Régime de fête (V) : des livres nécessaires

Pas très festif d’évoquer des morts. Celle de Laurent Bouvet le 18 décembre, celle de Jacques Drillon le jour de Noël.

Laurent Bouvet ou la pensée juste

Je ne connaissais le premier que par ses écrits, et son dernier message sur Facebook m’avait bouleversé :

28 novembre, 18:51  · Fin de partie À l’été 2019, on m’a diagnostiqué une maladie neuro-dégénérative appelée SLA, plus communément connue sous le nom de  »maladie de Charcot ». Cette maladie m’a rapidement privé de l’usage de mes membres et de la parole.J’ai toujours refusé d’en faire état publiquement, en particulier ici, car je ne voulais pas que la maladie me définisse. Si j’en fait état aujourd’hui, c’est parce que je quitte Facebook et que ma parole publique cesse avec ce départ.J’ai eu sur ce réseau social bien des bonheurs depuis mon adhésion en 2009. J’y ai fait de magnifiques rencontres sans lesquelles le Printemps républicain, notamment, n’aurait pas existé sous la forme qu’il a prise du moins. J’y ai beaucoup ri, je m’y suis souvent énervé, j’en ai même parfois abusé… Bref, je ne m’y suis jamais ennuyé. On me pardonnera d’y avoir trop pratiqué l’art subtil du contrepet. Si le tout n’était pas de mon cru, j’espère néanmoins vous avoir fait partager cette trouble passion.Pour le reste, j’aurai essayé de m’en tenir à cette phrase de mon cher Marc Aurèle :  » Une excellente manière de te défendre d’eux, c’est de ne pas leur ressembler. »Si ma voix publique s’éteint aujourd’hui, je ne suis pas pour autant inquiet pour les idées que j’ai contribué à défendre ces dernières années. Je sais le courage et la détermination de mes amis, je sais aussi leur sens de l’humour et de l’autodérision qui nous ont si souvent réunis.

Une voix comme celle de Laurent Bouvet ne peut s’éteindre et ne s’éteindra pas, parce qu’elle est indispensable. Parce qu’ils sont si peu nombreux aujourd’hui à dire les choses comme elles sont, non comme des fantasmes ou des opérations de communication.

Je suis en train de relire L’insécurité culturelle, un essai publié il y a bientôt sept ans.

La justesse des analyses d’un homme qui s’est toujours revendiqué de gauche éclate avec plus de force encore aujourd’hui.

La crise économique ne suffit pas à expliquer le malaise français. Face aux bouleversements de l’ordre du monde et aux difficultés du pays, la montée du populisme et du Front national témoigne d’une inquiétude identitaire et culturelle. Comment vivre ensemble malgré nos différences ?
Laurent Bouvet, spécialiste des doctrines politiques et observateur attentif de la vie politique, examine l’origine de cette angoisse et ses effets. En décortiquant les représentations, vraies ou fausses, que nos concitoyens se font de la mondialisation, de l’Europe, de l’immigration, de l’islam ou des élites, il montre comment des dimensions culturelles se mêlent étroitement aux conditions matérielles.
Rompant avec l’aveuglement et le conformisme, Laurent Bouvet propose des pistes pour combattre ce mal qui ronge la société française : l’insécurité culturelle.
(Présentation de l’éditeur).

L’écrivain et éditeur Laurent Nunez nous annonçait une bonne nouvelle sur Facebook :

Ce n’est pas parce que les gens s’en vont qu’ils ne sont plus là. En février 2022 paraitra donc un formidable ouvrage collectif aux Éditions de l’Observatoire : « Laurent Bouvet, un portrait intellectuel et engagé ». Avec son tout dernier texte.

Oserait-on en recommander vivement la lecture à tous les candidats à la présidence de la République ?

Jacques Drillon ou l’insubmersible distinction

Jacques Drillon est mort le jour de Noël. Comme Laurent Bouvet, il était privé depuis quelques mois de plusieurs de ses facultés vitales, atteint qu’il était d’une forme rare de tumeur au cerveau, un oligodendrogliome. Il n’avait que 67 ans. J’étais persuadé qu’il était nettement plus âgé que moi. Parce qu’il m’impressionnait, parce que je me sentais bien petit à côté de lui.

