Et si rien n’était joué ?

Je m’apprêtais à commenter l’actualité politique de ce week-end, notamment la première de l’émission « Questions politiques » sur France Inter et franceinfo :

Et je suis tombé – merci Facebook ! – sur cet article du blog de Bernard Sananès, compagnon de militantisme de nos jeunes années. Je ne suis pas étonné de partager en tous points son analyse, que je reproduis intégralement ici.

Et si cette fois le système ne gagnait pas ?

« A la fin c’est comme l’Allemagne au foot, le système gagne toujours. »

« Lecanuet, les Rénovateurs, Bayrou, personne n’a réussi »

« Le FN a un plafond de verre »

« Le 3ème homme, ça fait les unes des médias mais ça ne dure jamais très longtemps »

« En entrant dans l’isoloir, les Français reprennent leurs habitudes et votent pour ceux qu’ils connaissent, depuis longtemps »

« Sans parti structuré, on n’y arrive pas »

« Les Français voudront savoir avec qui leur Président gouvernera »

« Les députés vont penser à leurs investitures »

« De toute façon pour 2017, celui qui gagnera la primaire de la droite, sera Président »

Bien sûr tous ces arguments sont justes. Bien sûr l’histoire politique est pleine de tentatives hors-parti, anti-système, qui n’ont jamais dépassé les unes des médias, quelques vagues de sondages, ou ont buté sur le premier tour de la présidentielle. Bien sûr Macron n’est pas au second tour, et Le Pen n’est pas donnée gagnante des sondages. Evidemment, les anti-système qu’ils soient du côté de Le Pen, du centre Macron/Bayrou, de la gauche de la gauche Mélenchon/Montebourg  ne partagent rien, et n’ont aucune convergence tactique ou politique. Bien sûr l’élection de 2017 qui aura lieu sous la menace terroriste n’est pas, contrairement à 2007, une campagne d’optimisme et d’espérance, un terreau propice pour le saut dans l’inconnu. Il y a donc peu de chances pour que 2017 échappe aux canons traditionnels de notre vie politique.

Et pourtant ?

Rarement à 8 mois du scrutin, une élection présidentielle n’aura semblé aussi incertaine, jamais l’offre politique n’aura semblé si fragmentée et aussi éloignée des attentes d’une majorité de nos concitoyens. Jamais le rejet de la politique traditionnelle n’aura été aussi élevé : les sans préférence partisane représentant désormais près d’un tiers des électeurs soit plus que l’addition des sympathisants LR et PS réunis.

Et pourtant la perspective de la revanche Hollande-Sarkozy est l’affiche qui laisse le plus d’espace à Marine le Pen.

Et pourtant Montebourg &Co peuvent faire chanceler le président sortant au soir de la primaire.

Et pourtant Jean-Luc Mélenchon pourrait, si Montebourg n’y parvenait pas pendant la primaire, structurer une gauche alternative qui talonnerait – ou dépasserait ?- un Hollande affaibli par un mandat sans soutien, et une primaire sans élan.

Et pourtant le favori toutes catégories des sondages, Alain Juppé, apparaît moins invincible et ne soulève pas l’enthousiasme.

Et pourtant François Bayrou, après avoir connu enfer et purgatoire, est toujours là.

Et pourtant qui peut dire que les primaires, mêmes réussies, enfermeraient à gauche comme à droite les électeurs des vaincus dans le vote pour le candidat investi ?

Et pourtant l’entrée en campagne d’Emmanuel Macron fait osciller les courbes, comme une petite secousse sismique que le paysage politique n’a pas connu depuis longtemps.

Et pourtant dans tous les scrutins depuis 2012, le FN n’a cessé de progresser entre les deux tours, laissant possible un score de second tour frôlant à minima les 40 % si elle vire en tête au premier.

Mais on le sait à la fin le système l’emporte toujours…

Cette fois-ci, en sommes-nous sûrs, vraiment ?    (Bernard SANANES)

La vérité, comme le rappelle le grand professionnel qu’est Bernard Sananès, c’est qu’en effet les repères traditionnels de la vie politique sont en train d’éclater, parce que le système lui-même est à bout de souffle.

