Un certain Pierre Boulez

La nouvelle attendue, redoutée, est tombée ce mercredi matin. Pierre Boulez est mort dans sa 91ème année, très diminué par la maladie depuis plusieurs mois. Cette Philharmonie de Paris qu’il avait tant souhaitée, il n’avait pu l’inaugurer en janvier 2015, et son 90ème anniversaire avait été partout célébré dans le monde en son absence.

Les hommages pleuvent déjà, et ce n’est que justice. Comme cet excellent papier de Renaud Machart dans Le Monde : (http://abonnes.lemonde.fr/disparitions/article/2016/01/06/mort-du-compositeur-et-chef-d-orchestre-pierre-boulez_4842501_3382.html.)

J’ai déjà raconté un peu de mes rencontres avec Pierre Boulez, qui ne furent pas nombreuses, mais toujours heureuses. Comme l’organisation de la journée spéciale que France Musique lui avait consacrée pour ses 70 ans, le 19 février 1995 (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/03/16/boulez-vintage/)

L’homme que j’ai quelquefois approché était exactement l’inverse du personnage craint et redouté (parce que redoutable) qu’il s’était sans doute en partie forgé. D’une attention à l’autre, d’une écoute simple et lumineuse à qui venait lui parler, poser des questions, solliciter un conseil.

Je le voyais souvent furtivement à la fin d’un concert ou l’autre, nous n’échangions que quelques mots, mais jamais convenus, comme si le dialogue entrepris plusieurs mois, voire années, auparavant reprenait. Pierre Boulez était au courant de tout et de tous. Ainsi c’est lui qui annonça à des amis parisiens (qui ne manquèrent pas de me le rapporter… surpris que le Maitre ait porté attention à un fait aussi insignifiant !) que j’avais été nommé à la direction de l’orchestre de Liège fin 1999…

En septembre 2008 je me rendis à Lucerne, où il animait cette phénoménale Académie d’été autant pour les jeunes musiciens que pour les compositeurs. Je lui avais demandé de m’accorder quelques instants, il m’accueillit durant tout un après-midi dans la modeste chambre qu’il occupait dans un hôtel un peu old fashioned sur les bords du Lac des Quatre-Cantons, très exactement en face de la villa de TribschenWagner avait coulé quelques mois heureux (et composé notamment sa Siegfried-Idyll). Aucune fatigue chez cet homme de 83 ans qui dirigeait le soir même un programme colossal.

Compte-tenu de la tradition de création de l’orchestre philharmonique de Liège – les personnalités d’Henri Pousseur et Pierre Bartholomée n’y avaient pas peu contribué ! – et de la perspective des 50 ans de l’orchestre en 2010/2011, j’avais imaginé que Pierre Boulez, d’une manière ou d’une autre, devrait être de cette fête. Une fois encore, il me stupéfia par sa connaissance précise de l’orchestre, de son histoire, de son répertoire, et sans me laisser beaucoup d’illusions (il avait tant de travaux en cours et un agenda de concerts qui commençait à lui peser) il ne ferma pas la porte à ma suggestion.

Puis nous fîmes  un tour d’horizon passionnant de la vie musicale française, avec quelques coups de griffe en direction de ceux qu’il jugeait incompétents ou insuffisants, mais toujours une bienveillance extrême pour la génération montante. J’eusse aimé avoir un micro pour capter cet entretien et le partager.

Le soir même dans la nouvelle salle de concerts du festival de Lucerne, pas moins de trois créations, des pièces de Berio, Carter – la première partie atteignait les 90 minutes -et pour terminer l’exploit, le Sacre du printemps, plus sensuel, libre que jamaisLe retrouvant près de sa loge à l’issue du concert, frais et dispos, sans nulle trace de l’effort colossal qu’il avait accompli, il me dit simplement : « C’était pas mal non ? ». Que répondre, essayer de balbutier, quand on est encore sous le coup de l’émotion ? Je m’entends encore lui dire : « Pas mal en effet » ! Avec un sourire complice.

Je l’ai revu ensuite à quelques concerts, l’un à Baden Baden, en 2009 je crois, puis soudain vieilli, hésitant à la première du Freischütz de Weber dans la version de Berlioz, à l’Opéra Comique, dirigé par John Eliot Gardiner (avec ma chère Sophie Karthäuser). C’était en avril 2011. Depuis lors je n’avais de nouvelles que partielles, de sources sûres, et les dernières n’étaient pas rassurantes.

Voilà le Pierre Boulez que j’ai un peu connu, l’homme et l’artiste qu’il m’a été donné de rencontrer par-delà le masque de la notoriété.

