Mon Pays de France

J’ai découvert hier que je vivais tout près de la France. Et ce n’est pas une blague !

Français je savais, quoique de sang mêlé. La France aussi, l’une de mes deux nationalités. Mais je vous assure que ce n’est qu’en ce dimanche de Toussaint que j’ai su ce qu’était cette France de Roissy-en-France (ce n’est pas un coup de pub d’Aéroports de Paris, le village existait, avec ce nom, bien avant Roissy-Charles-de-Gaulle !) : http://lemondenimages.me/2015/11/01/le-pays-de-france/

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C’est de la terrasse d’entrée du Château d’Ecouen qu’on a une vue panoramique sur ce Pays de France ou Plaine de France.

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Extrait de l’excellente notice Wikipedia sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_de_France

La Plaine de France fait partie du premier domaine royal capétien dès le XIIème siècle. Sa situation à proximité immédiate de la capitale l’a placée très tôt en situation de dépendance économique vis-à-vis de Paris. Sous l’Ancien Régile, grâce à la fertilité de ses sols, recouverts d’une épaisse couche de limons, elle approvisionne la capitale en denrées alimentaires (céréales, pains de Gonesse…). C’est aussi, pour ces raisons, une terre convoitée, et les fiefs sont érigés dès le XIIe siècle. Les grandes abbayes de Paris et de sa région possèdent un très grand nombre de terres agricoles. Outre l’abbaye de Saint-Denis au début du Moyen Âge, l’abbaye de Chaalis fait installer trois granges céréalières de très grande taille dans le courant du XIIème siècle qu’elle exploite en direct à l’aide de ses moines convers. Stains à Villeneuve-sous-Dammartin, Choisy-aux-Bœufs à Vémars et Vaulerent à Veilleront dépassent toutes les 200 ha dès cette époque et font l’objet d’une exploitation intensive et moderne.

Dès le Xe siècle et jusqu’au XVIIe siècle, c’est la puissante Maison de Montmorency qui règne sur la plus grande partie de la Plaine de France. Les Ducs de Montmorency successifs feront construire de nombreux châteaux et places fortes, tels que le château d’Écouen qui date du XVIe siècle. C’est à la Renaissance que ce territoire prend tout son essor.

Depuis 1977, le château du connétable Anne de Montmorency est le siège du Musée national de la Renaissance. Le parc qui l’entoure est une merveille à l’automne, mais ce que n’indique aucune notice et qu’on constate à profusion durant une visite, c’est que le château est dans un couloir d’atterrissage de l’aéroport de Roissy tout proche… Saisissant contraste entre le contenu du château et son environnement !

J’ignore qui a conçu l’aménagement et la muséographie de ce Musée national de la Renaissance, mais il est évident que rien n’a évolué depuis quarante ans et que tout fait terriblement daté. Aucune logique apparente dans les salles d’exposition, la plupart organisées par thèmes (les tissus, les cuirs, les céramiques, l’orfèvrerie, etc.) d’où une accumulation d’objets souvent de grande valeur historique ou artistique mais que même un oeil exercé finit par ne plus pouvoir regarder. Comme le château montre encore des pièces qu’ont habitées Louise de Savoie ou Catherine de Médicis, le visiteur est fondé à croire que le mobilier, les peintures, les cheminées monumentales, voire les tapisseries et autres objets qui s’y trouvent appartiennent au château… Alors que la quasi-totalité de ce qui est exposé a été apporté ici – au moment de la constitution du musée – provenant d’autres musées ou collections.

Les repères chronologiques échappent à celui qui n’a pris la précaution de lire intégralement les plaquettes disposées à l’entrée de chaque salle.

Même les expositions temporaires (actuellement sur Louise de Savoie, mère de François Ier) sont présentées comme on n’oserait plus le faire dans des musées plus récents : de grands panneaux didactiques, beaucoup de texte, peu d’illustrations, encore moins de vidéos.

Et comble du mauvais goût, les panneaux indicateurs placés à l’entrée du domaine, en bleu vif, genre mobilier urbain eighties en alu premier prix !

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Un drôle de paroissien ou les saisons de Jean-Pierre M.

Je suis un piètre cinéphile, Jean-Pierre Mocky je n’en connaissais que quelques titres (Le Miraculé, Les Saisons du plaisir, Un drôle de paroissien, L’Ibis rouge…) et la réputation de vieil anar qu’il a soigneusement cultivée.

