Rien n’a changé

L’actualité vient démontrer à foison que « l’affaire » Thévenoud (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/04/02/rehabilitation/), telle que l’éphémère secrétaire d’Etat la relate, pourrait figurer dans la Bibliothèque rose. Ce ne sont pas les centaines de noms associés au scandale des Panama Papers qui auraient eu ce genre d’ennuis, des problèmes de fins de mois, de retard ou d’oubli de paiement de leurs impôts, de leurs crédits ou de leurs factures…(http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/04/04/le-tournis-le-vertige-et-la-nausee_4895155_3232.html)

Le gros pavé, à tous les sens du terme, que publie Jean Peyrelevade, risque de passer inaperçu dans la déferlante panaméenne. Et pourtant il raconte une histoire qui a tout à voir avec les « révélations » d’aujourd’hui. Dans la préface, il n’incite guère à l’optimisme.

« Rien n’a changé », dit-il, vingt ans après un autre scandale, objet de ce livre, l’affaire du Crédit Lyonnais.

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Cet extraordinaire document qui retrace, d’une plume souvent féroce, le sauvetage du Crédit Lyonnais est l’histoire d’une double trahison de l’Etat. D’abord la trahison inspirée par un système où irresponsabilités et incompétences ne sont jamais sanctionnées, un système incapable de contrôler le pouvoir qu’il a lui-même installé, un système où on a laissé pendant cinq ans une banque de taille mondiale dériver jusqu’aux frontières de la faillite. Des prêts hasardeux aux investissements des requins d’Hollywood, l’entreprise a connu les plus folles dérives sous le règne d’inspecteurs des Finances protégés par le sérail. Mais ce que raconte l’auteur, c’est aussi la trahison d’une caste, celle de Bercy. On y découvre une nomenklatura pénétrée de certitudes et persuadée d’incarner l’intérêt général… Une fois que le scandale a éclaté, un petit groupe de dirigeants politiques et de hauts fonctionnaires va s’efforcer de faire disparaître, malgré le redressement accompli, les traces de ce qui restera le plus grand désastre financier des trente dernières années et qui constitue une tâche sur leur réputation. Ce témoignage explosif décrit, à travers de nombreux portraits et anecdotes, dix ans de lutte acharnée menée pour sauver une grande maison que tout le monde, des ministres français aux commissaires européens en passant par les banques de la place, condamnait.

Quand on s’promène au bord de l’eau

Dans La belle équipe (1936), Jean Gabin se promène le dimanche au bord de la Marne du côté de Nogent.

C’est pourtant un autre paysage qu’enfant il a fréquenté, les rives de l’Oise, à Mériel. Aussi sympathiques que soient les méandres de la Marne, je préfère le cours paisible de l’Oise qui, de L’Isle-Adam à Pontoise, offre au promeneur pédestre ou cycliste d’admirables points de vue. Certes les crues de la rivière peuvent être ravageuses et les anciens prenaient bien garde de ne rien construire sur les berges, hors des cabanes de pêche…

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Je ne pouvais pas, me promenant ce dimanche au bord de l’Oise, ne pas penser à la célèbre scène, et à la tout aussi célèbre chanson, du film de Duvivier. Hier soir entrant dans l’appartement où était prévue une soirée d’anniversaire – les enfants de Patrice G. nous avaient demandé de garder le secret et d’arriver à l’avance – je salue des amis de toujours, plus vus depuis un certain temps, et je leur raconte que j’arrive de ma maison située à cent mètres de celle de la jeune Yvonne Printemps et à trois cents de celle où Jean Moncorgé dit Gabin passa son enfance et son adolescence au 34 de la Grand Rue de Mériel.

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J’avais à peine terminé mon propos que se tourne vers notre groupe un homme de belle prestance, qui ressemble tellement à Jean Gabin que c’en est saisissant !… C’est bien Mathias Moncorgé, l’aîné des trois enfants de l’acteur décédé en 1976. Il sera bientôt rejoint par son fils, Alexis, qui a embrassé la vocation de son grand-père au théâtre.

