C’est l’instrument qui a toujours suscité le plus d’ironie et de blagues dans l’orchestre, c’est l’instrument presque toujours dans l’ombre, dans l’entre-deux, et pourtant sans lui le quatuor – le coeur vibrant de l’orchestre – n’existe pas : l’alto.
On trouve même plusieurs sites recensant tout ce que cet instrument a nourri comme petites et grandes histoires, comme cette Grande anthologie des blagues d’altiste.
C’est la première fois (!), sauf erreur de ma part, que tout un coffret est consacré à cet instrument et à l’un de ses serviteurs les plus emblématiques, le magnifique Gérard Caussé
Le titre du coffret pourrait tromper sur la nature de ce musicien. Gérard Caussé c’est le contraire d’une star – à la différence par exemple du flamboyant Yuri Bashmet, c’est le parfait collègue, complice, ami, c’est la générosité faite musique. J’ai eu la chance de l’accueillir plusieurs fois à Liège, pour des concerts ou pour des enregistrements auxquels il venait prêter la voix si sensuelle et profonde de son alto.
Ce coffret Warner/Erato est d’autant mieux venu, qu’il nous permet de redécouvrir des versions et des artistes qu’on avait perdus de vue, je pense au pianiste François-René Duchâble ou au violoniste Pierre Amoyal. Quelle émotion aussi de retrouver ce beau disque, paru chez Mirare, de sonates russes avec la si regrettée Brigitte Engerer(lire Pour Brigitte) !
Ce coffret-anthologie, pour généreux qu’il soit, est évidemment loin d’embrasser la carrière discographique de Gérard Caussé, mais il en donne un bel aperçu.
Je me risque à l’hommage anthume, puisqu’à l’heure où j’écris ce billet, je n’ai pas de confirmation « de source sûre » de la mort du chef d’orchestre Walter Weller, annoncée hier par quelqu’un qui n’en est pas à son coup d’essai en matière de nécrologie prématurée !
Mais l’information ayant été relayée par des amis qui ont travaillé avec et pour ce musicien, je leur accorde mon crédit. Et quoi qu’il en soit, mort ou pas, Walter Weller mérite qu’on s’arrête sur sa carrière et sa discographie.
Un souvenir personnel d’abord : au début des années 90, en charge de certains concerts de l’Orchestre de la Suisse Romande, j’ai eu à gérer la défection d’un grand chef déjà malade, Ernest Bour (1913-2001) qui avait prévu un magnifique programme : le Concerto à la mémoire d’un ange de Berg et une seconde partie tout Debussy. Pour remplacer Bour, Walter Weller est miraculeusement disponible, mais nous fait savoir qu’il n’est pas prêt à diriger Debussy, il faut donc changer la deuxième partie.
Quelques années plus tôt, j’avais acheté au marché aux puces de St Ouen un coffret de 3 33 tours des Symphonies de Rachmaninov et j’avais été fasciné par la 1ere symphonie (plus, à l’époque, que par les 2e ou 3emes) et par la beauté de la version de….Walter Weller et de l’Orchestre de la Suisse Romande, une captation Decca réalisée en 1971 au Victoria Hall de Genève.
Je me dis que jamais plus je n’aurais l’opportunité d’entendre « en vrai » l’oeuvre et les interprètes de ce disque, si je ne demandais pas à Walter Weller de reprendre cette 1ere symphonie de Rachmaninov vingt ans après cet enregistrement. Il fut d’abord très surpris de ma demande – peut-être n’avait il jamais plus redonné l’oeuvre en concert depuis l’enregistrement ?!, moi-même j’ai dû attendre 2007 et l’enthousiasme de Patrick Davin pour la reprogrammer à Liège ! –
Inutile de dire que ce concert genevois de Walter Weller m’est resté en mémoire (d’autant plus que le Berg donné en première partie avait pour soliste un Pierre Amoyal au sommet de ses moyens).