Tous les enregistrements officiels de Boulez ont été republiés. Je rêve d’un hommage qu’il mériterait ô combien : l’édition (comme cela vient d’être fait pour Richter) des concerts de Londres, de New York et plus récemment de Lucerne, des principaux en tout cas, où le chef se laissait aller à la griserie du « live ». Comme en 1992, un concert des Wiener Philharmoniker aux Prom’s, diffusé par la BBC (et par moi sur les ondes de la Radio Suisse romande !) où l’on entend les plus sensuels et aériens Nocturnes de Debussy qui se puissent imaginer…

14726314

PS. J’aurais peut-être dû commencer par là : ma découverte de Pierre Boulez compositeur. En dehors de sa 2e sonate pour piano qu’on avait dû nous présenter (essayer en tout cas) lors d’une séance des Jeunesses Musicales de France, j’étais ignorant de la musique de Boulez jusqu’à ce direct de juin 1980, sur France Musique, où je découvris les quatre premières Notations pour orchestre créées par Daniel Barenboim à la tête de l’Orchestre de Paris. Je me rappelle ma fascination pour cet univers sonore scintillant, multiple, neuf.

Musiques climatiques

Alors que s’ouvre une conférence mondiale décisive pour l’avenir de la planète et donc de l’humanité, on peut (on doit ? ) écouter ou découvrir les musiques que la Nature, nos paysages, nos espaces ont inspirées aux compositeurs les plus divers. La puissance d’évocation de certaines d’entre elles est telle que nous voyons les images, nous ressentons les immensités, les sommets, les flots, tous les éléments de notre environnement.

Quelques propositions, qui ne prétendent aucunement à l’exhaustivité.

Puisque l’hiver est proche, j’ai toujours entendu la 1ere symphonie de Tchaikovski (sous-titrée Rêves d’hiver) comme l’expression la plus poétique de l’immensité russe sous son manteau de neige. Le tout début de la symphonie, puis le magique deuxième mouvement (écouter ici à partir de 12″)

IMG_1263

IMG_1265

IMG_1262(Fin avril 2011, la Volga à Kostroma commence tout juste à dégeler)

Mais j’ai une autre vision très forte d’une forêt enneigée, associée pour toujours dans ma mémoire au sublime duo de Tristan et Isolde « O sink hernieder » de Wagner, une scène qu’on aurait pu trouver dans le célèbre Ludwig de Visconti, mais qui se trouve dans le beaucoup moins connu Ludwig, requiem pour un roi vierge (1972) du réalisateur allemand Hans-Jürgen Syberberg – qui produira en 1983 un très remarqué Parsifal, qui repose sur l’enregistrement d’Armin Jordan, qui joue lui-même Amfortas dans le film ! –

On reconnaît les voix de Kirsten Flagstad et Ludwig Suthaus dans la version légendaire de Furtwängler.

81o-0WNL3CL._SL1417_412b5broW1L

Au Nord de l’Europe, toute la musique de Sibelius donne le sentiment d’exprimer l’infinité des lacs et forêts de Carélie. Je le pensais déjà avant de visiter la Finlande, et j’en ai eu l’abondante confirmation au cours de l’été 2006. D’autres compositeurs finnois ont le même pouvoir d’évocation de la rudesse et de la poésie des vastes horizons de leur pays natal, comme Leevi Madetoja (1887-1947) ou Uuno Klami (1900-1961)

Pour Madetoja comme pour Klami, je recommande les versions inspirées de mon ami Petri Sakari dirigeant l’orchestre symphonique d’Islande.

51dxcVPohPL61VBDfx25SL

Un siècle plus tôt, Mendelssohn parvenait à traduire assez justement les impressions qu’il avait retirées de son voyage en Ecosse à l’été 1829 et de sa visite de l’île de Staffa, où se trouve la grotte de Fingal, qui donnera le titre d’une ouverture écrite au cours de l’hiver 1830/31

Mais c’est sans doute en Amérique que les compositeurs du XXème siècle s’attachent, avec le plus de constance et de réussite, à traduire musicalement les paysages et les espaces qui les entourent. Aaron Copland (1900-1990) en est le prototype, même s’il ne peut être réduit au cliché de compositeur « atmosphérique », mais son ballet Appalachian spring   évoque immanquablement la diversité de la chaîne des Appalaches.