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Le fils de Jean Gabin préside la Société des amis du Musée de Mériel et m’annonce sa prochaine extension au rez-de-chaussée d’un bâtiment municipal où seul le premier étage était consacré à celui qui incarna, entre autres, le commissaire Maigret cher à Simenon. Non seulement la ressemblance physique est saisissante, mais le timbre de voix, l’élocution sont ceux du père.

Mathias Moncorgé se plaignant de l’absence de bonnes tables dans la commune même de Mériel, je lui conseille, soutenu par Jacques S. à qui on ne la fait pas (en cette matière comme en d’autres), l’Auberge Ravoux à Auvers-sur-Oise où j’ai mes habitudes et dont la table et la cave sont plus qu’à la hauteur de la réputation historique de l’établissement (c’est là que Vincent Van Gogh vécut les derniers mois de sa brève existence et y rendit son dernier soupir).

La conversation roule sur la filmographie de Jean Gabin, que le fils connaît par coeur, dans tous ses détails. Jacques S. lui aussi, mais il cale sur le nom d’une actrice qui joue dans un film de Gilles Grangier de 1969, Sous le signe du taureau (« pas un des meilleurs » selon Mathias Moncorgé) : Colette Deréal. Je ne crois pas avoir déjà vu le film. Même moyen, avec Gabin, et un dialogue signé Audiard, c’est à voir…

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Réhabilitation

On sait que je m’intéresse depuis toujours à la chose publique, à la politique en un mot. Je lis beaucoup d’ouvrages plus ou moins intéressants ou documentés sur le sujet. Trait commun à beaucoup d’entre eux, la critique d’un système de « l’entre-soi » qui serait à l’origine de tous les maux dont souffre la France.

Sur un point au moins, je ne peux souscrire aux arguments des journalistes, politologues et autres commentateurs. Ils citent nombre d’hommes politiques qui n’ayant pas connu la vraie vie des vraies gens, parce qu’ils ont toujours évolué dans les appareils des partis, des groupes politiques, travaillé comme assistants parlementaires ou membres de cabinets, seraient incapables de comprendre le monde « normal », celui du travail, du chômage, de la précarité, bref les difficultés de millions de citoyens.

J’ai été au presque début de ma vie professionnelle, assistant ou attaché parlementaire d’un sénateur, puis de deux députés. Non seulement je n’en éprouve aucune honte, mais j’ai beaucoup plus appris de la vraie vie des vraies gens pendant ces huit années en exerçant ces fonctions aussi bien à Paris qu’en province, que par n’importe quel autre métier plus classique. Et j’ai connu aussi les affres du chômage, les angoisses du lendemain…Je n’ai jamais eu de statut protégé, au contraire !

Je me rappelle, notamment pendant mes années thononaises, où j’étais « sur le terrain » comme on dit, avoir souvent expliqué aux amis ou à ceux qui m’interrogeaient sur mon étrange métier, que c’était probablement le seul où dans une même journée on devait être capable, avec la même qualité d’attention,  d’aider et de répondre  à un chômeur en fin de droits, à une mère célibataire qui ne pouvait plus payer son loyer, et à un ministre qui sollicitait le député pour qui je travaillais. Le seul métier où, dans une même journée, il fallait pouvoir traiter un dossier de voirie dans une petite commune de montagne, un projet de loi sur les appellations d’origine d’un vin ou d’un fromage (l’abondance !), une campagne électorale qui se dessinait, un coup de main à un maire un peu paumé, un amendement à un texte en discussion au Parlement. Bref être ouvert à toutes les situations, et surtout répondre vite et bien à des urgences humaines.

Bien sûr, j’en ai rencontré, côtoyé, de ces types qui ne vivaient que pour et par les petites intrigues de pouvoir (souvent au détriment d’une vie privée inexistante ou catastrophique), j’ai même été voisin de bureau dans l’annexe du Palais Bourbon d’ex ou futurs candidats à l’élection présidentielle (question de génération !)