Je pense n’avoir plus revu et entendu en concert Walter Weller avant ses dernières apparitions (quelle traduction détestable de l’anglais !) à la tête de l’Orchestre national de Belgique. La rondeur aimable, cette Gemütlichkeit dans l’art de faire de la musique, de diriger l’orchestre, ne pouvaient être que d’un pur Viennois.
Le reste est légende : entré à 17 ans dans les rangs des prestigieux Wiener Philhamoniker, WW en devient le concertmeister à 22 ans – l’autre s’appelant Willi Boskovsky ! – (https://en.wikipedia.org/wiki/Walter_Weller) et comme tout violoniste viennois qui se respecte, il fonde un quatuor qui laissera un héritage discographique de première importance.
Dès 1966, il se met à la direction d’orchestre. Decca lui demande d’enregistrer un répertoire qui n’a rien de viennois – Rachmaninov, Prokofiev, Dukas – des disques magnifiques qui font encore référence aujourd’hui, et que le label Eloquence a peu à peu réédités.
Nombre d’enregistrements de Weller chef d’orchestre ne sont plus disponibles – ou difficilement – Sa disparition donnera, on l’espère, l’idée à ses éditeurs Decca et Chandos de les remettre en circulation.
Heureusement, le label belge Fuga Libera a eu l’excellente idée de profiter de la présence de Walter Weller à la tête de l’Orchestre national de Belgique pour lui faire graver trois enregistrements marquants, et très originaux pour ce qui est de Martinu et Suk :
Martinu qui était familier à Weller, qui avait donné de la 4e symphonie une version admirable, récemment rééditée :
Un regret : que la musique viennoise, la musique « natale » de Walter Weller occupe si peu de place dans sa discographie. Avait-il décidé de laisser son alter ego Willi Boskovsky d’occuper seul le terrain ?
Les Liégeois ont voulu conclure en beauté l’aventure qui a été la nôtre, ensemble, pendant 15 ans : voir OPRL, les adieux à J.P.Rousseau.
Le temps n’est pas encore venu du souvenir, mais c’est celui de la reconnaissance et de la gratitude. Merci à tous ceux qui ont participé à cette formidable aventure humaine et musicale. Merci aux chefs d’orchestre Paul STRAUSS, Pierre BARTHOLOMEE, Louis LANGREE,Pascal ROPHÉ, François-Xavier ROTH, Christian ARMING qui, comme directeurs musicaux, ont attaché leurs noms à la prestigieuse histoire plus que cinquantenaire de l’Orchestre philharmonique royal de Liège.
Merci à Serge BAUDO, Rudolf BARCHAI, Gabriel CHMURA, Alexandre DMITRIEV, Theodor GUSCHLBAUER, Luca PFAFF, Jaap SCHRÖDER, Jerzy SEMKOW, Muhai TANG, Ronald ZOLLMAN qui ont longtemps accompagné la vie de l’orchestre. Merci à tous ces amis qui ont fait confiance au talent des Liégeois, qui ont répondu à mes invitations, pour certains au tout début de leur carrière, bien avant qu’ils n’acquièrent sur les grandes scènes du monde la notoriété qui est aujourd’hui la leur : Eivid AADLAND, David AFKHAM, Stefan ASBURY, Alain ALTINOGLU, John AXELROD, Christoph CAMPESTRINI, Edmon