Mais le spécialiste du genre est incontestablement Rudolph von Grofé, plus connu comme Ferde Grofé (1892-1972), arrangeur, orchestrateur (notamment de Gershwin), qui écrit des musiques ostensiblement descriptives – le Mississippi, le Grand Canyon, les chutes du Niagara

81eKju8QpWL._SL1400_

Et puisque la déforestation massive est souvent mise en cause dans la dégradation du climat, on écoutera avec émotion cette ode à la forêt amazonienne, l’une des toutes dernières oeuvres – Floresta do Amazones – du grand compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos (1887-1959)

Plus près de nous,  qui connaît encore les évocations musicales des paysages de France qui constituent une bonne part du répertoire symphonique de  Vincent d’Indy (1851-1931) ?

51PWcukuZqL

Le choix du chef (suite)

Depuis mon billet du 13 mai – https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/05/13/le-choix-du-chef/ – deux questions ont trouvé réponse : l’Orchestre de Paris a fini par annoncer ce qu’on savait depuis plusieurs mois de la bouche de l’intéressé, Daniel Harding est nommé à partir de septembre 2016, les Berliner Philharmoniker ont choisi (« à la surprise générale » selon les commentateurs !) Kirill Petrenko.

IMG_1696(De g. à d. Pascal Dusapin, Florence Darel, Daniel Harding, Barbara Hannigan à Paris le 10 janvier 2015)

Et si les Berlinois  avaient juste choisi la musique plutôt que la com ? Le successeur désigné de Simon Rattle ne donne pas d’interview, il n’a pas fait campagne, il n’était pas cité parmi les favoris de la presse.

was-wdr-und-welt-ueber-petrenko-sagen

Sa nomination a été élégamment saluée par quelques médias allemands… http://www.faz.net/aktuell/feuilleton/medien/was-ndr-und-welt-ueber-chefdirigent-kirill-petrenko-sagen-13668140.html

Morceaux choisis : une « journaliste » (les guillemets s’imposent) de la NDR, la radio publique du nord de l’Allemagne, explique que les musiciens avaient le choix entre deux chefs, tous deux invités à Bayreuth, Christian Thielemann, « expert en authentique son allemand incarnant la figure noble de Wotan » et Kirill Petrenko représenté par « Alberich, le petit gnome, la caricature du Juif« . D’autres de faire remarquer, juste une allusion, que trois chefs juifs sont désormais aux commandes à Berlin : Ivan Fischer au Konzerthaus, Daniel Barenboim à la Staatsoper, et bientôt Petrenko chez les Philharmoniker. À vomir…

A propos de chefs, Emmanuel Dupuy remet le couvert dans le nouveau numéro de Diapason : http://www.diapasonmag.fr/actualites/a-la-une/ou-sont-passes-les-chefs-francais.

Enfin, se rappeler que malgré tous ses défauts, l’un des prestigieux prédécesseurs de Petrenko à Berlin, Herbert von Karajan reste, 25 ans après sa disparition, l’un des très grands chefs, notamment pour l’opéra. Après EMI et les deux formidables coffrets édités en 2008 (pour le centenaire de la naissance du chef)

71YU-T45eqL._SL1500_

c’est Deutsche Grammophon qui met un point final à la réédition du legs discographique de Karajan sous le célèbre label jaune, avec tous les opéras gravés pour Decca et Deutsche Grammophon, ce qui nous vaut, entre autres, tout le Ring, deux Tosca, la légendaire Fledermaus de 1959, et tout le reste….(détails ici : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2015/06/27/karajan-bouquet-final-8462677.html

71Xd92SCmwL._SL1500_

William et Mathilde

On se rappelle l’aubaine, pour les programmateurs et les maisons de disques : 2013 marquait le bicentenaire de la naissance des deux monstres sacrés qui se sont partagés l’Europe lyrique du XIXème siècle, Verdi et Wagner.

Le hasard a voulu que j’entende cette semaine deux de mes ouvrages préférés de l’un et de l’autre. D’abord lundi soir, au théâtre des Champs-Elysées, Macbeth et hier à Montpellier l’unique cycle de mélodies de Wagner, ses Wesendonck-Lieder. Macbeth c’est d’abord un coup de coeur au disque et c’est, pour moi, plutôt une rareté à la scène, il y a longtemps à Genève (ou à Paris) je crois, plus récemment, le 28 décembre 2013 à Saint-Petersbourg, un souvenir extraordinaire : un cast exclusivement russe (Vladislas Slunimsky en Macbeth, Tatiana Serjan en Lady Macbeth, Evgueni Nikitin en Banquo, et surtout les forces orchestrales et chorales déchaînées par le démiurge Valery Gergiev et une mise en scène d’une grande beauté de David McVicar. La production du Théâtre des Champs-Elysées a beaucoup d’atouts (mais compte-tenu des protagonistes, le devoir de réserve m’impose de ne pas émettre d’avis !).