Portrait of Jacques Drillon (journalist) 28/10/2014 ©Jean-Francois PAGA/Leemage

C’est étrange, je n’oserais jamais écrire que j’ai bien connu Jacques Drillon, à la différence de nombre de ses confrères qui lui ont rendu de merveilleux hommages (voir ci-dessous). Mais nous nous sommes croisés, rencontrés parfois inopinément, du temps où je m’occupais des programmes de France Musique. Je me rappelle une librairie de la rue Mouffetard. Peut-être même devrai-je fouiller dans ma bibliothèque pour retrouver tel ouvrage qu’il m’aurait dédicacé ?

Je ne sais pas pourquoi, mais lui qui avait la dent si dure, la formule si cinglante – quelle pure jouissance que de lire ses saillies ! – semblait m’avoir à la bonne, n’a jamais rien écrit de méchant sur France Musique – alors que c’eût été son droit le plus absolu, d’autres, souvent d’ailleurs collaborateurs occasionnels ou réguliers de la chaîne ne s’en privaient pas ! -. Je pense qu’il était timide, je l’étais aussi, nous n’avions pas besoin de longs échanges pour partager un point de vue sur un concert, une émission. Je ne l’avais plus revu depuis longtemps, j’avais lu ses Mémoires qui prétendaient ne pas en être. Sa disparition me touche.

Renaud Machart dans Le Monde évoque « un art consommé du tir à vue, rarement à fleurets mouchetés ». Jérôme Garcin dans L’Obs parle d’une mort « affreusement triste et scandaleuse« , tandis qu’Ivan Alexandre dans Diapason écrit : « Nous ne perdons pas un critique. Nous ne perdons pas un journaliste (qui se faisait un devoir de « transgresser les lois du journalisme »). Nous ne perdons pas un docteur ès lettres (Metz 1993). Nous perdons un auteur. Et même, dans notre champ, l’Auteur par excellence. Qui laisse une trace forte parce que la main l’était. Cinq mois après André Tubeuf, quel coup. Le son passe, l’écrit reste : l’art de transcrire la musique en verbe ne s’efface pas. Mais qui, après lui ? « 

Je retrouve un billet de ce blog, de septembre 2015, qui prouve que Jacques Drillon ne s’occupait pas que de musique et de langue française. Témoin cette critique d’une récente parution de Christine Angot : Monumentale platitude !

Cadeaux de Noël

Je suis, au choix, ou resté un enfant ou devenu un vieux ronchon, mais je ne supporte plus la marchandisation, qui me paraît chaque année plus accentuée, de la fête de Noël. Début novembre, le rayon « décos de Noël » était déjà installé chez mon pépiniériste, et à la mi-novembre, la plupart des villes étaient déjà « enguirlandées » !

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IMG_7353(Place de la Comédie à Montpellier)

J’aime me rappeler que, dans ma famille – avant le sinistre hiver 1972 (Dernière demeure)  le sapin de Noël et la crèche n’étaient installés, décorés, qu’au tout dernier moment, pour la veillée du 24 décembre, et que mes soeurs et moi les découvrions émerveillés, avec l’odeur des bougies et un disque de Christmas carols sur l’électrophone du salon.

Mais c’était il y a longtemps…

À un ami qui m’interrogeait il y a une semaine sur mes courses de Noël, je répondis que, comme chaque année, j’avais refusé de me prêter à cette course à la surconsommation dans des magasins bondés, et que je trouverais en temps utile les petits cadeaux qui feraient plaisir à mes proches.

Ce que j’ai fait avec un peu d’anticipation ce samedi pour mes petits-enfants, qui avaient émis le voeu – par écrit ! – d’assister à une représentation du Lac des cygnes.

Billets réservés depuis quelques semaines, au prix (très) fort – les organisateurs de spectacles de fin d’année « pour enfants » savent très bien comment plumer les parents et grands-parents ! – pour un spectacle décevant.

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Mon premier Lac des cygnes au théâtre Mogador à Paris est présenté comme « un spectacle conté et dansé en deux actes de 40 minutes entrecoupés par un entracte, où l’histoire du « Lac des Cygnes » a été simplifiée pour devenir accessible aux plus jeunes.
Il est interprété par une troupe de danseurs professionnels emmenée par Karl Paquette, ancien danseur étoile de l’Opéra National de Paris. » 

Spectacle conté ? En voix off (!!) le comédien-français Clément Hervieu-Léger fait une très brève introduction au début de chaque partie, sans aucune explication du déroulement de l’histoire et des scènes qui vont se succéder. Ma petite-fille, 4 ans et demi, qui, elle, connaît par coeur l’histoire du Lac des cygnes, faisait remarquer qu’on s’était moqué de nous !