La Vème République est épuisée. Son agonie a commencé avec l’instauration du quinquennat (je reviendrai sur le sujet plus en détail dans un prochain billet) et s’achève dans le ridicule des « primaires ».

À neuf mois de l’élection présidentielle, tous les scénarios sont envisageables, y compris le pire – que ne mentionne pas B.Sananès – celui de la violence.

L’arrivée d’Emmanuel Macron dans le paysage politique n’est pas anodine. Sa participation à la première de la nouvelle émission dominicale de France Inter et franceinfo: était légitimement attendue :

Comme auditeur/téléspectateur, j’attendais avec intérêt les déclarations de l’ex-ministre, mais peut-être surtout un ton nouveau, un autre format pour cette nouvelle émission politique. Quand on parle d’un « système » périmé, usé jusqu’à la corde, on en a malheureusement eu la triste illustration ce dimanche : des journalistes, à commencer par le sieur Demorand, agressifs, décidés à ne pas laisser leur invité en placer une, le coupant sans arrêt, considérant toutes ses explications comme nulles et non avenues, dès lors qu’il ne répondait pas à la seule question qui les intéressait, sa candidature à l’élection présidentielle. Invraisemblable, insupportable même ! « Être clair, ce n’est pas être caricatural », a justement rétorqué Emmanuel Macron…

La politique du radio crochet

Le ministre démissionnaire de l’Economie, Emmanuel Macron, a eu une curieuse formule hier : « La présidence de la République ce n’est pas un radio crochet ». Pas sûr que ceux qui le regardaient sur TF1, sauf les plus âgés des téléspectateurs, aient compris l’allusion à une compétition radiophonique – le radio-crochet – qui date d’avant l’apparition du poste de radio à transistors, c’est dire…Mais s’il voulait faire mouche avec sa formule, c’est réussi, il faut d’ailleurs lui reconnaître une vraie habileté lexicale (Emmanuel Macron sur TF1)

J’ai appris la démission du proche collaborateur puis ministre de François Hollande en même temps que j’achevais la lecture d’un essai à tendance pamphlétaire d’un garçon que j’ai connu – et apprécié – durant les quelques mois où lui était au secrétariat général de la présidence de Radio France et moi à la direction de la musique de la Maison ronde, Pierre Jacquemain. Il sera sans doute très surpris, s’il me lit, que je trouve plus d’un point commun entre son analyse – pertinente, parfois excessive, mais jamais banale – de la politique telle qu’elle va ou ne va plus, ses propositions d’un changement radical…. et les propos d’Emmanuel Macron (alors que Pierre J. dit exécrer à peu près tout ce que représente Macron !).

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Présentation : « Ils ont renoncé à faire ce pour quoi ils ont été élus : mener une politique de gauche. Peut-être parce qu’ils sont devenus de droite. Version naïve. Peut-être l’ont-ils toujours été. Version éclairée. Nos gouvernants ont cessé de faire de la politique. Ils gèrent le bien public, l’État, comme on dirige une entreprise. Il ne s’agit plus de rêver ou d’améliorer la vie des Français. L’heure est au pragmatisme, au « laisser faire, laisser passer », au libéralisme.
Fort de son expérience de conseiller stratégie de la ministre du Travail de septembre 2015 à février 2016, Pierre Jacquemain raconte comment la technocratie a pris le pouvoir sur le et la politique. En dévoilant les coulisses de la loi El Khomri, il nous montre une ministre dépossédée de ses prérogatives, récitant les éléments de langage de Matignon, reléguée au rôle de figurante et condamnée – parce qu’elle le veut bien – à porter une loi qu’elle n’a ni pensée, ni rédigée. Pas même négociée. Une loi faite par et pour des technocrates hors-sol dans une France paupérisée. 
Ils ont tué la politique. Ils ont tué la pensée. Ils ont tué la gauche. »

La charge est d’autant plus lourde que la déception est profonde, jusqu’à un sentiment, largement partagé bien au-delà de ceux qui se revendiquent comme P. Jacquemain d’une gauche radicale, de trahison non seulement des idéaux traditionnels de la gauche, mais du sens de l’engagement politique.