Mais d’avoir parfois tutoyé les puissants, d’avoir même été sollicité pour entrer  dans un cabinet ministériel, ou embrasser une carrière de maire ou de député; ne m’a jamais fait perdre le sens des réalités, de la vie tout court. Et ne m’a jamais fait désespérer ni de la condition ni de la nature humaines.

Je n’ai jamais regretté d’avoir bifurqué, il y a trente ans, vers la radio et la musique, mais je n’ai jamais perdu le goût de l’action publique. Je pense que je continue, là où je suis, où je travaille, à faire de la politique, dans la seule acception qui convienne : le service des autres, le service d’un idéal.

Un jour, à mon tour, je raconterai ceux qui m’ont inspiré, que j’ai admirés (souvent) ou détestés (rarement).

 

 

Ils nous ont précédés

Pour beaucoup d’entre nous, ce 1er avril n’était pas un jour à se réjouir. C’était,  pour plusieurs familles belges, les obsèques des victimes des attentats du 22 mars à Bruxelles. Et comment supporter de dire un dernier adieu, selon la formule convenue, à celles et ceux qui étaient des amis, des relations de travail, qui avaient la vie devant eux…

Pensant à ces jeunesses amputées, à ces familles brisées, je ne pouvais m’empêcher de me repasser ces terribles vers de Rückert mis en musique par Mahler, dans ses Kindertotenlieder :

Oft denk’ ich, sie sind nur ausgegangen!
Bald werden sie wieder nach Hause gelangen! Der Tag ist schön! O sei nicht bang!
Sie machen nur einen weiten Gang!

Jawohl, sie sind nur ausgegangen
Und werden jetzt nach Hause gelangen! O, sei nicht bang, der Tag is schön!
Sie machen nur den Gang zu jenen Höh’n!

Sie sind uns nur vorausgegangen
Und werden nicht wieder nach Hause gelangen! Wir holen sie ein auf jenen Höh’n
Im Sonnenschein!
Der Tag is schön auf jenen Höh’n!

Souvent je pense qu’ils sont seulement partis se promener,
Bientôt ils seront de retour à la maison.
C’est une belle journée, Ô n’aie pas peur,
Ils ne font qu’une longue promenade.

Mais oui, ils sont seulement partis se promener,
Et ils vont maintenant rentrer à la maison.
Ô, n’aie pas peur, c’est une belle journée,
Ils sont seulement partis se promener vers ces hauteurs.

Ils sont seulement partis avant nous,
Et ne demanderont plus à rentrer à la maison,
Nous les retrouverons sur ces hauteurs, 
Dans la lumière du soleil, la journée est belle sur ces sommets.

L’art de la critique (suite)

L’un de mes billets de la rentrée n’était pas passé inaperçu (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/09/le-difficile-art-de-la-critique/).

La lecture des magazines musicaux d’avril confirme autant la difficulté que la relativité de la critique. Cela aurait plutôt tendance à me réjouir, mais je comprends que les lecteurs, les mélomanes, et les artistes eux-mêmes, puissent être déconcertés par de telles différences de jugement.

Deux exemples significatifs, deux intégrales : les concertos pour piano de Rachmaninov, les symphonies de Nielsen.

 

Rachmaninov 4 # dans Diapason, 1 seule étoile dans Classica. Le bienveillant Jérôme Bastianelli (Diapason) trouve de belles qualités à la pianiste française dans les 1er et 4eme concertos (« l’élan qui manquait aux concertos médians et s’y fait même jubilatoire »), l’impitoyable Stéphane Friédérich (Classica) s’attarde, lui, sur les 2ème et 3ème concertos, qui « cumulent tous les défauts… sirop hollywoodien…prise de son cotonneuse… mollesse incompréhensible de l’orchestre ».  Je n’ai pas écouté (et je n’ai pas nécessairement envie de le faire) cette nouvelle production; si on lit bien entre les lignes, les deux critiques ne sont sans doute pas si éloignés l’un de l’autre. Une nouveauté vraiment pas indispensable. Références inchangées (Wild/Horenstein, Rösel/Sanderling, Orozco/de Waart)

