est pas de la même importance, mais outre la musique française et russe qu’il magnifie, on trouvera son bonheur dans des répertoires moins attendus, surtout quand il dirige Vienne et ses sonorités pulpeuses. Beaucoup de doublons bien sûr, puisque Ozawa a enregistré plusieurs fois certaines oeuvres un peu fétiches (comme cette Shéhérazade de Rimski). Mais EMI/Warner, Deutsche Grammophon, Philips/Decca ont bien fait les choses et l’éternel jeune homme bondissant le mérite bien (Tous ces coffrets ne sont pas tous disponibles en France actuellement, mais en jonglant entre les différents sites d’Amazon, on les trouve aisément à petit prix).

Il n’est pas anodin que l’un des tout premiers enregistrements d’Ozawa, qui avait fait sensation à l’époque, ait été consacré à la Turangalila de Messiaen en 1967 :

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Le coffret Warner comprend en réalité d’une part les enregistrements parus sous label EMI dans les années 70, et d’autre part les disques plus tardifs enregistrés pour Erato.

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Plus fort encore, le coffret des années Philips (50 CD)

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Et, chez Deutsche Grammophon, deux offres concurrentes, qui se recoupent en partie.

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Le détail de ces quatre coffrets est à découvrir sur le site : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2015/09/01/ozawa-80-8493127.html

Happy Birthday

Il a soixante-dix ans aujourd’hui et on a l’impression d’avoir toujours vécu avec lui. Comme l’écrit Renaud Capuçon dans les notes de présentation de l’un des deux considérables coffrets qui lui sont consacrés.

Happy birthday Mister Perlman !

Comme son contemporain Daniel Barenboim, Itzhak Perlman a beaucoup, énormément enregistré pour tous les grands labels, surtout EMI (devenu Warner) et Deutsche Grammophon.

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Je laisserai aux critiques patentés le soin de caractériser par les mots idoines l’art et le jeu de Perlman. 

Mes oreilles se sont habituées depuis l’adolescence à un son pur et chaleureux, à un très beau violon toujours sensuel, jamais vulgaire. Et dans les partitions très techniques (Paganini, Wieniawski) une virtuosité qui ne vise pas l’épate.

Se livrer au jeu des comparaisons serait aussi ridicule que fastidieux.

Cela étant, on n’est pas obligé de souscrire à la totalité de ces propositions, tout n’est pas de la même eau, en partie à cause des accompagnateurs. Quand Giulini sert Beethoven et Brahms aux mêmes hauteurs que son soliste, cela donne des versions de référence. Quand Previn, Foster ou Barenboim sont à la manoeuvre, on n’est pas toujours dans l’élan, la souplesse et la légèreté, parfois même on entend la rapidité de la mise en boîte.

Dans le coffret DG, peu de doublons avec la somme EMI – sauf les concertos de Mozart – plutôt des compléments, Berg, Stravinsky, Lalo, et un couplage inattendu du concerto de Tchaikovski et du 1er concerto de Chostakovitch où Perlman dirige le jeune Ilia Gringolts. Mais surtout deux intégrales que j’ai toujours beaucoup aimées des Sonates pour violon et piano de Beethoven avec Vladimir Ashkenazy, naguère parues chez Decca, et des Sonates pour violon et piano de Mozart avec Barenboim.

Bel hommage à un artiste rayonnant, de ceux qui donnent envie d’aimer la musique.

Disques d’été (VII) : Nuits dans les jardins d’Espagne

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L’oeuvre est centenaire, pas vraiment un concerto, ni un poème symphonique, une suite de trois tableaux, de trois évocations plutôt. C’est en 1915 que Manuel de Falla écrit ses Nuits dans les jardins d’Espagne, qu’il dédie à son compatriote, le pianiste Ricardo Viñes. Ce n’est pourtant pas lui qui crée l’oeuvre le 9 avril 1916 au Teatro Real de Madrid mais José Cubiles avec l’orchestre symphonique de Madrid dirigé par Enrique Fernandez Arbos.