Quant aux danseuses et danseurs, emmenés par Karl Paquettedanseur étoile tout frais retraité de l’Opéra de Paris, on ne peut pas dire qu’ils se signalaient par leurs qualités d’ensemble et leur homogénéité. Je ne sais ce que l’ancienne directrice de la danse de l’Opéra de Paris qui était dans la salle en a pensé…

IMG_7672Pour oublier ce Lac médiocre, nous nous en fûmes découvrir les Champs-Elysées (question du garçon « Il n’y a pas de gilets jaunes aujourd’hui? » « Ils font grève? »).

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Alors quid des cadeaux de Noël cette année ?

Je veux d’abord signaler l’initiative du Festival Radio France Occitanie Montpellier qui met en vente dès maintenant des places – les meilleures ! – pour deux des événements  lyriques de son édition 2020, via le site de la FNAC (les billets sont donc accessibles partout !).

D’abord Fedora, l’opéra de Giordano, en version de concert, le 17 juillet 2020, qui marquera le retour à Montpellier de Sonya Yoncheva et de son mari, le chef Domingo Hindoyan (billets en vente ici)

I-FRFM-2016-309(Domingo Hindoyan eSonya Yoncheva en juillet 2017 à Montpellier après Siberia de Giordano)

Et comme c’est la spécialité du festival depuis l’origine, une résurrection, l’un des derniers ouvrages de Massenet, son opéra Bacchus (1909), le 25 juillet 2020, sous la houlette de Michael Schonwandt, avec, en tête de distribution, Catherine Hunold et Jean-François Borras (billets en vente ici)

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Si vous êtes encore en panne d’idées, quelques conseils de livres ou de disques qui ne devraient pas décevoir…

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Ils sont de retour. Encore mieux habillés, encore plus déconnectés. Mais attention : «  Tu crois que je suis à côté de la plaque mais ce n’est pas toi qui décides où est la plaque  »  ! Les poètes du hors-sol. Les timbrés du premier rang des défilés de mode. Tout un monde souvent parisien, toujours à la pointe, jamais épuisés. Loïc Prigent revient avec le dernier bulletin de santé de ses petits camarades du monde de la mode. 

On avait adoré le précédent opuscule, dont Catherine Deneuve avait donné un savoureux aperçu sur scène.

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Deux ans après sa mort, on lira avec gourmandise le portrait nuancé, fourmillant d’anecdotes, que Sophie des Déserts avait dressé de Jean d’Ormesson. Qui vient de paraître en poche.

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Pendant près de trois ans, « le dernier roi soleil » ouvre ses portes à la journaliste Sophie des Déserts. Elle s’approche. Il s’habitue. Ils s’apprivoisent. Une amitié
se noue, dans la vérité des derniers temps. Sophie des Déserts voit aussi ses amis, son majordome, sa famille, les femmes de sa vie. Avec l’approbation de
« Jean », tous lui parlent. Se livrent. Racontent. Ainsi apparaît Jean d’Ormesson, dans toutes ses facettes, au fil de ces pages lumineuses et sombres parfois,
piquantes, drôles, tendres, où se révèle enfin l’homme.

On se précipitera aussi sur le dernier Plantu.

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On reste fidèle à Blake et Mortimer et à leurs dernières aventures :

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Quant à offrir de la musique, deux propositions qui sortent des sentiers battus.

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Le Point du 19 décembre fait, sous la plume du vétéran André Tubeuf, l’éloge d’un musicien de 23 ans, Valentin Tournet, « beau et grand garçon, d’un blond tirant sur le roux, qui déjà, de sa taille (1m94) domine le champ de bataille où son arrivée fait quelque bruit ». Laurent Brunner lui a ouvert grand l’opéra et la chapelle de Versailles, et ça donne un premier disque enthousiasmant !

Avant que le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven ne déferle sur 2020empressez-vous d’acquérir ou d’offrir la moins chère (env. 20 €) des intégrales des symphonies du maître de Bonn, due au plus méconnu des grands chefs est-allemands du XXème siècle, Herbert Kegel.