Je me suis dit qu’un dimanche de Toussaint n’était pas le jour le plus mal choisi pour lui rendre l’hommage tardif que je lui dois après avoir lu d’une traite ce qui s’apparente à une autobiographie : Je vais encore me faire des amis

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À 82 ans, le père du directeur du Théâtre national de Strasbourg, Stanislas Nordey, ne manque pas une occasion de nous rassurer sur sa forme mentale et physique. Vieux con sans doute, mais un sacré parcours tout de même, comme le rappelle la 4ème de couverture du bouquin, sans excès de modestie :

Jean-Pierre Mocky n’est pas seulement une légende du cinéma français : inclassable et rebelle, il ressemble aux personnages de ses films. Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, il troque sa caméra contre une plume bien affûtée… et tout le monde y passe ! Famille, amours, réalisateurs, acteurs : la mémoire vive et le verbe haut, il nous livre une savoureuse galerie de portraits, riche en coups de cœur, coups de gueule et coups de sang. Amateurs de révélations, réjouissez-vous. Adeptes du politiquement correct, s’abstenir. Enfant, Mocky est figurant chez Marcel Carné, puis Jean Cocteau. À 20 ans, Michelangelo Antonioni fait de lui une vedette. Pourtant, l’emploi d’acteur sied mal à sa soif de liberté : passé derrière la caméra, ce disciple de Fritz Lang et de Luis Buñuel saura toujours attirer les plus grandes stars, leur réservant d’audacieux contre-emplois dans des films insolites et satiriques. « Langue de bois, connais pas ! », telle est la devise de Mocky l’indomptable, dont la longue filmographie illustre ses nombreuses révoltes et indignations : scandales politiques et religieux, crimes sexuels, abus de faiblesse… Ennemi juré de la bien-pensance, il a souvent payé cher son indépendance et son franc-parler. S’il a su nouer des amitiés durables dans le métier, sa route est semée de fâcheries d’un soir et de brouilles définitives. Bourvil, de Funès, Delon, Deneuve, Visconti, Chaplin, Serrault, Godard, Eastwood et bien d’autres jalonnent son parcours atypique, pour le meilleur et pour le pire. Qu’importe ! Son amour du cinéma prévaut sur le reste : après quelque soixante ans de carrière, il tourne plus que jamais et fourmille de projets. Mais au fond, qu’est-ce qui fait courir Mocky ? On le découvre au fil d’un récit truculent, sulfureux, drôle et nostalgique, où l’auteur, évoquant sans fard ses blessures de jeunesse, nous dévoile une part de sensibilité inattendue.

Comme souvent, Mocky vaut mieux que sa caricature, et le personnage qui se découvre dans ces pages est plus qu’attachant. En témoignent les portraits quasi amoureux qu’il dresse des cinéastes, des acteurs qui l’ont marqué, forgé, soutenu, et qu’il a aimés sans réserve, au prix parfois de longues brouilles, et lui l’iconoclaste, l’anticlérical, avouant une forme de foi en un au-delà qui nous échappe…

Du coup, j’ai acheté tout Mocky, pour me refaire une éducation cinéphilique. Bien sûr la critique n’est pas très tendre pour les films les plus récents, comme le dernier de ce gros coffret, Le Renard jaune (2013).

Je viens de le regarder quelques heures après Un drôle de paroissien (1963).

Cinquante ans séparent ces deux films, et pourtant j’y ai reconnu immédiatement la patte du cinéaste, un savoir filmer ses personnages, un sens de la mise en scène, même avec des bouts de ficelle, un amour de ses acteurs, et puis une attention rare portée à la musique de ses films. Des tics et des trucs évidemment, comme Woody Allen avec qui il partage cette régularité boulimique de la production de longs-métrages.

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Orgues et délices

Encore une bizarrerie du français : les mots qui changent de sexe en se multipliant. Ainsi amour, délice et orgue deviennent-ils de belles amours, de merveilleuses délices et de grandes orgues !