Le premier volet a un rapport direct avec Grenade et les photos ci-dessus : En el Generalife / Dans les jardins du Generalife, le palais d’été des princes Nasrides, leurs jardins fleuris de jasmins et de roses, leurs fontaines (https://fr.wikipedia.org/wiki/Généralife)

Les deux autres volets ou mouvements sont intitulés : Danza lejana et En los jardines de la sierra de Cordoba.

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J’ai découvert l’oeuvre par la version mythique de Clara Haskil et Igor Markevitch, à la grande époque de l’orchestre des Concerts Lamoureux. La discographie n’est pas surabondante, mais on trouvera son bonheur dans ces six versions qui savent jouer des ombres et des lumières de l’oeuvre de Falla. Liste non exhaustive, classée par ordre de mes préférences ! Orozco/Colomer (Valois), Larrocha/Commisiona (Decca), Haskil/Markevitch (Philips/Decca), Soriano/Frühbeck de Burgos (EMI/Warner), Rubinstein/Jorda (RCA), Weber/Fricsay (DGG).

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Une version sans doute pas idiomatique, mais attachante : Barenboim au piano, Placido Domingo à la direction :

Pour suivre mes voyages, et beaucoup plus de photos abonnez-vous à :

http://lemondenimages.me/2015/08/23/les-jardins-de-lalhambra/

Disques d’été (VI) : les jeunes années

Le 13 juillet 2014 disparaissait l’un des plus célèbres chefs d’orchestre : Lorin Maazel. Le lendemain, l’Orchestre National de France dont il avait été, de 1977 à 1991, le premier chef invité puis le directeur musical, dédiait à sa mémoire son spectaculaire concert du 14 Juillet sous la Tour Eiffel. Nul doute qu’en d’autres temps, le chef américain né à Neuilly en 1930, eût lui-même aimé diriger pareil événement.

Je me suis toujours demandé ce qui avait pu motiver un artiste aussi doué que Maazel à accumuler presque jusqu’à son dernier souffle concerts, disques, positions et cachets mirobolants (il faudra un jour se demander pourquoi et comment on peut payer de telles fortunes, en général sur les deniers publics, à des chefs d’orchestre !), la gloire ultime ? l’appât du toujours plus ?

D’autant qu’à de rares exceptions près Lorin Maazel n’a jamais retrouvé ou cultivé ce qui avait fait l’exceptionnelle originalité de ses jeunes années. Tout ce qu’il a gravé jusqu’à la fin des années 60 peut, encore aujourd’hui, être considéré et écouté comme des références. Tous ses remakes ultérieurs sont le plus souvent plombés par la routine, parfois par le mauvais goût (le pire de tout étant un Boléro de Ravel avec l’orchestre philharmonique de VienneMaazel se permet un ralentissement d’une vulgarité confondante avant la modulation finale).

Dans le beau coffret Deutsche Grammophon récemment réédité, il y a quelques perles inattendues en plus de références incontestées :

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Les références sont par exemple L’Enfant et les sortilèges de Ravel, un petit miracle jamais détrôné depuis 50 ans, la poésie des timbres de l’Orchestre National, une distribution parfaite, une sorte d’état de grâce permanent. Mais, bien moins cités, une 3e symphonie de Brahms emportée, vive, presque violente, la plus rapide de toute la discographie, comme une Ouverture tragique de la même eau. Toutes les « espagnolades » d’une puissance, d’une acuité rythmique, en même temps d’un raffinement, d’une transparence, inouïs : Capriccio espagnol de Rimski-Korsakov, Tricorne et Amour sorcier de Falla, époustoulfants. Une 5eme et une 6ème symphonies de Beethoven (1960) parmi les plus belles et les mieux captées de toute la discographie. De moindres réussites avec les symphonies de Schubert, mais le mérite à l’époque d’avoir été la première intégrale, et quand même une ardeur juvénile, qui s’est transformée en course de vitesse et en vaine virtuosité dans la dernière intégrale « live » réalisée avec la Radio bavaroise. Et puis d’étonnantes symphonies de Mozart (1, 28 et 41) hyper virtuoses réalisées en 1958 avec un Orchestre National nettement plus à la peine que dans Ravel.