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Rudi le pianiste

Si l’on est réfractaire au style Tubeuf, il ne faut pas lire son dernier-né. Inutile de dire que ce n’est pas mon cas, et si, parfois, rarement, les chantournements de l’ancien professeur de philosophie peuvent agacer, les souvenirs d’André Tubeuf, revisités au soir de son grand âge, à propos d’un musicien qu’on n’a cessé de révérer, évidemment passionnent et enchantent.

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« Toutes ces dernières années, je multipliais les livres et on me demandait : « À quand, un sur Serkin ? »… je n’avais jamais eu l’idée d’écrire un livre sur lui. Lui-même répugnait à ce qu’on parle de lui. Il n’y avait rien à savoir, qu’à le regarder faire….

Une soirée avec Serkin, c’était de toute façon une leçon d’incarnation…Ceux qui ont vu cela, ne risquent pas de l’oublier. À ceux qui ne l’ont pas vu on ne peut que donner une idée abstraite : sans l’emprise, renversante, stupéfiante, régénératrice.

D’autres ont été davantage publics, populaires, aimés peut-être, et soucieux de l’être, faisant tout pour l’être. Pas Serkin »

Moyennant quoi, André Tubeuf nous livre 190 pages serrées sur un pianiste, Rudolf Serkin (1903-1991) dont il n’y avait, paraît-il, « rien à savoir » ! Merci cher André Tubeuf !

Au moment où je commençais la lecture de cette « Leçon Serkin », je lisais sur la page Facebook de Tom Deacon, naguère un des grands producteurs du label Philips et auteur de cette extraordinaire collection, parue il y a vingt ans, Great Pianists of the 20th Century

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ceci à propos d’un coffret paru en Europe il y a près de 2 ans :

Ce coffret est tout aussi recommandable que tous les autres. La documentation est le nec plus ultra. Beaucoup de photos. Un bon texte d’introduction. Et 75 CD de Rudolf Serkin, l’un des plus grands pianistes que j’ai eu le privilège d’entendre en concert et en récital. C’est son héritage artistique. Dans une boîte!

Il m’est impossible d’effacer de ma mémoire l’image de ce musicien aux petites lunettes cerclées, légèrement voûté se dirigeant vers le piano.

Serkin s’est battu pour être un grand pianiste. Il y travaillait. Il le devait. Il n’a jamais eu la chance d’être doté d’une de ces techniques faciles, naturelles et bien huilées. En un mot, il n’était pas Josef Hofmann, bien qu’il ait pris la place de Hofmann en tant que directeur du Curtis Institute à Philadelphie

Serkin était à son meilleur dans la salle de concert, pas dans le studio d’enregistrement. D’une manière ou d’une autre, les ingénieurs de Columbia ont eu du mal à saisir son « son ». Cela a toujours semblé dur. Rubinstein avait le même problème chez RCA Victor. Nous avons donc ici ce que nous avons, une image sonique imparfaite d’un pianiste tout simplement merveilleux qui pouvait hypnotiser un public immense avec le mouvement lent de la sonate Hammerklavier de Beethoven. C’était lent, très lent, mais vous souhaitiez que cela ne se termine jamais si beaux étaient le son et la conception musicale de Serkin. Idem avec le mouvement d’ouverture de la sonate « au clair de lune ». Aucun des enregistrements de Serkin n’a jamais capturé cette magie.

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Les circuits de distribution ne doivent pas être les mêmes au Canada, où réside Tom Deacon, et en Europe, puisque j’avais déjà parlé de cette somme il y a plusieurs mois : Des nuances de noir et blanc

Deacon et Tubeuf disent un peu la même chose, et pour moi qui n’ai jamais eu la chance d’entendre le grand pianiste en concert, les témoignages du studio comme les « live » que contient cette boîte ne font que renforcer, conforter, l’admiration que je porte à un musicien essentiel du XXème siècle. Pour ceux qui ne pourraient, voudraient, pas se payer l’imposant coffret (détails ici : Serkin the complete Columbia recordings), le legs discographique de Serkin est disponible en une multitude de coffrets à prix doux.

Intemporelle Truite de Schubert enregistrée à Marlboro – en prêtant l’oreille, on y entend même les oiseaux alentour…

La mort en face

Sauf erreur de ma part, la dernière fois que j’avais vu l’ouvrage, c’était à l’Opéra Bastille en 2004. C’est dire si j’attendais ces Dialogues des Carmélites de Francis Poulencdonnés au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, dans une mise en scène d’Olivier Pyqui avaient déjà triomphé en 2013.