« Amours, délices et orgues » c’est le titre que nous avions donné à la saison 2005/2006 de l’orchestre philharmonique de Liège, puisqu’il y a tout juste dix ans on inaugurait les grandes orgues Schyven restaurées de la Salle Philharmonique (http://www.oprl.be/bottom-menu/salle-philharmonique/lorgue-schyven-1888.html) , cinq ans après la réouverture après complète rénovation de ladite salle. Pourquoi évoquer ce souvenir ? Parce que j’ai eu l’impression que l’histoire se répétait hier soir à la Philharmonie de Paris.

Le même organiste/compositeur/improvisateur Thierry Escaich, la même incontournable 3e symphonie « avec orgue » de Saint-Saëns. Mais, sans vouloir offenser les amis parisiens, l’inauguration liégeoise avait duré toute une semaine (chaque jour un récital) et le week-end deux concerts symphoniques dirigés comme il se devait par un fils d’organiste, Louis Langrée (avec des oeuvres rares de Fétis, Jongen, Escaich et bien sûr Saint-Saëns !) La Philharmonie de Paris prévoit de compléter son inauguration en février prochain.

La console au centre de la scène, comme la cabine de pilotage d’un A 380, quatre claviers, mais dommage, pas un mot d’explication de qui que ce soit…

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J’entends autour de moi les remarques des auditeurs présents : comment cet orgue peut-il sonner avec les vingt malheureux tuyaux qu’on aperçoit au-dessus de la scène ? Classique…La surprise viendra dès les premières notes, le mur s’ouvre en de multiples panneaux, laissant apparaître, doucement éclairés, les 7000 tuyaux installés – c’est là une spécificité de la Philharmonie – plus en largeur qu’en profondeur.

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Thierry Escaich se lance dans une vingtaine de minutes de fabuleuse improvisation, sur des thèmes de… la 3e symphonie de Saint-Saëns, qui elle-même cite le thème du Dies irae médiéval, rappelle l’Aquarium du Carnaval des animaux contemporain. Les Liégeois se rappellent la virtuosité sans limites, l’imagination fertile et contagieuse de l’organiste parisien, lorsqu’il improvisait sur L’Aurore de Murnau. 

Cette première écoute révèle une belle ampleur, une palette éblouissante de sonorités, du gigantesque instrument conçu par et sorti des ateliers Rieger (https://fr.wikipedia.org/wiki/Rieger_Orgelbau).

La suite de la soirée sera plus conventionnelle, toute focalisée sur Saint-Saëns (on a manqué – mais ce n’est que partie remise – mercredi soir le concerto pour alto de Jörg Widmann sous l’archet transcendant d’Antoine Tamestit) : le premier concerto pour violoncelle (1872) sonne étriqué, routinier – il eût été avantageusement remplacé par celui de Lalo (1875) plus ample de son et de proportions. L’Elégie de Fauré donnée en bis donne un meilleur aperçu de la sonorité fruitée du violoncelle de Sol Gabetta et des vents de l’Orchestre de Paris. La Troisième symphonie remplit son office et ravit la salle. Toujours impressionnant d’entendre le grand orgue incorporé au grand orchestre.

Le disquaire présent dans le hall d’entrée de la Philharmonie a un beau choix de disques. Pas peu fier de voir en belle place celui qui avait valu en 2003 un DIAPASON d’OR de l’année à Thierry Escaich et à ses interprètes…41WFW9NJ2NL

Mais pour tout avouer les véritables délices on les a trouvées dans un magnifique coffret d’hommage à l’un des plus grands organistes français du siècle dernier, Marcel Dupré. Le label porte bien son nom Mercury Living Présence.

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Et dans cette somme qui embrasse large (de Bach à Messiaen et Dupré !), on retrouve la très inspirée version de Paul Paray de la 3e symphonie de Saint-Saëns. Et quelle prise de son !

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Un si Joly hommage

On ne pouvait pas y couper, l’hommage conçu par Pierre Palmade à la comédienne Sylvie Joly, disparue le 4 septembre dernier, rassemblait hier soir une jolie brochette. Deux annoncées ne sont pas venues, mais la soirée fut joyeuse, un peu foutraque, talentueuse aussi.

Et puis sobre, amicale, chaleureuse. Peu de people dans la salle, Charlotte de Turckheim, Stéphane Bern, Marc-Olivier Fogiel, mais surtout cette génération, la mienne, qui a presque tout suivi de Sylvie Joly et qui connaît certains de ses sketches par coeur. Le spectacle a été enregistré par France 3.