Autre réalisation majeure des années de jeunesse de Lorin Maazel, il est tout juste dans la trentaine, les premières intégrales des symphonies de Sibelius et de Tchaikovski réalisées avec l’orchestre philharmonique de Vienne, dans des prises de son Decca des grandes années. C’est, à mes oreilles, le meilleur de ce que Maazel a légué au disque.  Jamais il n’a retrouvé, même à Cleveland – où il a laissé un Roméo et Juliette de Prokofiev formidable – avec une discographie surabondante et en très grande partie inutile et redondante, le concentré d’énergie et de poésie qui était sa marque première. Et pourtant il a tout enregistré, parfois plusieurs fois, sans jamais laisser une trace durable dans la mémoire des discophiles.

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A l’opéra, ne restent pour moi que de très beaux Puccini, sensuels et coloristes, naguère parus chez RCA, puis quasiment tous réédités par Brilliant Classics dans un gros coffret à petit prix

Disques d’été (V) : les amitiés particulières

Lors d’une de ces discussions interminables que certains de mes « amis » affectionnent sur Facebook – toujours à propos des mérites comparés de tel pianiste, tel chef, telle version – le nom d’un chef d’orchestre est venu sur le tapis, d’aucuns regrettant qu’il soit oublié, d’autres relevant que, malgré sa brève carrière, il a laissé un bel héritage discographique.

Thomas Schippers est né à Kalamazoo en 1930 et mort d’un cancer du poumon en 1977.

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Je n’avais pas spécialement prêté attention à sa biographie, ni même à son physique d’acteur hollywoodien, lorsque je suis tombé sur le livret d’un très beau disque :

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Un disque pour l’essentiel consacré à Samuel Barber, Giancarlo Menotti (et très accessoirement à D’Indy). Je m’attendais à lire une analyse très sérieuse de ces compositeurs et de leurs oeuvres, beaucoup moins à tout apprendre de la sexualité des deux compositeurs américains en question et du jeune chef d’orchestre.

Donc si j’ai bien compris, Barber et Menotti ont fricoté ensemble, ils ont eu une « relation », c’est avéré, ensuite Menotti a pris le chef sous son aile, il est même insinué que les deux compositeurs se seraient partagé les faveurs du jeune Thomas… et tant qu’on y est, que finalement le jeune chef ne devrait sa carrière qu’à ses « protecteurs ». En quelque sorte une version gay de « coucher pour réussir »…Etonnant non, cette musicologie qui lorgne du côté de la presse à sensation ?

Il n’y a rien de choquant, de mon point de vue, à évoquer la sexualité des créateurs et des interprètes, dès lors que ce peut être un élément de compréhension de leur personnalité et de leur talent – mais de compréhension seulement, pas d’explication !- En revanche laisser accroire que ceux-là ne devraient leur réussite qu’à leur orientation sexuelle particulière est d’un ridicule achevé. Comme le disait avec une ironie mordante un ancien ministre de la Culture français* : « selon certains, si on n’est pas juif, homosexuel et franc-maçon point de salut » !

Revenons donc à Thomas Schippers et à son vrai et authentique talent, à sa carrière brisée en plein essor. Puisque SONY réédite généreusement en coffrets à tout petit prix des pans entiers de son immense catalogue (les fonds CBS et RCA notamment), pourrait-on suggérer qu’ils rassemblent le legs symphonique du chef américain, pour le moment éparpillé et difficilement trouvable sauf en seconde main.

Grâce à l’amitié (particulière ?) de Leonard Bernstein, Schippers a pu graver de très beaux disques avec le Philharmonique de New York au début des années 60

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Schippers a aussi été l’un des prédécesseurs de Louis Langrée à la tête de l’orchestre de Cincinnati, où il a laissé quelques beaux enregistrements pour le label Vox. A rééditer aussi !

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Mais c’est évidemment comme chef d’opéra que Thomas Schippers reste le plus présent dans la discographie et qu’il donne les plus éclatants témoignages de son talent.