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La même production a précédé la reprise parisienne, en décembre dernier, à La Monnaie de Bruxelles, avec une distribution en partie commune aux deux théâtres.

Pour les rôles communs à Bruxelles et Paris : Patricia Petibon, en Blanche de la Force, confirme ce que j’ai déjà constaté avec plaisir dans les récents Pelléas et Mélisande et Mithridate vus dans ce même théâtre des Champs-Elysées, la pleine maturité d’un talent que je me souviens avoir vu éclore à Ambronay, il y a une trentaine d’années, dans David et Jonathas. Sans les scories d’une notoriété acquise un peu trop rapidement sur des critères extra-musicaux.

On admire tout autant Véronique Gens – une habituée du Festival Radio France – en Madame Lidoine habitée, Sophie Koch, impressionnante Mère Marie de l’Annonciation, et chez les hommes Alain Cavallier en Marquis de la Force et surtout le magnifique ténor Stanislas de Barbeyrac, voix ronde, chaude et ample, parfaite incarnation du Chevalier de la Force, frère si aimant de Blanche.

À Paris, même annoncée en méforme, Sabine Devieilhe épouse à merveille la jeunesse et l’insouciance de Soeur Constance. 

Couronnant une distribution entièrement francophone – sacrée évolution du paysage lyrique français depuis 30 ans ! merci à des pépinières comme l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris et à son infatigable animateur Christian Schirm qui y ont ô combien contribué – la Prieure d’Anne-Sofie von Otter, diction, expression du texte superlatives, est d’une puissance d’évocation qui bouleverserait le plus rétif des spectateurs au texte de Bernanos.

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Il m’est arrivé de ne pas aimer ou de ne pas comprendre Olivier Py dans certaines de ses mises en scène. Dans ces Dialogues, il est admirable, convaincant, de bout en bout : Un tel spectacle est l’honneur des scènes francophones, en ce temps où tant d’œuvres sont délibérément défigurées, violentées, avilies par les metteurs en scène. Ici règne le respect, celui d’un texte et d’un argument théâtral de premier ordre, comme l’écrit André Tubeuf dans son blog.

Dans la fosse, l’Orchestre National chante Poulenc comme sa langue maternelle.

Une soirée à retrouver avec bonheur sur France Musique le 25 février prochain.

 

 

Cadeaux

Je ne suis pas revenu les mains vides de mon week-end liégeois, les amis ayant souhaité anticiper un anniversaire qui n’a lieu que dans trois jours. Et comme ils me connaissent bien, ils ne sont pas trompés. Cela peut même donner quelques idées à ceux qui sont encore en panne de cadeaux à faire pour ces fêtes…

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J’avais déjà reçu des mêmes amis, et dédicacés par Pierre Lecrenier, les deux premiers tomes, inutile de dire que ce troisième est mieux venu encore. Pour ce que j’en ai déjà feuilleté, le trait est juste, les traits jamais excessifs, mais tellement inspirés de la réalité. Bravo !

Dans un genre plus direct, j’ai bien reconnu la patte d’un ami militant de toutes les causes qui nous tiennent à coeur dans le choix de ce qui est en train de devenir un bestseller

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Pour conjurer l’avenir…

L. avait repéré l’affection que j’ai pour les livres d’André Tubeuf, style et mémoire inimitables. Et qu’il me manquait certainement celui-ci. Bien vu !

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Autre album, intéressant et frustrant à la fois, parce que ce beau livre ne peut donner qu’un faible aperçu de plus de 50 ans de vie, de travail, de création au sein de la Maison de la radio (inaugurée en 1963). L’ami Gérard Courchelle a fait des choix qui n’auraient pas été les miens, mais c’est un travail remarquable, richement documenté, et sans aucun doute passionnant pour qui veut découvrir l’arrière du décor.

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Et puis demain j’évoquerai dans le détail l’une des plus belles publications discographiques de l’année, somptueux contenant et contenu. À la mesure de celui qu’elle honore pour son centenaire.

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Sviatoslav Richter ou l’exception faite homme. Et auprès de lui un immense chef d’orchestre, qui mériterait à son tour pareil hommage, Kirill Kondrachine. 