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C’est amusant, parce que deux des « tubes » de Sylvie Joly – Catherine et l’Après-dîner – ne lui étaient pas destinés au départ. C’était pour Maria Pacôme, qui, tournage au cinéma oblige, n’avait pu assurer un spectacle composé de scènes et de sketches. C’est ce que j’ai appris en lisant les souvenirs de la comédienne, publiés en 2010, qu’elle conclut par l’aveu de la maladie de Parkinson qui l’avait atteinte quelques mois auparavant.

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Pas très friand d’ordinaire de ce genre d’autobiographie. Ici, au contraire, on a, dans un beau désordre, des tranches de vie, d’humanité, et ce style si caractéristique. Elle balance la Sylvie, mais rien de méchant, et beaucoup d’amour :

« Mon principe a toujours été d’aimer les gens, d’observer leurs spécificités avec bienveillance et de capter leur essence avec précision…. Les personnages de mes sketches je les aime profondément »

Hier soir donc, au Théâtre de Paris, émotion et amitié étaient au rendez-vous. Rien d’évident pour celles et celui qui avaient relevé le défi d’être quelques minutes Sylvie Joly sur scène. On eut droit à quelques séquences filmées, personne n’ayant osé par exemple reprendre Madame Touchard :

Carole Bouquet se lança la première, sa Catherine fut plus qu’honorable, réussie.

Muriel Robin avait choisi un sketch beaucoup moins connu Le lièvre et la lune, ça restait du Robin, mais l’affection affleurait.

La merveilleuse Madame Foldingue du Collaro show, la précieuse Claire Nadeau s’y reprit à quelques fois, sous les applaudissements nourris de la salle, pour achever la petite annonce immobilière. Valérie Mairesse, les plus beaux yeux du cinéma des années 80, nous donna une Coiffeuse plus authentique que nature :

Anne-Elisabeth Rideau fit une excellente lieutenant Moussu :

Anémone passa le Bissell avec maestria, Valérie Karsenti reprit un sketch un peu long sur le bottin, Michèle Laroque fut impériale dans une satire, qui n’a pas pris une ride, du théâtre contemporain « Je me gratte »

Et le meilleur vint à la fin : Valérie Lemercier restitua avec un sens du vécu indéniable L’après-dîner (parfois appelé La mousse au chocolat !).

Une pirouette finale mit un terme à deux heures de bonheur partagé :

 

Pauvre Bescherelle

Je ne connais pas l’initiateur du groupe actif sur Facebook et Twitter Bescherelle ta mère qui s’amuse, avec beaucoup d’humour, à repérer toutes les perles du mauvais usage du français.

En me promenant hier dans les environs d’Auvers-sur-Oise, sur le territoire de la commune de Valmondois, je suis passé devant la belle maison familiale de l’illustre grammairien Louis-Nicolas Bescherelle (https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Nicolas_Bescherelle), puis sur sa tombe dans le petit cimetière qui surplombe le village.

L’état de l’une et de l’autre serait-il une métaphore de la situation actuelle de la langue française, décrépitude et abandon ?

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À la différence d’un ancien président de la République, je ne suis pas un visiteur assidu des cimetières, sauf par triste obligation ou lorsqu’ils témoignent de destins singuliers.

Comme celui d’Auvers-sur-Oise avec la double sépulture des frères Van Gogh, aménagée par le docteur Gachet. Vincent est mort en 1895, son frère Theo un an plus tard aux Pays-Bas, la veuve de ce dernier a fait le choix de réunir les deux frères si proches dans la vie, le transfert de la dépouille de Theo vers Auvers s’est fait juste avant le début de la Première Guerre mondiale.

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Dans une semaine le cimetière de Valmondois sera couvert de chrysanthèmes, hier il était représentatif du peu de considération, de l’oubli même dans lesquels on tient nos gloires passées. Plus personne ne vient entretenir ni fleurir les tombes.

Sauf quand ce joli cimetière est utilisé par le cinéma comme dans Pieds nus sur les limaces, le film de Fabienne Berthaud (2009).