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Nielsen : Diapason d’Or d’une part, 2 petites étoiles dans Classica. Dans ce cas, le divorce est manifeste entre Jean-Charles Hoffelé (Diapason) et Stéphane Friédérich (Classica). Là où JCH est emballé par le « style furioso du chef estonien », SF évoque une « énergie brouillonne, grandiloquente et superficielle » rien que ça! Tandis que le second dénonce une « prise de son trop réverbérée qui brouille une conception à la limite du contresens », le premier termine son papier d’un « Et tout cela enregistré à la perfection! ». On ne peut suspecter ni l’un ni l’autre de ne pas être des auditeurs professionnels, des critiques confirmés. C’est finalement rassurant de constater que nous n’entendons pas tous la même chose.

Réconciliera-t-on nos deux amis autour de cette formidable prestation de Leonard Bernstein avec l’orchestre de la radio danoise ?

Il arrive aussi que l’unanimité se fasse, dans l’admiration comme dans la détestation. Ainsi la réédition des Variations Goldberg de Bach sous les doigts de Daniel Barenboim, captées live au Teatro Colon de Buenos Aires en 1989, Choc de Classica (« Barenboim à son meilleur, inspiré, le geste aérien, précis »), DIAPASON D’OR (« geste épique…le souffle qui porte l’immense narration autorise tous les contrastes »)

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Même unanimité pour une autre réédition qui, elle, ne s’imposait vraiment pas dans ces conditions

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« Publication simplement honteuse » (Classica), « pitoyables conditions sonores » (Diapason).

Et puisqu’on évoque ici le beau et noble artisanat de tous ces labels, petits ou grands, qui, contre vents et marées, continuent de nous offrir l’émotion de la découverte, comment oublier l’épouvantable actualité bruxelloise, qui a ôté la vie à Mélanie Defize, qui avait sûrement collaboré à l’édition de ce disque tout récent…au titre prémonitoire.

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Rassemblés sur ce disque, trois orchestres (l’Orchestre national de Belgique, l’Orchestre philharmonique royal de Liège et l’Orchestre national de Montpellier) qui me sont chers autour d’un compositeur belge dont j’aime suivre le parcours singulier depuis bientôt deux décennies.

C’est demain qu’ont lieu les obsèques de Mélanie. On y sera de toute la force de nos pensées.

http://www.rtc.be/reportages/262-general/1470524-aline-bastin-et-melanie-defize-victimes-des-attentats

Quelque chose de Menuhin

Menuhin, comme Callas, Karajan, Rubinstein, c’est une marque universelle. Tout le monde – surtout les plus éloignés de la musique classique – connaît le nom et l’associe au violon. Vivant, c’était déjà une légende, une référence, un personnage éminent.

Son centenaire – Yehudi Menuhin est né le 22 avril 1916 à New York, mort le 12 mars 1999 à Berlin – est déjà célébré par son éditeur historique, qui avait déjà bien exploité le filon (https://fr.wikipedia.org/wiki/Yehudi_Menuhin).

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Je viens de passer quelques jours là où le grand violoniste fit un premier concert, en 1957, avec Benjamin Britten, Peter Pears et Maurice Gendron (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/20/vus-ou-pas-a-la-tele/). L’été prochain, ce sera la 60ème édition de ce qui est devenu un incontournable rendez-vous estival (http://www.gstaadmenuhinfestival.ch/site/fr/).

C’est dans la belle église de Saanen (chef-lieu de la commune dont Gstaad fait partie) que très longtemps les concerts du festival se sont déroulés.