C’est à l’évidence un opéra atypique dans l’oeuvre de Verdi, puisqu’il suit de près l’ouvrage de Shakespeare. Deux rôles écrasants, le couple Macbeth, surtout elle, il faut une voix grande, large, puissante mais subtile (comme Abigaille dans Nabucco), le reste des comparses ne faisant que des apparitions, un seul air de ténor (celui de Macduff) mais valant à son interprète toutes les ovations.

Comme toujours chez Verdi, le baryton se taille la part du roi, ici le sublime Renato Bruson, qui est l’atout maître de la version Sinopoli 51erK6vCLAL._SX425_

On a toujours considéré que la version d’Abbado était une référence. 41SBN2GRJBL

Sans doute pour la Lady Macbeth de Shirley Verrett dont c’était une grande incarnation, et le timbre rayonnant de Piero Cappuccilli mais comme souvent chez Abbado, je suis en manque de fougue, de théâtre, de sens dramatique…

Ma version de chevet, même imparfaite, c’est Riccardo Muti, pour l’impact dramatique,la vision, l’ensemble; 81HnyH3gQJL._SX425_

Changement de registre, un Wagner plus amoureux qu’héroïque, avec ce cycle de mélodies sur des poèmes de Mathilde Wesendonckhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Wesendonck-Lieder), dans la version orchestrale due à Felix Mottl (qui pourrait être de la plume de Wagner).

A Montpellier, ces Wesendonck étaient couplés au Château de Barbe-Bleue de Bartok, dans une mise en espace et en lumière de Jean-Paul Scarpitta. Couplage audacieux.

Encore un « rôle » exigeant une tessiture large, de la puissance et de la douceur. On a naguère invité Nora Gubisch à Liège qui donnait une intensité charnelle à ces poèmes, on a entendu hier soir Angela Denoke, timbre ample, pulpeux, épanoui, qui ne m’a jamais déçu.

Un peu compliqué au disque : je n’accroche pas vraiment aux « spécialistes » wagnériennes comme Flagstad, Nilsson ou Varnay. Découverte sur le tard, ma version n°1 est celle d’Eileen Farrell.. et Leonard Bernstein, un couple plutôt inattendu surtout dans Wagner ! Magnifique… 51eP0bJSeRL

Mais j’ai grandi avec Jessye Norman et Colin Davis. 516UIygeP2L

Et bien sûr on ne peut passer à côté de la récente et inattendue version masculine de Jonas Kaufmann

71QmalNmmAL._SL1086_

Emprunts et empreintes ou Mozart et La Marseillaise

L’histoire de la musique regorge d’emprunts : les compositeurs se sont allègrement copiés – parfois sans le savoir -, piqué des thèmes, des mélodies, des formules rythmiques.

Puisque j’évoquais hier les Danses symphoniques de Rachmaninov, jetez une oreille à cette délicieuse et mélancolique Night Waltz, tirée de la comédie musicale A little night music de Stephen Sondheim.

Un petit air de famille avec la valse de la 2e des Danses symphoniques non ?

ImageE

J’ignore si, chez Sondheim, l’emprunt est conscient ou non…

Autre emprunt – volontaire ou non ? – de Mozart à Haydn : le finale de la 41e symphonie « Jupiter » de Wolfgang commence exactement par les mêmes quatre notes que le finale de la 13e symphonie – beaucoup moins connue – de Joseph.

ImageHaydn 13e symphonie, 4e mvt.

ImageMozart 41e symphonie, 4e mvt

Image

Image

Toujours à propos de Mozart, on est frappé à l’écoute du 1er mouvement de son 25e concerto pour piano, par un thème secondaire en forme de marche. Ecoutez à partir de la 7e minute :

Et voilà comment Mozart est suspecté d’avoir copié La Marseillaise de Rouget de Lisle ! En l’occurrence, il suffit de regarder les dates de composition pour vérifier que s’il y a eu emprunt, c’est dans l’autre sens : le 25e concerto de Mozart date de 1786…. la Marseillaise de 1792 !