On a peine à reconnaître la pierre tombale de Georges Duhamel, écrivain jadis lu et respecté, membre éminent de l’Académie française, mort en 1966. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Duhamel)

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Son fils, le compositeur Antoine Duhamel (que j’avais connu à France-Musique, puis invité à Liège), disparu il y a un an seulement, n’est pas mieux loti (https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Duhamel)IMG_1261

Non loin, un couple star de la télévision française, elle première fiancée d’un fringant jeune homme promis à un brillant avenir, François Mitterrand, née Marie-Louise Terrasse devenue speakerine sous le nom de Catherine Langeais , lui père fondateur de la télévision française d’après-guerre, Pierre Sabbagh (http://www.valmondois.fr/article/catherine-langeais-pierre-sabbagh).

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Morts, enterrés, oubliés…

D’autres anciennes gloires artistiques ont bénéficié de monuments funéraires qui leur évitent l’oubli définitif, comme le sculpteur Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume (un lien avec un grand musicien, claveciniste, pionnier de l’historiquement informé, Antoine Geoffroy-Dechaume, qui officiait au Conservatoire de Poitiers quand j’y étudiais ?), le peintre et graveur Henri Laurent-Desrousseaux.IMG_1259

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Reste heureusement, dans le cas d’Antoine Duhamel, une oeuvre à écouter et redécouvrir, comme cet extrait de la bande originale de Pierrot le Fou de Godard

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Au jour d’aujourd’hui

Rien de personnel dans ce billet, puisque, comme jadis les mauvais élèves au fond de la classe, je me contente de copier intégralement ce papier paru sur le blog des correcteurs du journal Le Monde (http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2015/10/13/les-pleonasmes-les-plus-en-vogue-dans-la-presse/). Je copie et je partage !

« En grec ancien, pleonasmos signifie « excès », « surabondance », « exagération ». Si le pléonasme ne va pas jusqu’à l’hubris, la déraison, la démesure qui appelle la vengeance divine, il n’en suscite pas moins l’ire ou la dérision des lecteurs. La grande fréquence des pléonasmes dans la presse illustre l’usure des mots, mais aussi la méconnaissance de leur sens. Voici une revue de détail.

Commençons par faire un sort au taux d’alcoolémie. L’alcoolémie étant le « taux d’alcool » dans le sang, à quoi bon en rajouter, sauf à voir double après une consommation immodérée de produits du terroir ?

La caserne évoquant pour tous la Grande Muette, autrement dit l’armée, quelle information de plus donne-t-on en parlant de caserne militaire — à part rallonger la sauce quand on est payé au signe ?

Comment faut-il interpréter la locution au pluriel populations civiles ? Est-ce à dire que les populations non respectueuses des bonnes manières en sont exclues ? La population, au singulier, n’est-ce pas exhaustif ?

Le tri étant une sélection, parler de tri sélectif c’est bégayer. Un peu comme « sélection sélective ».

Le principal protagoniste nous laisse dubitatifs : le « protagoniste » étant l' »acteur principal » (étymologiquement, « celui qui combat au premier rang »). Par exemple, dans l’Iliade, le protagoniste est Achille, et dans l’Odyssée, Ulysse. Et dans Ivanov de Tchekhov, c’est… Ivanov.

On peut lire ici ou là talonner de près. Talonner de loin, de toute façon, c’est ardu.

Le cadeau gratuit relève plus de la novlangue publicitaire que de celle de la presse, certes, mais il y fait aussi des incursions sournoises. Si un cadeau est payant, ce n’est plus un cadeau.

A quoi bon faire suivre « lorgner » de la préposition « sur », alors que ce verbe est transitif ? On peut donc faire l’économie de ladite préposition. Lorgner sur finit par faire loucher, ce qui est d’ailleurs le sens premier de ce verbe.

Un tollé étant par définition une… « clameur collective » (pléonasme du Larousse), on se gardera bien d’employer tollé général. La même remarque vaut pour liesse ou pour consensus.

Veto signifiant en latin « je m’oppose », il n’est pas nécessaire d’opposer son veto quand on a cette prérogative. On se contentera de « mettre son veto ».

Enfin, il est superfétatoire de faire suivre la locution adverbiale etc. (pour le latin et cetera, « et les autres choses ») des points de suspension (etc…), car ils ont ici le même sens de « et les autres choses »…

Cette liste n’est pas close. Les pléonasmes ne se limitent donc pas à « monter en haut », « descendre en bas » ou « prévoir l’avenir », les exemples donnés par les dictionnaires. Beaucoup ne sont pas perçus comme tels et ont reçu l’onction des dictionnaires, comme au fur et à mesure ou donner le gîte et le couvert (dans les deux cas, on dit deux fois la même chose). D’autres ont été sanctifiés par la littérature (pauvre hère ou frêle esquif) et d’autres sont indivisibles, comme aujourd’hui ou se suicider.