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C’est dans le centre de Saanen qu’on trouve aussi cet étrange buste de Menuhin. Le sculpteur a manifesté travaillé sur une image inversée du violoniste…et le résultat n’est pas très flatteur.

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Des élus et associations locales ont voulu rendre hommage au grand homme, qui s’était fait une réputation et une image de sage, en proposant un parcours philosophique  sur les six kilomètres qui relient l’église de Saanen et la chapelle du centre de Gstaad.

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Initiative sympathique qui ne m’a pas convaincu de la profondeur de la pensée menuhinienne… Ou alors à considérer que tout étant dans tout et inversement, nous sommes tous des philosophes sans le savoir…

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De Menuhin, on a envie de retenir autre chose, notamment toutes ses initiatives pédagogiques. Ils sont nombreux aujourd’hui dans le monde musical à avoir grandi humainement et artistiquement grâce à Yehudi Menuhin.

Quant au violoniste, chef d’orchestre, on a des souvenirs mitigés, qui nous rendent parfois nostalgiques d’une époque où l’on pouvait reconnaître immédiatement le son, l’archet d’un violoniste. Menuhin, c’était l’irrégularité, une technique souvent défaillante (Michel Schwalbé, le légendaire Konzertmeister de Berlin sous Karajan, m’avait jadis expliqué les problèmes dont souffrait son confrère), et de cette faiblesse il tirait, parfois, des moments de grâce absolue.

Je me rappelle le festival de Lucerne en 1974, j’avais eu la chance d’y travailler – bénévolement – comme ouvreur et donc d’assister à tous les concerts (et même à certaines répétitions). Menuhin était programmé dans les concertos de Bach avec un orchestre de chambre (les Festival strings ?), ce fut un festival de dérapages incontrôlés, de crispations pénibles. Déception…d’autant plus vive que j’avais encore le souvenir lumineux d’une séance de sonates dans la grande salle des pas perdus du Palais de Justice de Poitiers deux ans auparavant, avec la partenaire de toujours, sa soeur Hephzibah. Le lendemain, au moment de prendre mon service, je lis une annonce sur les portes du Kunsthaus : Zvi Zeitlin qui devait jouer le concerto pour violon de Schoenberg n’ayant pas pu rejoindre Lucerne, il était remplacé par… Yehudi Menuhin et le concerto de Beethoven ! Ce soir-là, j’entendis l’immense, le légendaire violoniste, un mouvement lent d’une beauté intemporelle.

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Je ne revis Menuhin que bien des années plus tard, lorsqu’ayant remisé son archet, il entreprit de développer sa carrière de chef, avec des bonheurs inégaux. Mais il suppléait une technique de direction approximative par un tel rayonnement, une telle générosité, qu’il réussissait de petits miracles (avec le Sinfonia Varsovia notamment). Les auditeurs de France Musique et les spectateurs du Festival de Radio France et Montpellier de l’été 1996 s’en souviennent :

http://sites.ina.fr/festivalradiofrancemontpellier/tempo/!/media/CAB96042243

René Koering, pour les 80 ans du violoniste, l’avait invité à diriger les neuf symphonies de Beethoven à l’Opéra Berlioz…

La grande pâque russe

Je me rappelle avoir dû corriger un texte de programme de concert d’une prestigieuse salle parisienne qui mentionnait « La grande Pâques russe » (sic). Le rédacteur me soutenait que Pâques n’avait qu’une orthographe, celle que les catholiques ont adoptée pour la fête religieuse célébrée ce dimanche (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pâques).

En l’occurrence, il s’agit bien du poème symphonique de Rimski-Korsakov, intitulé : Светлый праздник. La première édition (1890) chez Bélaieff précise, en français : La Grande Pâque Russe. Ouverture sur des thèmes de l’Église russe pour grand orchestre.