COLOMER, Paul DANIEL, Patrick DAVIN, Pieter-Jelle DE BOER, Stéphane DENEVE, Jean DEROYER, Enrique DIEMECKE, Rumon GAMBA, Edward GARDNER, Claire GIBAULT, Pablo GONZALEZ, Jean-Pierre HAECK, Vernon HANDLEY, Günther HERBIG, Philippe HERREWEGHE, Domingo HINDOYAN, Armin JORDAN, Philippe JORDAN, Jean Jacques KANTOROW, Kirill KARABITS, Fayçal KAROUI, Pavel KOGAN, Hannu LINTU, Manuel LOPEZ-GOMEZ, John NELSON, John NESCHLING, George PEHLIVANIAN, Tommaso PLACIDI, Thomas RÖSNER, Pablo RUS, Petri SAKARI, Oswald SALLABERGER, Stefan SANDERLING, Thomas SANDERLING, Radoslav SZULC, Antoni WIT, Michael ZILM…
Merci à ces grands artistes qui, pour les plus jeunes, ont souvent fait leurs débuts en Belgique avec l’OPRL, et qui ont témoigné d’une longue et belle fidélité, nourrie par une amitié rare et précieuse, les pianistes Piotr ANDERSZEWSKI, Nicholas ANGELICH, Martha ARGERICH, Yulianna AVDEIEVA, Jean Efflam BAVOUZET, Boris BEREZOVSKI, Hervé BILLAUT, Daniel BLUMENTHAL, Frank BRALEY, Ronald BRAUTIGAM, Rudolf BUCHBINDER, Philippe CASSARD, Bertrand CHAMAYOU, François CHAPLIN, Michel DALBERTO, Nikolai DEMIDENKO, Claire DESERT, Luc DEVOS, Severin von ECKARDSTEIN, Brigitte ENGERER, Till FELLNER, David FRAY, Nelson FREIRE, Kemal GEKIC, Jonathan GILAD, Boris GILTBURG, Roberto GIORDANO, Nelson GOERNER, Benjamin GROSVENOR, Alexander GURNING, François-Frédéric GUY, Jean-François HEISSER, Arthur et Lucas JUSSEN, David KADOUCH, Katia et Marielle LABEQUE, Florence et Isabelle LAFITTE, Adam LALOUM, Willem LATCHOUMIA, Claire-Marie LEGUAY, Eric LE SAGE, Bernard LEMMENS, Julien LIBEER, Robert LEVIN, David LIVELY, Benedetto LUPO, Radu LUPU, Plamena MANGOVA, Wayne MARSHALL, Denis MATSUEV, Jeremy MENUHIN, Laura MIKKOLA, Roger MURARO, Jean-Frédéric NEUBURGER, Ferhan et Ferzan ÖNDER, Francesco PIEMONTESI, Maciej PIKULSKI, Menahem PRESSLER, Dezsö RANKI, Vitaly SAMOSHKO, Fazil SAY, Johan SCHMIDT, Andreas STAIER, Cédric TIBERGHIEN, Andrew TYSON, Mauricio VALLINA, Jean-Claude VANDEN EYNDEN, Anna VINNITSKAIA, Stefan VLADAR, Bojan VODENITCHAROV, Vanessa WAGNER, Christian ZACHARIAS, et j’en oublie sûrement…,
les violonistes Pierre AMOYAL, Rashya AVANESIAN, Boris BELKIN, Véronique BOGAERTS, Nikita BORISO-GLEBSKI, Marc BOUCHKOV, Boris BROVTSYN, Renaud CAPUÇON, Stéphanie-Marie DEGAND, Augustin DUMAY, James EHNES, Miriam FRIED, David GARRETT, Lorenzo GATTO, David GRIMAL, Daniel HOPE, Yossif IVANOV, Daishin KAJIMOTO, Ning KAM, Barnabas KELEMEN, Sergei KHATCHATRYAN, Laurent KORCIA, Harriet LANGLEY, Maria MILSTEIN, Sarah NEMTANU, Tedi PAPAVRAMI, Régis PASQUIER, Alina POGOSTKINA, Vadim REPIN, Tatiana SAMOUIL, Baiba SKRIDE, Valery SOKOLOV, Kirill TROUSSOV, Frank Peter ZIMMERMANN
les altistes Lise BERTHAUD, Nathan BRAUDE, Gérard CAUSSÉ, Kim KASHKASHIAN, Antoine TAMESTIT, Arnaud THORETTE, Tabea ZIMMERMANN