Le très mode au jour d’aujourd’hui étant une espèce de record, une façon de dire trois fois la même chose, cette locution est un chef-d’œuvre de vacuité. »

Plantu, lui, ne risque pas le pléonasme avec son dessin quotidien à la une du Monde, puisqu’il réussit le tour de force d’une sorte de concentré de l’actualité, le choc des maux de l’époque.

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(Plantu dans Le Monde du 23 septembre 2015)

Le grand public

Ce n’est pas d’hier que je dénonce les clichés, les stupidités qu’on colporte sur le public en général, sur le public de la musique classique et de l’opéra en particulier. À commencer par l’expression toute faite de « grand public » : il y a le répertoire, les disques, les spectacles « grand public« , n’est-ce pas ? Ce que recouvre cette notion ? Nul ne le sait, ou plus exactement chacun a sa petite idée, qui ne repose sur aucun critère statistique ou artistique.

Je postule, de conviction et d’expérience, que le « grand public » n’existe pas !

Dans une semaine, l’Association française des orchestres organise une rencontre sur « Les publics de l’orchestre » : sans préjuger de ces travaux, on peut légitimement penser en termes optimistes que les clichés habituels seront battus en brèche.

Je lis coup sur coup ce matin deux interviews de deux professionnels éminents, l’un est le big boss du Metropolitan Opera de New York, Peter Gelb, l’autre est le directeur sortant du Capitole de Toulouse, Frédéric Chambert. L’un et l’autre disent en réalité la même chose sur le public, alors que leurs propos semblent se contredire.

Peter Gelb proclame : http://www.forumopera.com/actu/peter-gelb-a-lopera-cest-une-grave-erreur-de-sadresser-uniquement-aux-connaisseurs).

Tandis que Frédéric Chambert dit : On m’avait dit, avant mon arrivée effective dans cette ville, que le public toulousain était extraordinairement conservateur… je me suis rendu compte que c’était totalement le contraire. Ce public est non seulement cultivé mais aussi tout sauf sclérosé, dans ses goûts comme dans ses habitudes. Et je tiens à souligner que les spectateurs les moins conservateurs sont les plus âgés.  »

La contradiction n’est qu’apparente et aboutit au même constat.

Le public vraiment mélomane, très connaisseur, est très minoritaire au concert comme à l’opéra.. et il est plutôt curieux, ouvert, amateur de découverte et de rareté. Frileux sûrement pas.

L’essentiel d’une salle de concert ou d’opéra est constitué d’amateurs – étymologiquement « qui aiment » – plus ou moins éclairés, informés, formés, et qui ne demandent qu’à être agréablement surpris, émus, instruits. Ce public, majoritaire, n’a pas d’a priori, il n’est ni conservateur, ni particulièrement aventurier. Il doit être conquis, considéré, respecté (comme le disent Gelb et bien d’autres).

On doit toujours parier sur l’intelligence du public, jamais sur les habitudes d’une minorité.

Autre remarque d’évidence : la musique classique et son public sont encore souvent présentés comme un bloc immuable, donc voué à disparaître, puisque non régénéré.

Là encore, le conservatisme n’est pas du côté du public, mais chez les organisateurs, qui n’ont pas fait évoluer la forme, le rituel, l’apparat du concert classique, qui l’ont laissé se déconnecter de la vie, des usages, des pratiques du public. Au moins à l’opéra, le spectacle, ce qu’il y a à voir, a de quoi attirer, séduire. Au concert, c’est la notion même de spectacle qui est absente, éclairage uniforme et peu travaillé de la scène, musiciens oublieux du regard des auditeurs/spectateurs sur eux, composition et durée invariables du programme…

On se pince le nez, dans les milieux « autorisés », à la vue des spectacles d’un André Rieu, tout est contestable, le contenu musical, le violoniste lui-même, mais il a compris que le public, son public, qui n’est pas plus méprisable que le cercle des initiés du classique, veut voir autant qu’entendre, partager autant qu’écouter passivement.