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On consacrera le prochain billet à l’exact contemporain de Thomas Schippers, Lorin Maazel né comme lui en 1930 – leurs années de jeunesse ont plus d’un point commun – et mort il y a un an, le 13 juillet 2014 exactement

*Cet ancien ministre n’est pas Frédéric M. !

Disques d’été (IV) : un grand d’Espagne

On reste toute sa vie fidèle aux interprètes qui ont accompagné vos premiers pas dans la découverte de la musique classique. Une autre fois je parlerai de ce 25 cm jaune (le bandeau de Deutsche Grammophon) et pourpre (une tenture, un grand piano, un chandelier et un couple très romantique) qui m’a fait aimer Chopin et Stefan Askenase.

C’est à un autre pianiste que je pense aujourd’hui avec gratitude et nostalgie. En 1973, la critique (Diapason déjà !) avait salué unanimement une intégrale des concertos pour piano de Rachmaninov, publiée par Philips. Confiée à deux tout jeunes artistes, le pianiste Rafael Orozco – 27 ans à l’époque – et le chef Edo de Waart (32 ans).

D’abord un mot de cette publication : elles n’étaient pas si nombreuses alors les intégrales concertantes de Rachmaninov. La légendaire version Wild/Horenstein n’était connue que des spécialistes, Ashkenazy et Previn étaient en train d’achever la leur. Pour le reste morne plaine. Cette nouvelle publication fit d’autant plus figure d’événement qu’elle donnait à redécouvrir un compositeur méprisé par toute la bien-pensance musicale européenne, que les flonflons « hollywoodiens » du trop célèbre 2e concerto révulsaient.

Incroyable d’ailleurs que personne ni à l’époque, ni depuis, n’ait fait remarquer non seulement que la musique de Rachmaninov ne pouvait être assimilée à celle que l’industrie triomphante du cinéma produisait en quantités… hollywoodiennes, mais que ce fameux 2e concerto avait été écrit en Russie et datait de.. 1901, soit quelques années quand même avant le jazz, Gershwin et l’essor de Hollywood. Pour certaines tournures mélodiques, pour l’emploi de la tierce mineure, et la structure même du concerto, Rachmaninov est un précurseur, pas un épigone !

Le succès de ce coffret Philips aura une conséquence inattendue : c’est un extrait du premier mouvement du 1er concerto qui sera choisi, en 1975, comme indicatif de l’émission littéraire de Bernard Pivot Apostrophes (même si la version retenue par la télévision est celle de Byron Janis et Kirill Kondrachine) : http://www.ina.fr/video/I00018025

Après ce long détour en forme de réhabilitation – oui on aime Rachmaninov ! – retour à ce coffret aussitôt acheté, aussitôt écouté, mais adopté lentement, difficilement même.

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J’ai tout de suite aimé le son, la virtuosité, le panache du pianiste et j’allais demeurer fidèle à ce grand et fier piano, à cet incomparable mélange de virilité (pardon pour le cliché !) et de sensibilité qui est la marque de Rafael Orozco. Souvenir intact et ému d’une intégrale d’Iberia d’Albeniz au Théâtre des Champs-Elysées quelques mois avant sa mort (en 1996).

Mais les concertos de Rachmaninov, quand on n’avait dans l’oreille que le 2eme concerto – et encore à l’époque, dans cette jolie ville de Poitiers, où l’on n’avait pas encore créé les Rencontres Musicales qui allaient nous amener, enfin, les grands artistes classiques du moment, Cziffra, Menuhin, Weissenberg, Ferras, jamais entendu en concert – c’était plutôt ardu : je ne comprenais rien au 3e concerto, sauf qu’il exigeait une technique exceptionnelle, le 4e concerto me séduisait plus sans doute par ses audaces, ses libertés. Quant au 1er concerto, comment ne pas souscrire à son romantisme débridé, très ancré dans la mère patrie. En revanche, coup de foudre immédiat pour la Rhapsodie sur un thème de Paganini.

Edo de Waart ne reniera jamais ses amours de jeunesse pour Rachmaninov, puisqu’il en enregistrera à deux reprises le corpus symphonique.