Une belle occasion pour reparler de la dernière rencontre discographique de Martha Argerich et du très regretté Claudio Abbado :

Image

Plus subtiles, les empreintes que des compositeurs laissent sur leurs cadets, ombre intimidante (Beethoven sur Brahms) ou influence amicale (Brahms sur Dvořák)

Image

Voilà le thème principal du concerto pour violoncelle de Dvořák (1895). Ecoutez maintenant le début du 2e mouvement de la 4e symphonie de Brahms (1885) :

Bien sûr ce n’est pas la même tonalité, ni le même rythme, mais tout de même un fameux air de parenté ! Sachant combien Brahms a aidé Dvořák, et combien ce dernier admirait son aîné, il n’est pas interdit de penser que l’un s’est inspiré de l’autre…

Enfin, et le sujet est bien trop vaste pour être traité ici – et je n’en aurais pas la compétence – il faut évoquer l’empreinte – stimulante ou étouffante -, l’influence que de grands compositeurs ont exercées sur leurs contemporains et successeurs, Haydn bien sûr (on l’oublie trop souvent) sur Mozart et Beethoven par exemple, Beethoven sur tout le XIXème siècle, Wagner puis Debussy, etc. Je ne mets pas Mozart dans la liste, parce qu’il n’a pas d’épigone, de successeur, comme si son génie avait atteint une sorte de perfection… inimitable.

Mais Beethoven bien sûr ! On pourrait illustrer son empreinte, son ombre portée, par de multiples exemples. J’en retiens deux, symboliques.

La tonalité de ré mineur est la signature de sa 9e et dernière symphonie (même si le finale célébrissime de l’oeuvre, l’Ode à la joie, se clôt par un triomphal ré majeur) : ci-dessous les premières notes du début de chaque mouvement de la 9e.

ImagePremier exemple : Brahms, qui n’achèvera sa 1ere Symphonie qu’à l’âge de 43 ans, tant il était impressionné, intimidé par son ainé. Ce n’est évidemment pas un hasard si son 1er concerto pour piano – en réalité une symphonie avec piano – est… en ré mineur et paie un tribut évident à Beethoven (lire http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/03/20/brahms-concerto-pour-piano-n-1-8139038.html)

Hasard aussi – on en doute – que la 9e symphonie de Bruckner commence dans la tonalité sombre et dramatique de ré mineur ?

Jonas le vampire et les enfants du roi

ou le terrible secret du ténor le plus sexy de la planète !

Il est beau, sexy, il chante Wagner et Verdi comme personne, c’est une star qui fait les beaux jours (et les bonnes recettes) de Decca et maintenant Sony. Son nom ? Jonas Kaufmann.

518sNL8iePL 51zxMJbwD-L

Mais Jonas n’a pas toujours été le chanteur vedette du Met, de la Scala, et de toutes les grandes scènes du monde. Il a fait ses classes, chanté dans bien des productions plus modestes, et même enregistré des rôles et des répertoires complètement méconnus, oubliés.

En 1999, le tout jeune Kaufmann est en tête de distribution d’un ouvrage de Heinrich Marschner : Le Vampire. Une réédition en double CD à petit prix dans une fantastique collection du label allemand Capriccio (qui travaille essentiellement avec les orchestres de radio) :

51zwGAfeVpL

De meilleurs spécialistes que moi pourraient décrire ce compositeur, absolument méconnu dans nos contrées latines, comme le maillon manquant entre Weber et Wagner. À ce prix et avec cette distribution éblouissante, il ne faut surtout pas passer à côté de ce Vampire.

Le beau Jonas Kaufmann était aussi de l’équipe réunie en 2004 autour d’Armin Jordan (dont c’est le tout dernier enregistrement) à Montpellier pour cet autre opéra injustement méconnu d’Engelbert Humperdinck, Die Königskinder (Les enfants du Roi).

515XJAIBY1L._SL500_AA280_

Vous l’avez compris, si vous voulez faire un cadeau intelligent et original à ceux de vos amis qui sont fans de Jonas Kaufmann, et accessoirement (!) si vous voulez un peu sortir des sentiers rebattus de l’opéra allemand, ces disques sont pour vous.

Dans la même collection Capriccio, je signale dès maintenant – pour y revenir une autre fois – de fabuleuses opportunités de (re)découvrir Franz Schreker (Der Schatzgreber, Der ferne Klang), Franz Schmidt (Notre Dame), Alexander von Zemlinsky (Der Kreidekreis) et Victor Nessler (Der Trompeter von Säckingen) :

41jyQz0hlUL 41r6-56ij7L 41xpPVezKNL 51lHKfzWGrL 51ThuvcS1OL

Vous hésitez encore ? Jetez juste un oeil sur le casting de ces raretés : Siegfried Lorenz, Reiner Goldberg, Gwyneth Jones, Hermann Prey, Franz Hawlatha, James King, Thomas Moser, Gabriele Schnaut… Qui dit mieux ?