Heureusement, les initiatives se sont multipliées partout dans le monde, pour enrayer ce déclin qui n’a rien d’inéluctable du concert classique. Avec de bonnes et de moins bonnes idées. Le « pédagogisme » qui tient lieu de politique à beaucoup d’acteurs de la sphère musicale est le type même de fausse bonne idée : ce n’est pas en remplissant les salles de répétition de milliers d’enfants non préparés, sortie scolaire obligatoire, qu’on forme « le public de demain », et d’ailleurs on le forme à quoi ? à être, adulte, un spectateur passif, ennuyé, d’un concert codé, guindé, coincé ? Ce n’est pas non plus en reproduisant à l’infini les Pierre et le loup et autres Carnaval des animaux qu’on donne aux enfants le goût, la curiosité de la musique.

En revanche, varier les approches, les formats, les horaires, guider l’écoute, faire pénétrer au coeur de la musique, parler à l’intelligence, répondre à la soif de savoir, tout cela renouvelle et régénère autant le public que le concert classique.

Je resterai longtemps reconnaissant au public et aux musiciens de Liège de nous avoir permis d’essayer, de tester, de rater parfois, de réussir souvent de nouvelles formules, de nouvelles approches. Je pense en particulier à la série lancée à l’automne 2013 Music Factory, qui a fait salle comble, de 7 à 97 ans, dès le début, grâce à un médiateur hors pair, Fayçal Karoui (qui fait des prodiges à Pau). Cette vidéo captée sans public ne donne qu’une idée partielle de cette formule : 

On pense aussi aux séances multimédia du samedi après-midi « en famille », aux concerts d’une heure du dimanche après-midi.

Le grand public il est là !

Un conseil de lecture pour finir (provisoirement), cette monographie de l’auteur de l’opéra français le plus célèbre, Carmen, par Jérôme Bastianelli. Bizet est mort plus jeune que Mozart (à 37 ans) et sans avoir profité du succès de son ultime ouvrage.

« Georges Bizet (1838-1875), malgré ses facilités artistiques, passa son existence à chercher la clé de la réussite, écartant plus ou moins inconsciemment celles que la vie lui tendait. Articulé en quatre chapitres, le portrait que l’on va lire reprend, avant d’analyser l’avènement des chefs-d’oeuvre que sont L’Arlésienne et Carmen, chacune de ces possibilités avortées, classées par genre musical : symphoniste de génie, pianiste virtuose, compositeur lyrique indécis. A chaque étape de ce parcours, on verra apparaître des signes semblant annoncer Carmen. Méfions-nous pourtant d’une lecture a posteriori, qui ne verrait dans la vie de Bizet qu’un tortueux cheminement vers le chef-d’oeuvre. Cherchons-y au contraire les traces de ce qu’auraient été les oeuvres géniales qui seraient venues après Carmen si Bizet n’était pas mort si tôt. »

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Happy birthday

Vous pensiez, comme tout le monde, que ce Happy Birthday que vous entonnez – faux bien sûr ! – lorsqu’arrive le gâteau d’anniversaire parsemé ou couvert de bougies, était une sorte de vieille chanson traditionnelle. En réalité, vous enrichissiez sans le savoir l’obscur auteur d’une comptine enfantine revue et corrigée au fil des circonstances (http://www.lefigaro.fr/culture/2015/09/24/03004-20150924ARTFIG00045-la-chanson-happy-birthday-desormais-libre-de-droits.php). C’est fini, Happy Birthday est libre….de droits !

Sans anniversaire, centenaire, sesquicentenaire, bi/tricentenaire, l’industrie du disque classique serait déjà morte sans doute. Heureusement que compositeurs et interprètes ont la bonne idée de rythmer chaque année d’un anniversaire « rond » : Verdi et Wagner – l’aubaine ! – nés tous deux en 1813, Richard Strauss en 2014 (150 ans de sa naissance, 65 ans de sa mort), deux nordiques cette année, le Danois Carl Nielsen (1865-1931) et le Finlandais Jean Sibelius (1865-1957). Inégalement traités.

Nielsen n’a, à ma connaissance, bénéficié d’aucune édition intégrale, et finalement de peu de nouveautés, alors que le Danois a tracé une voie originale, qui n’est en rien copie ou imitation. On en a eu la démonstration samedi dernier à Berlin (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/20/verifications/) avec sa 4ème symphonie.