Avec d’autres mots que l’ex-conseiller de Myriam El KhomriEmmanuel Macron décrit de la même manière l’état de désenchantement, voire de désespérance, d’une grande majorité de citoyens. Pas seulement parce que les promesses faites en période électorale ne sont jamais tenues – ce n’est pas nouveau ! – mais parce que le politique ne fait plus de politique, parce que ceux qui nous gouvernent ou prétendent nous gouverner n’expriment plus ni vision ni perspective. Et qu’aucun enseignement n’est jamais tiré des consultations électorales. Si l’on en croit certains, on est bien parti pour rééditer 2012 en 2017…À moins que…

 

Orgues, lapins et merveilles

Deux sujets qui n’ont vraiment rien à voir l’un avec l’autre, sauf peut-être l’anecdote qu’a livrée Mathieu Gallet hier soir lors de la cérémonie d’inauguration officielle du grand orgue de l’Auditorium de la Maison de la radio.

13166016_10153639226327602_6390561583870009807_n(Michel Orier, directeur de la musique et de la création culrurelle et Mathieu Gallet, président de Radio France, coupent le ruban symbolique de la console du grand orgue).

Le PDG de Radio France raconte que, membre du cabinet de la ministre de la Culture de l’époque, Christine Albanel, il avait reçu en 2007 Jean-Paul Cluzel, son prédécesseur à la tête de la Maison ronde, venu plaider la cause d’un grand orgue à installer dans le futur Auditorium. Jean-Paul Cluzel qui se trouve être le parrain de la fille aînée d’Alain Juppé, dont il sera question plus loin dans ce billet !

Alors ce très grand instrument conçu et construit par les équipes de Gerhard Grenzing ? On l’aura finalement inauguré avec seulement 18 mois de retard sur le calendrier prévu, calendrier que j’avais découvert à mon arrivée à la direction de la musique de Radio France en juin 2014 et qualifié aussitôt d’illusoire, instruit par l’expérience de la rénovation et de la réinstallation des grandes orgues Schyven de la Salle philharmonique de Liège. Ce que peu de gens savent – et je ne l’ai personnellement appris qu’au contact des facteurs d’orgue qui ont travaillé sur le projet liégeois – c’est que, malgré toutes les technologies modernes, un orgue doit être harmonisé tuyau par tuyau, dans un calme absolu. On peut imaginer le casse-tête que cela a été – plus de 5000 tuyaux ! – dans le cadre d’une part de l’ouverture de l’Auditorium (et de son fonctionnement à plein régime) d’autre part du chantier de réhabilitation de Radio France qui n’en finit pas…

Mais voici donc que nous découvrions enfin la palette de sonorités d’un grand instrument finalement bien accordé à l’intimité de l’Auditorium de la Maison de la radio. Contraste saisissant avec celui de la Philharmonie de Paris !

Quel dommage qu’on ait dû subir un programme inaugural aussi peu tourné vers le public néophyte, qui ne respirait que trop peu l’esprit de fête qui eût du présider à cette soirée !

Rien à voir avec ce qui précède, mais l’anecdote Cluzel me donne l’occasion d’évoquer un bouquin qui a été le compagnon virtuel de mes voyages récents. J’ai hésité à le télécharger, après vu brièvement son auteur, un peu bobo fofolle, faire sa promo à la télévision. Et puis je dois reconnaître que j’ai craqué, et que ce Lapins et Merveilles est un OVNI dans le domaine du livre politique.

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Il y avait déjà eu Yasmina Reza qui avait suivi le candidat Sarkozy en 2007, Laurent Binet François Hollande en 2012, et leurs récits ne manquaient ni d’intérêt ni de (im)pertinence.

Ici on est dans autre chose, Alain Juppé n’est pour le moment que candidat à la primaire de la droite, et Gaël Tchakaloff, sous une apparente désinvolture, parvient à révéler au grand jour une personnalité qui répugne tant à se livrer aux journalistes que c’en est devenu une marque de fabrique. Le plus surprenant c’est que le lecteur n’est jamais dans la position du voyeur ou de l’amateur d’anecdotes croustillantes, alors que le bouquin fourmille de mille faits et gestes. La blonde journaliste nous embarque dans son aventure, dont elle ne nous cache rien, les hauts, les bas, les coups de cafard, avec un authentique talent de plume d’abord, et une connivence bienfaisante avec son sujet autant qu’avec son lecteur… Chapeau !