Quant à Rafael Orozco, il n’aura jamais la carrière discographique que son talent et sa personnalité hors normes auraient dû lui ouvrir. On en est réduit à rechercher ici et là, sur les sites de téléchargement, des Mozart, des Chopin enregistrés pour la branche espagnole d’EMI, Albeniz et Falla gravés pour Valois/Auvidis (qui les ressort au compte-gouttes). Un conseil : dès que vous trouvez un enregistrement d’Orozco, achetez-le, écoutez et réécoutez-le. Comme ce sublime Rêve d’amour (n°3) de Liszt

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Qui nous restituera un jour le legs discographique de ce grand d’Espagne, trop tôt disparu ?

Disques d’été (III) : Le son du cor au fond de Brahms

J’évoquais avant hier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/08/01/disques-dete-ii-vive-la-suisse/) le Rigi, cette montagne à vaches qui borde le Lac des Quatre-Cantons au coeur de la Suisse. C’est précisément en se promenant un été sur le Rigi qu’un jeune compositeur trentenaire, secrètement amoureux d’une belle pianiste virtuose veuve de celui dont elle portera le nom pour la postérité, entend le soir venu sonner un cor des Alpes. Il note le thème : solo_de_cor_1ere_symphonie Sur une carte postale qu’il écrit le 12 septembre 1868. De Johannes Brahms à Clara Wieck-Schumann.Ce thème sera repris tel quel par Brahms, dans le finale d’une 1ere symphonie, dont la gestation fut particulièrement longue et difficile, et qui sera créée le 4 novembre 1876 à Karlsruhe. 1_4eme_mouv._m._30-38 Ecouter ce fameux thème à 36’35 »

Avec cette captation de concert, l’occasion m’est donnée de rendre hommage à l’un des plus grands chefs encore en activité, Stanislas Skrowaczewski (92 ans), et de conseiller le très beau coffret que son éditeur Oehms lui consacre :81upNYjr1QL._SL1500_71voxWMzw9L._SL1200_ Mais ma version de chevet de la 1ere symphonie de Brahms demeure la vision insurpassée de Karl Böhm avec les Berlinois en 1960, dans une prise de son exceptionnelle, un indispensable de toute discothèque 41WJWQNMPSL

Disques d’été (II) : vive la Suisse !

Nul ne devrait ignorer que le 1er août est le jour de la Fête Nationale suisse (https://fr.wikipedia.org/wiki/Fête_nationale_suisse).

Petite revue de détail de disques récents d’interprètes hélvètes.

On a en déjà parlé (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/07/27/souvenirs-meles/) : une réédition très bon marché (en téléchargement) d’une intégrale des symphonies et trois ouvertures de Schubert, qui tient fièrement sa place face aux Harnoncourt, Marriner, Abbado et autres références, celle du regretté Marcello Viotti (chef suisse pur jus)

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Marcello était un formidable chef d’opéra, qui a eu heureusement le temps de graver plusieurs ouvrages, dont ces courts opéras de Rossini 

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et son dernier enregistrement avec un « cast » de premier choix :

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L’autre Suisse qui fait l’actualité, tout jeune quadragénaire, qui se partage entre Paris et Vienne, est Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris et des Wiener Symphoniker. Une discographie encore maigre, mais construite, comme tout ce que fait le fils d’Armin Jordan, avec un soin particulier : musique française à l’honneur – l’atavisme ! -dans des disques où les timbres, la chaleur de l’incomparable orchestre de l’Opéra sont exaltés.

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Enfin, il faudrait y consacrer plusieurs billets – le grand festival suisse de l’été finissant c’est Lucerne, on y a tant de souvenirs ! Personne ne peut oublier celui qui en fut l’âme durant la dernière décennie : Claudio Abbado, qui avait ressuscité l’orchestre du festival de Lucerne, tel que les fondateurs, Ansermet et Toscanini l’avaient imaginé, les meilleurs musiciens d’Europe rassemblés l’espace d’un été sur les rives du Lac des Quatre-Cantons à l’ombre du Rigi et du Pilatus.

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