J’ai découvert et appris à aimer ce compositeur grâce à un disque (des 3ème et 5ème symphonies) gravé par Leonard Bernstein à Copenhague avec l’orchestre de la radio danoise. C’est resté ma référence, même si, depuis, j’ai entendu bien d’autres versions et visions passionnantes du corpus des 6 symphonies et des poèmes symphoniques de Nielsen.

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Sibelius est autrement mieux traité. Il y a d’abord la monumentale intégrale construite sur une bonne dizaine d’années par le label suédois Bis.

Jean-Sibelius

Deutsche Grammophon propose un coffret, assez inégal quant aux interprètes, mais bien composé pour brosser un large panorama de l’oeuvre du compositeur finnois.

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Pour les symphonies, Kamu et Karajan sont depuis longtemps des références (prodigieuse 5ème par exemple). Pour certains poèmes symphoniques, on est heureux de la réédition des versions, épisodiquement disponibles, d’un chef finnois Jussi Jalas, qui avait curieusement enregistré en Hongrie (connivence linguistique ? le hongrois et le finlandais sont deux langues extra-européennes très proches, on parle de souche finno-ougrienne). DGG est allé piquer à Naxos la version idiomatique de Kullervo, cette superbe fresque symphonique et chorale, celle de Jorma Panula (le maître de quasi tous les chefs d’orchestre finlandais en activité !). Plus contestable, le choix d’Anne-Sophie Mutter dans le concerto pour violon (pourquoi pas Ferras/Karajan ?). Mais un très beau bouquet de mélodies autour de Kim Borg (voir détails ci-dessous)

Enfin, dans les anniversaires, il est heureux que son premier éditeur, Philips/Decca, n’ait pas oublié les 75 ans du magnifique pianiste qu’est Stephen Kovacevich (lire : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2015/09/13/le-pianiste-oublie-8498722.html

*Coffret Sibelius Edition

CD 1
Symphony no. 1
Wiener Philharmoniker / Bernstein

CD 2
Symphony no. 2
Wiener Philharmoniker / Bernstein

CD 3
Symphony no. 3; Lemminkänen Suite
Helsinki Radio Symphony Orchestra / Kamu
CD 4
Symphonies nos. 4 & 6
Berliner Philharmoniker / Karajan

CD 5
Symphonies nos. 5 & 7
Berliner Philharmoniker / Karajan

CD 6
Kullervo Symphony
Turku PO / Jorma Panula

CD 7
En saga
Karelia Suite
Helsinki Radio Symphony Orchestra / Kamu

Rakastava for Strings
ASMF / Marriner
Spring Song
Finlandia
Pohjola’s Daughter
Gothenburg SO / Järvi

CD 8
Night Ride and Sunrise
Gothenburg SO / Järvi

In Memoriam
Hungarian State SO / Jalas

The Bard
Helsinki Radio Symphony / Kamu

Luonnotar*
The Oceanides
Andante festivo
Tapiola
Gothenburg SO / Järvi
* Soile Osokoski, soprano

CD 9
Violin Concerto in D minor op. 47
2 Serenades op. 69
Humoresque op. 87 no. 1
Anne-Sophie Mutter / Staatskapelle Dresden / Previn

CD 10
Songs Kim Borg, bass / Erik Werba, piano
Tom Krause, baritone/Pentti Koskimies, piano

CD 11
String Quartet in D minor op. 56 “Voces intimae” 
Emerson String Quartet
Malinconia op. 20 for cello and piano
Heinrich Schiff / Elisabeth Leonskaja
The Spruce, Winter Landscape for solo piano
Bengt Forsberg
Romance in D flat for solo piano op 24 /9
Shura Cherkassky

CD 12
King Christian II op. 27 – Suite for orchestra
GSO / Järvi
Pelleas & Melisande
SRO/ Horst Stein

CD 13
Scénes historiques – Suite no. 1 op. 25
Scénes historiques – Suite no.2 op. 66
Scaramouche op. 71
Swanwhite – Suite op. 54
Hungarian State SO /Jussi Jalas

CD 14
Four Kuolema extracts:
1 Valse triste
2 Scene with Cranes
3 Canzonetta
4 Valse romantique
GSO / Järvi

The Tempest Suite no. 1 op. 109 no. 2
The Tempest – Suite no. 2 op. 109 no. 3
Hungarian State SO / Jussi Jalas