Clavier pas tempéré

Je connaissais le nom bien sûr, j’avais dû l’écouter distraitement une ou deux fois mais cette pianiste ne faisait pas partie de mon univers discophilique. Pas d’explication à cette ignorance.

Il a fallu qu’à nouveau Jean-Charles Hoffelé signale une très belle parution pour que je m’intéresse à Yvonne Lefébure et que je sois captivé d’emblée par un art et une personnalité qui ne donnent pas dans la tiédeur. Un clavier tout sauf tempéré !

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Il faut d’abord saluer le magnifique travail éditorial du label Solstice/FY fondé en 1972 par François et Yvette Carbou. Certes c’est l’éditeur historique de la pianiste française, mais le coffret, le livret, et surtout le contenu de ces 24 CD sont impressionnants. Nombre d’inédits puisés dans les archives de l’INAEt le tout pour un prix très modeste.

La musique française se taille la part du lion, et on a du bonheur à écouter ce son franc et direct, d’une puissance qui n’est jamais brutale (passionnante comparaison entre trois versions du Concerto en sol de Ravel, dirigées par Auberson, Ansermet et Paray). En concert, Yvonne Lefébure n’est jamais à l’abri de quelques dérapages, mais qu’importe quand l’esprit souffle à ce point.

Ses Bach, ses Mozart ne sont jamais corsetés, tandis que les romantiques, Brahms, Chopin, Schumann, Schubert (comme une jolie suite de valses et de danses allemandes arrangée par la pianiste) évitent les minauderies. Quant à ses Beethoven – les derniers opus – ils appartiennent depuis longtemps à la légende.

Contenu du coffret (les inédits sont indiqués en italiques)

CD 1 MOZART Concerto 20 (Casals), 21 (Oubradous), Sonate 457

CD 2 SCHUMANN Concerto (Dervaux), Papillons, Fantaisie

CD 3 BACH Prélude et fugue 543, Fantaisie et fugue 542, 2 chorals / MOZART Concerto 20 (Furtwängler)

CD 4 BEETHOVEN Sonates op.109 & 110, Variations Diabelli

CD 5 RAVEL Concerto sol (Auberson), Le tombeau de Couperin, DEBUSSY La boîte à joujoux

CD 6 BACH Fantaisie et fugue 542, Concerto 1052 (Oubradous), Prélude et fugue 848, Partita 830

CD 7 MOZART Concerto 466 (Dervaux), Sonate violon 379 (J.Gautier), Fantaisies 396 & 475, Variations 265 / HAYDN Variations fa m

CD 8 BEETHOVEN Sonates op.2 & 111, Concerto 4 (Skrowaczewski), Bagatelles op.119 extr.

CD 9 BEETHOVEN Sonate op.106, Variations Diabelli

CD 10 BEETHOVEN Sonates op.109,110,111, Bagatelles op.126, Lettre à Elise

CD 11 DEBUSSY Préludes (II) / RAVEL Valses nobles et sentimentales / FAURE Nocturnes 6,13, Barcarolle 6 / SCHUBERT 15 valses

CD 12 DEBUSSY Préludes (I), Etudes / RAMEAU Gavotte et six doubles / COUPERIN Les barricades mystérieuses / DUKAS Variations, Interlude et Finale

CD 13 RAVEL Concerto sol (Ansermet), Valses nobles et sentimentales, Le tombeau de Couperin, Jeux d’eau / FAURE Thème et variations op.73, Nocturne 13

CD 14 SCHUBERT Sonate D 958, 15 Valses / SCHUMANN Concerto (Sebastian) / WEBER Konzertstück

CD 15 BRAHMS Intermezzi / LISZT Ballade, chant des fileuses, la gondole funèbre / CHOPIN Barcarolle, Scherzo 2, Ballade 3, 5 Mazurkas

CD 16 BEETHOVEN Sonates violon op.12/3, op.23, op.96 (Vegh, violon)

CD 17 RAVEL Concerto sol (Paray) / SCHUMANN Concerto (Paray), Scènes d’enfants

CD 18 FAURE Thème et variations op.73, Nocturnes 1,6,7,12,13, Impromptus 2,5 / DUKAS Variations, interlude et finale, Prélude élégiaque

CD 19 EMMANUEL Sonatines op.19,20 &23 / DEBUSSY Images, Masques, L’Isle joyeuse

CD 20 RAVEL Le tombeau de Couperin, Valses nobles et sentimentales, Jeux d’eau, Ma Mère l’Oye (+G.de Sabran)

CD 21 SCHUBERT Sonate D 960 / SCHUMANN Davidsbündlertänze, Variations op.13 posthumes

CD 22 BARTOK 6 Danses / BARRAUD Concerto (Rosenthal) / MARTELLI 5 Danses / EMMANUEL Sonatines op.11 & 20 / ROUSSEL 3 pièces op.49

CD 23 BACH Prélude et fugue 543, Fantaisie chromatique, Toccata 912, Partita 825, 3 chorals, Clavier bien tempéré extr.