C’est une musique de concert, évidemment pas de liturgie. Mais Rimski-Korsakov sait magnifier la tradition chorale ancestrale de l’église orthodoxe russe.  Comme l’ont fait nombre de compositeurs, moins connus dans nos contrées, qui se sont voués à l’art choral comme Sviridov, Bortnianski ou Chesnokov :

En 2011, les fêtes de Pâques catholique et orthodoxe coïncidaient, et j’étais alors en voyage en Russie, dans ce qu’on appelle l’anneau d’or, les villes historiques (Souzdal, Vladimir, Rostov le Haut, Iaroslavl, Kostroma, etc.). J’avais eu la chance d’assister, par hasard, à la célébration pascale dans la cathédrale de Iaroslavl, en présence de plusieurs hauts dignitaires de l’Eglise orthodoxe de Russie.

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Le surlendemain j’étais à Zagorsk (aujourd’hui Sergiev Possad), visitant la Laure de la Trinité Saint-Serge qui est pour les Russes orthodoxes ce que Saint-Pierre de Rome est aux catholiques.

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Et j’ai pu saisir quelques images, qui disent la ferveur intacte de ceux qui n’ont jamais cessé de croire, même pendant le glacis soviétique.

Rêve d’hiver

Pour tout un tas de raisons qu’il n’y aurait aucun intérêt à détailler ici, je n’ai jamais passé de vacances à l’hôtel aux sports d’hiver jusqu’à ce week-end pascal. On découvre à tout âge, dit la sagesse populaire ! Et pourtant j’en ai souvent rêvé…

Je n’ai pourtant aucune raison de me plaindre. Au cours de l’hiver 1970, mes parents avaient loué une petite maison (une ancienne bergerie), que l’unique poêle à bois n’arrivait pas à chauffer, au bas de la station de La Mongie. Premiers pas peu concluants sur des skis. En 1977 rebelote à Megève, dans un appartement prêté par la famille de l’élue de mon coeur de l’époque, des essais de ski de fond. Et à partir de 1981, installation à Thonon-les-Bains, les bords du Léman en été, les pistes des Gêts, d’Avoriaz, de Morzine, ou plus modestes de Bernex, sous la Dent d’Oche, en hiver. Pas besoin de séjour organisé, mais du coup jamais l’ambiance si particulière de l’hôtel ou du chalet de montagne, sauf quand on avalait une raclette ou une tartiflette avec les amis avant de redescendre…

Et puis il y eut ce triste jour de février 1999. Mon ami Alain G. m’avait enjoint de quitter Paris et la morosité de l’entre-deux professionnel que je traversais alors, et de venir skier avec lui (c’était un champion comparé à la tortue que j’ai toujours été sur les pistes). J’emmène le cadet de mes fils, et nous passons avec toute une bande d’amis, une fabuleuse journée au soleil d’Avoriaz. Le soir nous devons nous retrouver pour un spectacle à la Maison des Arts de Thonon, je ne les vois ni sa femme ni lui, je ne suis pas inquiet, ils auront eu un empêchement de dernière minute. Le lendemain je suis réveillé par l’appel d’une amie commune : « Vous êtes au courant pour Alain ? » Comme le chante Barbara (Nantes) … J’ai rien dit, mais…j’ai compris qu’il était trop tard.

Je n’ai  jamais rechaussé des skis depuis lors. Et puis Liège était loin des Alpes.

Devant être présent à Genève durant ces semaines de mars, je me dis qu’il ne fallait pas laisser passer l’opportunité d’un séjour bienfaisant au coeur des Alpes suisses, que je n’ai jamais connues qu’en été grâce aux vacances familiales dans le pays maternel.Je n’avais pu assister aux semaines musicales de Gstaad désormais animées par Renaud Capuçon, je profiterais de la station  en cette fin de saison.

Et puis Gstaad dans mon esprit, plus qu’un repère de célébrités, ce sont deux noms : Menuhin et l’inspecteur Clouseau.