les violoncellistes Emmanuelle BERTRAND, Gautier CAPUÇON, David COHEN, Marc COPPEY, Henri DEMARQUETTE, Anne GASTINEL, Alban GERHARDT, Marie HALLYNCK, Gary HOFFMANN, Christian-Pierre LA MARCA, Ivan MONIGHETTI, Truls MORK, Christian POLTERA, Jean-Guihen QUEYRAS, François SALQUE, Sébastien WALNIER, Sonia WIEDER-ATHERTON, PIeter WISPELWEY
et puis encore Thierry ESCAICH, Bernard FOCCROULLE, Johan FOSTIER, Anne FROIDEBISE, Sharon ISBIN, Olivier LATRY, Anneleen LEENHAERTS François LELEUX, Christian LINDBERG, Paul MEYER, Sergei NAKARIAKOV, Francis ORVAL, Emmanuel PAHUD, Bruno SCHNEIDER, Olivier VERNET
les chanteurs Yann BEURON, Alexia COUSIN, Inger DAM-JENSEN, Stéphane DEGOUT, Marie DEVELLEREAU, Karine DESHAYES, Melanie DIENER, Ruxandra DONOSE, Domagoj DOROTIC, Wojtek DRABOWICZ, Karina GAUVIN, Anne-Catherine GILLET, Isabelle GEORGES, Susan GRAHAM, Nora GUBISCH, Sébastien GUEZE, Hélène GUILMETTE Werner GÜRA, Reinhard HAGEN, Barbara HANNIGAN, Dietrich HENSCHEL, Wolfgang HOLZMAIR, Sophie KARTHÄUSER, Marc LAHO, Thomas LASKE, Magali LEGER, Felicity LOTT, Geraldine McGREEVY, Charlotte MARGIONO, Sophie MARIN-DEGOR, Clémentine MARGAINE, Elsa MAURUS, Peter MIKULAS, Sara MINGARDO, Evgeny NIKITIN, Olga PASICHNYK, Patrick RAFTERY, Antony ROLFE-JOHNSON, Céline SCHEEN, Elzbieta SMYTKA, Kenneth TARVER, Béatrice URIA-MONZON, José VAN DAM, Iris VERMILLION, David WILSON-JOHNSON, Endrik WOTTRICH, etc
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Merci aux artistes qui sont venus jouer ou diriger dans la Salle Philharmonique, Sharon BEZALY, Andrey BOREIKO, Jean-Claude CASADESUS, Christophe COIN, Mikko FRANCK, Hélène GRIMAUD, Hilary HAHN, Pierre HANTAI, Emmanuel KRIVINE, Philippe PIERLOT, Christophe ROUSSET, Jordi SAVALL, Yuri SIMONOV, Kenneth WEISS… et tant d’autres ensembles, groupes, qu’il m’est impossible de tous citer ! Merci aux compositeurs qui nous ont fait confiance pour les créer, les jouer, les enregistrer, Ondrej ADAMEK, John ADAMS, Nicolas BACRI, Philippe BOESMANS, Pierre BOULEZ, Jean-Paul DESSY, Pascal DUSAPIN, Thierry ESCAICH, Jean-Luc FAFCHAMPS, Bernard FOCCROULLE, Michel FOURGON, Claude LEDOUX, Jacques LENOT, Magnus LINDBERG, Bruno MANTOVANI, Benoit MERNIER, Marc MONNET, Wolfgang RIHM, Eric TANGUY, Jörg WIDMANN, liste non exhaustive…
Et surtout merci à tous les musiciens de l’Orchestre, ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui, qui nous ont offert des centaines de concerts et de moments d’exception, comme pendant ces inoubliables tournées en France, en Allemagne, en Espagne, en Suisse, en Amérique du Sud, en Europe centrale – trois concerts en moins de dix ans dans la grande salle dorée du Musikverein de Vienne, trois concerts au Théâtre des Champs-Elysées, trois concerts au Concertgebouw d’Amsterdam, etc… Merci à Anne-France, Antoine, Christophe, Elise, Eric, Erwan, Hervé, Laurent, Malik, Marie-Caroline, Marlène, Pierre, Robert, Sabine, Séverine, Silvia, Sophie, Stéphane,Valérie, merci aux garçons et aux filles qui sont le sourire de la Salle Philharmonique.