CD 24 Entretiens avec Bernard Deutsch (1981), Laurent Asselineau (1978), Radioscopie avec Jacques Chancel (1976)

PS Qui pourrait oublier ce qui s’est passé il y a tout juste un an ? Ces lignes nous le rappellent : Le chagrin et la raison

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Bons plans

Je ne sais pas vous, mais pour moi la période des fêtes est souvent synonyme de corvée de cadeaux. Comment faire plaisir intelligemment à ceux qu’on aime ?

Les lecteurs de ce blog sont depuis longtemps au courant de l’une de mes passions coupables, le disque. Mais à la différence de certains camarades, je n’aime pas accumuler – je n’en aurais pas la place ! – donc j’échange, je regroupe (et la profusion de coffrets publiés ces derniers mois par les « majors » contribue considérablement à cet effort de rationalisation), et je crois avoir trouvé les bons filons en jonglant avec les fournisseurs, en faisant donc jouer la concurrence.Ce sont ces « bons plans » que je livre ici.

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La presse a unanimement loué cette prodigieuse réédition du legs discographique du Beaux Arts Trio. En France (Amazon.fr ou Fnac) 118 €, en Allemagne (Amazon.de) 99 €, sur Amazon.it 78 € !

Deutsche Grammophon honore Emil Guilels, le grand pianiste russe (1916-1985) par un beau coffret regroupant ses enregistrements tardifs, une quasi intégrale des Sonates de Beethoven, des Mozart et Schubert avec Böhm et sa fille Elena, quelques incunables des années 50 en trio avec Kogan et Rostropovitch. L’Allemagne et l’Italie se tiennent (autour de 65 €), la France 10 € plus chère.

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Grâce à Tom Deacon, célèbre producteur canadien de la série Great Pianists of the XXth Century, j’apprends que la firme russe Melodia (ou pour respecter les critères internationaux Melodyia) publie une édition « de luxe » de 50 CD du légendaire Sviatoslav Richter (1915-1997). Est-ce le cours du rouble, le montant des taxes locales ? Toujours est-il que les différences de prix annoncés sont pour le moins étonnantes…

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Amazon.it 310 €, Amazon.de 461 €, Amazon.co.uk 363 £ !! Sur les sites français (Amazon, Fnac) le dit coffret n’est pas même annoncé (on doit attendre sans doute que l’année du centenaire de Richter se termine ?)

Mais les amateurs pourront encore trouver, pour beaucoup moins cher, les belles boîtes que Decca et RCA ont consacrées au pianiste (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/12/22/richter-centenaire-8350549.html)

Tandis que la collection Eloquence de Decca republie en CD séparés les enregistrements réalisés à Vienne, Londres et Amsterdam, pour Philips et Decca, par Pierre Monteux (1875-1964) – à suivre dans le numéro de janvier de Diapason – j’ai découvert récemment un fabuleux coffret, qui m’avait échappé à sa sortie, 11 CD de concerts donnés à Boston en 1958/1959, enregistrés en stéréo. Tout simplement prodigieux. Le feu, la fougue, la générosité, la poésie d’un chef largement octogénaire, avec parfois des accidents qui témoignent de l’ambiance électrique qui régnait dans ces concerts. Et quels solistes ! Leon Fleisher plus génial que jamais dans le 1er concerto de Brahms, Leonid Kogan éblouissant dans le concerto  pour violon de Brahms (que Monteux et lui enregistraient pour le disque – RCA – au même moment), une « Pastorale » de Beethoven orageuse à souhait. Bref, un coffret INDISPENSABLE. Cette fois acquis en France via Amazon.fr (qui propose le coffret à 55 €) qui met en lien un autre vendeur (Clic Musique) qui lui fait une offre à 34 € – et a honoré ma commande avec tout le soin et la diligence voulus. A titre de comparaison, ce coffret est téléchargeable sur Itunes pour 99 € !

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Je ne vais pas redire tout ce que j’ai écrit sur une magnifique pianiste (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/12/06/la-revelation-dinorah/) sauf pour signaler que j’ai acquis le précieux coffret sur Fnac.com

Enfin, dans la série des magnifiques rééditions, très attendues, un autre ensemble légendaire qui a fait les heures de gloire de Philips, le Quartetto Italiano. C’est Fnac.com qui propose le meilleur prix.

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Enfin, près d’un an après sa disparition (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/12/23/il-est-parti/), deux beaux ouvrages à acheter chez votre libraire (vive les librairies !)