Une grande partie du Retour de la panthère rose (1975) de Blake Edwards avec l’inénarrable Peter Sellers se déroule à Gstaad (http://www.gstaad.ch/fr/gstaad/histoires-de-gstaad/gstaad-est-le-dernier-paradis-dans-un-monde-fou.html)

La scène d’entrée d’un autre film culte (OSS 117, Rio ne répond plus) est elle aussi située à Gstaad.

Mais c’est le souvenir de Yehudi Menuhin (1916-1999) qui flotte encore sur les lieux, et il y a fort à parier que le prochain festival d’été célébrera comme il convient le centenaire du violoniste humaniste et ses 60 ans d’existence  (http://www.letemps.ch/culture/2016/03/23/gstaad-menuhin-festival-celebre-60-ans)

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Une tragédie, une Passion, deux anniversaires

Le Roi des Belges l’a dit hier soir : le 22 mars ne sera plus jamais une journée comme une autre. Comme le 7 janvier ou le 13 novembre.

Après l’effet de sidération qui s’empare des témoins d’une catastrophe, et des spectateurs impuissants derrière leur écran d’ordinateur ou de télévision, il y a cette monstrueuse perception de la réalité : un homme, une femme, un enfant, qu’on connaissait, une relation de travail, un(e) collègue, qui ne reviendront plus. Ou meurtris dans leur chair et leur corps.

922938_1081115541944829_8653531850999905940_nEt puis la vie continue, the show must go on. C’était ce mardi 22 mars qu’on avait choisi pour voir la nouvelle production du Châtelet à Paris, Passion de Stephen Sondheim. 

Le célèbre théâtre parisien était bien gardé, mais le public était au rendez-vous. Jean-Luc Choplin n’a pas eu besoin de longs discours pour inviter la salle à une longue et dense minute de silence, suivie de l’hymne national belge, La Brabançonne, joué par l’orchestre philharmonique de Radio France présent dans la fosse. Pour moi, tant de souvenirs qui me reliaient à mes amis belges et à mes années liégeoises. Dans sa Berceuse héroïque, Debussy rend hommage au Roi des Belges et au peuple belge en général pour leur attitude héroïque lors des premiers jours de la Grande Guerre, il cite La Brabançonne :

Une incroyable coïncidence veut que ce 22 mars marquait aussi un double anniversaire : celui du compositeur lui-même, Stephen Sondheim, né le 22 mars 1930 à New York, et celui de la grande Fanny Ardant, qui a mis en scène ce superbe spectacle (née le 22 mars 1949 à Saumur).

Il faudrait citer tous ceux qui ont fait de cette Passion une totale réussite, musicale, scénique, qui ont éclairé ce sombre 22 mars d’une lueur d’optimisme sur la nature humaine, sur la force de l’amour.

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Massacre du printemps

J’écrivais hier  Printemps qui commence…(https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/21/printemps-qui-commence/). Un honorable lecteur m’avait fait remarquer l’absence du Sacre du printemps dans mon choix d’oeuvres évoquant cette saison du renouveau.

Le printemps a très mal commencé pour nos amis belges, et c’est bien l’Europe qui a été directement ciblée par les attentats de l’aéroport de Bruxelles Zaventem et du métro de Bruxelles. Le massacre du printemps

Tout le monde n’a pas la pudeur et la retenue de Plantu

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Une fois rassuré sur le sort de mes amis belges ou se trouvant à Bruxelles, j’ai cessé de lire les commentaires qui fleurissent sur les réseaux sociaux. Les auteurs de ces attentats veulent semer la haine et la peur, ils ne sont pas loin d’y avoir réussi. On a la nausée, non seulement devant l’horreur des actes perpétrés, mais aussi, trop souvent, face aux horreurs propagées par des gens qu’on supposait épris de raison…

En même temps, l’unanimisme béat de la solidarité qui se déverse sur les mêmes réseaux n’a jamais fait avancer la solution d’un problème qui a été, sciemment ou non, sous-estimé par nos gouvernements, et que l’Europe semble dans l’incapacité de traiter. Pas très rassurant pour l’avenir…