 

 

Des livres de musique

Les livres s’empilent sur ma table de chevet, cadeaux, envois, achats. On les ouvre, on les respire, on les suit en parallèle.

Dans l’ordre de réception, ce cadeau d’amis de théâtre :

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Le grand chef britannique, parfait francophone, était l’invité de Vincent Josse sur France Musique lundi dernier. Trop brève rencontre avec ce personnage d’exception : John Eliot Gardiner est de cette catégorie rare des aventuriers de la musique (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2013/03/18/happy-birthday-mister-gardiner.html).

John Eliot Gardiner a grandi sous le regard d’un des deux portraits authentiques de Bach, conservé dans la maison de ses parents où il avait été caché pendant la Seconde Guerre mondiale (c’est ce portrait qui figure en couverture de l’édition originale en anglais du livre de Gardiner)

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Cet ouvrage est le fruit d’une vie passée à parfaire sa science et sa pratique de la musique de Bach. Nourri d’archives et d’analyses, il nous fait rencontrer « l’homme en sa création » : nous ressentons ce que pouvait être l’acte de faire de la musique, nous habitons les mêmes expériences, les mêmes sensations que lui. John Eliot Gardiner mêle avec un talent rare érudition, passion et enthousiasme. (Présentation de l’éditeur)

Gardiner avait déjà laissé une discographie exceptionnelle de Bach chez Archiv, il a récidivé sous son propre label pour l’intégrale des cantates, un projet qu’il a conduit depuis une quinzaine d’années.

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Autre ouvrage, que je n’attendais pas sous cette plume : Chopin ou la fureur de soi, de Dominique Jameux :

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J’ai bien connu Dominique Jameux, d’abord et surtout comme auditeur, puis comme directeur de France Musique : producteur exigeant, parfois ombrageux, concentré sur des périodes, des compositeurs, qu’il revisitait, et nous aidait à redécouvrir sans cesse. Et je n’ai pas le souvenir à l’époque qu’il ait manifesté à l’antenne cet amour de Chopin qui nous vaut aujourd’hui ces 350 pages passionnantes et très personnelles. Jameux, ce sont des ouvrages de référence sur Berg, Boulez, Richard Strauss mais pourquoi Chopin ?

« Première (raison) : le caractère résolument individuel, voire intime, tant de ce que Chopin nous glisse à l’oreille que de l’écho que nous lui donnons en nous. Chopin c’est comme la radio : une parole (musicale) qui s’adresse à un auditeur; Moi, vous. Chopin n’a pas de public. Chaque auditeur est seul à l’écouter. L’expérience Chopin le touche au plus secret… » 

Dominique Jameux livre aussi une discographie très personnelle de « son » Chopin : je n’ai pas été surpris d’y retrouver l’incomparable Nelson Goerner.

Beau document qui nous permet de retrouver Frans Brüggen dans une pièce peu connue de Chopin.

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Enfin – provisoirement – un nouveau pavé dû à l’inépuisable André Tubeuf :

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Quinze ans de chroniques mensuelles dans Classica sont rassemblées ici : pour l’essentiel  de grandes figures du passé, le panthéon personnel de l’octogénaire philosophe, mais aussi quelques beaux portraits d’artistes d’aujourd’hui, comme Leif Ove Andsnes ou Philippe Jordan. Et toujours l’inimitable style Tubeuf…

Le hasard m’a fait ouvrir ce livre à la page 59, juste après que j’ai terminé mon dernier billet (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/10/13/la-mort-danita/).

« Anita Cerquetti, l’intruse.

Intruse, oui. Projetée sous les pleins feux de la façon la plus spectaculaire, sans qu’elle l’ait en rien recherché, sans que ce fût en rien dans son caractère… Il y eut l’incident Norma, à Rome, début janvier 1958 – la dérobade (*). L’autre Norma appelée en hâte serait forcément, aux yeux du monde, une remplaçante. Pourtant en Italie, depuis six ou sept ans, Anita Cerquetti se multipliait dans les plus grands théâtres, chantant Verdi, chanteuse essentiellement noble, comme aucune autre alors ni en Italie ni ailleurs…

(*) Le 2 janvier 1958, à la fin du premier acte de Norma, Maria Callas quitte définitivement la scène de l’Opéra de Rome. Prétextant une indisposition elle n’achèvera pas sa représentation. Le public est stupéfait. Le scandale éclate le lendemain dans toute la presse.

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