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Mais l’un des meilleurs plans pour qui veut trouver le disque rare, l’intégrale oubliée, le tirage japonais de ses rêves, reste le seul magasin de Paris exclusivement réservé au CD/DVD classique d’occasion, Melomania, 38 boulevard Saint-Germain, 75005 Paris (en face de l’église St Nicolas du Chardonnet et de la salle de la Mutualité). Et pour ceux qui n’ont pas la chance d’être parisiens ou de venir à Paris, un site remarquablement fait : http://www.melomania.com/fr/.

Il est parti

Je savais en écrivant ce billet le 5 décembre dernier https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/12/05/les-vivants-et-les-morts/ que Jacques Chancel n’allait pas bien. Il ne s’en cachait pas dans son dernier ouvrage, que je viens de  refermer. Le voilà parti cette nuit rejoindre tous ceux qui ont fait la légende de la radio et de la télévision…

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Merci Jacques pour tout ce que tu as offert à l’adolescent que j’étais, ne ratant aucun Grand Echiquier, découvrant grâce à toi un univers, celui des authentiques musiciens, qui est le mien aujourd’hui, regardant fasciné Karajan et son Philharmonique de Berlin, le tout jeune Tedi Papavrami à peine débarqué de son Albanie natale, les duos improbables de Menuhin avec Ravi Shankar ou Stéphane Grapelli, et tant et tant d’autres…

Merci Jacques pour ces quelques conversations pendant ma période France Musique. à l’époque où tu fondais Mezzo.

Et puis merci pour les milliers de Radioscopie, les grandes heures de la télévision…

Comme tu l’aimais bien, et qu’elle aussi je l’avais découverte dans un Grand Echiquier, Anne-Sophie Mutter pour te dire au revoir :

Les vivants et les morts

Semaine pour le moins contrastée. Beaucoup d’avancées, les choses qui bougent enfin, les promesses tenues, des idées nouvelles qui bousculent les routines, tout ce que j’aime. Une énergie intacte malgré les inerties. La vie en somme…

C’est ce que je retiens du dernier – que je n’espère pas ultime –  ouvrage de l’ami Jacques Chancel, que je suis inquiet de ne pas avoir revu depuis un bon bout de temps.

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« L’âge est venu et mon appétit redouble, je ne vois que des soleils jusque dans les jours les plus sombres, je ne sais toujours pas d’où me vient cette résistance à l’ennui, ce bonheur de vivre, cette irrésistible envie de rester auprès de tous les miens. Pourquoi partir en effet ? » . Du pur Chancel, mais moins de ces phrases toutes faites, des fragilités, des nostalgies émouvantes dans ce journal 2011-2014.

Radio France et l’INA ont la bonne idée de rééditer en CD les grandes heures de cette émission légendaire qu’était Radioscopie

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C’était aussi un temps où les grands compositeurs du moment ne rechignaient pas à écrire les indicatifs des émissions de radio. Ici Georges Delerue :

Semaine assombrie par des disparitions de gens qu’on a aimés ou côtoyés. Le nom de Jacques Barrot n’a jamais été très populaire, malgré une très longue carrière, l’homme qui occupa à peu près toutes les fonctions politiques, n’a jamais été (ni voulu être) aux avant-postes. Maire, Député d’Yssingeaux (Haute-Loire), plusieurs fois ministre de Giscard et Chirac, vice-président de la Commission Européenne (c’est entre autres à lui qu’on doit le projet européen de GPS Galileo), et depuis 2010 l’un des neuf Sages du Conseil Constitutionnel. Dans mes jeunes années, j’ai partagé nombre de combats d’idées et de convictions à ses côtés, puis la vie nous a séparés, sans que se réduisent l’attachement et l’affection que je lui portais. Je l’avais revu à Liège au cours d’une cérémonie un peu protocolaire au Palais provincial l’an dernier, nous avions rattrapé le temps perdu à nous raconter tout ce que nous étions devenus, et nos familles, et nos vies. Il m’avait fait promettre de venir déjeuner avec lui à Paris au Palais Royal (où siège le Conseil Constitutionnel). Je l’avais furtivement aperçu l’été dernier. J’ai manqué ce dernier rendez-vous.

Une image résume Jacques Barrot, ce reportage du 1er tour de la présidentielle de 2002

(On aura reconnu le grand type à côté de Jacques Barrot… dommage qu’il n’ait pas suivi la voie de son maître)

La Belgique, quant à elle, a perdu coup sur coup deux personnalités pour jamais associées à la vie musicale et à un concours de réputation mondiale : « le » Reine Elisabeth. Son président, Jean-Pierre de Launoit, et aujourd’hui la reine Fabiola qui en a été si longtemps la bienveillante gardienne. Souvenirs, souvenirs…

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Et puis, ce 6 décembre, comme chaque année depuis 42 ans, je constate que le temps qui passe n’efface rien, qu’il ravive au contraire la présence de ceux qui ne sont plus…

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